‹ Marie-Antoinette et la procès du collier d'après la procédure institute devant le Parlement de ParisChapitre 17 sur 37 · REINE DE E’RANCE · texte numérisé non relu

REINE DE E’RANCE

DE TRÈS-HAUT, THÈs-PUISSANT SEIGNEUR , LOVIS-RENÉ-ÉDOUARD , i PRINCE DE ROHAN, CARDINAL, ftVÈlJUE DE STRASnOURO, GRAND AUMONIER DE FRANCE,

ET DE DAME JEANINE DE LÜZ DE SAINT-REMY DE VALOIS, COMTESSE DE LAMOTTE.

•le devais en outre publier le manuscrit dans le courant de l’année.

.T’ai accepté ces conditions, et je' les ai scrupuleusement r«!spectées.

Ouinzc jours après avoir mis sous presse, je reçus une lettre de faire part qui me priait d’assister au seiTice, convoi et enterrement du comte de ***.

L’Éditeur.

Paris, mai 1H45. n

Ce début, fait jKuir aiguiser la curiosité des lecteurs, semble dire que celui «pii remit en 1845 c«- manuscrit à l’éditeur n’était autre que le comte de Lamotte lui-même, <(ui accomplissait en cela le veeu de sa femme, morte trente ans auparavant, c’est-à-dire en 1815.

Or, tout cela est faux , car madame de Lamotte mourut à Londres en 1791, et M. de Lamotte au mois de novembre 18:J1.

Il se borne à protester de son respect poui- la Reine, tout en s’élevant contie les calomnies dont il est l’objet.

La deuxième, du 21 mars de la même année, et également du cardinal , revient encore sur le passé, et sur le désir où il est de voir se terminer sa disgrâce; elle se l(‘rrnine ]>ar ces mots : « J’ose croire que vous ne dédaignerez pas de m’entendre, que votre belle bouche prononce un oui, vous verrez votre esclave ù vos pieds, et ce jour sera le plus heureux de ma vie. »

La correspondance continue ainsi toujours de la part du cardinal dans les lettres suivantes. Il y présente sa justification, et, le 28 avril 1784, la Reine lui répond, par une lettre qui porte le n° 7, qu’elle a tout oublié. Le cardinal lui demande la ])erniissiou de la voir, et de lettre en lettre nous arrivons à celle qui porte le u° 13 , et qui est écrite le lendemain de l’aventure de la fille d’Oliva.

Voici cette lettre, elle est adressée par le cardinal à Marie- Antoinette.

29 juillet 1784.

« Mon adorable maître (c’est le nom tpie M. de Rohan donne à la Reine), permettez que votre esclave vous exprime la joie qu’il ressent des favems que vous lui avez accordées'.

Cette rose cbaimante est sur mon cœur, je la conserverai toute ma vie, elle me rappelle sans

MARIE-AJJTOINETTE

cesse le premier instant de mon bonhenr. En quittant la comtesse (de I^amotte), j’étais si transporté, que sans m’en apercevoir je me suis trouvé à l’endroit charmant que vous aviez choisi.

Après avoir traversé la charmille, je désespérais de reconnaître la place où votre esclave chéri s’est précipité à vos pieds.

Destiné sans doute à n’éprouver dans cette belle nuit que des sensations heureuses, j’ai reti-ouvé ce joli gazon que ces jolis petits pieds avaient un peu foulé. Je me suis précipité comme si vous y aviez encore été, et j’ai baisé avec autant d’ardeur l’herbe sur laquelle vous étiez assise, que cette belle main qui m’a été livrée avec cette grâce et cette bonté qui n’appartient qu’à mon cher maître.

J’ai eu beaucoup de peine à quitter ce lieu enchanté. J’y aurais sûrement passé la nuit, si je n’avais craint de causer quelque inquiétude à mes alentours, qui savaient que j’étais sorti.

Rentré chez moi, je n’ai pas tardé à me mettre au lit; j’ai eu beaucoup de peine à m’endormir; l’imagination fra|)pée de votre adorable personne m’a causé pendant le sommeil les sensations les plus délicieuses.

