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or, avaient forcé une procession qui les {jênait pour se rendre à nue partie de cliasse chez le prince de Paar ; 4" des dettes immenses contractées par Ini et ses jfcns, dettes qui ne furent que tardivement et imparfaitement acquittées. »
A son retoui' en France, M. de Rohan put se ' convaincre des dispositions peu favorables de Louis XV^I et de Marie-Antoiuette à son égard.
Il fut cependant nommé grand aumônier de France, en remplacement du cardinal de la Roche- Aymon.
Laissons l’abbé Georgel ' raconter de (juelle manière M. de Rohan obtint cette |tlace :
« L’expectative de la grande aumônerie avait été promise jiar Louis XV à la comtesse de Marsan, sœur du prince de Soubise, poiu' le prince Louis de Rohan, son cousin. Cette princesse, née Rohan ^ veuve d’un prince de la maison de Lorraine, était gouvernante des enfants de France (Louis XVI, Louis XVIII et Charles X); avec un caractère aussi plein de noblesse et d’énergie ((ue le sien, elle était digne de présider à une éducation aussi auguste;, ses rares vertus et sou inflexiljle probité lui attiraient l’estime du Roi et les respects de la cour; elle ne voulut accepter de Louis XV, pour prix de ses services, que la seule et unicjue grâce de l’expectative de la grande aumônerie de France. Ce monarque la
* Mémoires de Fabbc Gconjel, t. II, p. 9 et siiiv.
ET LE PnOCES nu EOLLIEll.
lui assura par un ('•crit signé de sa main. A l’avénement de Louis XVI à la couronne, la comtesse de Marsan, qui avait élevé ce monarque, ne tarda pas à remettre la place de gouvernante à sa nièce la princesse de Guémenée. On lui en conserva les lionneurs et les prérogatives, mais, toujours désintéressée, elle renonça au traitement annuel de 80,000 livres qui lui était, d’après l’iisago, légitimement 'dû. Elle ne demanda à Ijonis XVI pour toute récompense <jue la confirmation de la grâce que son grand-père avait accordée au prince Louis de Rohan, et dont elle représenta l’écrit. IjC Roi n’hésita pas à donner sa parole royale de ratifier cette promesse.
» Cette place éminente, successivement occupée par les cardinaux Armand de Rohan et Armand de Rohan-Souhise, avait à la mort de ce dernier passé au cardinal de la Roche-Aynion.
» La Reine, dont le plan était d’éloigner le j)rince Louis de la cour, entreprit de faire changer ces dispositions. Elle avait connaissance de la promesse faite à la comtesse de Marsan, mais elle cnit qu’il ne lui serait pas difficile de concilier les égards dus à une telle promesse et son désir véhément d’en empêcher l’effet. Au moment où une maladie grave menaçait les jours du cardinal de la Rochc-Aymon, la Reine crut devoir donner au Roi quelques éclaircissements sur la personne désignée comme successeur du grand aumônier; elle lui peignit le prince
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T>ouis de Rohan sous des couleurs si défavorables, cpi’elle parvint à inspirer au Roi de réloijçneinent pour ce dernier; mais comment indisposer une maison qui tenait un des premiers ranjjs à la cour et avait toujours bien mérité de l’Ktat? Comment manquer à la parole royale donnée à une personne de la plus liante naissance et dont les services importants repoussaient un désafjrément aussi marqué?
« Ces réflexions du Roi , nées de son amour pour la justice et de son attachement sincère pour madame de Marsan, ajoutaient encore à sa peqilexité. La Reine trouva les moyens de les faire évanouir. Il fut donc convenu que le coadjuteur de Strasbourjj ne serait pas jjrand aumônier, et qu’on prendrait des arrangements pour satisfaire la maison de Rohan et ne pas indisposer la comtesse de Marsan. La Reine s’applaudit de ce succès, mais crut devoir en garder le secret, que le Roi révéla au comte de Maurepas. Le ministre ne dissimula pas tous les a.ssauts qu’il aurait à soutenir de la part d’une femme du caractère de sou ancienne gouvernante. Le ministre aimait d’ailleurs la maison de Rohan; il ne crut pas manquer à la confidence du souverain en donnant avec prudence l’éveil de ce qui s’etait ainsi tramé dans le silence. Ce fut à moi qu’il s’adressa pour en faire confidence à la comtesse de Marsan ; cette princesse en fut vivement émue, mais non pas ébranlée. Son àme, en une telle circonstance, semblait se mettre au niveau de la dignité
qui lui convenait pour diriger ses démarches et mesurer ses paroles; elle ne confia ce secret qu’au prince de Souhisc son frère et au prince Louis, et je fus chargé d’en aller informer avec les nuances convenues la princesse de Guéménée, qui , dans les bonnes grâces de la Reine, pouvait faire changer l’opinion de cette princesse en lui peignant les vives inquiétudes de la maison de Rohan et lui inspirer plus de bienveillance.
