‹ Marie-Antoinette et sa familleChapitre 12 sur 142 · Ml/.. !»■ t**» l«'l^"^ **" ^"^ "''ût · texte numérisé non relu

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^, HftMii ii'iluHolit9in, p. '27, 'J8, luttrc du 15 mai 1771.

Marie-Antoinette Dauphine eut les meilleures relations avec sa belle-sœur jusqu'au jour où celle-ci, aigrie par des intrigues hostiles, et surtout par un mari ambitieux, se retira peu à peu dans ce Luxembourg, foyer d'une sourde et irritante opposition, et oii se gonflèrent, avant que le Palais-Royal ne devînt leur officine, ces outres remplies par la légèreté française du vent des tempêtes. Le comte de Provence, savant, curieux, raffiné, égoïste, dogmatique, n'inspira jamais à la Dauphine, même à l'âge des expansions débordantes et des imprudentes franchises, une grande sympathie, et ce fonds instinctif de méfiance mutuelle s'accrut bientôt de tout ce qu'y ajouta l'expérience. Mais les premières années, malgré tout, furent sereines, sinon heureuses. Dans cette intimité, qui rappelait à Marie-Antoinette le régime patriarcal de la cour de Schœnbrunn, et à laquelle elle était disposée, à cause de cela, à tout pardonner, quel genre de vie n'eut semblé, malgré toutes les déceptions, préférable à ces habitudes minutieuses, à ces disciplines presque monastiques dont Marie-Antoinette trace dans sa lettre du 12 juillet 1770 le narcotique tableau * ?

Au lieu de cette vie oisive et absorbée, de cet émiettage monotone d'une existence réglée et distribuée avec l'implacable minutie d'une cour espagnole, Marie-Antoinette avait à ses côtés, en 1773, le rire éclatant de Madame de Provence, le rire naïf de la comtesse d'Artois, les piquantes observations de l'académique époux de la première, et les saillies étourdies de l'espiègle et chevaleresque mari de la seconde, ce comte d'Artois si gai, si vif, aux tours de page, aux malices de Chérubin, gâté par tout le monde. Marie-Antoinette avait là, en un mot, une compagnie de son âge, où parfois elle retrouvait comme une image de ce cercle de frères et sœurs du petit cabinet du château

i. Recueil d'Arneth, p. 6.

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de Laxembourg. Madame de Provence d 'était pas, en effet, sans ressemblance avec la princesse Marie-Christine, la raisonnable et presque maternelle aînée. Le comte de Provence avait des réflexions à la Joseph II, d'un comique sérieux. Le comte d'Artois, lui, se réservait les rôles d'un sérieux comique, et sa femme, o toute petite de taille, avenante de figure et fraîche comme une rose, avec son nez qui n'en finissait pas, tout cela d'un ensemble agréable souvent, et qui plaisait* », lui donnait fort agréablement la réplique.

Alors commencèrent réellement cette \ie commune, ces repas de famille dont Marie- Antoinette a fait à sa sœur Marie-Christine une ravissante peinture, pleine de la fraîcheur et de la gaieté de ses dixhuit ans*.

Marie-Thérèse ne pouvait qu'approuver et encourager ces réunions et Cfîltc intimité fraternelles*.

Pluf* t/'ird, rfuand une nouvelle princesse de Savoie \iut se joindre au grouper d^îH jeunes époux, la sollicitude de Marie-Thérèse ne fut quelffue peu rassurée que par celte vie commune et cette union intime qui permettaient à la Dauphine de mieux connaître ses belles-sœurs, de s'en faire mieux connaître, et d'appuyer solidement, sur cette double connaissance, l'autorité future.

« Cette manière de vivre en famille, — dit M"* Campan, — exista jusqu'au moment où la reine se permit d'aller dîner quelquefois chez la duchesse de Pohgnac lorsqu'elle fut gouvernante; mais la réunion du soir pour le souper ne fut jamais interrompue et avait lieu chez M™* la comtesse de Provence ; Madame Elisabeth y prit place lorsqu'elle eut terminé son éducation, et quelquefois Mesdames, tantes du roi, y étaient invitées. Cet usage, qui n'avait point eu d'exemples à la

1. Becueil d'Hunolstein, p. 43, lettre à Marie-Christine, du 17 novembre 1773. 3. Ibid., p. 44, lettre à Maric-Cliristine, du 11 décembre 1773. 3. Recueil d*Ameth, p. 35, lettre du 17 août 1771.

cour, fut l'ouvrage de Marie-Antoinette et elle l'entretint avec la plus grande persévérance. »

Les repas en commun qui, en février 1774, comme récrit Marie- Antoinette à sa sœur Marie-Christine, continuent toujours « aussi agréables, et sont maintenant une fondation réglée », donnèrent lieu à un autre genre de ces divertissements, la comédie jouée en famille et à huis clos sur lesquels Marie-Antoinette elle-même nous donne d'amusants détails * :

M™* Campan, qui nous a fourni aussi de curieux renseignements sur ces spectacles du petit cabinet de l'entre-sol, où l'auditoire était représenté par un unique auditeur, ajoute .

La Dauphine s'acquittait de quelques rôles avec finesse et sentiment. Le Dauphin prenait part aux jeux de la jeune famille, riait beaucoup des Ggures des personnages à mesure qu'ils paraissaient en scène, et c'est à dater de ces amusements qu'on le vit renoncer à l'air timide de son enfance et se plaire dans la société de la Dauphine.

C'est en effet à partir de ce moment surtout que l'âme du futur Louis XVI, si longtemps repliée et emprisonnée dans une écorce rugueuse, conmie l'amande de la châtaigne, fait éclater peu à peu cette rude enveloppe, et découvre de savoureux trésors d'honnêteté et de bonté. On peut dire que par suite des préventions opiniâtres d'une éducation plus conforme à son caractère qu'à son rang et sans cesse envenimées par la coterie hostile de Madame Adélaïde, M"* de Marsan, du prince de Rohan, le Dauphin vécut, pendant plusieurs années, avec la Dauphine, dans une sorte de réserve humiUante pour elle. Ce n'est que peu à peu qu'elle fondit cette glace méfiante. Ce n'est que peu à peu qu'elle gagna le cœur de ce prince concentré, qu'elle reconquit un mari que des espérances injurieuses cherchaient

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