Heureuse nuit, vous avez été le plus beau jour de ma vie !

Adorable maître, votre esclave ne peut trouver d’expressions pour peindre sa félieité; vous avez vu hier son embarras, sa timidité, son silence, effets

ET LE PROCÈS Dü COLLIER.

naturels de l’amour le plus pur ; vous seule, dans l’univei's, pouviez produire ce qu’il n’a jamais éprouvé.

Je crois quelquefois avoir fait un rêve agréable; mais rapportant toutes les circonstances de mon bonheur, me rappelant ce son de voix enchanteur prononcer mon pardon , je me porte à des excès de joie accompagnés d’exclamations, qui, si elles pouvaient être entendues, feraient croire au dérangement de mon cerveau.

Voilà mon état, je le trouve bien heureux, et je désire le conserver toute ma vie.

Je ne partirai pas avant d’avoir reçu de vos nouvelles ' . »

Ce ton , quelque incroyable qu’il j)uisse paraître , n’est encore rien à c6té de celui qu’emploie l’auteur dans les lettres suivantes; enfin, d’épître en épître, la Reine en arrive à tutoyer le cardinal, et le caidinal à tutoyer la Reine.

Le n° 19 est ainsi conçu.

U LETTRE DE L.\ REIXE AU C.YRDINAL.

18 août 1784.

Je t’écris à la hâte potir te prévenir qu’il m’est impossible de te recevoir ce soir; je suis plus instruite cpie je ne voudrais, et quoiipie furieuse de

* Mémoires de la comtesse de Valois, t. 1, p. 314 et suiv.

M A Kl E- A N TOI NETTE

la scène que je viens d’avoir avec la P[olifjnac] , je veux cacher mon ressentiment et porter la dissimulation au dernier période ; je sais que la colère n’est bonne à rien, c’est pourquoi je j>rends le parti qui convient, quoique contraire à mon inclination...

Ne pars demain qu’à une heure, et ne manque pas de te promener ce soir dans l’allée de T [rianon] . . .

. . . Compte sur mon attachement, et sois persuadé que je saurai traiter comme je le dois des inyrats qui sont devenus tes ennemis...

De la discrétion surtout, je compte .sur la comtesse comme sur moi-même ‘. »

Il est natiu’cllement (picstion dans cette correspondance du collier. La lettre qui porte le n° 28 est adressée parla Reine au cardinal.

Elle commence ainsi : « Si je n’avais pas voulu mettre du mystère dans l’emplette du bijou, je ne vous aurais certainement pas employé pour me le procurer. »

Dans le numéro suivant , la Reine envoie au cardinal le papier contenant les apjnouvé et sa sifjiiature, et elle ajoute : « La comtesse te remettra l’écrit et t’expliquera le motif de la tournure (jue j’ai prise; comme je suis censée ignorer la confidence que tu lui as faite ainsi que la marque de confiance que tu lui donneras en lui faisant voir nos arranjfcments particuliers , c’est une raison plus que

* Mémoires île la comtesse de Valois, f . I , p.

suffisante pour lever toutes les difficultés; tu garderas cet écrit et ne le remettras tpx’cà moi. »

Enfin le n“ 32, qui termine cette indigne correspondance, est daté du 12 février 1785.

Le lecteur nous pardonnera d’avoir insisté sur ces lettres et de l’avoir conduit dans ce dédale d’infamie ; il nous a paru bon de montrer à quel point d’animosité en sont arrivés rpielcpies adversaires passionnés de Marie-Antoinette.

De telles turpitudes ne se discutent pas ; on doit se borner à les faire voir. C’est à la conscience publique à en faire justice.

