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Le départ ressembla à une fuite. Le baron et sa femme quittèrent Fontette au milieu de la nuit, emmenant avec eux trois de leurs enfants, et laissant le quatrième, petite fille encore au berceau, suspendu aux fenêtres de son parrain, paysan aisé du pays C’était là, il faut en convenir, une singulière manière de faire appel à sa charité.
Les ressources de la famille de Valois n’étaient pas considérables. A Vaugirard, près Paris, il ne lui restait plus rien; et la petite .Jeanne, celle qui deviendra plus tard madame la comtesse de Lamotte , allait mendier dans les rues en disant , pom* exciter la compassion des passants : « Ayez pitié d’uuc orpheline qui descend en ligne directe de Henri II , roi de P'rauce*. «
Enfin , après une série de longs jours passés à solliciter la charité publique, le baron de Valois finit par entrer à riIotel-Dieu, où il mourut le IG février 1762^. Sa femme se ha avec un misérable soldat nommé Itaymond, qui eut l’impudence de s’approprier les titres du défunt et de mendier publiquement, sous le titre de baron de Valois, à la porte des Tuileries, ce qui le fit coudamiier par le Châtelet à cinq ans de baunissemeut , et finit par disj)araitre
* Mémoires du comte de LamoUe, p. 18.
’ Mémoires du comte de Lamotte, p. 1!).
* Mémoire sur la maison de Saint-Rcmy de Valois, etc. , p. 42().
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avec lui en laissant à ses enfants, pour toute provision , un petit sac de noisettes ' .
Abandonnés par leur mère , les orphelins furent recueillis j>ar la marquise de Boulainvilliers, <jui plaça les deux sœurs dans un pensionnat à Passy, où la plus jeune mourut quelque temps après de la petite vérole.
Restée seule dans l’institution, Jeanne de Saint- Remy ne tarda pas à en sortir pour entrer en qiialité d’apprentie chez une maitresse couturière, d’où une maladie assez {|rave robli{jca bientôt de sortir®. Après sa jjuihisoii , elle rentra chez une autre couturière, mais elle finit par laisser là l’apprcntissa{{e.
Cependant madame de Boulainvilliers ne néjjli- {jeait pas les intérêts de scs protégés. Le fils du baron de Valois avait été placé par scs soins dans la marine et s’y conduisait bien : grâce «aux sollicitations de sa bienfaitrice, il obtint de Ijouis XVI une pension de huit cents livres. Jeanne et sa sœur, celle qui avait été laissée à la fenêtre du paysan de l'outette, jouirent de la même faveur.
Cependant Jeanne grandissait près de la marquise de Boulainvilliers. Sans être belle, elle avait <lc la grâce et savait plaire. Le mari de sa protectrice, M. de Boulainvilliers, ne fut pas insensible aux charmes naissants de la jeune fille. Sa tendresse
' Mémoires du comte de Lamolte , p. 25.
* Mémoires du comte de Lamotte, p. î$3.
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se manifestait par des attentions prévenantes et même par des présents. Mademoiselle de Valois aeeueillait fort mal les assiduités de son vieil amoureux ; enfin , celui-ei se lassa de soupirer inutilement, et en véritable roué de la eour de liOuis XV, il résolut de séduire l’enfant fjui habitait sous son toit.
« Tout le monde, dit madame de Lamotte dans ses mémoires ' , s’était retiré pour se livrer an repos, et il régnait partout un silence profond, loi'sque M. de Boiilainvilliers , qui ne s’était pas couché et qui avait pris toutes ses mesures pour ne reucontrer aucun obstacle , sortit à pas lents de son appartement pour entrer dans le mien, où je reposais dans la sécurité de l innocence.
» La faible lueur d’une lanterne sourde qu’il tenait à la main guidait ses pas ; au mépris des lois de l’hospitalité et sans égard pour la faiblesse de ma santé, il ouvrit la porte de ma chambre; mais le bruit <ju’il ne put s’empêcher de faire m’éveilla, et j’entr’ouA ris mes rideaux.
« Ciel ! que vis-je ! Le marquis de Boulainvilliers en robe de chambre et eu pantoufles, tenant en main une lanterne qu’il alla placer sur une console ; ma terreur ne peut se décrire, tous mes membres frissonnèrent ; mais mon étonnement ftit plus grand encore rpie mon effroi.
* Via de Jeanne de Saint-Hemy de Valois, ci-devant comtesse do Jmmotte, etc., t. I , p. KH) et siiiv.