n f.e moment pressait; le grand aumOnicr était à toute extrémité. Le prince de Souhisc arriva chez sa fille, la princesse de Guéménée, au moment même où je m’y trouvais, pour l’avertir qu’il était temps d’agir. La princesse de Guéménée ne put point voir la Reine, <|ui se préparait à aller à un bal masqué à Paris, mais elle lui écrivit la lettre la plus pressante et la plus touchante, à laquelle Marie- Antoinette répondit siir-le- champ ees mots de sa main : « Soyez sans intpiiétnde, ma chère princesse, » voti’c maison sera contente, on ne lui enlèvera pas n la grande aumônerie. » f.e prince de Soubise et sa fille étaient ravis de ce succès. .le fus envoyé chez M. de Maurepas avec ce billet; il était onze heures du soir. Ce ministre ne l’eut pas plutôt parcouru, qu’il me dit : « C'est là le bon billet tjii'a Iti Châtre, n Non, on n’enlèvera pas la grande aumônerie à la » maison de Rohan, car le Roi va la donner au » prince Ferdinand de Rohan, frère du coadjuteur... » Voilà le mot de l’énigme qui m’a élé confié. Hâtez-
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n VOUS (le (l(';sabuser la princesse de Guéméiu^e et )i d’avertir madame la comtesse de Marsan. »
» La ffoiivernante des enfants de France aetiiellemcat en exercice ne pouvait croire (|ue la Reine eût voulu lui donner le clianye. Le prince de Soubise se bâta de se rendre à Paris [)our montrer à sa sœur le billet de la Reine, et lui donner l’interprétation de M. de Maurepas. liC cardinal de la Roebe-Aymon mourut dans la nuit. T^a comtesse de Mai san se trouva chez le roi à son réveil :
» liA co.MTE.s.SE. — Sire, le cardinal de la Roebe- Aymon est mort cette nuit; je viens réclamer vos bontés et votre parole royale pour mon cousin, le coadjuteur de Strasbourg.
>1 Le roi. — Ma cousine, je sais <jue je vous ai promis pour lui la grande aumônerie, mais c’est aujourd’bui nue chose impossible : demandez-moi toute antre chose pour lui, mais il ne sera pas mon grand aumônier.
» La CO.MTE.S.SE. — Votre Majesté me cause un saisissement de surprise (jui ne peut s’allier avec la parole sacrée d’un roi. ]N'on, Sire, vous n’y manquerez pas, et mon cousin sera grand aumônier.
» Le roi. — Qui pourrait me forcer à prendre un homme pour (jui j’ai la plus grande répugnance?
» La co.mtesse. — Vons-méme, Sire; oui, vousmême, qui ne voudrez pas qu’il soit dit que vous avez manqué solennellement à votre parole donnée
ET I,E PROCES Dtl COLLIER.
pour services rendus. Une simple répugnance n’est pas un titre pour y manquer.
» Le roi. — Je ne manque point à ma parole; je vous ai promis la place ; je vous la donne pour son frère le prince Ferdinand : la maison de Rohan n’a pas à se plaindre.
r > La comtesse. — Beaucoup, Sire, oui, beaucoup, si le coadjuteur n’est pas grand aumônier. C’est pour lui seul, et non pour sou frère, que j’ai demandé et obtenu cette place. Votre promesse est formelle, je l’ai rendue publique : j’en suis garante vis-à-vis la maison de Rohan. Votre Majesté voudrait-elle pour une répugnance déshonorer le coadjuteur et l’exposer au blâme d’avob’ encouru votre disgrâce sans délit connu?
