M A II I K- A TO 1 N ETTE
M. de Lamotte, tandis que madame de Lamotte s’y rendait de son côté avec sa femme de chambre ' .
La demoiselle d'Oliva lut conduite à son arrivée à Versailles à l’hôtel de la Belle Imajje, place Dauphine, où résidait habituellemeiit madame de Lamotte. On la laissa seule avec la suivante pendant deux heures environ, et, au bout de ce temps, M. de Lamotte rentra avec sa femme; celle-ci avait l’air fort gai et lui dit qu elle venait de chez la Reine , laquelle était fort contente et désirait beaucoup être au lendemain pour savoir comment les choses se passeraient. Ija demoiselle d’Oliva fit alors plusieurs questions pour tâcher de savoir ce que l’on voulait d’elle, mais à tout on lui répondit : « Vous le saurez demain. »
Le lendemain , madame de Ijamotte procéda à la toilette de celle qui allait, sans le savoir, passer pendant ijuelques minutes pour la Reine; elle lui fit endosser une r/ie/n /se blanche bordée de rouge, et lui mit sur la tête une ihérèse blanche *; puis, quand la toilette fut terminée, elle lui donna ses instructions : H. le vous conduiiai ce soir dans le parc, lui dit-elle, un grand seigneur s’approchera de vous, vous lui remettrez cette lettre et cette rose en lui disant : « Vous savez ce que cela veut dire, » c’est tout ce que vous aurez à lâire. »
M. de Rohan n’avait eu garde d’oublier les re-
' Interroffatoire <io Rôtaiix de Villetle.
* Intenogatoirc de la d’Oliva.
ET I-K l'HOCÈS I)C COr.MEU.
commanclations de madame de liamotte. Au jour et à l’heure indiqués il se promenait sur la terrasse accompagné du baron de Planta; le cardinal était en lévite bleue, il portait son chapeau en clabaud, c’està-dii e posé de façon qu’il lui couvrît le visage De leur cAté, Rétaux de Villcttc et M. de l>ainotte se rendirent dans le parc , précédant de quelques instants la demoiselle d’Oliva et madame de fiamotte, qui ne tardèrent pas aies rejoindre, et tous les quatre descendirent alors vers le bosquet de Vénus Il était dix heures du soir environ. Tout à coup madame de Lamotte , qui avait quitté un instant le jfroupe pour aller chercher le cardinal, reparaît, en ilésignant à M. de Rohan la demoiselle d’Oliva (jui se tenait seule dans l’ombre et fort embarrassée de sa contenance. Le cardinal s’inclina jusqu’à terre, murmura quelques paroles , auxquelles la fausse Reine répondit en lui présentant la rose et en lui tlisant d’une voix entrecoupée : « Vous savez ce que cela veut dire. » A peine avait-elle prononcé ces mots que madame de liamotte reparut en s’écriant ; «Venez vite! venez vite! >i Ln autre personnage, (|ui n’était autre que Rétaux de Villcttc, ajouta : « Voici MaD-üie et madame la comtesse d’Artois; » et tout di.sparut’. »
I Interroçaloirc du cardinal d<! Itohan.
’ Interrogatoire «le Itélaiix de Villett»;.
* Interrogatoire de la demoiselle d’Oliva. — Interrogatoire du cardinal de Kohan.
66 MAUIE-AXTOI^KTTE
Ce fut M. de Lamotte qui reconduisit la demoiselle d’01i\ a à r hôtellerie de la Hcllc Iraajje , madame de Ijamotte ne rentra que plus tard; elle causait avec M. de Roliau de cette entrevue qui h? rendait le plus heureux des hommes , et se liâtait d’établir sur cette fable les bases de son influence à venir.
liC lendemain, on présenta à la demoiselle d’Oliva une lettre soi-disant écrite par la Reiue et ainsi conçue : « Ma chère comtesse, je suis enchantée de la personne que vous m’avez procimée, elle s’est acquittée à merveilh! de sa mission, et elle peut être assurée de son sort. »
fiC lendemain, M. de Lamotte reconduisait à Paris la pauvre fille, (jui ne comprenait rien à tout ce quelle faisait depuis trois jours, et (jui, dans toutes ces scènes, n’avait vu qu’um; chose, être a{;réable à la Reine ' .
l’cndant quelque temps madame de Lamotte crut devoir traiter avec quelques ménagements une personne qui lui avait rendu, sans s on douter il est vrai, un service aussi (;rand ; elle l’introduisit chez elle, la fit dîner soit rue Neuve-Saint-Gilles’*, soit à Charoune, où elle eut quelques mois plus tard, à ré|)oque de scs premières splendeurs, nue petite maison; mais au lieu des 15,000 livres promises, elle ne lui en compta que 4,268, .ainsi qu’il suit ;
’ tiiteri’üjjatoirc de la demoiselle d’Oliva.
* Information : Déposilioii du père Lolli.