» Mes yeux se dessillèrent tout à coup ; je ne vis plus dans l’homme cpie j’aimais comme un père, cjue je regardais comme mon protecteur, comme le gardien de mou innocence, qu’un ennemi cruel, qu’un être vil qui voulait me perdre. Ses soins, ses prévenances, les présents (pi’il m’avait faits, ne me parurent plus que des pièges tendus à mon inexpérience et à ma bonne foi ; je détestai tout ce que j’avais reçu de sa main, et l’indignation succéda à l’attachement dont j’avais cru devoir payer ses bienfaits. Avec de tels sentiments, il ne fallait pas de grands elforts de vertu pour lui résister.
>1 Le manjuis , voyant l’excès de mon agitation que je ne cherchais pas à dissimuler, me supplia de me calmer, de ne rien craindre de sa part, de compter sur sa discrétiou, sur sa délicatesse. Prières, promesses, menaces, il mit tout en œuvre pom' vaincre ma résistance, .le n’écoutai rien, et voyant qu’il osait approcdicr de mon lit, je lui dis d’une voix ferme que mes cris allaient alarmer toute la maison, si dans l’instant même il ne sortait de ma chambre.
» Cette menace eut tout l’effet que je pouvais désirer; craignant que je ne rendisse conq>te à madame de lloulainvilliers de sa conduite à mon égard, il sortit de ma chambre en maudissant ce qu’il appelait mon opiniâtreté, jurant (jue je ne tarderais pas à me repentir et qu’il serait vengé de mes refus. »
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Ces tentatives, qui pouvaient se renouveler, d<‘cidèrent Jeanne de Valois à se réfnjper à l’abbayc de Lon[;clianips, où elle emmena sa plus jeiint' sœur, que la marquise de Houlainvilliers avait retirée des mains du paysan de Foutetle ' ; mais le siqour qu’elles y firent fut de courte durée, et les deux sœurs, pour des motifs d’économie, résolurent d’aller habiter Bar-sur-Aube, leur pays natal.
Installées d’abord chez les bénédictines de cette ville, elles ne tardèrent pas à céder aux sollicitations d’une dame Clanssc de Surmont , qui les lojjca chez elle moyennant 4tX) livres de pension pour chacune.
(je fut là que Jeanne de Valois rencontra j)Our la première Ibis M. de Lamotte neveu de madame d(; Surmont.
M. de I^amotte était, au moins s’il faut l’en croire, d’une ancienne famille. Henri IV avait écrit à l un de scs ancêtres : « A notre ami et féal eliev.alicr de Lamotte. » Sept de ses aïeux étaient morts au service, décorés de la croix de Saint-Louis, et son père avait été tué le I" août 175Î) à la batailb; de Minden
M. de Lamotte n’avait <pie cinq ans quand son père mourut ; après une «'dncation plus que superficielle, il fut admis dix années pins tard dans la
' Mémoires du comte de Lamotte, etc., p. 48.
’ lïe de Jeanne île Saint-Remy, etc., t. I , p. 178 et siiiv.
* Mémoires du comte de Lamotte, etc., p. G et 7.
gendarmerie, et il y avait déjà douze ans rjii’il servait dans ce corps quand les demoiselles de Valois arrivèrent à Bar-sur-Aubc , où lui-même se trouvait en congé de semestre.
Au physique, dit M. Beugnot « M. de Lainotte était un homme laid, mais bien lait, habile à tous les exercices du corps, et, en dépit de sa laideur, l’expression de sa figure était aimable et douce. Il ne manquait entièrement d’esprit, et ce qu’il en avait était tommé vers les aventures subalternes. ’>
K Dénué de toute espèce de fortune, continue M. Beugnot *, il avait cependant eu le talent de se noyer de dettes ; il ne vivait qu’à force d’industrie et de la pension obligée de 300 livres «pic M. de Surmont, son oncle, lui faisait pour le soutenir dans la gendarmerie. »
M. de Lamotte ne tarda pas à s’occuper particulièrement de Jeanne de Valois, qui reçut ses avances avec plaisir, et bientôt un mariage fut résolu
‘ Mémoires de Bcuynot, cités par Louis I.acour dans les Mémoires du comte de Valois, |>. 55.
’ Mémoires de Beugnot, cités par L. Lacour dans les Mémoires du comte de Lamotte, p. 11.
* Après le mariage de sa sœur, la plus jeune des demoiselles de Valois se retira à l’abbaye de Jarcy (Seine-el-Oise) ; elle y était encore en 178i. La lettre suivante donnera une idée de la détresse où elle se trouvait'à celte époque, et de l’éducation qu’elle avait reçue :