Loms XVII, par M. de Beauchesne, 1. 1, p
l'état de serviteurs réduits à Timpuissance devant l'humiliation de leur roi. Après avoir, non sans pourparlers, franchi les barricades et les canons qui défendaient la ville soulevée, ils parvinrent, avec le détachement de hussards qu'ils ramenaient de Pont-de-SommevelIe, dans la rue où se trouvait la maison de M. Sauce, investie d'une nombreuse garde nationale. Us furent introduits dans la chambre sur le jardin, où se tenait la famille royale. M. de Goguelat en ressortit bientôt pour essayer d'enlever ses troupes en leur annonçant que le roi et la reine étaient arrêtés. Bien loin de se précipiter à leur délivrance, les hussards demeurèrent immobiles et répondirent au cri de : Vive le roi ! par celui de : Vive la nation! M. de Goguelat ayant voulu, par un effort désespéré, provoquer un conflit, au risque d'en être la victime, fut renversé, par un coup de feu à l'épaule, de son cheval témérairement poussé en avant. II parvint, sa blessure étant légère, à rentrer dans la maison, à s'y cacher, et plus tard il gagna, déguisé, Mézières, où il fut arrêté et envoyé à Orléans, devant la haute Cour, où il devait trouver ses camarades, accusés comme lui du crime de lèse-nation.
Cependant Drouet et Sauce, jugeant, à la foule croissante qui environnait la maison, le succès de leur§ dispositions assuré, jetèrent à la fois, l'un son masque de silencieuse réserve, l'autre son masque d'obligeance obséquieuse, et ils déclarèrent au roi qu'ils le reconnaissaient parfaitement, qu'ils le surprenaient en violation flagrante de son serment de ne pas abandonner sa capitale et de ne point pactiser avec l'étranger, qu'ils le déclaraient prisonnier et allaient le faire reconduire à Paris.
Louis XVI chercha d'abord à soutenir son personnage et à prolester contre ce qu'il appelait l'atteinte portée, en la personne d'un voyageur inoffensif, à la première liberté du citoyen, celle d'aller où il veut. La discussion s'échauffant, et menaçant de dépasser les bornes, la reine, qui souffrait de voir la dignité de son époux inu-
ter. Je ne veux pas compromettre mon mari ; vous pensez au vôtre, moi au mien. »
Devant ce raisonnement d'un si brutal bon sens, la reine se tut, et s'enveloppant de ce silence qui est la majesté du malheur, elle rejoignit Madame Elisabeth et les enfants, qui dormaient profondément, tout habillés, dans la chambre du fond, avec leurs femmes de chambre à leur chevet.
Une dernière ressource demeurait aux fugitifs : temporiser pour donner à M. de Bouille et aux détachements postés au-dessus de Varennes le temps d'accourir et d'intervenir. M. d'EsIon, chef du détachement de Dun, se présenta en effet à l'aube, aux abords de la ville, mise en état de défense et organisée militairement, sous le commandement d'un ancien maréchal de camp, M. de Sigemont. M. d'Eslon fut obligé de parlementer. On lui permit l'entrée de la ville et la vue du roi, à la condition qu'il laisserait ses hussards de l'autre côté de l'Aire, qui n'était pas guéable. Il se résigna, et parut en présence du roi, dans la pièce sur la rue, où les prisonniers, pour ne pas troubler le sommeil des enfants, avaient établi leur camp de repos et d'observation. Accoudés à la fenêtre, ils considéraient d'un œil sombre la rue envahie par une foule armée et irritée, qui débordait Varennes de tous les côtés. Leur tristesse ne put qu'augmenter à la vue de M. d'Eslon, seul parmi tant d'ennemis.
