‹ Marie-Antoinette et sa familleChapitre 135 sur 142 · Madame Campan, p · texte numérisé non relu

Madame Campan, p

subversifs, h. i'imîlalion de ce discours du 3 août, dans lequel Pétiwi avait osé, à la barre même de l'Assemblée, défendre et justifier ce prétendu vœu delà nation.

L'insurrection, qui devait le faire triompher, ne prenait plus même la peine de s'agiter dans l'ombre, tant elle était sûre de l'impunité, ni de caclier son but, tant elie était certaine du succès. Pendant que tes faubouriens et les fédérés aiguisaient leurs armes sur la borne, la cour préparait ses moyens pour un suprême efTort. Le 9 août, enlre onze heures et minuit, le retentissement du tocsin do l'Hûtel-de-Ville n'étonna personne au cliAteau. Personne n'y dormait, surtout la reine, qui savait tout, et était prête & tout. i^Ialgré les efforts prévoyants des organisateurs du complot, malgré la complicité de la Commune et de ]'.\ssemblée, la défense était possible et la résistance à laquelle un décret qui les envoyait h, la frontière avait arraché, dans les derniers jours de juillet, quatre régiments de ligne et deux bataillon? I suisses, pouvait encore compter sur quatre mille six cents hommes de rgarde nationale, neuf cents Suisses et trois cents gentilshommes ou serviteurs volontaires.

C'était 1&, malgré l'absence d'unité, le manque d'harmonie, et surtout malgré le manque d'un roi qui pût être un chef, de quoi lutter, de quoi vaincre même , comme la suite le démontra incontestablement. Si des hommes expérimentés autant que dévoués, comme M. de Jaijayes, n'auguraient rien de bon du plan combiné entre M. de Vioménil et M. de Mandat, un des six chefs de légion de la garde nationale, en service de chef supérieur à ce moment, la reine et Madame Elisabeth pouvaient s'y tromper, et jusqu'à quatre heures du matin elles n'eurent pas d'inquiétude. A une heure, quand elles se couchèrent toutes deux sur un canapé, dans un cabinet d'entre-sol dont les fenêtres donnaient sur la cour des Tuileries, Kladame Elisabeth disait à M"" Campan, en lui montrant la devise de l'épingle de

cornaline qu'elle venait d'ôter de son fichu : Oubli des offenses, pardon des injures : « Je crains bien que cette maxime ait peu d'influence parmi nos ennemis, mais elle ne doit pas nous en être moins chère. » Les deux princesses ne dormaient guère et s'entretenaient plutôt de la situation. Au premier coup de fusil qu'elles entendirent retentir dans la cour, elles se levèrent toutes deux en disant: « Montons chez le roi», et la reine ajouta, avec une tristesse mêlée de résolution : « Voilà le premier coup de feu. Malheureusement ce ne sera pas le dernier. »

Bientôt Pétion arrive chez le roi et répond h ses reproches en protestant de ses bonnes intentions, en déclarant que c'est contre sa défense que le tocsin retentit, qu'il va faire cesser tout ce désordre; puis il cherche à s'esquiver du côté de THôtel-de-Ville, où ses complices attendent des renseignements. Là siègent, en effet, et commandent déjà Danton, Collot d'Herbois, Billaud-Varennes et Tallien, qui ont dissous, par un coup d'État municipal appuyé de la prétendue volonté des sections, le conseil général, et ne conservent des anciennes autorités que Pétion et Manuel, remplaçant les autres par une Commune insurrectionnelle, qui se déclare en permanence. Mais la reine démasque le fourbe, que les grenadiers fidèles des Filles- Saint-Thomas veulent conserver comme otage, et qui ne s'échappe qu'après avoir signé, sur la réquisition formelle de la reine, un ordre au commandant de la garde nationale de repousser la force par la force.

Cet ordre devait coûter la vie au malheureux Mandat, qui, le matin, au point du jour, annonce qu'il est mandé à THôtel-de- Ville pour se concerter avec la municipalité, y va sur l'avis du roi parce que c'est son devoir, malgré l'opposition de la reine et ses propres pressentiments, et n'en revient plus. A cinq heures, la tête du malheureux, massacré sur les marches mêmes de la Commune, servait de premier trophée aux sections insurgées marchant sur les Tuileries.

