‹ Marie-Antoinette et le procès du collier d'après la procédure instruite devant le parlement de ParisChapitre 20 sur 37 · PREMIER INTERROGATOIRE DE M. LE CARDINAL DE ROHAN · texte numérisé non relu

PREMIER INTERROGATOIRE DE M. LE CARDINAL DE ROHAN

Du mercredi 11 janvier 1786.

 été amené par-devant nous, Jean-Baptiste-Maxir milien-Pierre Titon, conseiller du Roi au Parlement, en l'une des salles du gouyernement du château de la Bastille , le cardinal de Bohan , décrété de prise de corps par l'arrêt du 15 décembre dernier.

Interrogé de ses noms, surnoms, âge, qualité et demeure ,

Le cardinal de Rohan a dit se nommer Louis-René- Edouard, cardinal de Rohan, prince-évê<jue de Strasbourg , grand aumônier éc France , âgé de cinquantedeux ans, demeurant à Paris, vieille rue du Temple, hôtel de Strasbourg.

Interrogé si le 24 janvier 1785 il ne fut pas dans la matinée chez les sieurs Bôhmer et Bassenge ;

A répondu qu'avant de répondre à la demande que nous lui faisons , il croit devoir observer que l'intérêt

• Archives de t Empire, X*, 2576.^

de son honneur et le sentiment de son innocence l'ont

déterminé a accepter avec le plus vif empressement et la plus respectueuse reconnaissance le paii;i qui lui a été proposé de la part du Roi, de soumettre son affaire à une discussion judiciaire dans le tribunal de la loi , sans qu'il ait pu se permettre, n'étant pas dans un état de liberté, et dans un moment si précieux à l'innocence soupçonnée, de réclamer et de faire valoir les droits qui pourraient lui appartenir comme ecclésiastique, comme évêque prince de l'Empire, comme grand aumônier de France et comme cardinal; qu'il n'a entendu par là porter aucune atteinte à des prérogatives qu'il respecte comme il le doit ; si sa situation , si un sentiment invincible sont forcés d'en négliger l'exercice pour courir rapidement à sa justification , il se doit cependant à lui-même, à son caractère, à ses dignités, de faire toutes protestations nécessaires contre l'induction qu'on pourrait tirer de son silence au préjudice des droits légitimes que les canons et les lois lui assurent; et c'est aussi en vertu de plusieurs de ces titres qu'il avait demandé d'être jijgé par les Chambres assemblées, et renouvelant ici toutes ses protestations sous la réserve des droits qui lui appartiennent dans les qualités ci-dessus expliquées qu'il entend expressément conserver, et qu'il a cru indispensable de remettre sous les yeux des magistrats. Cependant, uniquement par respect pour la justice, il répond à la demande que nous lui avons faite , qu'il a été effectivement ce jour-là , le matin , chez Bôhmer et Bassenge ; mais qu'il

croit nécessaire de nous observer pour sa justification de reprendre les faits de plus haut.

Au mois de septembre 1781, madame de Boulain* villiers et M. son époux vinrent à Saveme, ils y restèrent quelque temps ; lorsqu'ils en partirent pour se rendre à Strasbourg, il rencontra la dame de Boulainvilliers se promenant sur la grande route ; elle fit arrêter, il approcha de sa voiture , et elle lui présenta une personne qui était sur le devant, qu'elle lui dit s'appeler mademoiselle de Valois , que ce grand nom lui appartenait, qu'elle était dénuée de toute fortune, et qu'elle me la recommandait. Il fit une réponse honnête à madame de Boulainvilliers, qui mourut vers la fin de cette année.

Plusieurs mois après, la dame de Lamotte s'adressa à lui, lui fit connaître sa naissance, sa pauvreté, et sollicita des secours en lui rappelant la recommandation de madame de Boulainvilliers ; il l'assista de quelques louis et ne puisa pas dans les fonds de la grande aumônerie les secours qu'il lui donna. La dame de Lamotte réitéra ses demandes, il lui donna à plusieurs reprises quatre à cinq louis, une seule fois seulement il lui en fit remettre vingt-cinq; il se passa tui assez long intervalle de temps entre ces actes de bienfaisance. Yers le mois de mars 1784, la dame de Lamotte vint chez lui pour lui dire que, pénétrée de reconnaissance des secours qu'elle avait reçus de lui, elle se croyait assez heureuse pour pouvoir lui être utile, ayant le bonheur d'avoir trouvé accès auprès de la Reine ; il fut

fort étonné de ce qu'elle lui disait, elle s'en aperçut, «t lui répéta plusieurs fois que son nom , ses malheurs et la bienfaisance de la Reine l'avaient fait parvenir jusqu'à elle. Cependant voyant qu'elle ne faisait pas tout le progrès qu'elle voulait sur sa crédulité, et regardant comme essentiel pour ses projets de la rendre la plus forte possible, elle lui montra des lettres qu'elle prétendait lui être écrites par la Reine, et dans lesquelles il y avait quelques mots de bonté. Il n'avait jamais vu l'écriture de la Reine, elle ne lui a jamais fait l'honneur de lui donner d'ordre par écrit, et si par hasard quelque signature a passé sous ses yeux , il n'a pas fait assez d'attention à la forme des caractères; d'ailleurs il ne pouvait croire qu'une personne à qui il n'avait fait que du bien voulût le tromper ; il avait toujours eu le plus vif désir de n'être pas dans la disgrâce de la Reine ; la dame de Lamotte flattait son espérance , elle lui disait que Sa Majesté commençait à revenir des préventions désavantageuses qu'on lui avait données; qu'elle était instruite de la conduite qu'il avait tenue à l'égard des affaires de M. le prince de Guéménée et de quelques autres traits; que la dame de. Lamotte disait saisir toutes lés occasions de lui rendre la Reine plus favorable. Cependant la dame de Lamotte voyant à ses questions qu'elle ne l'avait point encore amené au point de crédulité nécessaire à l'exécution de ses projets, conçut le projet d'une intrigue à laquelle il était comn]ie impossible d'échapper, à moins de ne la connaître auparavant. Elle lui avait dit que la Reine lui accorderait

une audience; qu'elle le ferait venir pour lui donner un ordre,' et qu'elle en prendrait occasion pour lui dire qu'il pouvait espérer de n'être plus dans sa .disg[ràce. Cependant cette audience n'était pas encore accordée, ses doutes renaissaient. La dame de Lamotte lui dit que si la Reine avait différé, c'est parce qu'elle ne voulait pas que l'on sût encore à la cour qu'il n'était plus dans sa disgrâce; que, du reste. Sa Majesté lui prouverait elle-même que tout ce que la dame de Lamotte avait dit de sa part était vrai , et que , la rencontrant à la promenade, peut-être la Reine lui parlerait-elle. Effectivement, un soir de la fin de juillet ou du commencement d'août , la dame de Lamotte vint l'avertir que la Reine se promenait et lui permettait de se présenter devant elle; il s'avança en effet vers une personne qu'il crut être la Reine; elle leva sa coiffe avec son éventail, et lui dit qu'il pouvait espérer qu'elle oublierait le passé ! Il fit un profond salut pour marquer sa respectueuse reconnaissance, et dans le même moment une personne qui était près de la Reine annonça que Madame et madame la comtesse d'Artois rejoignaient Sa Majesté. 11 se retira, convaincu qu'il venait de voir la Reine. Il avoue que depuis ce moment sa croyance fut entière dans tout ce que la dame de Lamotte lui dit de la part de la Reine et dans tout ce qu'elle lui montra écrit. Quelques jours après, la, dame de Lamotte vint lui dire que la Reine s'intéressait à des personnes qui avaient besoin d'une somme

de 50,000 francs; il saisit cette occasion avec empres*

sèment de faire quelque chose qu'il croyait agréable à la Reine, et fit remettre les 50,000 francs à' la dame de Valois. C'est le premier fruit ou le premier profit qu'ait rapporté à madame de Lamotte son intrigue. Le répondant partit vers la fin du mois d'août de la même année 1784 pour se rendre en Alsace. Dans le courant de novembre suivant, la dame de Lamotte lui fit la demande d'une somme de 100,000 francs pour un même emploi; il lui fit remettre la susdite somme, laquelle, ainsi que celle de 50,000 francs, lui ont été comptées par M. le baron de Planta. Il ignorait qu'à cette même époque la dame de Lamotte, qui aviût toujours été dans l'indigence, faisait alors beaucoup de dépenses, que même elle prétait des sommes de 30,000 francs, de 10,000 francs et autres à f^usieurs personnes; elle n'en continuait pas moins dans cette même année de lui demander et de recevoir des secours. La dame de Lamotte, assurée par ces deux épreuves de sa confiance aveugle , forma un projet dont la suite était bien plus importante pour elle.

Il est instruit aujourd'hui que le nommé Acb^, beau-père du sieur de Laporte , avait dit aux Bôhmer que son gendre ccmnaissait une dame de Lamotte de Valois, qui, disait-il, avait accès auprès de la Reine. Les Bohmer lui firent demander si elle voulait s'intéresser pour eux auprès de Sa Majesté , et lui rappeler Faequisition du collier. Les joailliers, inâmits que la dame de Lamotte désirait voir ce collier, le lui portèrent. La dame de Lamotte leur dit qu'^e tacherait de

PIEGES JUSTIFICATIVES. îil

le leur ftûrc vendre; mais y quelque temps après, elle fit prier tes B5l»ier de passer chez elle, elle leur dit qu'elle s'était occupée de ce qui les intéressait; qu'elle espérait qu'tts vendraient leur collier, et qu^une personne considérable viendrait en traiter. Cette négocia-* tion entamée entre Bobiner, Basseng^e et la dame de Lamotte dans le mois de décembre 1 784 , hii fut présmtée à son retour d' Alsace, c'est-à-dire postérieurement au 5 janvier, comme une négfociation qu'il deyait entamer par ordre de la*Reine. Pour l'y déterminer, la daine de Lamotte lui appcnrta une lettre qu'elle prétendit être écrite par la Beine, et dans laquelle Sa Majesté lui marquait le désir d'acquérir te collier, et annonçait que ne vootant pas entrer elle-même dans les détails de l'acquisition et des arrangements à prendre avec tes joailliers , il lui serait agréable qu'il traitât cette affaire , qu'il prit toutes ses mesures pour l'acquisrtk)n, et qu'il déterminât les époques de payement qui pouvaient convenir. La conviction où il était d'avoir vu Sa Majesté ne laissait pas de bornes à sa confiance; il était loin de soupçonner que la dame de Linotte osât employer nn pareil môyc^n pour le tromper, il fit seulement quelques réflexions sur le projet de cette acquisition. Elle lui dit, quelques jours après, €[ne Sa Majesté désirait que ce marché fÙt concb» promptement ; il n'hésita donc pas à exécuter le» wréreSy et le 24 janvier dé l'année dernière, il alla dès le matin de très -bonne heure chez les Bëhmer. La

dame de Lamotte y ayait été dès sept heures du matin,

et l'avait annoncé comme venant de la part de la Reine. Les joailliers lui montrèrent d'abord plusieurs pièces de diamants, et ensuite lui parlèrent de leur collier; il marqua le désir de le voir, et, après l'avoir examiiié, il en demanda le prix. Ils lui dirent qu'il avait été estimé 1,600,000 livres; que Leurs Majestés le connaissaient; qu'ils avaient espéré leur vendre; que les circonstances de la {pierre avaient empêché la vente; que cet objet leur était très -onéreux, et qu'ils en avaient envoyé le modèle à la princesse des Asturies ; - qu'ils espéraient que cette parure pourrait lui convenir. Il se contenta à cette première visite de leur dire qu'il ne savait pas si l'acquisition aurait Heu, mais, qu'en tout état de cause, l'acquéreur leur conviendrait; que ce n'était pas pour lui qu'il faisait cette acquisition. Il rendit compte de tout à la dame de Lamotte, qui lui répéta que la Reine désirait voir terminer cette affaire promptement. Deux jours après il retourna chez les Bôhmer pour leur dire qu'il était autorisé de traiter, et par la seule persuasion où il était que la Reine ne confiait qu'à lui cet objet, il leur recommanda le secret, et il écrivit lui-même les conventions du marché; il les acceptèrent et les signèrent. Il remit cette pièce à la dame de Valois, qui la garda deux jours, sous le prétexte de la communiquer à la Reine; elle la lui rendit, mais les conventions n'étaient ni approuvées ni signées de la Reine. Elle lui dit que c'était inutile, que la Reine payerait sous peu de jours; il insista en lui observant que plus les Bôhmer mettaient de confiance en lui.

plus il devait leur faire voir qu'il s'occupait de leurs intérêts, et que les approuvé et la signature de la Reine étaient bien importants. Elle reprit les conventions et les lui rapporta le lendemain ou le surlendemain avec les faux approuvé et la fausse signature de la Reine. Muni de cette pièce qu'il croyait vraie, il écrivit le 1" février aux joaillers de venir chez lui et de lui apporter la parure de diamants. Ils vinrent sur-le-champ, lui remirent l'objet et se féHcitèrent de ce que ce marché était conclu. La confiance extrême des joailliers l'engagea, après le marché conclu et le collier remis, de leur dire qu'il était pourtant juste qu'ils sussent à qui ils avaient vendu, et alors il alla chercher les conditions signées d'eux , et à côté desquelles étaient écrits les prétendus approuvé et la signature; il leur ajouta qu'ils feraient bien de prendre une copie sur l'original. Ils lui répondirent que c'était inutile , qu'ils s'en rapportaient à lui et à ce qu'il leur avait dit; il insista, et ils prirent copie sur l'original, sans remarquer, plus qu'il ne l'avait fait , la fausseté de l'écriture et la singularité de la signature. Engagé par la confiance que lui témoignaient les Bôhmer à leur donner plus de marques d'attention , il se rappela que la dame de Lamotte lui avait dit que l'intention de la Reine était que les intérêts fussent payés pour les sommes qui resteraient dues après le premier payement fait ; en conséquence, il écrivit aux Bôhmer que la Reine lui avait fait connaître ses intentions, qui étaient que les intérêts fussent acquittés. Ils le remercièrent beaucoup de cette

tl* PIECES JUSTIFICATIVES-

iettre. Goovaiiicu qu'il avait vàitablemeDt la signalure de la Reine, il la garda précieusenent, c'est lui qui i'a <léclaré au Roi, par l'effet de son profond respect, et c'est par l'impulsion de ce même sentiment qu'il n'ose aj^Ier confiance, qu'il l'a remise lilirement aux jb^ uistres, pour le roi, comme une pièce justificative de la bonne foi avec laquelle il avait traité.

