‹ Marie-Antoinette et la procès du collier d'après la procédure institute devant le Parlement de ParisChapitre 16 sur 37 · M AR I K- A N TO I X ETTE · texte numérisé non relu

M AR I K- A N TO I X ETTE

très. Ces loges ou chambres ont ordinairement depuis cinq jusqu’à six pieds de lonjfueur sur quatre de largeur. On y trouve dans chacune un lit dont la fonrniture consiste en une paillasse et un matelas de vieille bourre; point de table, une fenêtre sans vitres d’un pied et demi eu carré avec des volets eu bois très-épais que l’on ferme au dehors au moyen de gros verrous. Il y a cependant au bas des portes une seconde ouverture pour faciliter l’évaporation de l’air infect de la loge. A droite, au fond de la cour, on voit quatre marches de pieire qui conduisent à un petit corridor qui sépare le grand dortoir de la petite cour, et près de là une porte où l’on entre dans la grande cour qui sert de promenade à cent vingt-sept femmes. Cette cour a quatre-vingt.s pieds de long sur cinquaute-hiiit de large ; la hauteur des murailles est de soixante pieds. Du côté opposé, à l’entrée de cette cour, près de laquelh*est situé le dortoir, se trouve une chambre pour une des sœm's , où l’on arrive par cinq marches ; il y a une fenêtre très-petite qui a vue sur le dortoir.

Ce dortoir, dont la porte est en face de la petite cour, est long de soixante pieds et large de treize ; six croisées de hauteur ordinaire servent à l’éclairer. Les lits , au nombre de six , ont cinq pieds de largeur sur six de longueur, et on y trouve une paillasse , un mauvais matelas et deux vieilles couvertiu’es. On change les draps de six semaines en six semaines. Les places voisines des croisées sont bri-

ET LE PnOr.ÈS DIT COLLIER. 169

{fuées avec ardeur, mais ee n’est qu’eu payant que l’on peut déterminer celle qui en possède une à la céder à une de ses compa}{iies. liCS jilaces qui sont en face des fenêtres se vendent toujours plus cher que toutes les autres. Celle qui n’a pas d’argent est contrainte d’aller s’asseoir par terre dans la cour, parce qu’il ne se trouve presque jamais une place vacante. Les meilleures sont au nombre de quarante. Les femmes sont groupées quatre par quatre et trois par trois. Il y a tout autour du dortoir des ais de sapin fixés contre la muraille de distance en distance , sur lesquels les femmes placent leur pain et le peu d’effets qu’elles ])ossèdent. Je m’étais moimême procuré une place près de la troisième croisée , et j’avais près de moi la femme Desrues, avec deux autres filles qui s’étaient offertes pour me servir.

Au-dessus de ce dortoir on en trouve un autre moins long de moitié que le premier, mais l’air y est beaucoup meilleur ; il n’y a que trois lits dans ce second dortoir. A la droite est un corridor qui n’a pas moins de soixante-quinze pieds de longueur sur trois de large. Là on trouve treize loges semblables à celles dont j’ai donné la description. En face de chacune de ces loges est une fenêtre très-basse à la vérité, mais qui, n’ayant ni vitrages ni volets de bois , laisse un libre passage à la pluie , à la neige et au vent à travers les gros barreaux de fer dont elles sont toutes garnies. De ces fenêtres on a vue

no MARIE-ANTOINETTE

jusque dans la quatrième cour, nommée la cour de Sainte-Claire , où il y a toujours beaucoup de monde. On aperçoit une porte à chacune des deux extrémités de ce corridor ; l’une conduit à un petit escalier par où l’on descend dans une cour particuli^e qui aboutit à un carré où est située la chapelle de la prison ; on y trouve aussi une porte d’où l’on monte un escalier qui conduit à l’appartement de la sœur Marthe et de la sœur officière. En sortant à di’oite on arrive à une cour dans laquelle sont les cuisines; de là, pour sortir de l’enceinte de l’hôpital, il faut passer par sept cours, dans chacune desquelles on rencontre un grand nombre de portiers et de sentinelles, et à la gauche, vis-à-vis de l’avenue de la cour Sainte-Claire , sont deux portiques d’où l’on arrive aux trois portes de la Salpêtrière , de sorte qu’il y a neuf cours à traverser avant de pouvoir gagner la rue.