Cet officier exposa en bref qu'averti de la catastrophe par ceux de ses collègues qui en portaient la nouvelle au général, il avait quitté Dun avec telle diligence, qu'il avait franchi en une heure et demie un trajet de cinq lieues avec soixante-seize cavaliers, en laissant vingtquatre à la garde du passage de la Meuse à Dun. La vue des abords de Varennes avait fait comprendre à M. d'Eslon l'impossibilité d'une attaque de ce côté. Sa marche dans l'intérieur, au milieu des gardes nationaux et des hussards fraternisant ensemble, l'avait convaincu du
ITOIXETTE
ce avant ramvéc de M. <] k rfjoâdrc rt dwnandait les ordres du roi. Louis XVI élail aa pMt ^"i lalbit lui rtpéler Irois fois celle demande, à a se bma à r^wodre : ■ Vous pouvez lui dire que je suis A tfmjp aains bieo qu'il ue puiàse rien faire pour moi. défaire ce qoÛ pourra, i. 51, d'Eslon parla aussi fl éUU acconçagné de il. de Sigemont, qui lui «■NLrt reabce de Taremies et i^poodait de lui, il essaya de le «■ ilfBiwL la reine ne lœ ré{Miiidit que par des larmes. Que AiÈt &e qà M de\lDt une arme contre cite ? Pour te roi, inter- ^ ■§■■■■ fÊT 11. d'EsJon. il le congédia par ces mots décou- ► ï • Jt«>|rinwwr r, je n'ai pluf d'ordres h donner, d M. d'Eeet, après une tentative inutile pour Uèks doneuréâ uu Girdeliers, il se résigna k 4i àakan, ne poavuil espérer aucun secours de
e sa <f 9^ tems, SI. de Romwif, aide de camp tk M. éi La TtytOe, arrna de P»ris. couvert de poussier* et de sveiv, acoompagné de il. Bailk», chef de bataillon de la garde nalioiiale, aiToyé de Puis par le maire, M. Bailly, quatre heures aTiot lui, et qu'il avait trooré à QeniMHit. M. de Romeuf était pwleur d'un décret de TAfseniblée, qui, reodu sur le premier avis de Féi'asioD et après lecture de la déclaraticHi laissée au départ, ordonnait qu'oD rameDàt à Paris le roi fugitif, en quelque lieu qu'il fût atteint. Mais il est nécessaire, à ce propos, de revenir sur nos pas, de peindre le spectacle de la cafHlale s'éveiUaut soudain, veuve de scm roi, et de raconter les droonslanoes qui précédèrent l'envoi de M. de Romeuf.
La nouvelle de la fuite du roi ne aNOomença h transpirer dans Paris que vers les neuf heures du matin. Selon les ans, la femme de garde-
robe, qui en avait trahi les préparatifs, fut la première à en annoncer l'accomplissement à M*, de Gouvion, qui s'empressa de prévenir M. de La Fayette. Suivant d'autres, M. de Montmorin, ministre des affaires étrangères, fut le premier instruit de l'événement par M. d'André, député influent, dont la cour avait acheté les services. Il n'entrait d'ailleurs point dans les projets du roi, pas plus qu'il n'était dans la nature des circonstances, que sa fuite demeurât longtemps cachée. La suiT)rise des gens du château, trouvant vide le lit du roi à l'heure de son lever, la réception, par M. de Montmorin et M. de la Porte, de la déclaration à l'Assemblée et des lettres adressées à divers personnages, ne permettaient pas une longue ignorance. Quoi qu'il en soit des véhicules multiples et divers qui transmirent rapidement la nouvelle jusqu'aux extrémités de Paris, il n'est pas douteux qu'elle fut universellement connue d'assez bonne heure. II n'est pas moins certain qu'au milieu de la stupeur profonde qu'elle occasionna, elle fut loin d'être accueillie comme une menace ou comme une injure, et qu'elle causa encore plus de surprise que de colère et de terreur à toute la partie honnête et sage de l'Assemblée. La minorité factieuse seule frémit de rage et de peur, et c'est elle qui provoqua les mesures restrictrives qui furent mises à exécution par M. Bailly et par M. de La Fayette, avec un zèle qu'aiguillonnaient surtout la déconvenue de leur amour-propre et le sentiment de leur responsabilité. Malgré ces mesures, on peut dire que les dispositions générales et prépondérantes dans l'Assemblée et dans la capitale étaient telles que tout dépendait du succès. Oui, si Louis XVI eut réussi, il eut encore trouvé des courtisans et des flatteurs. Arrêté et prisonnier, il ne devait plus avoir que les rares amis du malheur.