Du j^udi 12 janvier 1786.

Le 1" février de l'année dernière, il s'était rendu le soir à Versailles , et avait remis la boîte où était le collier au nommé Cbrebert , son valet de chambre, lequel l'avait suivi jusque sur la place Dauphine, et près de la maison du sieur Gobert , où demeurait la dauïe de LifflK)tte. Peu de naoments après qu'il y &ilt entré, on vint dire a la dame de Lamotte que quelqu'un deman* dait à lui parler ; elle dit au répondant que c'était quelqu'un de la part de la Reiae. Il se retira dans une alcôve de papier, dont la porte était entr'ouverte , et vit entrer un homme habillé de noir qui remit une lettre à la danic de Lamotte. Elle décacheta la lettre, fit sortir la personne, et apporta au répondant une prétendue lettre de la Reine , dans laquelle était écrit qu'on pouvait remettre le collier à celui qui apportait la lettre ; elle le fit rentrer et lui remit le collier. Le répondant lui demanda si elle connaissait cet homme, elle lui dit qu'il était attaché à la chambre de la Reine, et était en même temps de sa musique. Le répondant remarqua qu'il avait la figure mince , le teint pâle , le

visage allongé et les sourcils noirs : il a cru avoir reconnu la même personne qui, à la promenade du soir, était venue annoncer que Madame et madame la comtesse d'Artois rejoignaient la Reine. Il élait persuadé que la Beine avait reçu le collier le nïéme soir; aussi , le lendemain , ayant l'honneur de suivre le Roi au retour de la chapelle, et rencontrant Bassenge, Bôhmer et sa femme, il leur fit un signe pour leur demander si la Beine avait mis le collier. Il croit qu'ils Be comprirent pas ce qu'il voulait leur dire. Rentré chez lui , il chsu'gea le nonuné Cheirèbe d'accompagner le sieur Hivardy, officier au régiment d'Alsace, qui diésirait aller au dîner de Leurs Majestés, et il leur recommanda de remarquer comment la Beine serait parée. Au retour^ ils lui dirent qu'elle n'était pas plus parée qu'à l'ordinaire. Le répondant fit peu d'attention à cette circonstance, et deux ou trois jours après , rencontrant les Bôhmér dans la galerie, il leur demanda s'ils avaient fait leui^ remercîments à la Beine ; ils lui dirait que non ; il leur fit des reproches de cette négligence, et les engagea à la réparer le plus tôt qu'ils pourraient. Peu de jours après la remise du collier, les Bohmer étant chez le répondant, il leur dit : « En cas de mort, vous n'auriez pas de titres à faire valoir ; pour prévenir cet embarras, j'ai écrit sur un papier dans lequel sont renfermées les conditions du marché : En cas de mort, ce papier doit être remis à MM, Bohmer et Bassenge. » Ils lui témoignèrent leur reconnaissance de cette attention. Quelque temps après, les Bohmer

vinrent dire au répondant qu'ils étaient dans la nécessité de rendre compte h. M. de Saint-James de la vente qui avait été faite, parce qu'il leur avait prêté 800,000 francs sur cet objet, et ils le prièrent de confirmer au sieur de Saint-James ce qu'ils lui auraient dit. Il trouva leur demande juste, reçut M. dé Saint- James, et lui. dit que le collier était acheté pour la Reine; le sieur de Saint-James lui parut fort satisfait de ce qu'il apprenait; alors le répondant ajouta que pour ne pas faire de confidences à demi, il allait loi montrer, et lui montra en effet les conditions avec les prétendus approuvé et signées par la Reine. M. de Saint-James ne fut pas plus frappé de la forme des caractères et de la singularité de la signature , que ne l'avaient été le répondant et les Bôhmer. Les joailliers avaient dit plusieurs fois au répondant que M. de Saint -James désirait faire sa connaissance plus particulièrement, qu'il serait charmé de l'obliger; il leur avait répondu qu'il ferait volontiers la connaissance de M. de Saint- James, et qu'il n'avait pas besoin de fonds. Les Bôhmer insistèrent à plusieurs reprises; alors le répondant se rappelant qu'il avait un payement de 50,000 francs à faire dans quelques semaines, dit qu'il lui serait agréable d'anticiper ce payement, et que M. de Saint-James voulût bien lui prêter 50,000 francs. Effectivement, M. de Saint- James lui a fait ce prêt, le répondant lui en a donné son billet : il est uniquement au nom de M. de Saint-James, et il est conçu en ces termes : « Je reconnais que M. de Saint-James

a bien voulu me faire le plaisir de me prêter la somme de 50,000 livres, que je me promets lui remettre en espèces le 16 mai de cette année 1785. Fait à Paris, ce 16 mars de la même année. » A l'époque convenue entre M. de Saint- James et lui, il remboursa pour le payement à compte 10,000 francs, que M. Chomette reconnut avoir reçus pour M. de Saint-James; il ne fut question des Bôhmer sous aucun rapport lors de ce prêt , il ignore parfaitement et doit ignorer s'ils ont fait quelques arrangements avec M. de Saint- James; il ajoute qu'ayant offert à M. de Saint-James de compléter les 50,000 francs lorsqu'il en paya les 10,000 à compte, M. de Saint-James lui dit qu'il n'était nullement pressé , et que le répondant pouvait prendre des délais y et pour cette réponse honnête le sieur de Saint- James ne consulta pas les Bôhmer; donc il a pu et dû croire que les Bôhmer n'étaient pour rien dans l'emprunt qu'il avait fait au sieur de Saint-James. Cependant la dame de ï^amotte se présentait toujours chez le répondant avec l'air du besoin , elle demandait et recevait les mêmes secours par trois ou quatre louis, ce qui est arrivé plusieurs fois dans le cours de l'année 1785; c'était le nommé Brandenerre, valet de chambre; Fribourg, suisse, et plus souvent Philibert, commissionnaire, qui portaient ces petites sommes à la dame de Lamotte et les remettaient à son portier ; quand elle n'y était pas, c'était le nommé Liégeois, valet de chambre secrétaire, qui mettait ces louis dans une carte et fermait l'enveloppe. Au mois d'avril de l'année

dernière, le répondant a acquitté, au profit du nommé Isaac Bert, juif de Nancy, la somme de 5,456 livres. Le répondant avait cautionné la dame de Lamotte, pour lui faire avoir un crédit de deux ans ; ^e prétendit être dans Timpossibilité de payer, cependant le répondant a été instruit que cette dame de Lamotte^ qui se présentait chez lui pour en obtenir des secours , comme il l'a dit, avait acheté une maison à Bar-sur* Aube, et l'avait payée comptant; qu'elle y avait envoyé plusieurs voitures de meubles ; qu'elle avait fait (aire une argenterie considérable chez le nommé Renier, et l'avait payée partie en billets noirs, psulie en diamants ; que ce même Renier lui avait fourni des bracelets de diamants et lui avait monté pour 60,000 francs de diamants; que le même Renier lui avait vu pour 100,000 francs de billets noirs; que le sieur de Lamotte , qui avait été en Angleterre au mois de mars ou d'avril, en avait rapporté pour 120,000 francs de lettres de change sur le sieur Perregaux, banquier, que le répondant n'a jamais vu ni connu; que ce même M. de Lamotte avait rapporté une grande quantité de perles fines ; que le père Loth , minime , qui allait chez la dame de Lamotte, lui avait vu pour 40^,000 francs en billets noirs; en outre, un écrin de diamants montés partie en Angleterre, partie à Paris, et que ce même Renier estimait valoir plus de 100,000 francs, ce qui explique facilement comment la dame de Lamotte et son mari ont pu acheter des chevaux, des voitures, prendre un grand nombre de domestiques et paraître

avec ce luxe chez M. le duc de Pentfaièvre et à Glairvsoâx j où ils se firent remarquer surtout par la quantité et la beauté des diamants qu'ils portaient; et comme le sieur de Lamotte a traité avec plusieurs marchands et joailliers en Angleterre, le répondant requiert que la Cour veuille bien acquérir au procès la connaissance I^ale de tous ces faits, et prendre les voies juridiques indiquées par les lois pour connaître des faits importants qui se sont passés en pays étranger, ce qui est d'autant plus intéressant, que, même depuis la détention du répondant, le sieur de Lamotte a vendu des perles et des diamants à plusieurs joailliers en Anglet^*re; tous ces faits lui étaient absolument inconnus, et <lans les quatre ou cinq fois qu'il avait été chez la dame de Lamotte dans l'espace de trois ans , il n'avait rien vu qui indiquât la richesse; il est vrai qu'elle Ta toujours reçu dans une chambre en haut, excepté la dernière fois qu'il y a été, au mois d'août, qu'elle le reçut dans une chambre au premier, mais dont l'ameublement n'annonçait pas la richesse. Pour en revenir à l'objet de son récit, la Reine était venue à Paris, et n'avait pas paru aux fêtes avec le collier. Au retour de son second voyage d'Alsace, dans les premiers jours de juin , il en témoigna son étonnement à la dame de Lamotte, qui, après avoir prétexté différentes raisons, lui dit que la Reine trouvait le coUier trop cher, était incertaine si elle le garderait, et voulait qu'on en fît l'estimation, puisque les conventions portaient cette condition. Dès qu'il fut instruit de ce fait qu'il croyait

vrai , il envoya chercher les Bôhmer et leur dit ce qu'il venait d'apprendre; ils convinrent de réduire le prix de 1,600,000 livres ù 1,400,000. Il en rendit compte ù la dame de Lamotte , elle lui dit quelques jours après que la Reine garderait le collier, et lui montra* une lettre où était écrit que Sa Majesté destinait 700,000 livres au premier payement au lieu de 400,000. Ce fut à

cette occasion que, rencontrant M. de Saint-James, il lui dit en conversation qu'il avait vu un écrit de là main de la Reine, qu'elle payerait 700,000 livres, et M. de Saint- James conviendra qu'il ne l'a jamais ni sollicité ni cherché à l'engager à se charger en partie ou en totalité de l'objet dû aux Bôhmer. Ces joailliers lui avaient parlé les premiers, et ensuite M. de Saint- James lui parla lui-même du désir qu'il aurait de donner à la Reine cette preuve de son respect; qu'il désirait seulement que la Reine lui en dît un mot ; il répète qu'il n'a en aucune occasion, ni pressé ni sollicité M. de Saint-James. Dans les premiers jours de juillet, les Bôhmer étant chez lui, il leur demanda, comme il avait fait dans toutes les occasions où il les avait rencontrés, s'ils avaient fait leurs remercîments à la Reine. Ils lui dirent que non, qu'ils n'en avaient pas encore pu trouver l'occasion. Il leur fit itératifs reproches de leur négligence continuelle, et, craignant qu'ils ne trouvassent encore des prétextes pour différer, il leur dit de saisir l'occasion de la réduction du prix pour écrire à la Reine. Bassenge lui observa que s'il écrivait lui-même, la lettre aurait plus de poids; il