^ dnq !ieiires, le roi et la reine, accompagnés de Madame, du Dupmn. 'i^ Madame Elisabeth et de la princesse de Lamballe. par- Twiraflcii: fes pi>stes du château pour se rendre compte des ressources BP A ôiMi^e e» encourager le dévouement. Mais pour donner de la !gnriance, 3 laut en avoir, et l'attitude embarrassée de Louis XVI, ^ni viiîaa^ pâli, sa coiffure en désordre, son habit civil, ses paroles *nn7î*-rjaçéi?s, produisirent sur des défenseurs déjà incertains un effet uut *fii5érçnt de celui qu'on attendait d'une démarche pareille. Les 3r!&.iî Vice le roi! qui eussent été unanimes devant un souverain à ^2ne^aL rêpée à la main, prêt à reconquérir son royaume et à se battre 3uurs*Mi droit, furent rares et tristes. L'équipement et l'armement iniprj^iiîês de la foule de gentilshommes, qui, commandée par MM. de Voménil et d'Hervilly, était venue se mêler de mauvaise grâce aux jT^iadiers de la garde nationale, firent sourire ceux qu'ils n'offusmcnèrent pas. Ces deux troupes fidèles demeurèrent distinctes et miffiantes, malgré tous les efforts que fit la reine pour les réunir et les embraser du même feu.

rvyà cependant le peuple approchait. Et il \ avait là assez (1<* •:• uraire et d^^ san^ |)our rai'ivtor. On entendait gronder le tonniMT»* «.iritain df^ la foul^^ arinéf^ (|ui s'avance en hurlant. Soudain, an niiH»'ii • io ces braves fz:cns (|ui vont mourir, arrive, après a\nir travers»' <!♦ > ;iroupes de canonniers occupés à peindre la n)èclie de leurs can<Mi-, ';t ;L;laces encore davantage par cette» at!nos[)hère de trahison des coui> du château, ti'ès dillërente de celle des sall(\<, uni^ (h''putation du directoire du département, le procureur-syndic Uoxierer à sa tète. Cgrave et sévère persoiniage demande à parler au roi sans autretémoins que sa famille : a Sire, dit-il, Votre Majesté n'a pas cin(| minutes à perdre, il n'y a de sûreté pour elle que dans TAsseniblée nationale! — Mais, monsieur, dit la reine se tournant vivement vers lui, nous avons des forces. — Madame, tout Paris marche! » La

reine insiste pour la lutte avec l'énergie que lui donnent le noble désir de tomber au moins avec dignité, le pressentiment de la victoire, et sa juste méfiance d'un projet qui livre la liberté du roi et l'héritage de ses enfants à la merci d'une Assemblée, au hasard d'une délibération, d'un simple cri peut-être. Le roi s'opiniâtre dans un parti qui évite l'effusion du sang. « Allons, messieurs, n dit-il aux ministres et aux personnes qui l'entourent, « il ii y a plus rien à faire ici. Je veux, » ajoute-t-il, « que, sans plus tarder, on nous conduise à l'Assemblée législative, je le veux. — Vous ordonnerez avant lout^ Monsieur, s'écrie la reine exaspérée, que je sois clouée aux murs de ce palais. » Les femmes qui l'entourent. Madame Elisabeth, la princesse de Lamballe, la princesse de Tarente, M'"® de Tourzel la calment, la pressent, la supplient. Elle se résigne : « Mùnsieur Rœderer, messieurs, fait-elle en se retournant vers la députation, vous répondez de la personne du roiy de celle de mon fils . — Madame, répond Rœderer, nous répondons de mourir à vos côtés. »

Et la reine, essayant de consoler de son absence ses femmes éplorées, les laisse dans son appartement avec la princesse de Tarente et M'"' de la Rochc-Aymon, leur jetant pour adieu ces mots : Nous reviendrons ! loyale promesse qu'elle allait être impuissante à tenir. Accompagnée de la princesse de Lamballe et de M'"* de Tourzel, ]\Iarie- Antoinette, les yeux mouillés des larmes d'une noble colère, s'avance vers la terrasse des Feuillants, par un chemin jonché des feuilles prophétiques de l'automne, à travers la haie des grenadiers suisses et de ceux des bataillons des Petits-Pères et des Filles-Saint-Thomas. Le cortège était tellement pressé par la foule, que dans ce court trajet la reine fut volée de sa montre et de sa bourse. Au bas de l'escalier de la terrasse, la foule devient hostile et cherche à barrer le chemin du salut. On parlemente avec ces furieux, on les culbute, et l'on parvient à l'entrée du corridor des Feuillants, inondé de peuple; un homme

d'une stature colossale arrache h la reine le Daupliin qu'elle condui-^' sait par ia main, le soulève comme une plume et l'enlève dans se» liras. La reine pousse un cri, mais l'iiommo la rassure et lui dit ; Il N'ayez pas peur, je ne veux pas lui faire de mal. » Et l'enfant est rendu, aux portes de la salle, à son auguste mère.