« Le roi. — Eh bien, je lui donnerai une grâce marquante pour repousser cette opinion. Voulezvous pour lui ma nomination au cardinalat?
i> IjA co.mtesse. — Non, Sire, non, nulle grâce ne peut entrer en compensation de celle (jui est revêtue du sceau de votre parole royale, à laquelle seule j’attache le prix de mes services et des soins que j’ai prodigués à votre enfance.
» Le roi. — Je ne le puis plus, j’en ai donné ma parole à la Reine.
» La comtesse. — Je respecte. Sire, les volontés de la Reine, mais Votre Majesté ne peut avoir deux paroles : la Reine ne voudrait pas que par complaisance pour elle le Roi fasse ce (pie la menace d’une
mort certaine ne ferait pas faire au dernier gentilhomme de son royaume. Si la parole d’un gentilhomme est sacrée au point qu’on ne puisse y manquer sans déshonneiu*, que doit être celle d’un roi? Je |>reuds donc la respectueuse liberté d’assurer Votre Majesté, qu’ayant publié la parole qui m’a été donnée par elle, je me trouverai dans l’impérieuse nécessité de publier également que le Roi n’y a manqué que pour complaire à la Reine : le Roi ne voudra pas s’exposer à un blâme de cette nature.
» Leroi. — Voulez- vous doue, ma cousine, me foreer à placer malgré moi dans ma maison un homme qui me déplaît et qui déplaît souverainement à la Reine?
>i La comtesse. — Non, Sire, je n’invocpie aujourd’hui que votre loyauté et votre justice. Nommez le coadjuteur grand aumônier, vous vous le devez à vous-même; mais il ne doit pas garder cette place malgré vous. Voici donc à quoi je m’engage pour lui et pour toute la maison de Rohan : Si dans deux ans mon cousin n’a pas le bonheur de dissiper par sa bonne conduite et par ses services la déplaisance (le Votre Majesté et de mériter ses bontés, il donnera sa démission et ne paraîtra plus à votre cour; si le Roi l’exige, il lui remettra lui-même cette promesse secrète par écrit, au moment de sa nomination.
» Le Roi, pressé par de si vives instances, se rendit enfin : Eh bien, dit-il, puisque vous l’exigez
ainsi, je le nomme à regret, mais aux conditions que vous proposez vous-même, n
Le lecteur nous pardonnera sans doute cette longue citation en faveur de son intérêt même. Du reste, indépendamment des détails curieux que nous donne 1 abbé Georgel sur la nomination du prince Louis, elle permet d’apprécier sa façon de penser à l’égard de la reine Marie- Antoinette, et, pour nous servir de l’expression du dernier éditeur de madame Campan , de voir avec quelle haine respectueuse il parle d’elle.
Quoi rpi’il en soit, les préventions de la Reine contre M. de Rohan ne 1 empêchèrent pas d’être nommé successivement abbé de Saint-Waast, proviseur de Sorbonne et administrateur de l’hospice des Quiiize-Vingts.
Il était d’usage à la cour que le Roi fît nommer son gi-and aumônier au cardinalat, mais Louis XVI ne voulut pas faire jouir le prince Louis de cette faveur; sa nomination lui avait été arrachée par madame de Marsan , il l’avait signée à regret , aussi donna-t-il le chapeau au cardinal de la Rochefoucauld, archevêque de Rouen, et ce fut par le roi de Pologne , Stanislas Poniatowski , que le grand aumônier de France obtint la pourpre romaine.
Telle était la position de M. de Rohan ; mal vu à la cour, il faisait en vain tous ses efforts pour regagner les bonnes grâces de la Reine et la confiance du Roi. Du reste, il se croyait un honune politique,
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et son plus grand d(’-sir était d’être premier ministre; partout il répétait qu’on ne lui rendait pas justiee, qu’il lui était faeile de se justifier, de faire revenir Louis XVI et Marie- Antoinette des préventions mal fond<’‘es qu’ils avaient eontre lui.
Obligé de partager sa vie entre Versailles où l’appelait sa eharge de grand aumùnier, et Strasbourg dont il (‘tait devenu prince-évêque à la suite de la mort de sou oncle , le cardinal de Rohan faisait de frécjuents voyages en Alsace. Ce fut dans l’un de ces voyages, au mois de septembre 1781, que madame de Boulainvilliers lui présenta, comme nous l’avons d(‘jà dit, à Saverne, où il se trouvait alors, la jeune comtesse de Lamotte.