leur répondit que comme la lettre passjerait par la main d'un tiers, il vaudrait mieux qu'ils écrivissent euxmêmes et la portassent à la Reine. Il ajouta : » Gomme je crains que vous ne différiez encore, écrive?-la tout de suite. » Bassenge se mit au bureau du répondant et fit un projet de lettre ; il y exprimait l'acceptation des dernières conditions proposées et la satisfaction qu'il ressentait de ce que la parure de diamants appartenait à Sa Majesté. Le répondant lut ce projet, en corrigea seulement quelques expressions, et il fut convenu que la lettre serait portée le plus promptement possible à la Reine , et c'est cette lettre que les Bôhmer conviennent, à ce qu'on a assuré au répondant, avoir remise à la Reine le 10 ou 12 juillet. Vers le milieu du même mois de juillet, la dame de Lamotte vint dire au répondant que la Reine avait jugé à propos de disposer des 700,000 livres pour un autre emploi, et que le payement du collier serait différé jusqu'au 1" octobre, et c'est ce qui l'engagea à dire dans une autre conversation à M. de Saint-James, que la Reine n'avait plus les 700,000 livres. Sa confiance cependant était toujours la même, et, dans son aveuglement, le, sieur Bassenge lui ayant témoigné de l'inquiétude et lui ayant demandé s'il était bien sûr que le tiers qu'il employait ne les trompait pas tous deux , il lui répondit affirmativement qu'il n'avait nul doute, et que la Reine avait le collier. Cependant, réfléchissant sur toutes les circonstances , il ne put se défendre de concevoir quelques incertitudes, et ayant eu occasion dans les der-

nîers jours de juillet de se procurer de récriture de la Reine , il fat firappé de la différence d'écriture et dît ; « Je suis trompé ! » Il envoya cherdier la dame de Lamotte, et lui parla de son inquiétude; mais elle parvint à le plonger dans son erreur, en lui protestant avec toute l'apparence de la candeur qu'elle ne lui avait porté que les ordres de la Reine; que ta Reine avait le collier; qu'elle le payerait incessamment, et, ([u'en attendant, elle l'avait chargée de lui remettre 30,000 francs pour les intérêts à cause du retard. Effectivement , cette femme , qui à ses yeux ne possédait rien , qu'il devait croire dénuée de toute fortune, puisqu'elle demandait et recevait de modiques secours de quelques louis, lui remit les 30,000 francs. Or, la lettre remise le 10 juîHét par les Bohmer h Sa Majesté^ le silence qui l'avait suivie, l'assertion d'une fenmie qu'il croyait sincère, du moins par reconnaissance, l'habitude de la confiance, et enfin, il le répète enowre, ces 30,000 francs apportés par quelqu'un h qui il ne connaissait aucune ressource, tout cet ensemble le persuada. Il ignorait que riche à son insu , cBe sVtmt occupée à cette époque de rassembler les 30,000 livres; qu'elle avait envoyé un exprès à son mari, et qu'elle avait déposé un écrin chez M* Mainguet, notaire, qui lui avait prêté 35,000 francs; il n'a eu ces éclaircissements que depuis sa détention. Il fît donc venir les Bohmer, il leur annonça le retard du payement et* l'ordre qu'il croyait avoir de la Reine de leur remettre 30,000 livres. Ils reçurent les 30,000 livres, mais

comme les mtéréts ne leur étaient pas encore dus, ils donnèrent le 31 juillet, à ce qu'il croit, une quittance à compte du principal , et la donnèrent comme ayant reçu les 30,000 francs de la Reine. La dame de Lamotte voyait approcher le moment de consommer son œuvre d'iniquité: il entrait dans ses projets de déclarer elle-même que la signature ellensième était fausse, et de faire croire par là qu'elle n'y avait aucune part; elle se flattait sans doute de l'avoir réduit par ces adroites manœuvres à payer le collier sans oser même se plaindre. On lui dit , en effet , depuis sa détention , que les sieurs Bôhmer convenaient que le 3 août, la dame de Lamotte leur avait dit que la si(][nature mise sur les propositions acceptées par eux était fausse; qu'ils avaient été trompés ; qu'eUe leur conseillait de prendre leurs précautions vis-a-vis de lui , et qu'il était en état de leur payer le collier. Tandis qu'elle leur parlait ainsi, voici te qu'elle faisait a son égard. Dans les huit premiers jours .d'août , elle hii envoya dire mystérieusement par sa femme de chambre qu'elle était retenue chez elle, qu'elle ne pouvait sortir, et qu'elle le priait d'y venir; il y alla, il la trouva avec l'extérieur du désespoir, les larmes dans les yeux. Elle lui dit qu'elle ne pouvait plus lui dissinmler que les bontés dont la Reine l'avait honorée lui avaient attiré des ennemis; qu'on lui imputait de s'être vantée de ces mêmes bontés; qu'elle n'avait pas assez d'appui pour faire iace à la calomnie, et qu'elle croyait que le seul parti h prendre était d'aller passer quelque temps à la. can^.

pagne; mais qu'elle était si troublée, qu'elle lui demandait en grâce de lui donner un asile chez lui, pour elle, sa femme de chambre et son mari. Il refusa d'abord ce qu'elle lui demandait; mais elle insista avec l'expression du malheur et de la crainte si adroitement jouée, qu'il lui promit de la recevoir le même soir, mais à condition qu'elle ne sortirait pas de sa chambre et ne paraîtrait pas dans l'hôtel. Il lui promit même, pour la rassurer, qu'il enverrait quelqu'un la prendre; il pria M. de Carbonnière de vouloir bien se charger de ce soin , et de veiller à leur faire donner tout ce qui serait nécessaire. Il voit aujourd'hui que l'asile que cette femme implorait chez lui était un nouveau piège, un moyen imaginé pour le joindre pour ainsi dire à son sort et le forcer à payer le collier sans oser rien dire; car cette femme si tremblante, si effrayée quand elle demandait à être reçue chez lui, affecta l'air le plus tranquille dès qu'elle en fiit sortie; elle l'affecta de même à Bar-sur-Aube et dans les endroits où elle alla ; enfin il continua d'être persuadé que la Reine avait le collier, jusqu'au moment où, paraissant devant Sa Majesté, il a été désabusé par elle-même, et malgré la vive impression que lui fit cette fatale découverte, le sentiment le plus distinct qu'il ait éprouvé est la douleur d'avoir pu offenser la Heine par les soins même qu'il n'avait pris que dans le but d'obtenir ses bontés, et par le désir de lui donner le plus respectueux témoignage de son zèle, de son dévouement et de sa sou^ mission à des ordres qu'il croyait venir ^d'elle ; qu'il

éprouve une sorte d'adoucissement à son sort, en saisissant la première occasion qu'il a d'exprimer le regret dont il est pénétré.

Observe le répondant qu'il serait intéressant pour lui que l'on entendît en déposition le sieur Lafresnayé, ancien notaire, le nommé Deschamps, ancien domestique de la femme de Lamotte, demeurant à Paris, rue Saint-Louis, au Marais, n® 81, le portier et la portière de la maison qu'occupait la dame de Lamotte rue Neuve Saint-Gilles.

Du mardi 17 janvier 1786.

Interrogé s'il n'a pas dit aux sieurs Bôhmer et Bassenge qu'il avait entendu parler d'un grand objet de conséquence, comme d'une chose unique dans son genre, qu'il était chargé de le voir et d'en demander le prix,

A répondu qu'il s'en réfère à sa première réponse sur cet objet, et pour répondre avec la plus grande bonne foi, que soit que ce soit lui qui leur ait demandé à voir le collier, soit que ce soient eux qui le lui aient offert, c'est parfaitement égal, car il y allait dans J'intention de voir le collier, et de leur demander s'ils ne lui avaient pas offert de le lui montrer.

Interrogé si les joailliers ne lui montrèrent pas alors

un grand collier en esclavage monté en diamants, et

s'ils ne lui dirent pas qu'il avait été estimé seize cent

mille livres par les sieurs Maillard et d'Oigny,

A répondu que oui.

Interrogé s'il ne leur a pas demandé quels seraient les arrangements pour le payement de cette somme ; s'ils ne lui répondirent pas qu'ils désiraient recevoir une partie du prix en argent, et que pour le reste, ils espéraient qu'il leur ferait des propositions qui pourraient leur convenir,

A répondu que le sens de ces paroles a pu être le sujet de la conversation , mais qu'il ne se rappelle pas avoir traité positivement des conventions du prix avant la seconde visite qu'il leur fit.

. Interrogé s'il ne leur a pas dit qu'il rendrait compte de la conversation qu'il venait d'avoir avec eux ; qu'il ne faisait pas cette acquisition pour lui personnellement; qu'il était persuadé qu'ils accepteraient avec plaisir les arrangements que lacquéreur pourrait leur proposer,

A répondu que oui.

Interrogé s'il ne les quitta pas en leur promettant de leur rendre réponse sous quelques jours, et s'il ne Jeur Décommanda pas le plus grand secret sur cette affaire,

A répondu que cet énoncé n'est pas tout à fait exact; il ne se rappelle pas avoir mis cette grande importance au secret dans cette première occasion.

Interrogé pour qui il entendait faire l'acquisition de ce collier, et s'il avait mission à cet effet de la personne pour qui il entendait faire cette acquisition,

A répondu qu'il persiste dans ce qu'il nous a dit à ce sujet dans les jours précédents , et nous répète qu'il ne s'en est chargé que sur ce que la dame de Lamotte,

PÏÈGES JUSTIFICATIVES. 227

<|ui avait déjà entamé cette négociation dès le mois de décembre, lui dit à son retour de Strasbourg, dans le mois de janvier, et lui montra une lettre fausse par laquelle la Reine désirait faire cette acquisition et qu'il fûit chargé de fixer les arrangements.

A lui représenté qu'il ne pouvait pas croire que la dame de Lamotte, qu'il ne connaissait que par ses besoins, et qui réclamait tous les jours les plus petits secours, eût aucune relation avec la Reine ; qu'il avait du savoir que la dame de Lamotte s'était jetée aux pieds de la Reine pour lui présenter un mémoire, et que lui-même avait dicté à la dame de Lamotte des mémoires en lui conseillant de les faire parvenir par une des femmes de chambre de la Reine ;

A répondu qu'il peut se faire qu'il ait conseillé à la dame de Lamotte de présenter des mémoires à la Reine; que c'est un hommage qu'il rendait à la bonté de Sa Majesté, mais qu'il ne se rappelle nullement en avoir dicté préUminairement ; que du reste sa croyance en ce que la dame de Lamotte pouvait lui dire était accréditée par tous les faits antérieurs qu'il nous a dits les jours précédents; que quant aux secours qu'il continuait à donner à la dame de Lamotte, elle donnait pour prétexte de les solliciter et de les recevoir, sa discrétion à ne pas vouloir abuser des bontés de la Reine, ajoutant qu'elle se réservait de les solliciter pour des objets plus importants, mais que ce qu'elle recevait de lui était très-utile pour l'essentiel de sa dépense.

L'avons sommé de nous représenter la lettre que la

dame de Lamotte lui a apportée comme écrite par la Reine, par laquelle Sa Majesté lui marquait de faire pour elle l'acquisition du collier.

A répondu que la lettre étant adressée à la dame de Lamotte , elle la lui a montrée pour justifier son dire , mais ne la lui a pas donnée.

Interrogé si le 29 janvier de l'année dernière il n'a pas fait dire aux sieurs Bôhmer et Bassenge de passer cliez lui ; s'il ne leur a pas dit que ses nouvelles instructions l'autorisaient à traiter avec eux du collier ;

A répondu qu'il croit que c'est chez eux, à sa seconde visite, qu'il leur a tenu ce propos, c'est-à-dire qu'il était autorisé à traiter avec eux.

Interrogé qui est-ce qui l'a autorisé à traiter avec eux?

A répondu que tout cela provenait de la même source.

Interrogé s'il n'a pas fait lecture aux Bôhmer et Bassenge des propositions de l'acquéreur, et si ses propositions n'étaient pas écrites de sa main sur une feuille de papier à mi-marge ,

.A répondu que oui , et que par respect pour l'ordre qu'il recevait, il avait dû les écrire de sa main.

Interrogé si les sieurs Bôhmer et Bassenge ne lui répondirent pas que ces propositions leur convenaient, et s'il ne leur demanda pas de les accepter, ce qu'ils firent sous la date du 29 janvier en signant Bôhmer et C" ;

Représentation faite au cardinal desdités proposi-

tionSy l'avons sommé de déclarer si cet écrit n'est pas écrit quant aux cinq propositions en entier de^a main; si ce n'est pas le même qu'il présenta aux Bôhmer et Bassenge, qui l'ont accepté, consenti et signé, et l'avons sommé de les reconnaître et de les parapher ;

A répondu qu'il reconnaît la vérité de la demande ; qu'il reconnaît pareillement l'écrit que nous lui représentons pour être de sa main quant aux cinq propositions, et que c'est le même qu'il a présenté aux Bôhmer et Bassenge et qu'ils ont signé, et est prêt de le parapher ; ce fait , ledit écrit a été paraphé et signé dudit cardinal et non de nous, l'ayant été ci-devant; croit devoir nous observer qu'il est étonné de voir au procès cette pièce , qui n'a dû être énoncée dans aucun procès-verbal de scellés , n'ayant point été trouvée parmi ses papiers ; que c'est lui qui l'a déclarée au Roi par l'effet de son profond respect , et qu'il l'a remise au ministre pour le Roi uniquement, et comme une pièce justificative de la bonne foi avec laquelle il avait agi.

