‹ Marie-Antoinette et sa familleChapitre 118 sur 142 · Mémoires de Weber, p · texte numérisé non relu

Mémoires de Weber, p

HARIE-ANTOINETTE

de s*éle*Tr sans humilier ces princes déchus, auxquels 1 ret le courage refaisaient une majesté. Pélion pril l'importance de ses bodioas pour un mérite tout fait qui ne lui permetlail pas mèmK k poHesse. Tandis que son collègue eût cru se déshonorer en ■e se faÎBUit pas connaître pour ce qu'il était réellement, Pétion prit i tirhp de hhrisser de grossièreté sa déhonnaireté habituelle et de

dt^sapprouver son collègue en ne l'imitaiit pas. Ainsi, de ces hommes si différents, devenus, par le caprice de la fortune, les é| do leurs maîtres, l'uii se plul à adoucir el l'autre îi aigrir, par un sciiliment contraire de leurs de\o!rs, l'amertume d'un triomphe si i\ nniit. La présence de Bamave fut une consolation iierpétucllc, de Pétion une aggravation du supplice royal. La reine n'avait eu besoin d'entendre longtemps le jeune et éloquent député pour [tanjonner ta fougue excusable et l'ambition légitime qui l'a^i placé aux premiers rangs du parti constitutionnel. Le bon sens du roi subissait l'ascendant de cet esprit séduisant, et sa bonté sympathisait

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avec cette ardente générosité. Le Dauphin se rapprochait volontiers d'un homme qui le questionnait avec bienveillance et Tencourageait de ses éloges, le caressant avec une douceur qui faisait un si agréable contraste avec la familiarité maladroite de Pétion. Pour Madame Elisabeth, elle ne put voir impunément Bamave donner la preuve de ces qualités dont elle avait fait des vertus, et exposer sa vie pour sauver celle de son semblable*. Entre Châlons et Meaux, un vénérable prêtre, que son empressement à venir se placer sur le passage de la voiture royale avait rendu suspect, et dont l'attitude respectueuse et les larmes avaient exaspéré les geôliers armés qui reconduisaient le roi, fut saisi par eux, entraîné à l'écart, et y eût subi le sort de M. de Dampierre si la voix de Barnave, retentissant sur leurs têtes comme une foudre, ne leur avait fait lâcher leur victime. « Français ! nation de braves i » avait-il crié, l'œil en feu, en se précipitant à la portière de la voiture, d'un tel élan, que Madame Elisabeth osa le retenir parla basque de son habit, « voulez-vous devenir un peuple d'assassins? » Le prêtre fut sauvé, et Barnave se rassit au milieu de félicitations qui aigrirent encore la vanité de Pétion. Il en donna pendant ce voyage des marques telles qu'on a peine à y croire, et qu'on le croirait calomnié s'il n'avait pris le soin de se dénoncer lui-même dans une Relation, qui est le chef-d'œuvre de la médiocrité fate. Qu'on se le représente, interrompant sans façon les interlocuteurs, pinçant brusquement l'oreille du Dauphin, ou, sous prétexte de caresses, embrouillant douloureusement ses boucles blondes ; enfin, se faisant servir à boire, sans prendre la peine de la remercier, par Madame Elisabeth, ou jetant les os de poulet par la portière, au risque d'en effleurer le visage du roi. On comprendra combien, je ne dirai pas l'orgueil, mais simplement la dignité du roi et de la famille royale fut mise à de rudes épreuves

1. Voir sa lettre du 10 juillet 1701 à M"* de Bombelles {Recueil Feuillet de Cunches, t. UI, p. 403).

■ A UE-ASTOntETTK

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X eoafauoec Amba di prâ e1 du <!b3rmt' à ta poli- [' lesM, à b réaenK et à b modeslip <fe Bamave. qui. ponsant qiu>. u vue "pf™* aoaa soleanene. ks dépolie de rA><»tnbl<^ runie ae déniai ooaqMT Leva JUj/nUs' que de leur niis^îon d I de leurs besuâis, >nâ nfaaé de mwBV m de boire en kur wcc, H. Bs s'était, (fit-on. assis qoe sur leurs instances rril^rtes, BKC se» deoK rtrllt-gu», à b Ubte oà H Toubil les scmr.