Toutes les piisonnières sont vêtues d’une robe de bure très-grossière, d’un gris cendi’é, avec des bas de même couleur, une vieille jupe, lui bonnet, une chemise de grosse toile et une paire de sabots. Dès l’instant qu’une femme est arrivée, elle endosse l’habit de la maison. On fait un paquet de ses habits, sur lequel est écrit le nom de la personne à laquelle ils appartiennent , et on le dépose dans un endroit qu’on nomme le magasin. Si elle recouvre sa liberté, ce qui est très-rare, à moins qu’elle n’ait de puissants protecteurs , on lui remet ce qu’elle a apporté

en entrant à la Salpêtrière; si (îlle y meurt, ses effets tlevicnnenl l’iiéritajje des sœurs, qui se les partagent. »

Telle était La prison où madame de Lamottc expiait le vol du collier. Après les splendeurs que lui avait procurées cette escixiquerie, après son écrin de 100,000 fr., sa petite maison de Bar-sur-Aube, son appartement de la rue Neuve Saint-Gilles, après les fêtes du duc de Pcntbièvre à Cbàteauvillain , se trouver renfermée pour toujours dans un cachot de la Salpétrière ! •

Ce eonù'aste excita l’attention {{énérale, et tout ce qu’il y avait de curieux à Paris s’empressait aux portes de la prison pour voir cette célèbre voleuse ; mais madame de Lamottc se monti’ait peu et passait la plus grande partie de son temps en conférenc“es avec un ecclésiastique honorable, M. Tillet, qui cherchait à ramener au bien cette âme gangrenée.

Vers la fin de novembre ou au conunencement de décembre 1786, au milieu de la nuit, une sentinelle, de {farde dans une des coius de la Salpêtrière, trouva moyen de se mettre en rapport avec ime fille nommée An{féli(jue, qui servait madame de Lamotte, la complimenta sur les attentions qu’elle avait pour la pauvre prisonnière *, et après l’avoir assurée

* Vie de Jeanne de Saint-IlemY de Valois, etc., t. II, p. IGO et siiiv.

MARI^:-A^TOI^FTTE

quelle recouvrerait sa liberté, lui fit passer des plumes, de l’encre et du papier.

Le lendemain, Angélique s’empressa de rapporter à madame de Lamotte sa conversation de la nuit ; celle-ci comprit aussitôt que ses amis du dehors , et elle en avait beaucoup , puisqu’elle avait pour elle tous les ennemis de Marie-Antoinette, songeaient à elle. En effet, (pielques jours après, le même soldat remit un billet à Angéli<pie, où se trouvaient ces mots ; « Iiifortuuëc ! mettez cette lettre devant la lumière; de la discrétion surtout. C’est entendu ! » La fidèle servante remit la lettre à sa maîtresse , qui , obéissant à l’invitation de son mystérieux correspondant, put lire ces lignes tracées à l’encre sympathique : « f ous êtes c.xliortée à ne pas perdre courage et à prendre des forces suffisantes pour entreprendre une longue route; on s’occupe des moyens de changer votre sort; faites savoir ce qui t>ous est nécessaire et indiquez le jour ou vous voulez partir; vous trouverez une chaise de poste qui vous attendra au coin du Jardin du Roi. Soyez discrète, votre intérêt l’e.rige; prenez une confiance entière dans le porteur île ce billet, ne vous permettez pas le plus léger soupçon. »

Bientôt arrivait à madame de Lamotte, par la même voie , un autre billet ainsi conçu *: « On a réfléchi ; tâchez de vous procurer un modèle de la clef de la porte par où vous désireriez sortir, faites pour le mieux ; mais surtout de la tranquillité. »

Cl' ne fut pas sans peine que la prisonnière parvint à se procurer le modèle demandé ; enfin , après plus de deux mois de travaux, elle fit passer au soldat deux dessins de la clef, et le 15 février, ce même soldat remettait à Aiifféliipie cette clef, qu’il avait fait faire d’après les modèles qu’il avait reçus.

Diverses circonstances empêchèrent madame de Lamotte de profiter du moyen qu elle avait à sa disposition, et entre autres la mise en liberté d’Angélique, qui survint sur ces entrefaites.

Privée de cette habile coopératiice , elle entra directement eu relation avec ce soldat qui .servait si bien ses intérêts, et lui fit demander de lui faire passer des habits d’homme , dont elle lui donnait ainsi le détail : « Une mliiKjote en léoile hien de roi, (jilet et culotte noirs, des hrode(iuins , un r/uipean rond à limite forme, une badine et des ijants de peau. »

Aussitôt qu’elle eut reçu ces effets, madame de Lamotte songea décidément à fuir. Angélique avait été remplacée aujjrès d’elle par une autie fille nommée Marianne, à qui elle confia son secret, et qu’elle l’ésolul d’emmeuer avec elle.

