Éloge, par Ferrand, p
HO MARrE-ANTUINETTE
mettre sur sa tête le bonnet rouge et h boire à sa santé, concessioi^ qui ne coûtaient qu'à sa dignité. Nous voudrions le montrer surtout dans le noble orgueil d'un courage dont personne ne l'eût cru capable, el qui rétonnait lui>m£mc, metlunl la main d'un grenadi<^r, qui le IBSSurail, sur son cccur et lui disant : u Est-ce là le battement de la crainte'? » Mais il nous faut revenir h la reine, dont la p»rt de cott-
'nige et de dévouement ne fut pas moins b»;Ile que celle du roi el de a belle-^œur dans cette ludeusc et sublime journée.
L'attitude imprévue du roi et surtout une impatiente et haineuse curiosité avaient détounié une partie de la multitude armée, k la
irecfaerclio de la reine, qui, loin de fuir ce danger, voulait se présenter
,)t eOe. Phiâîeurs fois elle avait échappé aux bras (idéles qui cberà la retenir dans la salle du conseil, son premier refuge. Là,
'^iMft moiaeat k bruit des portes brisées et les cris farouches de la >-cf«ienl la faire tressaillir comme un reproche. Elle n'y phi5. et oubliant tout, le danger du roi, qu'on lui représente en «ii; son propre dango*, pour ce qa*deeoDsdéi« comme Bnidenir, elle se précipite en criant k M. Uue : Sauvez mon fiU! et disparaît aux veux du groupe protecteur composé de la princesse de Lamballe, de la princesse de Tarante, de la marquise de Tourael, les duchesses de Duras, de Luyncs, de Maillé, la marquise de la Roche-Aymon, la baronne de Makau, la marquise de Soucy, la comtesse de Ginestous, le duc de Choiseul, les comtes d'HaussonviUe, de Montmorin, le vicomte de Saint-Priest, le marquis de Cbampcenets, etc... Mais les issues sont fermées ou interceptées. On la rejoint frémissante, mau* dissant ces obstacles et s'écriant en vain : « Mon devoir est de mourir auprès du roi! M'empécher de le rejoindre, c'est vouloir que je fiétritse mon nom. » Elle ne cède que devant les prières de quelques grena-
t. Weber, p. WO. — Hue, p. 371.
diers des Filles-Saint-Thomas, que le roi, qui tremble pour sa femme et ses enfants, a envoyés à leur secours pour leur donner de ses nouvelles, les rassurer et protéger leur asile contre le premier choc des hordes qui s'avancent. En effet, on entend ce bruit sourd qui annonce le tonnerre et le peuple. La reine cède, non sans protestation et sans douleur, et se laisse entraîner dans l'appartement du Dauphin, où M. Hue lui apporte Tencouragement de ses naïves caresses. Mais c'est là une courte consolation. Le tumulte approche, les coups et les cris deviennent plus distincts. On n'a que le temps de battre en retraite, par un passage qui conduit à la chambre du roi. La porte de ce passage, habilement coupée dans la boiserie, est refermée, et la reine parvient avec ses défenseurs dans le cabinet du roi. On la place derrière la grande table, debout, tenant le Dauphin devant elle. Les grenadiers s'étagent autour d'elle, la baïonnette croisée, et dans leurs rangs se mêlent les quelques gentilshommes que nous avons nommés, l'épée au poing. Alors les portes tombent et la foule entre et défile en désordre, se repaissant du spectacle de cette humiliation du domicile royal et de la royale dignité qu'elle est venue consommer. La reine, comme le roi, relève sa position à force de courage, de grâce, de sang-froid. Elle consent à attacher à sa tête une cocarde aux trois couleurs qu'un garde national lui a offerte. Elle laisse couvrir d'un bonnet rouge les cheveux blonds du Dauphin, étonné, souriant au milieu de ses larmes. Elle gagne successivement tout le monde : la députation tardive que l'Assemblée a envoyée enfin aux côtés du roi et de la reine ; le farouche Santerre lui-même, qu'elle sauve de justes représailles, et qu'elle protège de son généreux pardon ; les poissardes qui sont venues pour l'insulter et qui, rougissant des trophées hideux qu'elles ont portés pour l'effrayer et qu'elles voudraient cacher, partagent l'attendrissement de ces gardes qu'elle a récompensés d'un mot heureux, et qu'on voit se jeter sur ses mains,
pour les baiser cl les mouiller tic larmes. C'est M"" Camiiaii qiâ
nous racontera cet épisode caractéristique :
L'une lie» plus Turiouafs jacobines qui defibioni avec tes okiséralilea s'am^ta pour vomir mill') imprératious contre h reine. Sa UaJcsU^ lui demanda si elle l'avait jaiuiiis vue : elle lui nSpomlil que non; si elle lui avait fait quelque mal personnel ; m réponw Tut la in^me, mais elle ajouta ; < CoA vous qui fuites le malheur de la nation. — On vous l'a dit, reprit la reino, on vous a trompée. Épouse d'un roi do France, □Ère du Dauphin, je suis Française, jamais je ne revcrral mon pays; je no puis tut lureutw ou mallifurpuse qu'on Franco; j'étais licureuae quand vous in'aimiei. » '^etle mi^gère se mit & pleurer, à lui demander pordon, à lui dire : « C'est que je vous »niiaissai^ pu^, je vois que ^ous fies liîeu bonne i. d |
£epaiduit l'^vaive e^ Jugée BaflafaiaMte. La fatigue et bt'fiim eft^nmhiBBears les emportent loin da tliétoe de lean lopkMte. Ib 0tltmt d'acdamations Pétton qui pan!t «afin, revéta de son édukipe» pour prontuiGer un discours de fâidtttkHis que tamaine patendbment le consdl d'^er s& coucher, parti dont il donne reiaa^ife. A dû heures du soir, gràce à cette docilité imi^érue àl'Mdra duNiptaM municipal, qui fait et défait les tnapétes populaires, le roi ^ la r»m peuvent enfin se retrouver et s'embrasser au milieu de leurs serviteurs éplorés et des députés attendris. On remarquait ^ ce reodezvous de la fidélité ou de la pitié M. de Malesherbes, l'épée au côté, contrairement à. son habitude. « 11 y a longtemps, lui dit-on, que vous n'avez porté l'épée. — 11 est vrai », répondit ce respectable vieillard qui, après avoir combattu les abus de la royauté, se ralliait à ses malheurs ; » ce costume ne m'est pas familier ; mais quand la vie du roi est en péril, qui ne s'armerait pas ? n Puis, regardant le prince royal, il dit à la reine : « J'espère, du moins, que nos enfants verront des jours plus sereins ; l'orage est trop violent pour qu'il puisse durer'. »