‹ Marie-Antoinette et le procès du collier d'après la procédure instruite devant le parlement de ParisChapitre 4 sur 37 · MARIE-ANT0II!9ETTE · texte numérisé non relu

MARIE-ANT0II!9ETTE

arrêtée à Bar-snr-Aube , ramenée à Paris et emprisonnée à son tour dans la forteresse qui renfermait déjà le cardinal.

Madame de Lamotte (Jeanne de Saint-Remy de Valois), naquit à Fontette, département de l'Aube, le 22 juillet 1756. Elle était le second enfant de Jacques de Saint-Remy de Valois, qui s'était appelé d'abord de Luz, puis plus tard de Valois, baron de Saint-Remy, et descendait au septième degré de Henri de Saint-Remy, fils de Henri II, roi de France, et de Nicole de Savigny, dame de Saint- Remy, de Fontette , du Chatelier et de Noëz ' .

Depuis longtemps déjà cette famille était tombée dans l'indigence. Madame Gampan cite une réponse curieuse de l'un 4^ ses membres à Louis XIII, qui lui demandait ce qu'il faisait dans ses terres. Ce baron de Saint-Remy était criblé de dettes, il répondit fièrement au Roi : « Sire^ je n y fais que ce que je dois. » Cette repartie parut digne d'un descendant des Valois , mais elle fut appréciée à sa

* Mémoire sur la maison de Saint-Remy de Valois , certifié le 6 mai 1776, par Anfoine-Marie d'Hozier de Sérigny, ju{je d'armes de la noblesse de France. (Voyez Vie de Jeanne de Saint-Remy de Valois y ci-devant comtesse de Lamotte, A Paris, chez Garnery, rue Serpente, l'an I de la République; t. II , p. 423 et 8uiv.)

juste valeur quelque temps après, lorsqu'on apprit que ce petit-fils de Henri II faisait de la fausse monnaie avec laquelle il payait ses nombreux créanciers * .

Le père de madame de Lamotte ne s'écarta pas de la voie que lui avaient tracée ses ancêtres. C'était, dit M. Beugnot dans ses Mémoires *, « un homme de forme athlétique , qui vivait de la chasse , de dévastations dans les forêts, de fiiiiits sauvages et même de vols de fruits cultivés ».

Il avait séduit la fille du concierge de sa maison de Fontette, et en avait eu, le 25 février 1755, un fils , Jacques de Saint-Remy de Valois , qu'il légitima par le mariage avec sa mère le 14 août de la même année*.

Cette union, fut trop féconde; outre ce fils et Jeanne, qui vint au monde l'année suivante , le baron de Valois eut encore deux autres filles. Cet accroissement de famille augmenta encore l'état de gêne dans lequel il vivait ; enfin il en était réduit presque à la mendicité quand, cédant aux ambitieuses soUicitations de sa femme , it résolut de venir à Paris tenter fortune et tâcher d'y battre un peu monnaie avec son nom de Valois *.

* Mémoires de madame Campan , chap. xii.

* Mémoires de Beugnot, cités par L. Lacour dans ses Mémoires du comte de Lamotte-Valois , p. 15.

* Mémoire sur la maison de Saint-Remy de Valois, etc. , p. 426.

* Mémoires du comte de Lamotte -Valois, publiés par L. Lacour. Paris, Poulet-Malassis , 1858, p. 16.

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Le départ ressembla à une fîiite. Le baron et sa femme quittèrent Fontette au milieu de la nuit, emmenant avec eux trois de leurs enfants, et laissant le quatrième, petite fille encore au berceau, suspendu aux fenêtres de son parrain, paysan aisé du pays '. C'était là, il faut en convenir, une singulière manière de faire appel à sa charité.

Les ressources de la famille de Valois n'étaient pas considérables. A Vaugirard, près Paris, il ne lui restait plus rien; et la petite Jeanne, celle qui deviendra plus tard madame la comtesse de Lamotte , allait mendier dans les rues en disant , pour exciter la compassion des passants : « Ayez pitié d'une orpheline qui descend en ligne directe de Henri II, roi de France*. »

Enfin, après une série de longs jours passés à solhciter la charité publique, le baron de Valois finit par entrer à THôtel-Dieu, où il mourut le 16 février 1762*. Sa femme se lia avec un misérable soldat nommé Raymond, qui eut l'impudence de s'approprier les titres du défunt et de mendier publiquement, sous le titre de baron de Valois, à la porte des Tuileries , ce qui le fit condamner par le Châtelet à cinq ans de bannissement, et finit par disparaître

* Mémoires du comte de Lamotte, p. 18.