Voici comment eut lieu cette fuite' : « Sœur Fanebou, raconte madame de I>amotte, chargée de fermer les portes du corridor, m’avait fait part, quelques jours auparavant, d’une partie de plaisir

‘ Vie de Jeanne de Saint-ReniY de Valois, etc., t. II, p. 190 et suiv.

qu’elle avait projetée avec plusieurs personnes de ses amies. C’était pour aller au bois de Vincennes, et elle avait choisi pour s’y rendre le jour ipie M. Tillet devait venir me voir. Mais je lui observcii qu’elle ferait beaucoup mieux d’attendre jusqu’au mardi suivant, pour ne pas manquer l’occasion de se trouver avec M. Tillet, qui lui saurait gré de cette complaisance. La sœur Fanchon ajifirouva ce conseil, m’en remercia, et me promit de le suivre.

Le lundi soir, à neuf heures, en venant fermer les portes, elle me dit adieu pour le lendemain. Le mardi, dans la matinée, celle qui remplaça sœur Fanchon m’apprit qu’elle était sortie à huit heures. Je la priai de fermer le coiridor le plus tôt possible, sous prétexte que j’avais envie de me reposer.

Elle me complimenta cependant sur la fi'aîchcur de mon teint et me dit que je paraissais me porter beaucoup mieux qu’à l’ordinaire, ce ipi’elle attribua à la visite que m’avait rendue M. Tillet. Je lui dis que Marianne, ayant une fièvre violente, avait été obligée de se coucher dans la chambre voisine ; qu elle ne pouvait me rench c aucun service, et que je lui serais obligée si elle voulait permettre à une telle (je nommai une des prisonnières) de venir me garder. La maladie de Marianne n’était qu’une feinte pour ôter toute idée de soupçon. J’avais gagné sa mère, tpii était employée dans le jardin de la maison et avait coutume de venir deu.x fois par jour chercher de la soupe (juc sa fille tenait prête. J’avais

ET LE PROCÈS Dû COLLIER.

mis aussi dans mon intérêt uno autre prisonnière nommées Dubois; celle-ci, d’après les instructions (ju’ellc avait reçues de moi, devait dire, lorsque la mère de Marianne viendrait chercher sa soupe , qu’elle n’était pas encore prête, et que qnand elle le serait elle en avertirait les portières. A onze heures un quart. Dubois appela la portière à travers le guicbet de la grande porte appelée la I})rle-Rouge, qui conduit à la porte des femmes, à celle de sœur Marthe, des officières ainsi qu’aux cuisines.

Avant que de partir, Marianne et moi prîmes chacune deux tasses de café pour nous animer, et l’instant d’après j’entendis la Dubois qui criait encore de toutes ses forces : « Allons, allons. » La portière, qui dans ce moment était seule, ferma sa porte et alla cbercher sa soupe. Dubois, pour l’amuser, lui montra différents ouvrages (pi’elle était occupée à faire, et par ce moyen elle me donna assez de temps poui- ouvrir et fenner trois portes ; j’ouvris ensuite la quatrième, que Marianne tira après elle. .\rrivées dans la cour de sœur Marthe, nous vîmes un grand nombre de servantes, de domestiques et d’ouvriers, qui tous nous saluèrent en passant. Marianne, qui connaissait parfaitement la maison, croyant que je la suivais, prit le chemin le plus court, mais je la perdis tout à coup de vue ; je conservai néanmoins ma présence d esprit. Persuadée de la vérité du ju overbe. Tout chemin conduit à Rome, j’avançai toujours et j’entrai dans une

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salle très-vaste que l’on appelle la Crèche, où je vis une grande «juantité de petits lits dans chacun desquels il y avait un enfant. Je jetai un coup d’œil autour de moi, et je demandai aux sœurs à tpii le soin de ces enfants était confié le chemin de la porte des champs. Je ne compris pas trop les renseignements qu’elles me donnèrent, et je les quittai après leur avoir laissé trois petits écus. Je ti'avei’sai plusieurs cours, qui paraissaient se multiplier à mesure que j’avançais, et j’en trouvai ensuite une autre, qui m’étonna par sa largeur, et où je reneontrai un nombre prodigieux de personnes qui venaient voir la maison. Pour être moins remarquée, je suivis un groupe de curieux qui entrèrent dans l’église ; j’aurais bien voulu m’en dispenser, mais je ne savais pas mon chemin, et j’avais besoin de guide. Ap rès avoir fait au ciel une prière lervente pour lui demander le courage dont j’avais besoin dans cette circonstance délicate, je suivis les personnes auxquelles je m’étais attachée, et je passai plusieims portes en donnant de l’argent aux portières qui se présentaient, jusqu’à ce qu’ enfin j’arrivai à celle vers laquelle se rapportaient tous mes vœux, et qui était pour moi la porte du salut.