Interrogé s'il n'a pas envoyé, le 1" février suivant, chez les sieurs Bôhmer et Bassenge, un billet écrit de sa main pour qu'ils vinssent chez lui dans la matinée , le plus tôt possible, avec l'objet en question ;

Lui avons représenté ledit écrit, et interpellé de déclarer s'il ne le reconnaît pas pour être écrit de sa main et le même qu'il fit porter chez eux à l'effet de les faire se rendre chez lui et de lui apporter le collier; l'avons sommé de le reconnaître et de le parapher ;

A répondu qu'il reconnaît la vérité de l'écrit, et que

c'est le même que celui qu'il a envoyé aux joailliers ; ce fait, ledit écrit a été paraphé du répondant et non de nous, l'ayant été ci-devant.

Interrogé si les sieurs Bôhmer et Bassenge, à la réception de ce billet , ne se rendirent pas chez lui et ne lui portèrent pas le collier,

A répondu qu'ils le lui apportèrent le l*' février.

Interrogé s'il ne leur montra pas les propositions du marché qu'eux joailliers avaient acceptées , et ne leur dit pas qu'elles étaient approuvées par la Reine et signées Marie-Antoiisette de France; à l'effet de quoi lui avons de nouveau représenté lesdites propositions ;

A répondu qu'il leur a montré effectivement, mais après le marché conclu et le collier livré , lesdites propositions avec les approuvé et la signature Marie-Antoinette de France.

L'avons sommé de déclarer si les six mots approuvé qui sont en marge de l'écrit et la signature Marie- Antoi- • NETTE DE FRANCE sont réellement de l'écriture et de la signature de la Reine ;

A répondu qu'il a cru fermement que c'était de l'écriture de la Reine, mais qu'il est convaincu actuel-r lement que cela n'est pas.

A lui demandé de quelle écriture sont les mots approuvé et la signature de la Reine ,

A répondu qu'il ne pourrait dire affirmativement de qui ils sont.

Interrogé s'il n'a pas dit aux sieurs Bôhmer et Bas-

PIECES JUSTIFICATIVES. fZÎ

senge qu'il ne pouvait pas leur remettre cet écrit, et qu'il lui était ordonné de le garder chez lui,

A répondu qu'il ne se rappelait pas avoir tenu ce propos en conversation , mais qu'il se rappelle fort bien que non-seulement les Bôhmer ne le lui ont pas demandé, mais même qu'ils ont fait difficulté d'en prendre copie , ainsi qu'il l'a déclaré dans les précédentes séances.

A lui demandé si, pour leiu* donner une plus grande preuve, il ne sortit pas de son secrétaire une petite lettre qu'il ploya en deux pour leur foire lire ces mots : « Je n'ai pas coutume de traiter de cette manière avec mon joaillier ; vous garderez donc ce papier chez vous, et vous arrangerez du reste tout comme vous le jugerez convenable; » et s'il ne leur dit pas que cette lettre était de la Reine ;

A répondu qu'il ne se rappelle nullement ce fait, d'autant plus que n'y ayant eu aucune discussion ni difficulté dans le marché, il ne voit pas pourquoi la dame de Lamotte se serait fait écrire une pareille lettre.

Interrogé s'il n'a pas dit aux Bôhmer et Bassenge que pour leur donner encore plus de sûreté, il mettrait une enveloppe au titre qu'il garderait chez lui, et sur laquelle enveloppe il écrivit de sa propre main qu'en cas de mort ce titre leur fût remis ,

A répondu qu'il reconnaît la vérité de la demande , et que c'est à l'époque du 18 février.

Représentation faite au cardinal de ladite enveloppe

datée du 18 février dernier, l'avons sommé de la reconnaître et de déclarer si c'est lui qui Ta écrite, et de la parapher ;

Le répondant après Tavoir examinée a dit la reconnaître pour être écrite de lui , et est prêt de la parapher; ce fait, la pièce a été paraphée du répondant et non de nous, l'ayant été ci-devant.

Doit nous observer le répondant qu'il croit que ce papier était joint à la pièce remise au ministre pour le Roi.

L'avons sommé de déclarer si, par cet écrit, son intention n'était pas d'inspirer de la confiance aux sieurs Bôhmer et Bassenge sur la négociation du collier, pour leur faire garder le secret et pour que rien ne transpirât,

A répondu que non, et que son seul objet, ainsi qu'il l'a dit dans les précédentes séances, n'a été que de faire voir aux Bôhmer qu'il s'occupait de ce qui les intéressait.

Interrogé s'il ne dit pas aux joailliers, après la remise du collier, qu'actuellement que l'affaire était terminée, il pouvait leur dire franchement qu'en conscience et sur son honneur il avait été obligé de donner à la Reine le conseil de ne pas faire l'acquisition de ce collier; que c'était une folie de dépenser une somme aussi énorme pour une seule parure, la Reine n'ayant pas besoin de celle-là pour paraître avec éclat; que cependant, et heureusement pour eux, ses remontrances n'avaient pas été écoutées, et que le désir de posséder ce col-

lier l'avait emporté sur toutes ses représentations ;

A répondu qu'il proteste contre toutes les expressions de l'énoncé de la demande, mais qu'il est vrai qu'il a dit aux Bôhmer qu'il avait fait représenter à la Reine que cette acquisition d'un si haut prix net ferait qu'augmenter la quantité de diamants qu'elle avait déjà, et que, comme parure, il lui semblait lui en avoir vu de bien plus belles et de meilleur goût. ,

Interrogé s'il ne dit pas aux joailliers que quoiqu'il fut question dans l'écrit approuvé par la Reine qu'elle leur donnerait des délégations aux époques fixées pour le payement, la Reine lui avait répondu à ce sujet (]u'elle n'entendait rien à cela , et s'il ne les assura pas qu'ils pouvaient être sans inquiétude , et qu'il était de son devoir de solliciter pour eux, aux époques déterminées, le payement des sommes qu'ils devaient recevoir ;

A répondu qu'il ne se rappelle nullement avoir discuté avec les Bôhmer l'objet des délégations; il peut se faire qu'il leur ait dit qu'il ferait rappeler dans le temps à la Reine les époques de leurs payements.

Interrogé s'il ne dit pas aux joailliers qu'il solliciterait dans le moment présent qu'on leur tînt compte des intérêts à compter du 1*' août prochain ; qu'il trouvait à cet égard la demande qu'ils lui en avaient faite très-juste, et si le même jour il n'écrivit pas au sieur Bôhmer une lettre par laquelle il lui marquait que la Reine lui avait fait connaître que ses intentions étaient que les intérêts de ce qui serait dû après le premier

payement fin d'août , courussent et fussent payés successivement avec les capitaux jusqu^au parfait acquittement,

A répondu qu'il s'en réfère à ce qu'il a dit sur cet objet dans les précédentes séances, et daîis lesquelles il mentionne la lettre qu'il a écrite.

Avons représenté au répondant une lettre par lui écrite aux Bôhmer, datée du 1" février dernier, signée de lui ; l'avons sommé de la reconnaître et de la parapher ;

Le répondant, après l'avoir examinée, a dit la reconnaître pour être écrite par lui et par lui envoyée aux Bôhmer, et est prêt de la parapher ; ce qui a été fait par le répondant et non par nous, l'ayant été ci-devant.

Interrogé si , vers la fin du même mois de février, il n'a pas fait faire différentes fournitures de diamants par le sieur Bôhmer, lequel les porta chez lui ,

A répondu que oui.

Interrogé si le même jour que Bôhmer porta les diamants chez le répondant, il ne lui demanda pas s'il pouvait lui prêter ou lui faire prêter 50,000 livres, dont il avait le plus pressant besoin,

A répondu qu'il ne devait pas 50,000 Uvres exigibles dans ce moment, et qu'il ne se rappelle nullement avoir fait cette demande à Bôhmer.

Interrogé si Bôhmer ne fut pas chez le sieur de Saint-James, qui lui prêta lesdits 50,000 livres sur son billet, et si le sieur Bôhmer ne lui porta pas aus-

sitdt cette somme, et s'il ne fit pas aussitôt un billet à Bôhmer ,

A répondu qu'il ne se rappelle nullement avoir fait aucun billet au profit du sieur Bohmer; mais qu'il se rappelle très-bien celui fait au profit du sieur de Saint-James, dans lequel il n'est pas fait mention des Bohmer.

A lui représenté qu'il résulte du procès que le sieur de Saint-James a refusé de prêter au répondant les 50,000 francs qu'il a prêtés au sieur Bohmer, qui lui en a fait son billet, et auquel lui répondant a fait le sien,

A répondu que de billet marquant créance, il ne cotinaît que celui qu'il a fait au profit du sieur de Saint- James.

Interrogé s'il n'a pas fait remettre a la caisse du sieur de Saint- James 10,000 francs à la décharge de Bohmer, et s'il ne doit pas encore à Bohmer les quarante mille francs restant,

A répondu que le sieur Dubosc, son trésorier, a porté les 10,000 francs au sieur Ghomet, qui dans sa reconnaissance n'a nullement mentionné les Bohmer.

Interrogé si dans le même mois de février il n'a pas fait inviter le sieur de Saint-James à se rendre chez lui,

A répondu qu'il peut se faire que les Bohmer aient dit que le répondant ferait volontiers la connaissance du sieur de Saint-James , mais il ne les a pas chargés particulièrement de l'inviter à venir chez lui.

Interrogé si le sieur de Saint-James étant venu chez lui il n'exigea pas de lui le plus grand secret et sa parole d'honneur de taire ce dont il allait lui faire part, et s'il ne lui montra pas l'écrit portant la vente du collier, en lui disant que les mots approuvé étaient de l'écriture de la Reine, et en lui faisant voir la signature de la Reine,

A répondu qu'il s'en réfère à ce qu'il a dit dans ses interrogatoires précédents , en ajoutant seulement qu'il est probable que, par respect pour la signature qu'il croyait véritable , il lui aura demandé le secret.

Interrogé si depuis ce jour-là, toutes les fois qu'il a vu- le sieur de Saint-James , il ne lui a pas parlé des à -compte que la Reine devait donner à Bôhmer sur le prix du collier,

A répondu qu'ayant rencontré quelquefois le sieur de Saint-James, il lui a parlé de l'à-compte que la Reine comptait donner aux Bôhmer.

Interrogé si un jour il n'a pas dit au sieur de Saint- James que la Reine ne .voulait plus prendre le collier, et qu'elle le rendrait au sieur Bôhmer,

A répondu qu'il s'en réfère à ce qu'il a dit sur cet objet dans ses interrogatoires précédents , et dont il a parlé dans les mêmes termes au sieur de Saint-James.

Interrogé s'il n'a pas dit quelque temps après au sieur de Saint-James que la Reine consentait à garder le collier, mais qu'elle ne voulait le payer que 1,400,000 francs,

A répondu qu'il n'a pas pu tenir ce propos au sieur

PIEGES JUSTIFICATIVES. îâT

de Saint-James, puisqu'on ne lui avait jamais dit de la part de la Reine qu'elle fixât aucun prix de diminution, mais seulement qu'elle ferait faire l'estimation convenue par les sieurs Doigny et Maillard.

Interrogé s'il n'a pas assuré au sieur de Saint-James avoir vu entre les mains de la Reine 700,000 livres en billets de caisse, qu'elle avait voulu lui donner pour remettre aux sieurs Bôhmer à compte du prix du collier, mais qu'il avait refusé, ne voulant pas se mêler de cette affaire,

A répondu qu'il s'en réfère à ce qu'il a dit sur cet objet dans ses réponses précédentes, et ajoute : «Comment aurait-il pu dire au sieur de Saint-James qu'il ne voulait pas se mêler de cette affaire , lui qui s'en disait chargé et qui avait toujours parlé sur ce ton au sieur de Saint-^Fames ? >»

Interrogé s'il ne dit pas au sieur de SaintJames qu'il craignait bien que la Reine ne gardât pas longtemps les 700,000 livres, et qu'elle n'en fît pas l'emploi pour lequel elles étaient destinées ?

A répondu qu'il s'en réfère à ses précédents interrogatoires.

Interrogé si quelques jours après il ne dit pas au sieur de Saint-James que la Reine n'avait plus les 700,000 livres, et qu'il ignorait ce qu'elle en avait fait, mais qu'au surplus il en était fort aise, parce que cela forcerait la Reine à avoir recours au sieur de Saint- James pour se procurer les fonds nécessaires pour le payement du prix du collier.

t38 PIECES JUSTIFICATIVES.