1* Quelques jours après le voyage de Versailles, à minuit, l’ue du Jour, 400 livres;
2” 168 livres, remises aussi rue du Jour;
3° 400 livres pour payer Gentil, tapissier;
4" 300 livres apportées par Rctaux de Villette;
5° 3,000 livres en trois billets de la caisse d’escompte, de 1,000 livres cliacun
Cependant, madame de Lamotte se refroidit peu à peu vis-à-vis de la demoiselle d’Oliva, et bientôt même celle-ci ne fut plus reçue chez clic. A ceux qui s’étonnaient de ne plus la rencontrer, madame de liUmotte répondait avec son cynisme habituel : U Cette fille vivait mal , c’est une courtisane , elle a été la maîtresse de mon mari »
La scène de l’entrevue du parc de Versailles produisit sur l’esprit de M. de Rohan tout l’effet qu’avait pu désii’er madame de Lamotte. I>e cardinal, désormais sûr que le passé était oublié, et se croyant rentré en grâce au[)iès de Marie-Antoinette, n’avait rien à refuser à celle qui lui avait rendu ce signalé service. Madame de Lamotte, en femme habile, comprit la position et résolut d’en profiter le plus rapidement possible, et d’en tirer ce qui lui manquait le plus dans le moment, de l’argent.
* Mémoire pour la demoiselle Lcijuny dOliva, par M* Blondel, avocat.
’ Confrontations de luadaïue de Lamotte avec la demoiselle d’Oliva.
Elle fit éciire par Rétaiix de Villeltc au cardinal deux lettres, par lesquelles la Reine lui demandait 150,000 livres pour des j;ens auxquels elle s’intéressait. Immédiatement le cardinal s’empressa de lui envoyer l’argent par un gentilhomme de sa maison, le baron de Planta. Cette demande fut faite en deux fois : la première, quelques jours après la scène de Trianon, c’est-à-dire au mois d’août 1784; l’autre, au mois de novembre
Comme nous l’avons déjà vu, cette idée d’escroquer quelqu’un en employant le nom de la Reine n’était pas neuve, et une dame Cahouet de Villers l’avait exploitée dès 1777, c’est-à-dire sept ans avant madame de Lamotte.
Intimement liée avec un M. «le Saint-Clfarles , intendant des finances de la Reine, cette dame Cahouet trouva moyen d’avoir par son entremise des brevets et des ordonnances signes d’avance. Une fois la signature de la Reine obtenue, elle s’appliqua à l imiter et à en contrefaire l’écritine. Elle parvint bientôt à une certaine ressemblance dans les caractères, et dès lors elle se mit à s’écrire de la part «le Marie-Antoinette plusieurs lettres fort amicales (ju’elle colporta partout, en les donnant comme la preuve de son intimité avec la Reine. Enhardie peu à peu par le succès qui accueillait cette
* Confrontations et interrogatoires tin cardinal. — Récolement du baron de Planta. — Confrontations de madame de Lamotte avec les accusés et les témoins.
série de faux, elle se fit demander par Marie-Antoinette une somme de 200,000 francs, dont elle marquait avoir le plus {;rand besoin. Ce fut le fermier {{cnéral Béranyer qui joua dans cette intrigue le rôle de dupe, que devait jouer plus tard le cardinal de Rohan avec madame de Camotle.
Le financier, trop lienrcux (le faü’c quelque chose qui pût plaire à la Reine, s’empressa de remettre les fonds à la dame Cahouet; mais peu de temps tiprès Béranger eut des doutes, il prit des informations qui changèrent ses doutes en certitudes, et il s’adressa au lieutenant de police, M. de Sartincs.
Celui-ci conduisit celte affaire sans bruit. La dame Cahouet fut enfermée à Sainte-Pélagie, et son mari fut ruiné par le remboursement des 200,000 francs volés au fermier général ' .
iMadamc de Ijamotte fut d’abord plus Inuireuse que celle dont clic suivait si bien les tiaccs; les 150,000 francs volés au cardinal apportèrent l'aisance dans ce niéna^je aux abois. Dès le 2i août , M. de Laniotte se présente chez l’horloger Furet, lui achète une pendule de 528 livres, et parle même de lui faire faire une montre enrichie de diamants
Moins de deux mois après , les deux époux , voulant reparaître avec éclat dans cctic ville de Bar-
* Mémoires de madame Campait, cli.ii». vi.
* Information : Déposition «le Jeaii-ltaptiste-Aiidré Furet, âgé de cinquante-quatre ans, inailiv liorloger et liorloger «lu Roi, rue Saint-Honoré.
MA RIE- ANTOINETTE
sur-Aiibe qui les a connus si misérables, y font l’acquisition d’une maison, et madame de Lamotle charfye le père Loth d’e.xpédicr à son mari, par les messageries, une somme de 20,000 francs pour payer le prix de leur nouvelle maison ; puis , craignant les questions du père liOth sui‘ cet argent dont elle dispose, alors qu’au terme de la Saint-Jean de la même année, c’est-à-dirc le 24 juin, elle lui a emprunté 300 livres pour payer son loyer, elle s’empresse de lui dire que la Reine a ordonné au cardinal de Rohan de lui compter une somme de