‹ Marie-Antoinette et le procès du collier d'après la procédure instruite devant le parlement de ParisChapitre 12 sur 37 · M A RIE- AN TOILETTE · texte numérisé non relu

M A RIE- AN TOILETTE

M. de Rohan hésita quelque temps avant de répondre , puis il s'écria : « Si je vous disais que j'ai traité directement, seriez-vous tranquille? Eh bien, je vous affirme que j'ai traité directement, et je vous l'assure en levant le bras en signe d'affirmation; allez-vous-en rassurer votre associé * . »

Dans quel but le cardinal proférait-il des paroles évidemment fausses, et prétendait4l avoir traité avec la Reine quand il avait dans les mains la correspondance qui prouvait qu'il n'avait été que l'intermédiaire?

C'est que M. de Rohan était sûr désormais qu'il était trompé , qu'il prévoyait le scandale immense si une pareille friponnerie était connue dans le public , que le ridicule et la honte seraient pour lui , et pour éviter tout cela, pour empêcher les joailliers d'ébruiter l'affaire, il affirmait avoir traité directement avec la Reine, et s'engageait ainsi à payer intégralement des engagements dont il était solidaire.

C'est sur quoi madame de Lamotte avait compté, et c'était là son dernier espoir; cependant elle voulut encore compromettre davantage le cardinal et le mettre dans l'impossibilité de faire ou de dire quoi que ce soit contre elle.

Le 4 août, elle se rend chez M. de Rohan* et se présente à lui tout éplorée; elle lui dit qu'elle est

* Confrontations de Bassenge et de Bôhmer avec la dame de Lamotte.

^ Interro(jatoires du cardinal et de la dame de Lamotte.

ET LE PROCÈS DU COLLIER. lOT

victime de la haine ^es courtisans de Versailles, qu'elle est obligée de fuir pour éviter leurs coups , mais qu avant de 4)artir elle désire passer quelques jours dans un asile sûr, pour pouvoir déjouer les projets de ses ennemis jaloux de sa faveur auprès de la Reine.

Le cardinal la reçoit, et elle passe deux jours, elle , son mari et sa femme de chambre, dans Fhôtel de Strasbourg * .

Le 6 août. Rétaux de Villette quittait précipitamment Paris; il emportait 4,000 livres en billets de caisse, présent de madame de Lamotte, qui lui avait dit : a Mes affaires s'embromllent, je vais me retirer avec mon mari à Bar-sur-Aube ; allez en Itahe, votre absence ne sera pas longue, je vous rappellerai sous peu près de moi* ; « et Rétaux, toujours docUe , s'était hâté de fuir.

Le même jour, M. de Lamotte était dans la cour de sa maison occupé à faire emballer ses derniers meubles, lorsque Bassenge entra; il s'informa de la santé de madame dé Lamotte, il lui fut répondu qu'elle était depuis trois jours à Versailles, où elle sollicitait pour le cardinal. Lamotte ajouta que, revenu depuis trois joiœs seulement de Bar-sur-Aube,

* Interrogatoires du cardinal et de Rétaux de Villette. — Récol^ment de Quidor à Rétaux.

* Information : Déposition d' Etienne-François Quidor, âgé de trente-sept ans, conseiller du Roi, inspecteur de police, rue des Moine*aûx.

il avait appris l'histoire du collier, et par une raillerie charmante il conseilla au malheureux joaillier, dont il avait les dépouilles , de répondre à la Reine, si elle lui demandait ce que signifiait. la lettre de remercîment qu'il lui avait adressée, que le collier était toujours à sa disposition, et que c'était en vue de le lui offrir de nouveau qu'ils lui avaient remis la lettre en question * .

Après avoir présidé quelque temps encore à l'emballage de ses meubles, M. de Lamotte, accompagné du père Loth, se rendit chez le notaire Mainguet, lui remit six billets de fermes de 5,000 livres chacun, en échange desquels le notaire lui rendait l'écrin qiie sa femme avait engagé quelques jours auparavant*, écrin que l'orfèvre Régnier avait estimé à 100,000 livres \

Ces petites affaires une fois terminées , le mari rejoignit sa femme, et les deux époux se hâtèrent de partir pom* Bar.

Il n'était que temps, car le 9 tout se découvrait; Bôhmer donnait par écrit à la Reine le récit de toute cette négociation'', et le 15 d'août le cardinal de Rohan était arrêté en habits pontificaux, au milieu du palais de Versailles.

Madame de Lamotte revenait d'une fête que don-

* Information : Déposition de Bassenge.

* Information : Déposition du père Loth.

* Confrontation^ du père Loth avec la dame de Lamotte»

* Information : Déposition de Bassen(je.

nait M. le duc Penthièvre à Châteauvillain * lorsqu'elle apprit l'arrestation du cardinal.

Elle était à peine rentrée chez elle que des exempts lui signifiaient l'ordre du Roi, qui enjoignait de la conduire à la Bastille, où elle arrivait le 18.

Quant à son mari, que la lettre de cachet avait épargné, nous ne savons en vérité pourquoi, il se hâtait de profiter de cette distraction de l'autorité pour mettre la mer entre lui et la prison qu'il avait si bien méritée, et se rendait à Londres, où il reprenait chez le joaillier Gray un collier d'un seul rang et une paire de girandoles , derniers débris du grand coDier de Bôhmer qu'il avait laissés à monter à son premier voyage, et valant à peu près 2 ou 3,000 livres sterling*.

L'instruction était terminée , quand un nommé Bette d'Etienville, détenu pour dettes dans les prisons du Châtelet, écrivit au procureur général pour

* Le titre de duc de Châteauvillain fut porté par l'un des fils du duc de Penthièvre , qui mourut encore enfant. Voyez son portrait au Musée de Versailles, n** 3906 (ancien 3813).

' Déposition et récolement de Victor Laisus, âgé de vingtsix ans, ci-devant domestique du comte de Lamotte, et actuellement chez Constant, agent de change, boulevard Poissonnière.

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