A œpondu que I*énouce de la demande n'est pas tout à fait exact ; qu'il se rappelle seulement avoir dit au sieur de Saint-James qu'il désirait que ce changement de destination de fonds engageât la Reine à accepter les offres de service qu'il avait faites, et ce dire prouve la conviction dans laquelle était le répondant.

Interrogé si le 10 juillet il ne fit pas dire aux Bôhmer de se rendre chez lui ; s'il ne leur dit pas que la Reine trouvait le colUer trop dber, et qu'elle était déterminée à le leur rendre, à moins qu'ils ne consentissent à un rabais de 200,000 francs ;

 répondu qu'il n'a pas pu fixer au nom de la Reine de combien devait être la diminution, puisqu'on ne lui avait pas fait énoncer cette volonté ; mais il leur a dit seulement que la Reine, trouvant le collier trop cher, ferait faire l'estimation qui était convenue, et probablement le répondant aura ajouté, parce qu'on le lui avait dit aussi, que la Reine rendrait peut-être le collier.

Interrogé s'il ne dit pas aux Bôhmer qu'au lieu de la somme de 400,000 livres qu'ils devaient toucher au 1" août, ils recevraient sous peu de jours celle de 700,000 livres,

 répondu qu'il instruisit les Bôhmer qu'ils toucheraient 700,000 fr. au Heu de 400,000 dès qu'il en a été instruit , car telle était l'intention qu'il croyait être celle de la Reine.

Interrogé . si les sieurs Bôhmer et Bassenge étant venus lui faire part qu'ils avaient reçu un billet de

M. le baron de Breteuil pour se rendre à Versailles, il ne leur dit pas que les ordres étaient de garder le plus profond secret ; que par conséquent il était nécessaire de trouver une excuse auprès du ministre pour ne pas parier de la vente du collier,

, A répondu qu'il se rappelle seulement avoir dit à Bôhmer et Bassenge qu^ils ne devaient parler à personne de là vente du collier, et par conséquent n'en pas parler à M. le baron de Breteuil; ce secret est une Alite du respect qu'il avait pour la commission dont il était chargé, et qu'il croyait véritable.

A lui représenté qu'il aurait dû conseiller aux sieurs Bôhmer et Bassenge de prier le ministre de demander pour eux à la Reine une audience particulière, que cela n'aurait compromis en rien le secret,

A répondu que la possibilité que les joailliers de la Reine ont d'être à portée de lui parler quand elle leur hit quelque commande, a empêché le répondant d'avoir la pensée de faire demander d'avoir une audience pour eux , et d'autant plus que le prétexte de montrer quelques nouveaux objets dignes des regards de Sa Majesté pouvait leur procurer cet avantage.

Interrogé si vers la lin du mois de juillet il n'envoya pas chercher le sieur Bôhmer et ne lui remit pas en billets de la caisse d'escompte une somme de 30,000 livres, dont il lui fit donner une quittance pour la Reine à compte du prix total du collier,

A répondu qu'il s'en réfère à ses précédents interrogatoires.

Lui avons représenté une quittance signée Bôhmer et C^y datée du 30 juillet dernier; Favons souuné de la reconnaître , de s'expliquer sur icelle et de la parapher ;

Le répondant, après l'avoir examinée, a dit la reconnaître et est prêt de la parapher, et s'en réfère sur icelle à se§ interrogatoires précédents.

Avons représenté au répondant un écrit contenant les propositions du marché, et l'avons sommé de le reconnaître et de déclarer si c'est lui qui l'a écrit, et de le parapher,

A répondu reconnaître ledit écrit pour être de sa main, et est prêt de le parapher.

Avons pareillement représenté la copie d'un billet contenant des propositions qui paraissent relatives au colUer, sommé de la reconnaître, de déclarer si c'est lui qui a dicté ce billet, par qui il l'a fait écrire, et de s'expliquer sur ce qui y est contenu, sur l'époque où il a été écrit, et de le parapher,

Le répondant, après l'avoir examinée, a dit qu'il reconnaissait l'écriture pour être de quelqu'un de chez lui ; qu'il était dans l'usage de dicter souvent des notes de plusieurs affaires sous un même narré , et qu'il ne peut pas comprendre ce qu'il a voulu dicter, et est prêt à le parapher.

A lui représenté que ne recevant pas de marques de la protection de la Reine, il n'a pu se flatter qu'elle l'eût choisi pour une commission qu'elle n'aurait donnée qu'a une personne honorée de sa confiance intime;

qu'il ne lui était pas pennis de croire que la Reine ait Youlu faire une négociation telle que cette affaire-ci la présente ; que son état, sa dignité, sa place ne lui permettaient pas de se charger d'une négociation de cette espèce sans avoir pris les précautions les plus grandes pour s'assurer qu'il n'était pas trompé; qu'il n'est pas croyable qu'il ait été trompé par la fausse écriture et la fausse signature de la Reine; que dans le système qu'il nous présente, il est bien étonnant qu'il n'ait pas conservé les lettres qu'on lui a apportées ^ contenant les ordres de la Reine, notamment celle qu'il a tirée de son secrétaire pour la montrer aux joailliers au moment de la conclusion du marché ; qu'il résulte du procès qu'il a voulu persuader aux joailliers et à d'autres personnes qu'il traitait la négociation du collier directement avec la Reine; qu'en gardant l'écrit, qui était la lettre des joailliers, il les mettait dans l'impuissance de faire aucune démarche pour leur payement; qu'il semble résulter de l'ensemble de cette affaire qu'il a cherché à tromper les sieurs Bôhmer et Bassenge en employant le nom auguste de la Reine.

A répondu que, quelque effrayant que soit le tableau qu'on lui présente, il espère que les éclaircissements et les preuves que la procédure doit procurer dissiperont tous les doutes, s'il en existait véritablement, et a répondu que la marque de bonté qu'il croyait avoir reçue delà Reine lorsque, indignement trompé, il avait cru l'entendre elle-même lui donner l'espérance de

n'être plus dans sa disgrâce; que le vif désir qu'il en

avait le lui a fait croire trop facilement, mais que d'après cette illusion, cause de son aveuglement, il lui semble qu'il a pu croire sans témérité que la Reine lui donnait une marque de bonté en Thonorant d'une commission , mais que toute commission de la part de Sa Majesté étant une grâce, elle doit être saisie avec empressement; que certainement , sans son aveuglement et son illusion, il n'aurait pas agi comme il a foit. Quant à la fausse écriture et à la fausse signature, rien ne prouve pliu sa bonne foi que de l'avoir gardée et remise lui-même , preuve qu'il l'avait crue vraie ; qu'il n'avait jamais vu l'écriture de la Reine pour juger de la forme des caractères, et que quant aux noms qui ne peuvent former la signature de la Reine , M. de Saint- James, les sieurs Bôlimer et Bassenge n'en ont pas été plus frappés que lui, tant il est vrai qu'il y a des erreurs incompréhensibles ou du moins qui paraissent l'être, et qui cependant sont l'effet naturel du prestige qui les fait naître. Quant aux lettres qui lui ont été montrées, elles sont restées à celle qui me les appoitait, et qu'elle ne montrait que ce qui contenait l'ordre; et que quant à celle que Ton dit qu'il a montrée le jour même du marché aux Bôhmer, il ne peut convenir de ce fait, d'autant plus qu'il n'y avait nulle nécessité, puisque les Bohmer avait conclu le marché et remis le collier sans même avoir vu les propositions et conditions en marge desquelles étaient les faux approuvé; que sa conduite et ses propos prouvent le contraire de ce que l'on voudrait avancer qu'il a cherché à faire croire qu'il

avait le. direct ; les Bôhmer et Bassenge, au commen* cernent, au milieu et à la fin, sont convaincus qu'il n'agissait que par un tiers et l'énoncent eux-mêmes. Le répondant leur écrit : a La Reine m'a fait connaître ses intentions. » Il leur dit dans une autre occasion « que sa lettre à lui répondant passerait par un tiers ; » et lorsque les Bôhmer lui témoignent leur inquiétude . ils lui disent : « Le tiers ne nous tromperait-il pas tous les deux ?» Et s'ils avaient cru précédemment que le répondant avait le direct ou qu'il voulait le faire croire, n'auraient-ils pas marqué leur étonnement et leur mécontentement lorsqu'il leur dit : « Ma lettre passerait par un tiers? «Et ajoute que si les joailliers avaient soupçonné qu'il eût un direct avec la Reine, ils l'auraient prié de leur procurer l'occasion de faire leurs remercîments à la Reine , ils auraient même jugé que le répondant aurait dû en parler lui-même , donc ils n'ont jamais pu croire, d'après ces propos et d'après leur conduite, que le répondant ait eu le direct, et certes M. de Saint-James avait la même façon de penser, sans quoi il aurait combattu celle de Bôhmer, et de leur incertitude mutuelle serait résulté le désir de dissiper leurs doutes; quant à n'avoir pas remis l'écrit signé Bôhmer, la preuve que c'était uniquement pour garder un secret que le respect lui faisait croire devoir être gardé, c'est qu'il a donné aux Bôhmer tout ce qui pouvait leur servir, et non-seulement il leur a donné sans qu'ils l'aient demandé, mais le répondant peut

ajouter que c'était à leur refus; d'ailleurs, le répondant

ajoute que, croyant que la Reine porterait le collier, ce n'était donc que pour quelques moments seulement, et qu'il les pressa dès le surlendemain d'aller faire leurs remercîments ; ils devaient donc alors n'avoir plus d'inquiétudes, et le répondant a toujours cru que cette démarche se ferait d'un moment à l'autre, par la facilité que les différentes occasions peuvent procurer aux joailliers de la Reine; donc, bien loin d'avoir voulu tromper, tout prouve qu'il l'a été, et son très-profond respect pour la Reine aurait toujours présenté à son esprit comme un crime la pensée d'oser abuser de son nom.

Du mardi 31 janvier 1786.

Interrogé à quelle époque il a revu la dame de Lamotte depuis qu'elle lui avait été recommandée par madame de Boulainvilliers ,

A répondu que c'est vers le mois de mai ou de juin 1782.

Interrogé si ce n'est pas après une lettre qu'il a reçue de la dame de Lamotte qu'il lui donna un rendez-vous , et si ce jour-là , lui promettant d'adoucir ses malheurs,' il ne lui donna pas 50 ou 60 louis,

A répondu affirmativement que non.

Interrogé s'il ne lui a pas donné un autre rendezvous pour trois ou quatre jours après , et s'il ne lui donna pas ce jour-là 200 louis, et s'il ne s'engagea pas à payer une lettre de change à im juif de 5,500 livres ,

A répondu qu'il n'a jamais donné ni 100 louis ni 200 louis, mais une seule fois 25 louis, et cette fois . c'était sur le rapport que lui fit le sieur de Garbonnières , que le répondant avait envoyé chez le sieur et la daine de Lamotte pour juger de leur situation ; a ajouté qu'au mois d'avril 1783, pour tirer de l'embarras où se trouvaient le sieur et la dame de Lamotte , il avait cautionné ladite dame de la somme de 5,500 livres qu'elle devait à un juif de Nancy, ainsi qu'il l'a dit dans ses précédents interrogatoires.

Interrogé s'il n'a pas engagé la dame de Lamotte à venir s'établir à Paris, et si elle ne demeurait pas rue de la Verrerie , en hôtel garni ,

A répondu qu'il ne l'a jamais engagée à venir à Paris; qu'il ignore où elle demeurait quand elle y était, et que même il l'avait plusieurs fois invitée à vivre en province avec sa pension.

Interrogé si dans le même temps le frère de la dame de Lamotte étant venu à Paris et lui ayant apporté différentes choses curieuses, il n'acquitta pas pour lui 10,000 livres de lettres de change,

A répondu qu'il n'a jamais vu son frère, et par conséquent n'a rien acquitté pour lui.

Interrogé s'il n'a pas donné 200 louis pour la sœur de la dame de Lamotte qui était malade,

A répondu qu'il n'a jamais vu cette sœur et n'a rien donné pour elle.

Interrogé s'il n'a pas proposé à la dame de Lamotte de se loger plus décemment , et ne lui proposa pas une

maison rue Neuve Saint-Gilles qu'il offrit de faire louer et meubler ,

 répondu que non , qu'il n'a nulle connaissance de cet objet.

Interrogé s'il ne s'occupait pas pour lors a faire ou à faire faire pour ladite dame de Lamotte des mémoires qu'elle avait à présenter au Roi et aux ministres,

A répondu qu'il se rappelle qu'une fois elle lui avait montré un mémoire très-mal fait ; il lui conseilla d'y faire des changements; que, d'ailleurs, il amis si peu d'importance à ces sortes de conseils auxquels on cherche à en donner beaucoup, que cette circonstance a laissé peu de traces dans sa mémoire.

