‹ Marie-Antoinette et le procès du collier d'après la procédure instreite devant le parlement de ParisChapitre 9 sur 29 · COMTESSE DE LA MOTTE · texte numérisé non relu

COMTESSE DE LA MOTTE

Je devais en outre publier le manuscrit dans le courant de Tannée.

J'ai accepté ces conditions, et je les ai scrupuleusement respectées.

Quinze jours après avoir mis sous presse, je reçus une lettre de faire part qui me priait d'assister au service , convoi et enterrement du comte de ***.

L'Éditeur.

Paris, mai 18-45. »

Ce début, fait pour aiguiser la curiosité des lecteurs, semble dire que celui qui remit en 1845 ce manuscrit à l'éditeur n'était autre que le comte de Lainotte lui-même, qui accomplissait en cela le voeu de sa femme, morte trente ans auparavant, c'est-à-dire en 1815.

Or, tout cela est faux , car madame de Lamotte mourut à Londres en 1791, et M. de Lamotte au mois de novembre 1831.

11 se borne à protester de son respect pour la Reine, tout en s' élevant contre les calomnies dont il est l'objet.

La deuxième, du 21 mars de la même année, et également du cardinal, revient encore sur le passé, et sur le désir où il est de voir se terminer sa disgrâce ; elle se termine par ces mots : « J'ose croire que vous ne dédaignerez pas de m' entendre, que votre belle bouche prononce^ un oui, vous verrez votre esclave à vos pieds, et ce jour sera le plus heureux de ma vie. »

La correspondance continue ainsi toujours de la part du cardinal dans les lettres suivantes. Il y présente sa justification, et, le 28 avril 1784, la Reine lui répond, par une lettre qui porte le n° 7, qu'elle a tout oublié. Le cardinal lui demande la permission de la voir, et de lettre en lettre nous arrivons à celle qui porte le n° 13, et qui est écrite le lendemain de l'aventure de la fille d'Oliva.

Voici cette lettre, elle est adressée par le cardinal à Marie- Antoinette.

29 juillet 1784.

« Mon adorable maître (c'est le nom que M. de Rohan donne à la Reine), permettez que votre esclave vous exprime la joie qu'il ressent des faveurs que vous lui avez accordées.

Cette rose . charmante est sur mon cœur, je la conserverai toute ma vie, elle me rappelle sans

ÎU MARIE- ANTOINETTE

cesse le premier instant de mon bonheur. En quittant la comtesse (de Lamotte), j'étais si transporté, que sans m'en apercevoir je me suis trouvé à l'endroit charmant que vous aviez choisi.

Après avoir traversé la charmille, je désespérais de reconnaître la place où votre esclave chéri s'est précipité à vos pieds.

Destiné sans doute à n'éprouver dans cette belle nuit que des sensations heureuses, j'ai retrouvé ce joli gazon que ces jolis petits pieds avaient un peu foulé. Je me suis précipité comme si vous y aviez encore été, et j'ai baisé avec autant d'ardeur l'herbe sur laquelle vous étiez assise, que cette belle main qui m'a été livrée avec cette grâce et cette bonté qui n'appartient qu'à mon cher maître.

J'ai eu beaucoup de peine à quitter ce lieu enchanté. J'y aurais sûrement passé la nuit, si je n'avais craint de causer quelque inquiétude à mes alentours, qui savaient que j'étais sorti.

Rentré chez moi, je n'ai pas tardé à me mettre au lit; j'ai eu beaucoup de peine à m'endormir; l'imagination frappée de votre adorable personne m'a causé pendant le sommeil les sensations les plus délicieuses.

Heureuse nuit, vous avez été le plus beau jour de ma vie !

Adorable maître, votre esclave ne peut trouver d'expressions pour peindre sa félicité; vous avez vu hier son embarras, sa timidité, son silence, effets

naturels de l'amour le plus pur : vous seule, dans l'univers, pouviez produire ce qu'il n'a jamais éprouvé.

Je crois quelquefois avoir fait un rêve agréable ; mais rapportant toutes les circonstances de mon bonheur, me rappelant ce son de voix enchanteur prononcer mon pardon, je me porte à des excès de joie accompagnés d'exclamations, qui, si elles pouvaient être entendues, feraient croire au dérangement de mon cerveau.

Voilà mon état, je le trouve bien heureux, et je désire le conserver toute ma vie.

Je ne partirai pas avant d'avoir reçu de vos nouvelles ' . »

Ce ton, quelque incroyable qu'il puisse paraître, n'est encore rien à côté de celui qu'emploie l'auteur dans les lettres suivantes; enfin, d'épître en épître, la Reine en arrive à tutoyer le cardinal, et le cardinal à tutoyer la Reine.

Le n" 19 est ainsi conçu.

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