* Mémoires du comte de Lamotte, p. 19.

• Mémoire sur la maison de Saint-Remy de Valois, etc. , p. 426.

avec lui en laissant à ses enfants , pour toute provision , un petit sac de noisettes ' .

Abandonnés par leur mère, les orphelins furent recueillis par la marquise de Boulainvilliers , qui plaça les deux sœurs dans un pensionnat à Passy, où la plus jeune mourut quelque temps après de la petite vérole.

Restée seule dans l'institution, Jeanne de Saint- Remy ne tarda pas à en sortir pour entrer en qualité d'apprentie chez une maîtresse couturière, d'où une maladie assez grave l'obligea bientôt de sortir*. Après sa guérisoii , elle rentra chez une autre couturière, mais elle finit par laisser là l'apprentissage.

Cependant madame de Boulainvilliers ne négligeait pas les intérêts de ses protégés. Le fils du baron de Valois avait été placé par ses soins dans la marine et s'y conduisait bien : grâce aux sollicitations de sa bienfaitrice, il obtint de Louis XVI une pension de huit cents livres. Jeanne et sa sœur, celle qui avait été laissée à la fenêtre du paysan de Fontette, jouirent de la même faveur.

Cependant Jeanne grandissait près de la marquise de Boulainvilliers. Sans être belle, elle avait de la grâce et savait plaire. Le mari de sa protectrice, M. de Boulainvilliers, ne fut pas insensible aux charmes naissants de la jeune fille. Sa tendresse

* Mémoires du comle de Lamotte , p. 25.

* Mémoires du comte de Lamotte, p. 33.

se manifestait par des attentions prévenantes et même par des présents. Mademoiselle de Valois aecueillait fort mal les assiduités de son vieil amoureux; enfin, celui-ci se lassa de soupirer inutilement , et en véritable roué de la cour de Louis XV, il résolut de séduire F enfant qui habitait sous son toit.

« Tout le monde, dit madame de Lamotte dans ses mémoires * , s'était retiré pour se livrer au repos, et il régnait partout un silence profond, lorsque M. de Boulainvilliers , qui ne s'était pas couché et qui avait pris toutes ses mesures pour ne rencontrer aucun obstacle , sortit à pas lents de son appartement pour entrer dans le mien , où je reposais dans la sécurité de l'innocence.

» La faible lueur d'une lanterne sourde qu'il tenait à la main guidait ses pas ; au mépris des lois de l'hospitalité et sans égard pour la faiblesse de ma santé, il ouvrit la porte de ma chambre; mais»le bruit qu'il ne put s'empêcher de faire m'éveilla, et j'enti'' ouvris mes rideaux.

» Ciel ! que vis-je ! Le ns^arquis de Boulainvilliers en robe de chambre et en pantoufles, tenant en nuiin une lanterne qu'il alla placer sur une console ; ma terreur ne peut se décrire , tous mes membres frissonnèrent ; mais mon étonnement fiit plus grand encore que mon effroi.

* Vie de Jeanne de Saint-Remy de Valois, ci-devant comtesse de Lamotte, etc^j t. I, p. 106 et siiiv.

» Mes yeux se dessillèrent tout à coup ; je ne vis plus dans Thomme que j'aimais comme un père, que je regardais comme mon protecteur, comme le gardien de mon innocence, qu'un ennemi cruel, qu'un être vil qui voulait me perdre. Ses soins, ses prévenances, les présents qu'il m'avait faits, ne me parurent plus que des pièges tendus à mon inexpérience et à ma bonne foi ; je détestai tout ce que j'avais reçu de sa main, et l'indignation succéda à l'attachement dont j'avais cru devoir payer ses bienfaits. Avec de tels sentiments, il ne fallait pas de grands efforts de vertu pour lui résister.

» Le marquis, voyant l'excès de mon agitation que je ne cherchais pas à dissimuler, me supplia de me calmer, de ne rien craindre de sa part, de compter sur sa discrétion, sur sa délicatesse. Prières , promesses , menaces , il mit tout en œuvre pour vaincre ma résistance. Je n'écoutai rien, et voyant qu'il osait approcher de mon lit, je lui dis d'une voix ferme que mes cris allaient alarmer toute la maison, si dans l'instant même il ne sortait de ma chambre.