Interrogé s'il ne sait pas que, au jour de la Chandeleur 1 783 , la dame de Lamotte présenta un mémoire à la Reine en se jetant à ses pieds , et que ce mémoire n'ayant pas eu la réussite qu'elle s'en promettait, elle avait discontinué d'aller à Versailles aussi fréquemment qu'elle y allait auparavant ,

 répondu que la dame de Lamotte lui avait rendu ce récit différemment, et qu'elle lui avait même dit avoir intéressé la Reine par son état de souffrance.

Interrogé s'il n'était pas visible à Versailles , et si , lui répondant, n'était pas*, par sa place, à même de savoir que la dame de Lamotte n'avait aucun accès auprès de la Reine ,

A répondu qu'il n'était nullement à portée de con-* naître ces détails.

Interrogé s'il connaît le père Loth , minime , s'il ne

lui a pas promis de le faire séculariser et de le nommer prieur des Quinze- Vingts,

A répondu qu'il a connu le père Loth uniquement comme religieux; qu'il s'adonnait à prêcher; qu'il ne lui a jamais parlé de le faire séculariser et encore moins de le mettre prieur aux Quinze-Vingts , et que même il n'y a pas de place de prieur aux Quinze-Vingts.

Interrogé si la dame de Lamotte ne lui a pas fait des confidences au sujet des chagrins que lui donnait une dame d'Oliva, relativement aux intrigues qu'elle avait avec son mari ,

A répondu qu'il ne connaît pas cette femme , et que jamais la dame de Lamotte ne lui a prononcé ce nom.

Interrogé si , lorsque la dame de Lamotte était à Versailles, elle ne le faisait pas avertir, et s'il n'allait pas chez elle ou si elle ne venait pas chez lui , et s'ils ne se promenaient pas dans les jardins de Versailles, tantôt avec lui seul , tantôt avec le baron de Planta , tantôt avec son mari ,

A répondu qu'il ne s'est jamais promené seul avec elle; qu'il ne s'est jamais promené avec son mari, mais qu'il s'est une seule fois promené avec elle l'ayant rencontrée; le baron de Planta était avec lui répondant, et en outre le soir du jour où elle lui fit accroire avoir eu l'honneur d'approcher de la Reine.

Interrogé si le 24 juillet il ne se promena pas sur la terrasse avec la dame de Lamotte , lui étant en lévite et son chapeau en clabaud , et s'il n'a pas été ce jourlà avec elle jusqu'à Trianon , et s'il ne la remit pas en

entrant sous les piliers de la {jalerie dans une chaise,

A répondu qu'il n'a jamais été avec elle à Trianon, et qu'il ne s'est promené avec elle que quelques instants.

À lui remontré que la Reine n'aurait pas paru seule le soir dans le parc sans avoir des personnes à sa suite,

A répondu que la personne qu'il a cru malheureusement être la Reine ne lui avait pas paru être seule dans le jardin ; cet homme habillé de noir dont il est question dans les interrogatoires précédents était près d'elle, et en outre, un peu plus loin, il avait vu deux ou trois personnes; que d'ailleurs la Reine paraissait si peu distante qu'on était venu dire positivement dans le même instant que Madame et madame la comtesse d'Artois la rejoignaient.

A lui représenté que, indépendamment du peu de vraisemblance qu'il y a dans le fait de l'entrevue qu'il nous a racontée dans ses précédents interrogatoires j il ne serait pas d'accord avec la fille d'Oliva et le particulier qu'il désigne pour avoir dit que Madame et madame la comtesse d'Artois rejoignaient la Reine, et qu'il résulte de l'ensemble de ces faits et de leur contrariété que le fait de la promenade peut ne pas paraître véritable,

A répondu que sur cela il s'en rapporte aux dates et aux circonstances qu'il a données dans ses précédents iiiterrogatoires.

Interrogé si vers la fin de l'année 1784 il ne dit pas^ à la dame de Lamotte qu'il l'avait recommandée à

M. de Galonné, et lui avait représenté qu'il ne faisait pas pour elle ce qu'il devait faire, et s'il ne lui donna pas pour lors 15,000 livres, en lui disant de placer de ces fonds le plus qu'elle pourrait,

A répondu qu'il se rappelle avoir recommandé la dame' de Lamotte à M. le contrôleur général, mais qu'il ne pourrait pas dire à quelle date positivement ; qu'il se rappelle aussi très-bien n'avoir donné ni à cette époque ni à aucune autre une somme de 15,000 livres à la dame de Lamotte.

Interrogé s'il n'est pas vrai que dans le mois de janvier 1785 la dame de Lamotte lui dit que le joaillier de la Reine était venu chez elle et lui avait montré un collier, pour engager lui répondant à agir auprès du ministre afin de faire faire l'acquisition du collier par le Roi ,

A répondu que non, et au surplus s'en réfère à ses précédents interrogatoires.

Interrogé si un jour, de grand matin, il ne fit pas demander par écrit à la dame de Lamotte l'adresse des joailliers et si elle ne la lui envoya pas ,

A répondu qu'il ne se rappelle nullement' avoir fait une pareille demande.

Interrogé si la dame de Lamotte , ayant appris par les joailliers l'acquisition du collier et voyant que le répondant ne parlait pas , elle ne lui dit pas en plaisantant : « Vous êtes bien discret, vous ne me dites pas que vous avez vu les joailliers et que vous avez fait l'emplette du collier? » et s'il ne lui répondit pas :

« Vous êtes bien curieuse... eh bien, devinez pour qui c'est... C'est pour votre souveraine; surtout le plus grand secret , car tout serait perdu ; »

A répondu qu'il n'y a pas un mot de vrai dans tout

cela, et que le fait allégué dans ses précédents interrogatoires prouve la fausseté de ce qu'elle avancé ici, puisqu'elle a été de très-grand matin ckez les joailliers les prévenir que le répondant viendrait voir le collier, et que c'était pour la Reine.

Interrogé s'il connaît le comte de Cagliostro, dans quel temps et où il a fait sa connaissance ;

A répondu qu'il l'a vu une première fois à Strasbourg en le consultant pour sa santé , et ensuite à l'occasion de l'accident de la jambe de M. de Soubise qui menaçait de la gangrène ; à cette époque il fut écrit de Paris, à lui répondant, d'engager le comte de Cagliostro de venir dans cette ville voir M« le prince de Soubise, ce qu'il fît sans hésiter; que lui, répondant, l'amena dans sa voiture, et depuis ce temps-là il a lié connaissance avec lui.

Interrogé s'il n'a pas toujours témoigné au sieur de Cagliostro beaucoup de déférence et d'égards, s'il ne l'a pas engagé a venir demeurer à Paris, et s'il ne lui a pas fait louer et meubler un appartement à ses frais ,

A répondu qu'il lui a toujours su grand gré des marques d'attachement qu'il lui avait données en venant sur-le-champ à Paris à l'occasion du prince de Soubise; que, quant à son séjour dans cette capitale, le répondant aurait désiré qu'il vînt s'établir à Stras-

PIECES JUSTIFICATIVES. Î5i

bourg par l'utilité dont il y était , non-seulement par les secours qu'il donnait gratis, mais par le concours considérable d'étrangers qui y étaient venus pendant son premier séjour; et que, quant à la maison qu'il occupe , ce n'est pas aux frais du répondant.

Interrogé s'il n'allait pas souvent chez lui, s'il n'y mangeait pas fréquemment , et s'il ne fournissait pas à la dépense de la maison ,

A répondu qu'il y allait fréquemment, y faisait porter quelques plats de chez lui , mais qu'il n'entrait pour rien dans la dépense de la maison.

Interrogé si au mois de mars 1785 il ne dit pas à la dame de Lamotte qu'il avait vu quelqu'un qui désirait renouveler connaissance avec elle , que c'était le sieur Gagliostro , et s'il n'ajouta pas : « Si voulez le voir, écrivez-moi que vous désirez voir ce grand homme , cet homme extraordinaire » ,

A répondu qu'il se souvient, sans se rappeler la date, que la dame de Lamotte lui ayant dit qu'elle était incommodée , il lui dit que si elle avait confiance dans le sieur comte de Gagliostro qu'elle avait vu à Strasbourg, eUe n'avait qu'à le lui rappeler et à l'aller voir.

Interrogé si la dame de Lamotte ne vit pas le comte de Gagliostro chez lui, s'il ne lui dit pas : « Êtes-vous bien contente d'avoir vu un aussi grand homme ; voyez, on ne sait pas qui il est, c'est un dieu : voyez ce por* trait, ces yeux qui regardent au ciel.... Pour vous assurer de ce qu'il est capable de faire, amenez une petite

fille OU un petit garçon de sept ans , il vous fera voir des choses extraordinaires que vous ne pourrez croire qu'en les voyant » ,

A répondu qu'il n'a pas certainement tenu ce propos, mais qu'il aura demandé à la dame de Lamotte si elle n'était pas très-contente de la façon dont Cagliostro lui avait parlé sur sa santé , et qu'il répète encore qu'il n'est pas possible qu'il ait tenu le propos qu'on lui prête.

Interrogé si deux jours après la dame de Lamotte ne mena pas chez lui sa nièce , s'il ne dit pas à cette nièce : « Allons, mademoiselle, priez M. le comte de vous faire voir ce qui vous fera très-grand plaisir, après cela vous pourrez dire être un ange Allez auprès de M. le comte , ne le craignez pas, il ne vous fera pas de mal ? »

A répondu que tout cet ensemble de faits est présenté extrêmement en charge. Le fait est que la dame de Lamotte désirait lui présenter sa nièce pour lui faire obtenir une pension; qu'elles se trouvèrent chez lui avec le comte de Gagliostro, à qui on rappela qu'il avait dit à Strasbourg que la Reine accoucherait d'un Dauphin , et on lui dit qu'il fallait qu'il devinât aussi . juste dans cette occasion en annonçant que la Reine accoucherait d'un prince. Sur-le-champ, le sieur de Gagliostro dit à la nièce de la dame de Lamotte : « Si vous êtes sage , vous verrez que la grande dame (sans nommer la Reine) aura un prince. » On mit un paravent , derrière lequel on fit passer la nièce de la dame

de Lamotte, et M. de Gagliostro lui répéta : ^ Si vous êtes sage , vous verrez. » Et comme elle ne répondait pas , il frappa contre le paravent en lui disant : « Eh bien, vous ne répondez pas?» Et alors la nièce dit qu'elle voyait une grande dame qui était grosse , qu'elle accoucherait d'un prince et qu'elle voyait la Reine. Le comte de Cagliostro parut étonné de ce qu'elle avait nommé la Reine qu'il ne lui avait pas nommée, et lui dit : « Allons, j'espère que vous avez dit juste et que la Reine aura un prince. » Et tout fiit dit.

Interrogé si l'on n'a pas recommencé pareille scène en deux fois, l'une avec la nièce de madame de Lamotte et une autre fois avec un petit garçon , et si cette dernière scène ne s'est pas passée au mois d'avril ,

A répondu qu'il y a quelque chose de vrai dans cette question, mais qu'il croit qu'il fut question de l'effet du magnétisme.

A lui demandé si , après cette dernière scène , il ne s'est rien passé de plus extraordinaire ,

A répondu que non , absolument rien.

A lui demandé si au contraire de ce qu'il vient de nous dire, Cagliostro, avant de commencer ses opérations, n'a pas paré cette nièce de différents cordons, croix, crachats, et de tablier; s'il ne lui a pas posé son épee siu* la tête ; s'il ne lui a pas parlé du grand Gophte, de l'ange Michael-Raphaël , et enfin n'a pas employé toutes sortes de cérémonies pour la préparer à ce qu'elle allait voir et à ce qu'elle allait répondre, en prononçant des mots auxquels on ne comprenait rien ,

A répondu que* quand même toutes ces simagrées seraient vraies , elles seraient très-insignifiantes sérieusement prises, et n'auraient eu pour but que de mettre du sérieux vis-à-vis de Tenfant; mais qu'elles sont fausses dans tous ces détails.

 lui demandé si, au contraire, on n'a pas employé toutes ces cérémonies pour donner plus de confiance h la dame de Lamotte en Gagliostro, et l'amener au point que l'on désirait d'elle ,

A répondu que ce ne pouvait pas être l'effet d'aucun motif, puisque l'on ne se proposait aucun but.

Interrogé si après la dernière séance la dame de Lamotte étant restée en tiers avec le répondant et Gagliostro, on ne posa pas sur une table une trèsgrande quantité de lumières, une épée nue en croix avec un poignard, différentes médailles, les croix de Jérusalem et de Saint- André, et si Gagliostro ne fit pas poser à la dame de Lamotte la main sur la croix, en lui faisant jurer que de sa vie elle ne dirait rien de ce qu'elle verrait et de ce qui allait lui être proposé ,

A répondu que ces calomnies sont trop odieuses pour y répondre autrement que par la négation la plus ajRSrmative.