De œ nppnic]i)!œa)l si impnrvu. et que les circoo^Jancâs rent si intime, la rcinc t'iuporU l'idi-e qoe rêlal de l'opiniuii lui I Hé jusquo-lk diegimul^, et qu'il fallait bire à la nécessité de ( b(Kee concessions. Des voiles, ju^pie-là perststants, sedt'chj- 1 denuil ses yeux intelligents, et, pour la pronière fois, elle vit

■nt dans les ((^nL'breux dangers de l'a^tnir. La niyauté, a lA Barnave, se trouvait placée entre tes deu^i partis qui allaii t disputer la France. Mallieureusemenl. entre ces deux partis U ndb'&tion «'■tait impossible, et l'un ne pouvait régner que stir ks nûaes de l'autre. Tous deux, à ce moment même, par la force de celi-' \1te5se acquise, qui est la fatalité des mouvements révolutionnaia-s, étaient incompatibles avec la royauté, que l'un affaiblissait voulant la transformer et que l'autre ne pouvait que délniire. \ Entre les constitutionnels et les Girondins, entre l'ambition modérée I d l'Ambition sans frein, Marie-Antoinette ne pouvait hésiter. Elle prit donc b résolution de se jeter dans les bras des uns, ne fût-ce que pour mieux éviter les autres. Barnave, par une illumination subite, lui sembb, avec plus d'honnêteté, l'héritier prédestiné de Mirabeau, t et dans un accord tacite, le député du Dauphiné accepb b succession du député de la Provence. H ne devait pas être plus heureux, et

. Voir II lettre de Ikdune ÉU*klwUi à H*" de RiiBecourt, du S3 inlllet I7M (Xmail ÉIW d* C(mclM, U II, p. in).

le fardeau de cette impossible eonciliation entre Tancien et le nouveau régime, entre Tautorité et la liberté, la tradition et le progrès, pro-, blême encore insoluble de notre temps, ne devait pas être plus léger aux épaules du second qu'à celles du premier. Tous deux devaient succomber à ce tour de force impossible de contre-balancer tout un peuple. Quoi qu'il en soit, le temps des illusions n'était pas encore tout h fait passé, et l'espoir de la victoire, l'enthousiasme d'une cause digne de tous les sacrifices, secondés par un mutuel attrait, et peut-être une mutuelle pitié, respirent dans cet entretien caractéristique de la reine et de Barnave, dans la salle d'une des auberges, stations banales de ce mélancolique retour.

Barnave parla des fautes des royalistes dans la Révolution, et dit qu'il avait trouvé les intér(>ts do la cour si faiblement, si mal défendus, qu'il avait été tenté plusieurs fois d'aller lui offrir un athlète couragcuv qui connût l'esprit du siècle et de la nation. La reine lui demanda quels auraient été les moyens qu'il aurait conseillé d'employer. — La popularité. Madame. — Et comment pouvais-je on avoir? repartit Sa Majesté; elle m'était enlevée. — Ah! Madame, il vous était bien plus facile de la reconquérir qu'à moi de l'obtenir.

Vaines espérances, vaines ambitions, vains efforts! 11 est des situations plus fortes que le génie même. A certaines heures fatales, de médiocres entraîneurs de populace l'emportent facilement sur d'harmonieux charmeurs d'assemblées. La victoire devait être, non aux modérateurs, mais aux flatteurs de la Révolution. Les Pétion allaient l'emporter sur les Barnave, armés d'un mot plus puissant que toutes les éloquences. Ce mot, Pétion n'avait pas craint de le jeter comme un soufflet h, la face de la royauté déchue, et c'est la République qui s'était assise brutalement dans sa personne entre la reine et le roi. Barnave allait user sa popularité à essayer de refaire celle de Marie-Antoinette, Et dès le départ de Meaux, sur cette route torride et poudreuse, au milieu de cette milice parisienne, qui était venue au-devant de sa future

«a MARIE-AMTOIXBTTE

pnie, à Inven cespoptdalâoae siloicieuËes el moroeâ d'où lie i jdas MKoiie protesUlion dienJeresque, aucune téméraire fidélité, cilc dot ee «entîr i jamais perdue, à jamais ressaisie par cet océan popuhire. aux toexorables tempêtes, qui soulevait la voiture royale comme la mef soulève uoe barque en détresse.