» Cette menace eut tout l'effet que je pouvais

désirer; craignant que je ne rendisse compte à

madame de Boulainvilliers de sa conduite à mon

égard, il sortit de ma chambre en maudissant ce

qu'il appelait mon opiniâtreté; jurant que je ne

tarderais pas à me repentir et qu'il serait vengé de

mes refus. »

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Ces tentatives, qui pouvaient se renouveler, décidèrent Jeanne de Valois à se réfugier à F abbaye de Longcliamps, où elle emmena sa plus jeune sœur, que la marquise de Boulainvilliers avait retirée des mains du paysan de Fontette * ; mais le séjour qu'elles y firent fut de courte durée, et les deux sœurs, pour des motifs d'économie, • résolurent d'aller habiter Bar-sur- Aube , leur pays natal.

Installées d'abord chez les bénédictines de cette ville, elles ne tardèrent pas à céder aux sollicitations d'une dame Clausse de Surmont, qui les logea chez elle moyennant 400 livres de pension pour chacune.

Ce fut là que Jeanne de Valois rencontra pour la première fois M. de Lamotte ^, neveu de madame de Surmont.

M. de Lamotte était, au moins s'il faut l'en croire, d'une ancienne famille. Henri IV avait écrit à l'un de ses ancêtres : « A notre ami et féal chevalier de Lamotte. » Sept de ses aïeux étaient morts au service, décorés de la croix de Saint-Louis, et son père avait été tué le 1" août 1759 à la bataille de Minden ^.

M. de Lamotte n'avait que cinq ans quand son père mourut ; après une éducation plus que superficielle, il fut admis dix années plus tard dans la

* Mémoires du comte de Lamotte, etc., p. 48.

^ Vie de Jeanne de Saint-Remy, etc., t. I, p. 178 et suiv.

* Mémoires du comte de Lamotte, etc., p. 6 et 7.

gendarmerie, et il y avait déjà douze ans qu'il servait dans ce corps quand les demoiselles de Valois arrivèrent à Bar-sur- Aube , où lui-même se trouvait en congé de semestre.

Au physique, dit M: Beugnot *, « M. de Lamotte était un homme laid, mais bien fait, habile à tous les exercices du corps, et, en dépit de sa laideur, l'expression de sa figure était aimable et douce. Il ne manquait entièrement d'esprit, et ce qu'il en avait était tourné vers les aventures subalternes. »>

a Dénué de toute espèce de fortune , continue M. Beugnot *, il avait cependant eu le talent de se noyer de dettes ; il ne vivait qu'à force d'industrie et de la pension obligée de 300 livres que M. de Surmont, son oncle, lui faisait pour le soutenir dans la gendarmerie, n

M. de Lamotte ne tarda pas à s'occuper particulièrement de Jeanne de Valois , qui reçut ses avances avec plaisir, et bientôt un mariage fut résolu ^.

* Mémoires de Beugnot , cités par Louis Lacoiir dans les Mémoires du comte de Valois, p. 55.

* Mémoires de Beugnot, cités par L. l^acour dans les Mé' moires du comte de Lamotte, p. II.

* Après le mariaçc de sa sœur, la plus jeune des demoiselles de Valois se retira à l'abbaye de Jarcy (Seine-et-Oise) ; elle y était encore en 1784. La lettre suivante donnera une . idée de la détresse où elle se trouvait à cette époque, et de l'éducation qu'elle avait reçue :

S'il faut en croire M. Beugnot, ce mariage était devenu indispensable. « Dans le même mois, on

a A MONSIEUR l'aBBÉ DE BOURBON *, A SON HOTEL , CLOITRE NOTRE-DAME, A PARIS**.

» De Jarcy, le 30.noveinbre 1784.

» Monsieur,

» Né tems pas plus a mon aise actuelement que je ne lai tait lorse que jai eu l'onheure de vous priée de vous loir bien vous intéressé à mon mal'heureux sor, et que vous me parute vous y intéraiser, cela me donne , monsieur la ardiaise de vous réhitéré et vous demandé vos bonté que j'espère trouver en vous, aitcms ausi compatissens que vous laite et entendans publiée vos bien fait partout, cela me faites espéré que vous vous devé bien me maitre au nombre de vos beureux , jai eu ausi l'onheure de vous donné deux mémoire pour les présenter a mes dame, vous me dite, monsieur quelle ne pouvai rien dans ce tems la et quil falait atendre un tems plus favorable, ne pouvant plus exciter (lisez exister) sans se coure sait a vous monsieur que jai recoure, diugnié (lisez daignez) donc par grâce y avoir aigar, je vous auré une ternaille obligasion; je fait et feré des veux pour la conservasion de votre sente qui mais et me sera chère toute la vie.

» Je sui monsieur

» Votre très obayscente servante

» De Valois.

» A l'abbaye de Jarcy, près Bri-Comte-Roberl. »

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