Interrogé si Gagliostro ne dit pas à lui , répondant : « Prince, allez donc, allez donc! » S'il n'a pas été à son secrétaire, et n'en a pas rapporté une boîte de bois blanc ovale, un peu grande; si Gagliostro ne lui dit pas : K II y en a encore une autre, apportez-la. » S'il ne l'a pas été chercher et ne l'a pas apportée;

A répondu que rien ii'est plus faux, et que c'est une calomnie atroce.

Interrogé si ces deux boites n'étaient pas remplies de diamants; s*il ne demanda pas à la dame de Lamotte si son mari voudrait aller en Angleterre, qu'il lui donnerait 6,000 livres, qu'il porterait chez un banquier; qu'il tirerait une lettre de change à vue sur Londres, et s'il ne dit pas à la dame de Lamotte en présence de Gagliostro : « Voici des diamants, j'en sais le prix, dites à votre mari que s'il ne les vend pas sans être montés , il ne les rapporte pas ici sans qu'ils le soient » ;

A répondu que rien n'est plus faux; qu'il n'y a pas un* mot de vrai.

Du mercredi V^ février 1786.

Interrogé si dans les premiers jours du mois de mars il ne remit pas à la dame de Lamotte vingt-deux diamants , et s'il ne lui dit pas : « Voilà des diamants , si vous étiez intelligente... Mais non, votre mari pourrait me dire ce qu'on en ofïre, j'en ai la note. » S'il ne pesa pas ces diamants dans de petites balances jaunes, et ne lui dit pas : « Il y en a pour 15,000 livres. » Si la dame de Lamotte ne dit pas : « Mon mari n'est pas connaisseur, je lui en parlerai avant que d'emporter la boîte » ;

A répondu affirmativement que non ; qu'il n'a donné aucun diamant ni à la dame de Lamotte ni à son mari, en présent ou pour les vendre.

t56 PIEGES JUSTIFICATIVES.

Interrogé si le lendemain matin il n'envoya pas par son suisse, à la dame de Lamotte, les vingt-deux diamants dans une petite boîte cachetée et une lettre portant : a Défaites-vous de cela au plus vite » ;

 répondu que non , que ce fait est aussi faux que le précédent, et que jamais son suisse n'a été chargé par lui de lui porter de boîte.

Interrogé si la dame de Lamotte ne lui a pas fait part des démarches qu'elle avait faites pour vendre ces vingt-deux diamants , en lui disant qu'on ne pourrait les payer qu'en deux payements ; s'il ne lui dit pas : « Donnez-les, puisqu'on ne peut pas faire autrement. » Si la dame de Lamotte ne lui a pas remis 8,000 ou 9,000 francs pour la première vente, et le montant* du surplus à l'échéance d'un billet qui avait été fait ;

A répondu que cette allégation est aussi fausse que les précédentes.

Interrogé si dans le même mois de mars il ne donna pas à la dame de Lamotte une boîte de bois blanc, dans laquelle il y avait de petits diamants, et si ces diamants ayant été vendus 9,000 francs, il n'en fit pas présent à la dame de Lamotte ,

A répondu que non.

Interrogé si dans les premiers jours d'avril il ne fit pas présent à la dame de Lamotte d'un brillant de 3,100 livres, et de petits diamants qui pouvaient valoir 2,040 livres,

A répondu que non.

Interrogé si dans le courant du même mois d'avril il

PIECES JCSTIFICATIVES. 257

n'a pas remis à la dame de Lamotte seize diamants, «[u'il lui dit valoir 18,000 francs; si la dame de Lamotte ayant dit que l'on n'en offrait que 16,000, il ne lui dit pas de les vendre pour ce prix , et si la dame de Lamotte ne lui a pas remis cette somme ,

A répondu que non.

Interrogé si la dame de Lamotte lui ayant fait paraître de la surprise de la quantité de diamants qu'elle voyait et qu'il lui donnait à vendre, ne lui demanda pas d'où lui pouvaient provenir ces diamants ; s'il ne lui répondit pas : « Ce sont d'anciennes parures que je ne mets plus à présent , parce que je suis vieux » ;

A répondu que non.

Interrogé si dans le commencement de mai il ne demanda pas à la dame de Lamotte de chercher quel- * qu'un qui aurait le portrait de la Reine, qu'il ferait mettre sur une bonbonnière, pour l'entourage de laquelle il lui donna des diamants, et s'il ne lui fit pas présent de deux brillants pour être montés en bague ; si la dame de Lamotte ne lui a pas apporté le portrait de la Reine, dont il lui dit de faire faire une copie et d'y faire ajouter à la main une rose; si elle ne lui remit j>as le portrait avec la boite, et s'il ne lui donna pas un billet de 1,000 livres pour payer la boîte et la façon du portrait,

A répondu que non.

Interrogé si ce n'est pas à sa sollicitation que le

sieur de Lamotte est parti pour Londres dans le courant

d'avril pour vendre les diamants, qui étaient renfermés

dans les deux boites qu'il avait remises à la dame de Lamotte, en présence de Cagliostro, .

A répondu que non , et qu'il n'a remis aucune boite en présence du comte de Gagliostro ni d'aucune autre personne.

Interrogé si dans le courant de mai il ne dit pas à la dame de Lamotte d'écrire à son mari de revenir, et de rapporter avec lui l'argent qu'il avait reçu, parce qu'il en avait le plus grand besoin ,

 répondu que non.

Interrogé si le 29 du mois de mai le sieur de Lamotte ne revint pas et ne rapporta pas des effets en papier pour 121,000 livres, sur Perregaux, banquier; un médaillon , une paire de girandoles , une épingle et deux grosses bagues pour un homme; si la dame de Lamotte ne lui a pas remis les effets ainsi que les diamants ; s'il n'a pas dit à la dame de Lamotte de dire à son mari de convertir les billets en billets de la caisse d'escompte; si la dame de Lamotte, lui ayant rapporté ces billets, il ne lui donna pour ses peines le médaillon, l'épingle et les girandoles ,

A répondu que non; qu'il n'a donné aucune commission au sieur de Lamotte , et n'a donné aucun diamant ni autre bijou à la dame de Lamotte.

Interrogé si la dame de Lamotte lui ayant dit que son mari avait laissé en Angleterre des diamants à monter ou à vendre, parce que le répondant l'avait pressé de revenir, il ne lui dit pas : « Je désirerais qu'on les vendit plutôt que de les renvoyer montés. » Si elle

ne lui montra pas une lettre écrite à son mari , où l'on marquait que les diamants étaient montés, et par quelle voie il fallait les faire passer; s'il ne lui dit pas : « Cela n'est pas pressé, j'ai mes objets remplis, je verrai cela à mon retour de Saverne » ,

 répondu que tout cela est absolument faux.

Interrogé s'il connaît les nommés Marcilly et Ogeard ,

A répondu que non.

Interrogé s'il connaît une fille nommée Mesla de Gourville, et qui se fait appeler la baronne de SoUeberg duSouberg,

A répondu que non.

Interrogé s'il ne sait pas que cette fille, qui s'est dite baronne de haute qualité, ancienne chanoinesse d'Allemagne , il n'y a pas dix-sept à dix-huit ans qu'il en a fait la connaissance ; si elle ne l'a pas suivi à Paris , à Str^bourg, en Alsace et à Vienne,

A répondu que non.

Interrogé s'il n'a pas eu le projet de marier cette fille avec un gentilhomme, qui aurait reconnu un enfant que la fille Gourville aurait eu de lui , lequel pourrait avoir quinze ans ,

A répondu que c'était une calomnie atroce; qu'il était bien fâché que M. le rapporteur fût obligé de lui faire une pareille question.

Interrogé s'il ne sait pas qu'il a été fait des démarches relatives à ce mariage ; qu'un sieur de Bette d'Étienville a proposé dans le courant du mois de mars dernier le sieur baron de Fages, garde du corps de

Monsieur, lequel s'est présenté; qu'il a été accepté; que le mariage avait été fixé pour être fait après la Quasimodo ,

A répondu qu'il n'a nulle connaissance de ce dont on lui parle.

Interrogé si cette dame deCourville ne demeurait pas rue des Tournelles, au coin de la rue Neuve Saint^Gilks,

A répondu qu'il n'en sait rien.

Interrogé s'il n'est pas vrai que le 6 du mois d'avril, la dame de Courville montra au sieur d'Étienville des diamants non montés, qu'elle lui dit provenir d'une rivière de diamants que les femmes portaient autrefois, lesquels avaient été estimés 4(32,000 livres,

A répondu que non, et n'a nulle connaissance de cela.

Interrogé s'il n'a pas connaissance que la fille de Courville voulait vendre ses diamants avant que de se marier, et qu'elle proposa au sieur d'Etienville de pas-, ser en Hollande pour les vendre, parce qu'elle avait des raisons pour ne pas les vendre à Paris ,

A répondu que non.

Interrogé s'il n'est pas vrai que le 3 2 avril, sur les dix heures et demie du soir, le sieur d'Etienville ne trouva pas lui, répondant, chez la fille de Courville; qu'il était vêtu d'une redingote petit-gris, ayant sur sa tête un chapeau rond avec un cordonnet et des glands d'or», et s'il ne dit pas au sieur d'Etienville qu'il était content de sa conduite et de son zèle, et qu'il se chargeait du soin de sa fortune ,

A répondu que non , qu'il n'a point de capote petitgris, et qu'il ne sort jamais avec un chapeau en clabaud , à cordonnet et glands d'or.

Interrogé s'il ne dit pas ce jour-là au sieur d'Étienville que des raisons de la plus grande importance empêchaient que le mariage n'eût lieu avant l'époque du P' au 15 juillet; si d'Etienville n'écrivit pas sur-lechamp, en sa présence, au baron de Pages, pour lui annoncer ce retard , et s'il n'a pas été fait par la dame de Courville un dédit de 30,000 francs au profit du baron de Pages, dans le cas où le mariage n'aurait pas lieu , lequel dédit a été remis au sieur d'Etienville ,

A répondu que non , qu'il n'a nulle connaissance de ces faits.

Interrogé s'il n'est pas à sa connaissance que dans le mois de mai, la fille de Courville proposa de nouveau au sieur d'Etienville d'aller en Hollande vendre les diamants, et que sur le refus qu'il en fit, elle en vendit une partie et en fit monter une autre, qu'elle annonçait devoir être destinée au baron de Pages ,

A répondu qu'il n'a aucune connaissance de ces feits.

Interrogé s'il n'est pas resté à Paris dans le mois de juillet pour faire conclure ce mariage; si le 18 ou 20 de ce mois il n'eut pas une seconde entrevue avec d'Etienville chez la dame de Courville , à onze heures du soir; s'il ne dit pas au sieur d'Etienville que ce n'était pas à lui qu'il fallait s'en prendre si le mariage n'était pas fait; si la fille de Courville ne dit pas à

d'Étienville que lui , répondant, devait lui donner pour le mariage 500,000 livres, et que tant qu'il ne remplirait pas sa promesse , elle n'irait pas plus avant , -

A répondu que toutes ces allégations sont aussi fausses que les précédentes.

Interrogé si le mariage n'a pas été fixé pour le 12 août, époque à laquelle un emprunt de 500,000 livres projeté par lui, répondant, devait être rempli; s'il n'engagea pas à cette époque du 12 août la fille de Courville à retirer le dédit de 30,000 livres, à s'absenter de Paris, et à emmener avec elle le sieur d'Étienville, afin qu'on ne put avoir connaissance de ce qui s'était passé au sujet de ce mariage,

A répondu qu'il n'a aucune connaissance de ces faits.

Du mercredi V^ février 1786.

Interrogé s'il n'est pas vrai que sollicitant dans le mois de mai la dame de Lamotte de presser son mari de revenir de Londres, et de lui apporter l'argent provenant des diamants; il ne lui dit pas qu'il en avait le plus pressant besoin , ayant pris des engagements dont il avait bien des regrets, et s'il ne dit pas à la dame de Lamotte : ^ Vous avez vu chez moi , la semaine sainte, une femme; c'est à elle que j'ai promis 500,000 livres, c'est pour la marier avec quelqu'un de nom à Versailles; j'ai eu un enfant d'elle que je voudrais (aire légitimer, elle me presse beaucoup » ;

A répondu qu'il n'y a pas un mot de vrai, que d'ail-

leurs dans la semaine sainte il était à Versailles, et^ dans le mois de mai, il était à Saveme.

Interrogé si la dame de Lamotte ne lui observa pas que cette femme était couverte de diamants; qu'elle n'avait pas besoin de 500,000 francs, et s'il ne lui répondit pas : « Si je ne lui donne pas les 500,000 livres, elle \'^ndra les diamants » ;

A répcHidu que tout cela est faux.

Interrogé s'il n'est pas parti pour Saverne le 20 ou 22 jmn dernier,

A répondu qu'il y a été dans les premiers jours de mai, et en est revenu dans les premiers jours de juin.