Les premières mesures furent concertées entre MM. Bailly, maire de Paris, Alexandre de Beauharnais, président de l'Assemblée, et La Fayette. Elles furent d'abord bornées au peu de dispositions que per-
ASTOIXETTK de b Acdioa et du n^sull&l d joinle h h liwdéribon qu'elle cumtùoa Udiff, par »uilL> de i du mt, pripODiuer (]an-<i 5on , atlralal d^ roiitre-K-volul par eux sur la personne pa»ï absaé. Cède fictii», qui -d^geait les respon- , ■rfiewil ks auDoofBiiropres (roiesés, eofin I le» foiriq»eimj les plss bnigoes possible à une réactian e qu'a teft bdie de pcfron-, fol adoptée d'un coaunun acoml, ^ b pbs oMncaBble un çireonstances ol la moins dangerpiue e oit le roi a.fvt risqué, cootie un succès doolcuv, sa e d ntee sa ne. U esl tnî qu'en détountant la foudre des ' fes agiilâires de la lentalivc royak», dlc tes «cabUl de tam son poids. 3lai« le principal complice, le gt^iu'-nl ! Bou3é et ses agrale^ fc mettnienl sans doulc en sûreté, et qui^| t ronimeoce5 solnllenws. 3 $enit facile, le premier moment d^ffl fo^e^ceiice pas^, de les excuser par l'ignorance ou l'obéissance. C'est en vertu de celle ticlion, d<Hit M. de Bouille devait confirmer |^U5 tard Texpédient en appelant sur lui toute la responsabililé de l'évasion, que r.Vs5emblée "Voûta, ?ans autre marque d'improbation que son silence, la loclure solennelle de la Déelaralion ro\alc. C'est dans le ntéme esprit que M. de La Fayette, après avoir proclamé que U n>i ef la famille royale êlaienl enlerés par tes ennemis du bien publie, envoya sur la roule de Yalenciennes M. de Romeuf, son aide de camp de confiance, qu'il a%ait particulièrement attaché au service de la reine. cl qu'elle a^^t comblé de bontés. En lui remettant son ordre, il lui dit : • Ils ont trop d'a>"ance sur nous pour que nous puissions les atteindre, mais il faut que nous fassions quelque chose. »
L'Assemblée confirma cet ordre par un décret ordonnant aux corps
administratifs, aux gardes nationales, aux troupes de ligne, d'arrêter ou de faire arrêter toute personne sortant du royaume ; d'intercepter tout convoi d'armes et de munitions ou d'argent, espèces. et effets quelconques ; de prendre toutes les mesures possibles pour mettre obstacle à l'enlèvement du rou II fut enjoint au ministre de l'intérieur d'expédier, à l'instant même, des courriers dans tous les départements, chargés d'ampliations de ce décret, dont la minute même fut remise à M. de Romeuf, que le peuple furieux avait jeté aux barrières À bas de son cheval, traîné à l'Assemblée, et dont celle-ci avait fait à point son messager, grâce à cette intervention populaire. C'est aussi pour obéir à une sorte de pressentiment général et étonnant de la véritable direction prise par les augustes fugitifs, que M. de Romeuf et M. Bâillon, son collègue, qui l'y avait précédé, fut lancé sur la route de Sainte-Menehould. A Clermont, il rencontra M. Bâillon et arriva avec lui, vers les sept heures du matin, le mardi 22 juin. Tous deux pénétrèrent dans la maison de 31. Sauce, après avoir franchi des obstacles accumulés, et au milieu d'une double, haie de garde nationale qui étendait son cordon jusqu'au delà de Varennes. Devant la maison, la voiture attelée de six chevaux, mais la tête tournée vers Paris, ne semblait plus attendre que l'ordre du départ. Les premiers représentants du pouvoir central arrivaient trop à point pour être bien reçus du roi et surtout de la reine qui à la vue de M. Bâillon, pâle, hagard, les cheveux en désordre, les habits poudreux, et du jeune Romeuf, honteux de sa douloureuse mission, ne put contenir les premiers éclats d'une trop naturelle indignation.
« Sire, dit en entrant M. Bâillon, dont l'émotion et la fatigue saccadaient les paroles, vous savez... tout Paris s'égorge peut-être; nos femmes, nos enfants sont peut-être massacrés... Vous n'irez pas plus loin... Sire, l'intérêt de l'État... oui... Sire, nos femmes! nos enfants ! »