S’il faut s’en rapporter à certains écrits de l’époque, madame de Lamotte vécut à Londres dans l’intimité de M. de Galonné ' : « Depuis longtemps,

* « Je m’aperçus bientôt que les liaisons de M. de Galonné avec le rejeton du sanff des Valois étaient de la nature la

plus intime Une rupture éclatante eut lieu tout à coup

entre les deux réfu{;iés Je dirai eu peu de mots qu’étant

à jouer ensemble au piquet, l’ex-ministre s’écria sur un coup décisif : «Madame, vous êtes n l.e ton dont il pro-

nonça ces paroles, la manière dont il appuya sur le dernier mot, annonçaient assez l’intention d’une allusion malif;ne. La comtesse la sentit, elle en fut indignée au dernier point, et à l’instant une foule d’injures plus énergiques les unes que les autres sortiivnt de .sa bouche. L’ex-ministre y répondit avec un feu à peu près égal, l.a comtesse, hors il’elleinême, renverse la table qui la séparait de M. de Galonné; elle fond sur lui , et ses belles mains qui jirsqu’alore n’avaient fait que flatter la figure héléror'lite de .son vieil amant, s’y font sentir d’une tout antiv manière, et y forment une em-

dit M. de Lamotte les liaisons de madame de Lamotte et sa manière de vivre m’avaient éloigné d’elle. Je regrettais avec raison, et comme elle en convient elle-même, d’avoir contracté, en l’épousant contre le gré de ma famille, une alliance qui m’avait abreuvé de chagrins et qui était la source de mes malheurs. Dans le récit qu elle a fait depuis son arrestation à Bar-sur-Auhe jusqu’à son évasion de la Salpêtrière, on a dû s’apercevoir de ce qu’elle nomme vivacité, impatiences, et que je qualifie, moi, de violence de caractère. Plusieurs fois, pendant le temps que j’ai passé avec elle , elle a tenté de se détruire, et cela pour des bagatelles, pour des contrariétés fort minimes ; deux fois je l’ai retenue par ses vêtements lorsqu’elle s’élancait par la croisée; une autre fois elle saisit un pistolet dans mon secrétaire , et sans un livre que je tenais heureusement et que je lançai contre l’arme et la main qui la dirigeait vers son oreille , je l’aurais vue tomber à mes pieds

Lorsqu’elle vint me rejoindi'e à Londres , j’évitais toutes les occasions de lui donner la moindre contrariété. Je m’aperçus aisément que les grands malheurs qu’elle venait d’essuyer avaient encore aigri son caractère, et qu’il fallait user de ménagements et de précautions pour la conserver. Malgré toutes

preintü des plus désagréables. » Jidie philosophe , ou le Bon patriote, t. II, ]). 17.

* Mémoires du comte de Lamotte, etc., p. 83 et suiv.

ET LE PROCÈS Dü COLLIER. 189

ma patience , je ne pus cependant m’empêcher de lui dire un jour que son entêtement et ses violences étaient la cause de tous nos malheurs. Je n’eus pas plus tôt prononcé ces mots qu’elle sauta sur un poignard qui se trouva par hasard sous sa main , et , malgré ma promptitude à voler à son secours, ainsi que les personnes qui se trouvaient dans l’appartement, nous ne pûmes empêcher qu’elle ne se frappât au-dessous du sein, et nous la vimes tomber à la renverse. Les prompts secours qui lui furent administrés lui sauvèrent la vie. »

Cet aveu de M. de fjamotte sur le caractère violent de madame de I^amotte et sur ses liaisons et sa manière de vivre est précieux pour nous, en ce qu’il prouve bien qu’il était édifié sur les relations de sa femme avec Rétaux ; et si la scène culâeuse racontée par Julie philosophe n’est pas vraie, au moins, d’après les paroles de M. de Lamotte lui-même, ne manque-t-elle pas tout à fait de vraisemblance.

Quoi qu’il en soit de la vie que mena madame de Ijamotte en Angleterre, sa fin fut misérable.

On a prétendu que pendant une orgie ses compagnons de débauche l’avaient jetée d’un second étage sur le pavé

M. de Lamotte raconte, d’une façon plus hono-

* Mémoires de tabbé Genrgel, l. II.

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