Interrogé s'il n'est pas vrai que le sieur de Carbonnières fut quelques jours après proposer à la dame de Lamotte d'aller à Saveme, parce qu'il avait des choses importantes à faire tenir au répondant ,

A répondu que cela n'est pas vrai.

Interrogé si la dame de Lamotte ne s'est pas rendue à Saverne habillée en homme, et s'il ne l'a pas envoyée cberclier dans une de ses voitures,

A répondu qu'elle est venue effectivement à Saverne h la fin de mai , et qu'il l'a vue.

Interrogé si elle ne lui a pas remis un paquet dont elle avait été chargée par le sieur de Carbonnières ,

A répondu que oui, mais que ce n'était pas un paquet important, mais seulement des papiers d'affaires.

Interrogé s'il ne lui a pas dit pour lui marquer sa reconnaissance : « Voilà une boite dont je vous fais cadeau , ouvrez-la , vous y trouverez quelque chose ; »

26V PIÈCES JL'STIFICATIVKS.

si la damo do Lamotte , l'ayaiit ouverte , ne la trouva pas remplie de diamants non montés ^ et s'il ne lui dit pas, à l'égard du portrait qui est sur la boîte : a Vous Tôterez , ou vous 1(î laisserez , comme» vous voudrez » ;

A répondu qu'il n'y a pas un mot de vrai dans tout ce détail; qu'il ne lui a donné ni argent ni boîte; qu'il a offert à la dpme de Lamotte de l'argent pour les frais de son voyage. Elle lui a répondu que la Reine lui avait donné de quoi faire le voyage ; a ajouté que le but de cette démarche de la dame de Lamotte était de lui dire que la Reine aurait la bonté de le recevoir quand il reviendrait, et qu'elle s'était empressée de lui apprendre cette bonne nouvelle.

Interrogé si ensuite il ne montra pas à la dame de Lamotte une bonbonnière moitié plus grande que celle qu'il venait de lui donner, entourée de très -gros diamants; s'il ne leva pas le médaillon et ne fit pas voir à la dame de Lamotte le portrait de la Reine , plus beau que celui qu'il lui avait donné,

A répondu que c'est absolument faux, qu'il n'a jamais eu le portrait de la Reine.

Interrogé s'il n'a pas donné une très-grande quantité de diamants à la dame de Gagliostro et à son mari , et s'ils ne provenaient pas du collier,

A répondu que le comte de Gagliostro lui ayant en diverses occasions donné divers objets qui avaient une certaine valeur, et n'ayant jamais rien voulu accepter de lui , il avait pris occasion du séjour de sa femme à Paris pour lui faire quelques présents, et que ce qu'elle

a reçu a été monté et fourni par Barrière et Bohmer ; que la répugnance du comte de Cagliostro était telle, que lui ayant un jour offert une boîte de forme agréable et de médiocre valeur, il avait désiré sui^le-champ que le répondant en reçût une autre boite d'or en échange.

Interrogé s'il n'est pas à sa connaissance que le sieur de Cagliostro, et surtout sa femme, avaient une grande quantité de diamants ,

A répondu qu'il ne leur a jamais vu que très-peu de diamants et de peu de valeur, et aucun qui ne fût monté.

Interrogé s'il a une connaissance de la fortune du sieur de Cagliostro, et s'il a su qu'il fût sur le point d'acheter une maison de 50,000 écus comptants, et si la valeur de cette somme n'avait pas été fournie par lui, répondant, soit en diamants, soit en argent provenant de la vente des diamants, vu que le sieur de Cagliostro avait persuadé au répondant qu'il le ferait parvenir au ministère ,

A répondu qu'il n'a point été à portée de prendre d'informations sur la fortune du sieur de Cagliostro; qu'il n'a nulle connaissance qu'il ait voulu acheter une maison de 150,000 livres, et qu'il ne lui a donné ni argent ni diamants, et que le comte de Cagliostro ne lui a fait aucune promesse.

Interrogé s'il n'appelait pas souvent la dame de Cagliostro la petite comtesse,

A répondu que jamais il ne l'appelle ainsi , ni ne l'a entendu nommer.

Î6« PIECES J^USTIFICATIVES.

Interrogé si le 2 août il ne fut pas à onze heures du matin chez la dame de Lamotte, et ne lui dit pas : « J'ai besoin de votre secours, j'ai fait une sottise : vous savez bien , le collier que je vous ai dit être pour la Reine, il y avait un arrangement, un écrit; j'ai eu la bêtise de dire à Bôhmer cjui me tourmentait : Ma foi, adressez-vous à la Reine, et de lui faire écrire une lettre pour la Reine. Ils sont venus me dire que la Reine n'y entendait rien, et que cela leur avait été dit par la dame Campan , une des femmes de chambre de la Reine , qui les avait fait chercher » ;

A répondu que rien n'est plus faux, et qu'il n'a jamais tenu ces propos; qu'il n'a été chez la dame de Lamotte que d'après l'instance que lui fit de sa part sa femme de chambre, ainsi qu'il s'en est expliqué dans ses différents interrogatoires.

Interrogé s'il n'a pas dit tout tremblant à la dame de Lamotte qu'il allait être perdu; qu'il la priait d'envoyer chercher tout de suite Bassenge , pour l'engager à réparer ce qu'il avait eu l'imprudence de faire faire par Bôhmer,

A répondu que tout ce dire est faux; que c'était même le sieur Bassenge qui avait écrit la lettre pour la Reine, et que certainement il témoignera que c'est lui qui l'a pressé de faire cette démarche.

Interrogé si la dame de Lamotte ne lui a pas demandé comment il avait pu se laisser tromper et s'il voyait la Reine ; s'il ne lui a pas répondu que oui ; si elle ne lui a pas reparti : « Avez- vous des lettres de la Reine?»

S'il ne lui répondit pas : « Je ne l'ai jamais vue écrire, mais j'en ai une grande quantité? »

A répondu que non à tout ce qui est dit.

Interrogé s'il n'a pas montré à la dame de Lamotte une lettre qu'il plia pour n'en montrer que le milieu, et si ce qu'il montra ne portait pas ces mots : « Envoyez par la petite comtesse, je serais fâché qu'ils fassent dans la peine » ;

A répondu qu'il n'a montré aucune lettre de cette forme, et où il fût écrit ce que nous lui demandons.

Interrogé si la dame de Lamotte lui ayant dit : « Gomme vous n'êtes pas sûr que ce soit de l'écriture de la Reine, vous pourriez vous en procurer par votre famille, et vous assurer si vos craintes sont réelles. » Et s'il ne dit pas à la dame de Lamotte : « Je n'ose pas. . . ils ne sauraient ce que cela veut dire » ;

A répondu qu'il ne lui a jamais dit pareille chose.

Interrogé s'il n'a pas dit : « M'aurait -«lie trompé, la petite comtesse? Ah! non, je connais trop madame de Cagliostro pour cela, elle n'en est pas capable » ;

A répondu que tout ce dire est faux.

Interrogé s'il n'a pas dit à la dame de Lamotte qu'il y avait des espions devant sa porte; qu'ils ne quittaient pas la sienne; qu'il craignait qu'il ne fût plus temps de réparer cela; qu'elle envoyât chercher Bassenge, et lui dit de dire au ministre qui l'avait fait demander que Bôhmer avait voulu parler à la Reine d'une paire de boucles d'oreilles; qu'au surplus ils avaient agi avec trop de confiance avec lui, répondant, pour leur faire

268 PJECES JUSTIFICATIVES.

perdre quelque chose, et qu'il avait déjà chez hii de (juoi les tirer d'inquiétude?

A répondu qu'il n'a rien dit de cela à la dame de Laniotte.

À lui demandé, si, le 3 août, il ne vint pas chez la dame de Lamotte, entre dix et onze heures du matin, avec trois morceaux de papier qu'il dit être les débris d'une lettre de la Reine qu'il avait trouvée dans sa famille ; s'il n'ajouta pas ; « Reconfrontons-les avec ce que je vous ai lu hier, vous verrez que je suis trompé, et que ce n'est pas la même écriture ; gardez ces trois morceaux de papier, montrez-les à Bassenge , dites-lui que j'ai été trompé, qu'il ait pitié de moi » ;

A répondu qu'il n'y a pas un mot de vrai.

Interrogé s'il n'a pas persécuté la dame de Lamotte pour la faire venir chez lui , craignant ses indiscrétions, dans le cas ou elle serait arrêtée et interrogée relativement à ce qu'elle avait vu de Cagliostro, de la remise et vente de diamants ; et si le 4 août il ne la sollicita pas de partir pour le pays étranger; si après lui avoir dit que des espions le suivaient perpétuellement ,, il ne lui a pas dit : « Je vous enverrai chercher ce soir entre onze heures et minuit; dites à votre mari que je lui saurais mauvais gré , et que je vous abandonnerais tous deux s'il ne se prêtait pas à cela » ; .

A répondu qu'il s'en réfère à tout ce qu'il a dit dans ses précédents interrogatoires.

Interrogé si la dame de Lamotte ne lui a pas fait dire qu'elle avait vu un inspecteur de police passer sous

ses fenêtres à différentes fois, et s'il n'est pas venu chez elle à huit heures du soir, et si le sieur et la dame de Lamotte ne se sont pas rendus chez lui à onze heures du soir, conduits par le sieur de Garbonnières ,

A répondu qu'il s'en réfère sur ce détail à ce qu'il a dit dans ses précédents interrogatoires.

Interrogé si le lendemain 5 août il n'a pas dit au sieur et à Ja dame de Lamotte , qu'il ne les abandonnerait pas s'ils voulaient passer deux ou trois mois par delà le Rhin , en pays étranger,

A répondu que cela n'est pas vrai.

Interrogé si le sieur de Lamotte ne lui dit pas : « Je ne vois pas pour quel motif vous voudriez nous éloigner, nous aurions l'air d'être coupables; je suis fâché d'être obligé de vous refuser; je vous donne ma parole d'honnête homme de ne rien révéler» ,

A répondu que le sieur de Lamotte n'a pas été à portée de lui tenir un pareil propos.

Interrogé si le sieur de Lamotte ne s'est pas évadé de l'appartement où il était renfermé; si sur les quatre heures il n'est pas revenu chercher sa femme; si lui, répondant, ne les a pas traités d'ingrats, et si, ayant fait passer la dame de Lamotte dans une chambre où était le buste de Cagliostro, il ne lui a pas fait jurer de garder le secret qu'elle avait promis,

A répondu que la vérité est que le sieur de Lamotte

est sorti parce qu'il pouvait toujours sortir; qu'il a

' emmené sa femme parce que le répondant ne leur avait

trO PIECES JUSTIFICATIVES.

pas promis de les garder plus longtemps , et que quant au reste de l'énoncé, il est faux en tout.

Interrogé s'il n'a pas eu connaissance que le sieur et la dame de Lamotte se rendirent à cette époque à Barsur-Aube, après avoir fait emballer publiquement et transporter leurs meubles de Paris ,

A répondu qu'il n'avait eu nulle connaissance du transport de leurs meubles, et que même ils lui avaient dit aller, non chez eux, mais chez un de leurs parents à Bar-sur- Aube.

Interrogé si avant le départ de la dame de Lamotte, et pendant qu'elle était chez lui, il n'a pas exigé qu'elle lui remît toutes les lettres et papiers qui établissaient la correspondance entre lui et elle, • et si la dame de Lamotte ne les lui remit pas,

A répondu qu'il ne lui a demandé aucun papier, et qu'elle ne lui en a remis aucun.

A lui représenté qu'il n'est pas vraisemblable que le sieur et la dame de Lamotte eussent déménagé au vu et au su de tout le monde, eussent été à Bar-sur-Aube, et ne se fussent pas plutôt retirés en pays étranger, si la dame de Lamotte eût contrefait ou fait contrefaire l'écriture et la signature de la Reine , et si elle et son mari eussent vendu pour leur compte les diamants provenant du collier, et qu'il est difiScile de croire qu'ils se soient approprié la totalité du collier que lui, répondant, avait acheté des joailliers,

A répondu que cette conduite de la dame de Lamotte n'est pas si inconséquente ; que ladite dame croyait

avoir tellement enveloppé le répondant dans ses artifices, qu'il n'oserait rien dire ; et de fait, les manœuvres sont tellement multipliées que certainement le répondant aurait préféré payer, ne rien dire, et laisser la dame de Lamotte jouir du fruit de ses intrigues ; mais que toutes les connaissances acquises au procès doivent suffisamment prouver qu'ils ont agi comme le répondant l'a déclaré dans tous ses interrogatoires , et que la fuite du mari et d'un de ses agents prouve la vérité de ce qu'il avance.

Interrogé s'il veut croire les témoins,

A répondu que oui, s'ils disent vérité.

TiTON. LE Cardinal de Rohan.

Page 1