A partir de >leaux, Pétion et la Tour-Maubourg s'étaient replacés, ■fin que le triomphe de l'Asâcmbléc et de Paris (ùl complet, à c^é des victimes, et c'esl entre les trois commissaires de la Héxolulioii vidorieuie que la Eunille roxale arriva, au milieu du sixième jour de ■ te sopplirc do retour, aui. «iMMtls de la capitale enf^^Tée. Lk, Biir- ■ate fut encore obligé de protégx^ de ta vois et du geste la vie de ocs maOteoreia gardes du corps, dont l'habit jaune exaspérait la multïode aoiiDêe d'une sorte de fureur bovine et sanguinaire. Eiiliii, le csilége arma danâ la grunde avenue des Qiamps-ËI\sées, c'eàt-à- (fire par le rbenitn le pluâ large et le plus ouvert. Pour ménager Ji ctoqoe ipectal<?Qr sa part de la ruj'ale huoùUation, on avait allongé de phis d*uDe Iieot; W dévorant trajet, el on ^ait entré dans Paris par la route de Normandie, au lieu de prendre le laubourg Saint- Martin. La Fayette, à la léte de sa garde nationale, reçut les fugitifs si brutalement recomiuii; la double haie de ses soldats, le fusil renversé, eo signe de nu-pris, pliant à tous moments sous reflbrt de la populace el de sa curiosité féroce. Une proclamation, affichée le malin dans ftuis. résumait l'esprit de ce peuple à jamais aliéné qui assistait, le chapeau sur ta tête, au retour de son souverain, et sa grossière impartialité : » Celui f wi applaudira le roi recerra des coupt de bâton, relui qui t'insultera sera pendu. •

A six lieiuvs, !e calice était bu jusqu'à la lie. Les gardes du corps, jnwre à l'appui de Bamave, a^~aient échappé aux mains furibondes nui les arrachaient déjà de leur siège. Le roi et la famille rcxTile étaient eutin rêmiis. el recevaient, au milieu des bomotages de quel-

ques serviteurs fidèles, ou de quelques députés dévoués qui, comme M. de Guilhermy, avaient eu le courage de leur ôter leur chapeau, un décret de l'Assemblée par lequel leur sort était provisoirement fixé. Le premier article de ce décret était ainsi conçu :

Aussitôt que le roi sera arrivé au château des Tuileries, il lui sera donné provisoirement une garde qui, sous les ordres du commandant général de la garde parisienne, veillera à sa sûreté et répondra de sa personne.

Deux autres articles avaient décrété de même, a une garde particulière pour rhéritier présomptif de la couronne et une pour la reine » .

Le quatrième avait ordonné : « que tous ceux qui avaient accompagné la famille royale dans sa fuite seraient mis en état d'arrestation et interrogés » ; que « le roi et la reine seraient entendus dans leurs déclarations, et le tout sans délai, pour être pris par l'Assemblée les résolutions qui seraient jugées nécessaires. »

Par les cinquième et sixième articles, le roi avait été « suspendu provisoirement des fonctions de la royauté ». Enfin, le septième et dernier article avait enjoint au ministre de Tintérieur de faire publier ce décret à l'instant même, à son de trompe, dans tous les quartiers de la capitale.

Ainsi finit ce fatal voyage, dont le retour peut être considéré comme le convoi funèbre de la royauté ; voyage où toutes les prévisions furent trompées, où tous les hasards furent contraires, et dont la persistante fatalité a fait croire à quelques historiens, M. de Sèze notamment, qu'il n'était qu'un piège tendu à la royauté et destiné à la conduire plus sûrement à sa perte, par les voies mêmes du salut. Cette fatalité, quel que soit le nom qu'il faille lui donner, n'épargna à cette grande leçon aucun de ces contrastes ironiques, qui rendent la déception plus amère. Là où le roi et la famille royale avaient échoué, réussirent leurs plus humbles imitateurs. M*"* Thibaut, première femme

HARIE-A.NTOINETTE t Jé. reine, arriva impunément k Bruxelles, comme 1,-aHivdMde chambre, avait impuiu^niciit li-aversé Varennes l elle. La foudre ne tombe que sur les «)mmcU. iAoàle lioD eit:irrèté. {tasse le moueheron! Quelques jour& apri's ce BonlMeiiveil de B'Ju dernier rù've, la reine, mppelant ses serviteurs d StaiffmiA se» ami^. écrivait à M°" C<inipati, que la KévolutiMi denft épupiet, ti à .M~° dt- Loiiitialle, qu'elle devait égor^r, dctu lettacsqoi nous pdf^nent bien Tétat de son &ine, et au milieu de ses pliMi iwin M liiiiliiHlifif . la |)ersi»tance de son courage, de sa prévoyance ctde a S^nènoûi. Pour M"* Omipau, réfuRit^'e en Auvergne, cllcav&il dMè à Diet» son 6di-lo Luisâicr. que le 10 aoùI devait tuer à «un poste,

i:.» Uir,. .>;■ je rint àe mo nwUro pour soulager ; j ■ r ' r. diTf snr TMt de inoa âme; tiou$ o^û^Iori', ImL N* ■••«■■ ki qM >'-r \u,c icuiT- d«iMi, rrla tsl bipn important.