A peine eus-je franchi cette barrière redoutable, que j’éprouvai un nouvel embarras , ignorant de quel côté se trouvait la Seine. Dès que j’eus fait quelques pas à droite, en m’avançant dans la {jrande route, j’eus le bonheur d’apeieevoir Marianne, qui

m’attendait sux’ le bord de la rivière. .le tre.s.saillis de joie en revoyant cette bonne créature, qui descendit dans un liatcau où il y avait déjà deux hommes, et l’instant d’après je m’y élançai à mon tonr. Le Jardin dn Roi était rempli .de monde, et j’appris dans la suite que sœur Marthe s’y promenait à l'instant de ma fuite. Je Hs si^^nc à Marianne de ne point me parler. Les deux hommes étaient assis, et craignant que mon air d'embarras ne fit soupçonner mon déguisement, je me tins debout pendant la traversée, les yeux fixés sur Paris, qui me parut avoir pris une forme nouvelle. »

Tel est le récit fait par madame de Lamotte de sa fuite de la Salpétrière.

On a [u étciidn que Marie-Antoinette facilita cette évasion ', et quelques esprits méchants ont voulu voir dans cet acte de clémence de la Reine une preuve de sa complicité; ce raisonnement est lànx, car enfin, si Marie-.Viitoinette eût été pour quelque chose dans l’affaire du collier, son intérêt u’était-il pas plutôt de laisser luoiirir madame de Lamotte dans cette prison, où clic était séquestrée et privée de toute communication avec le dehors, que de lui reudie une liberté qu’elle devait nécessairement employer à raconter à sa manière les détails de son procès ? En admettant tpie ce soit la Reine qui ait coopéré à la fuite de madame de Lamotte, il faut y

‘ I.afont d’Aussoniic attribue l’cva-sion de iiindaiiie de Lainottc à la famille Soiibise.

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voir plutôt une manpie de sa honte d’âme et de sa justice, car dans sa pensée M. de Rohan était plus coupable que madame de Ijamotte, et celle-ci avait été punie pins sévèrement que lui. C’est cette inégalité dans le cluitiment que voulut faire disparaître Marie-Antoinette en faisant rendre la liberté à la prisonnière

Ce ne lut qu’à <pielques lieues de Provins que la fugitive put ehanger son costume d’homme et reprendre les habits de son sexe. Ce changement eut lieu dans une longue allée de saules plantés au pied d’une montagne, le long d’nn ruisseau (|ui arrosait une superbe prairie, et n’eut d’autres témoins que quehpies charretiers, qui se contentèrent en passant de lui souhaiter le bonjour.

De Provins, madame de Tjamotte sc rendit à Troyes, et de là à Ponsav, petit villa{fe à trois lieues au delà de Bar-sur-Aube ; après avoir communiqué par lettres avec quelques-uns de ses parents qui habitaient cette ville, elle atteignit Nancy et lainéville par des chemins détournés , puis Metz et Thionville, et de cette dernière localité elle gagna Olerisse, village du pays de Luxembourg.

Ce fut là qu’elle entendit lire par un curé dans le

* On prôlend que la supérieure do la Salpêtrière aidii iiiadaine do Lamotte à s’enfuir, et qu’au moment de la quitter, elle lui dit avec une grande naïveté : « Adieu, madame, prenez bien garde de vous faire remnnjuer. » Qu’il soit authentique ou non, le mot est a.ssez joli pour être conservé.

journal de Luxembourg les détails qui suivent sur son évasion de la Salpêtrière : « Le 5 de juin, la comtesse de Lamotte s’est évadée de la Salpétrière entre onze heimes et midi, avec une fille nommée Marianne, qui la servait. Des personnes de la plus liante distinction , attendries sur les malheurs de cette célèbre infortunée, avaient réuni en sa laveur leurs efforts et leur crédit, et il avait été résolu qu’elle serait conduite sous peu de jours dans un couvent. On assure qu elle devait cet adoucissement <à son sort à la bonté du Uoi , à qui on avait rendu compte de sa courageuse résignation dans la situation affreuse où elle se trouvait. Sœur Marthe affirme qu’elle a pris la finie habillée en homme, et qu elle est sortie de la Salpétrière en tenant à la main une cage qui renfermait un oiseau, aiupiel elle était très-attachéc. »