Madame de Lamotte et le cardinal de Rohan ne furent pas longtemps seuls renfermés à la Bastille ; la police, qui recherchait avec soin les moindres détails sur l’affaire du collier, mit bientôt la main sur trois personnages qu’elle soupçonnait être complices de cette escroquerie ; le comte de Cagliostro ; un ancien gendarme, nomme Rétaux de Villette, commensal des epoux de Lamotte, et une demoiselle Leguay d’OIlva.
Cagliostro, (jui se qualifiait romte tic Cagliostro
• Parmi les pièces Je la procédure instruite contre le cardinal de Kohan, madame de Lamotte et autres, se trouvent
était l’un de ces charlatans pour lesquels Paris s’enthousiasme avec tant de facilité. Venu apres Saint- Germain, il prétendait comme lui faire de l’or, et tout ce que la capitale renfermait de gens crédules courait au-devant de cet homme merveilleux qui {fuérissait les malades abandonnés par la Faculté, et refusait le salaire de ses peines lorsqu’il lui était offert par de pauvres gens.
Ce qu’il racontait de son existence était romanesque. Son enfance s’était écoulée en Arabie, au milieu du luxe oriental des schérifs de Médine et de la Mecque; adolescent, il visita l’K{{ypte et les principaux royaumes de l’Afrique et de l’Asie, Rhodes, Malte, l’Archipel, Naples et Rome, où il épousa, en 1770, une fille de qualité, Séraphina Féliciani.
Ce fut en 1780, à Strasbourg, que Cagliostro fit la eonnaissance du cardinal de Rohan. Le prince souffrait d’un asthme, et la renommée médicale dont jouissait le célèbre empirique l’engagea à le consulter. Des relations d’intimité s’établirent bientôt entre le cardinal et Cagliostro. M. de Rohan espérait-il trouver au fond du creuset du charlatan la pierre philosophale, au moyen de laquelle il rétablirait sa fortune, diminuée par les profusions de
plusieurs requêtes adressées au procureur général par Cagliostro; elles sont toutes signées le comte de Cagliostro, mais sur toutes aussi le mot comte est bâtonné, sans doute par les rapporteurs de l’affaire, ou peut-être même par le procureur général.
sa jeunesse, ou bien voyait-il simplement en Cagliostro un homme habile, profondément versé dans l’étude de la chimie, et dont, en ami de la science, il encourageait les travaux? Voyait-il eu lui un prestidigitateim ou un savant? On ne sait; mais bientôt Gagliostro ' put puiser à son aise dans la bourse du cardinal.
Le 30 janvier 1785, le comte de Gagliostro arrivait à Paris et s’installait rue Samt-Glaude, au Marais , à deux pas de madame de Lamotte , qui habitait rue Neuve-Saint-Gilles, et tout près de l’hôtel de Strasbourg (aujourd’hui l’Imprimerie impériale, rue V’^ieille-du-Temple), demeure du cardinal.
A Paris, ses relations avec M. de Rohan devinrent plus fréquentes encore, et il est hors de doute qu’il dut connaître toutes les particularités de la négociation du collier.
Participa-t-il aux manœuvres criminelles de madame de Lamotte ; est-ce lui qui , par l’empire qu’il avait sur le cardinal, lui fit acheter, dépecer et vendre ces bijoux « poim en grossir le trésor occidte
• C.igliostro a nié le fait dans l’interrogatoire subi par lui devant le conseiller Titon, interrogatoire rjne l’on peut lire plus loin ; mais l’abbé Georgel {Mémoires, t. 11) représente Ca(,'liostro roinine vivant aux dépens du cardinal , faisant pendant ses absenœs de Strasbourg des orgies avec le baron de Planta , et buvant à flots le célèbre vin de Tokay de M. de Kohan.
d’une fortune inouïe ‘ ? » Non , et la procédure le prouvera surabondamment.
Quoi qu'il en soit, ses liaisons connues avec M. de Rohan le firent soupeonner de quelque connivence dans l’affaire du collier, et une lettre de cachet fut lancée contre lui.
Il fut aiTété, ainsi que sa femme, le 23 août 1785, et conduit à la Bastille , comme le prouve le procèsverbal suivant ;