posie^i v, voili

A h ixiocesse de l^mboJle. qui aTiit pu faire voile h Bouloi!:oo |H>iir la Hollande el l'.lngleterre, et dont elle redoutait, dans l'intérSt de sa vie, le retour imprévu, elle écri™i, ignorant cette fuite, pour confirmer le billet du roi, finissant par ces mois : « mais restez avec M. de PciitliièviT. »

JfsptTf, a\a eltêtv Laoïtialle, que vous vous rendrez à ce mot du roi. Je tous n dit et je vous rv^nle i]ae je vous aime aulant de loin que de près. Pour vous, il «t mieux que vous stiifiniei celle santé. Pour moi, il sera mieux de jouir de vous « lM>Dne santé que de souffrir à vous voir souffrir. Vous voyei que c'est par êgoTsaw que j'agis. Nous sommes revenus assez bien portants. Le rai esl fort ealnw. *» enfants n'ont («s du tout souffert. Je ne puis rieu vous dire sur tout ce qui s'est f»si que \ous ne sartiiez entièrement par la voii publique. Adieu, mon clier cœur, /li t>esoin de \otr\> tendre amitié, ei la mienne est à vous depuis que je vous ai vue '.

1. Rtcmil FtuillH di CoHcku, t- II, p. 337, lettre 4a SOiuia.

Cette lettre, monument de la plus touchante sollicitude et de l'affection la plus désintéressée, au milieu même d'une de ces catastrophes qui excuseraient Tégoïsme, ne trouva pas à Verhon, où elle allait la chercher, la princesse, que nous ne tarderons pas à voir, malgré cet ordre et bien d'autres, aux côtés de sa royale amie.

Pour Madame EHsabeth, qui voyait dans tous ces malheurs la main de Dieu, et ne l'y voyait que pour l'y bénir, elle ne songeait qu'aux autres, à sa chère Bombelle, à sa chère Raigecourt, qu'il fallait rassurer et encourager; à Monsieur, qu'elle félicitait, sans l'envier, du succès de son évasion, et dont elle essayait aussi de courber devant Dieu la reconnaissance.

Que je rends grûce à la Providence de vous avoir préservé ! Ah ! remerciez bien celui dont le ciel s'est servi pour vous sauver... Oui, le ciel a eu ses vues en vous sauvant, no perdez jamais cela do vue. Dieu veut au moins votre salut. Voilà ce quo je désire le plus. Vous savez j^i mon cœur est vrai lorsqu'il vous souhaite avant tout un bonheur éternel... Jouissez du bonheur que vous avez d'être réuni 'à un objet qui mérite toute votre amitié, et ne pensez jamais faiblement à ceux que la main de Dieu a frappés d'une manière forte, mais à qui il donnera, j'espère, les moyens de soutenir c^lte épreuve...

Dès le 29 juin, elle avait écrit à M"*' de Raigecourt :

J'espère, mon cœur, quo votre santé est bonne, (ju'elle ne se ressent pas de la stuation de votre amie. La sienne est excellcnlo : vous savez (jueson corps nes'aperr;oil j^uère des sensations de son àme. Cette dernière n'est pas ce qu'elle devrait élre pour son Créateur; la seule indulgence de Dieu peut lui faire espérer grâce. Je ne puis ni ne veux entrer en détail sur tout ce qui me touche; qu'il vous suffise de savoir que je me porte bien, que je suis tranquille, ([ue je v 'Us aime de tout mon cœur, et que je vous écrirai bientôt, si je puis.

Telle était, au lendemain du retour de Varennes, la situation morale des acteurs principaux dans une de ces dernières scènes du drame qui annoncent et préparent un dénouement fatal. On ne peut se

ilARIE-ANTOINETIE ! d'âne pitié mêlée d*adiniratioii quand on voit, d'après ktémoignage de leon m-respondances, si calmes, si résignées, mai.'^ fésoloBS à ht lutte jusqu'au bout et pour l'houneur, sinon pour k> socoès, ow fyboeBvktinie», qui a\^ent achevé de croire aux bomme& et M mettueal plus leur espoir qu'en Dieu.

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