Cependant le bruit de la retraite de madame de Lamotte dans le pays de Luxembourg se répandait peu à peu, et force lui fut de songer à se réunir, dans le plus bref délai, à M. de Lamotte, qui élait alors à Londres. Mais les ressources lui mampiaieut; Marianne, envoyée par elle à Har-sur-Aubc pour y chercher de l’arip-nt, n’essuya que des refiis auprès de madame de Suremont, sa tante, et ayant été* tenter la fortune à Paris, n’y fut pas plus heureuse; on la menaça même de la faire renfermer de nouveau ù la Salpêtrière; enfin, avant de rejoindre sa maîtresse, elle repassa à Par, où elle parvint à

réunir deux louis qu elle porta à madame de Lamotte.

l^e 28 juillet, celle-ci reçut des nouvelles de son mari, quitta définitivement Olerisse quelques jours apres, et, le 4 août, madame do liamotto, arrivée à Londi’es, pouvait défier impunément la justice française.

Une Ibis réunie à son mari, elle soiiffca enfin à se venjjer par des calomnies de l'iiumiliation méritée qu’elle avait subie; c’est à Londres <|ue l’échappée de la Salpêtrière s’occupa de rédi{[cr ses Mémoires.

Ce fut, dit-on, M. de Galonné qui rédi{jea ce pamphlet immonde, dans lequel madame de Lamotte vei’se sur Marie-Antoinette les plus infâmes calomnies ; elle y dit formellement avoir été dans les bonnes {jrâces de la Reine, avoir facilité à M. de Rohan sa rentrée en faveur près de sa souveraine, leur avoir ménagé de nombreuses entrevues qui se terminèrent par l’achat du collier, achat auquel Marie- Antoinette ne fut pas aussi étrangère qu’elle l’a prétendu; l’ouvrage se terminait par une correspondance entre la Reine et le cardinal de Rohan, correspondance qui ne se trouve j>as dans la réimpression de la Vie de Jeanne de Saint-Ilciny, faite en 1792 par Garnery, mais qu’on peut Ure en entier dans un ouvrage intitulé Mémoires anthentiqnes et lier i tables de madame la comtesse de Lamotte, née de Luz de Saint-Remy de Valois '.

* 2 vol. in-8", format des cabinets de lecture, chez Re-

Ces lettres sont au nombre de trente-deux; nous en donnerons une rapide analyse ' :

coules, librairc-^kliteiir commissionnaire, rue des Matliiirins Saint-Jacques. Paris, 184(>. — Qiiérard attribut; cct ouvrage au baron d’Agioult.

‘ Les Mémoires de la comtesse d6 Valois de Lamotte débutent par une préface romane.sque que nous reproduisons en entier.

U AVANT-PROPOS DF. I.’kDITEUR.

Fn livrant à la curiosité du public cet ouvrage, je ne fais que remplir nu engagement. Je ne prends sur moi la responsabilité d’aucun des faits qui y sont écrits ni n’eu affirme la vérité, pas plus que je ne les déclare faux et meu.songers.

Ce que je dirai seulement, c’est qm; ce sont les Mémoires authentiques et véritables de madame la comtesse de Lamotte, née de Luz de Saint-Remy de Valois.

Voici comment ils se trouvent en ma possession :

Au commencemeut de cette année (1845), un liomnic âgé dont Ionie la tournure annonçait le savoir-vivre le plus p.irlàit, vint me trouver, et me pria de lire attentivement le manuscrit qu’il allait me confier.

— Je suis le comte de ■***, me dit-il en me remettant sa carte. J’accomplis le dernier vœu de quelqu’un qui me fut cher, et qui est mort il y a trente ans maintenant. Ce manuscrit doit voir le jour cette année, ne le parcourez pas, mais lisez-le avec soin ; dans huit jours, je viendrai chercher votre réponse.

Il revint en effet au bout des huit jours, mais il était plus changé que huit annéi’s ne l’eus.sent pu faire.

— llàlons-noiis de terminer, me dit-il, je ne dois pas vivre encore longtemps; je n’ai en la force de supporter l’existence que pour exécuter l’ordre dernier de mon amie, et, si je ne me presse pas, je mériterai ses ivproches dans un autre monde.

La première de ces letti'es est adressée par M. de Rohau à Marie-Antoinette; elle est datée du 19 mars

•Te «levais, en écliauye du manuscrit, verser une soniine do... la fabrique de l’église de..., pour que chaque année, à pareil jour de la conclusion de ce traité, une grand’messe fiit célébrée en faveur de l’ânie ;

UE TIlÈS-HAfTE, TRÈS-PUISSANTE, TRÈS-EXCELLENTE DAME MARIE-ANTOINETTE, ARCHIDUCHESSE d’ai:TRICHE,

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