On sait assez le reste : l'attaque du château d'où les assaillant* ignorent que le roi cl la famille royale sont sortis, la n!-sistance des postes suisses, le feu général, le courage de ces défenseurs d'un château vide, où il ne reste plus que quelques gentilshommes résolus h mourir, quelques fenmies éperdues et des huissiers imperlurbables à leur poste, où ils recevront imperturbablement la mort. On sait que l'émeute étonnée, refoulée, foudroyée, recula, évacuant le Carrousel et le jonchant de morts, de blessés, d'armes et de bonnets rouges. On sait enfin que celte déroute, que l'arrivée du bataillon suisse, caserne h Courbevoie, allait achever, fui inten'ompue par cet ordre fatal, verbalement donné par le roi et renouvelé par écrit, dès que les premiers coups de fusil ébranlèrent les vitres de l'Assemblée, de ne })as tirer. Les Suisses du 10 août, comme les gardes du corps du 6 octobre, obéirent ironiquement à l'ordre égoïste et aveugle que leur donnait un roi plus préoccupé d'épargner le sang de ses ennemis que celui de ses serviteurs. Leur soumission désespérée, leur retraite, la connivence des gardes nationaux, lallièrent l'émeute et ramenèrent sur les grilles désarmées le sauve-qui peut des patriotes. Le château fut mis à feu et à sang par cette populace ivre de peur, de colère et de vengeance. Les Suisses furent poursuivis, traqués, égorgés, la foule qui environnait le château et l'Assemblée se joignant au carnage après avoir attendu l'issue de la lutte. Il ne demeura pas aux Tuileries un seul homme vivant. Les représailles du peuple victorieux n'y épargnèrent que les femmes.

En récompense du sacrifice par lequel le roi avait renoncé à une

lutte qui, de l'avis de Barbaroux lui-même, un des chefs de l'insurrection, était à peu près sûre du succès, et qui lui avait fait livrer sa demeure à l'incendie et au massacre, l'Assemblée, violant les droits et jusqu'aux convenances les plus sacrées, le punit de sa confiance et souille son hospitalité en le privant à la fois de la couronne et de la liberté.

De cette loge grillée du Logotachy graphe, ouverte derrière le fauteuil du président, aux journalistes chargés du compte rendu des séances, le roi, sa famille et ses serviteurs peuvent entendre décréter la suspension du Chef du pouvoir exécutif, la convocation d'une Convention nationale, la permanence de l'Assemblée et le maintien de l'asile qu'elle accorde à. Louis et à sa famille jusqu'au rétablissement de l'ordre.

Le soir, à sept heures, la reine, enfoncée dans l'ombre de cette prison étouffante, soutenue depuis le matin seulement par quelques gouttes d'eau de groseille, demandait en vain un mouchoir pour essuyer sur le visage de l'enfant endormi sur ses genoux, et sur le sien, les larmes et la sueur; aucun de ceux qui l'avaient suivie ne pouvait lui en donner un qui n'eût pas étanché le sang de ses derniers défenseurs.

A deux heures du matin seulement finissait le supplice de ce spectacle d'une Assemblée que la peur ne rendait pas moins que l'ambition, insolente et usurpatrice.

La reine et la famille royale étaient conduites, à la lueur de chandelles fichées au bout des canons de fusil, dans les cellules, préparées et meublées à. la hâte, de l'ancien couvent des Feuillants, audessus des bureaux de l'Assemblée. Linge, vêtements, argent, tout manquait à la reine et aux siens, surpris, comme elle, par ce définitif imprévu d'une visite qui dégénérait en captivité, et ne pouvant trouver aux Tuileries incendiées et pillées que des débris. Un officier des

MABie-ANTOINETTE

Ceat-Smsse», M. Pascal, offrit qodqoes vélmumis poor le r docfaesse de Gramoiil, du linge dç corps pour la mne; et elle fat oMigée d'accepter pour le Dauphin les T^anents du jeuoe Tib de l'ambassadeur d'Anglelerre, (foe lui envoyait lady Gloner-^lheriand. M, d'Aubier &il aussi assez beureoi pour lui prêter quelques louis. Et quand elle partit pour h Temple, presque lieoreuse, dans son malheur, de respirer enfui dans une prison â elle, la reine de France avait un soulier brisé qu'elle montrait en souriant trislemeDl. el d'où sortait st») pied!

-'Jé&fMu'M:

Lcl3aoùl,rAsseiiibléc,aiirès avoir choisi successivement, poui" résidence de la royauté déchue, le Luxembourg, l'hôtel de la Cliaiiccllerie, place Vendôme, et l'abbaye Saint-Antoine, opta, par suite des objections soulevées par la Commune triompliante pour écarter ces asiles divers, pour la Tour du Temple, qui ne pouvait être qu'une prison. La famille royale y entra ce soir-l&, sous les lampions d'une

lABIE-ANTOlITETTE

, et y lui solmoelkiDeiit écrouêe par le maire de fwtim et «M |NUUHNi lUnud , le cb^peaa 5ar la léle. Les amis •oAl snîeDl été éortfe de celle denù^ demeure, où les servileurt liwntift awore wêêù place qa'3» ne devaient pas conserver longiemps^ ■ Ce w^esl fme te ce moment >, dit Ia reùie en recmanl leur.i adieiu dan? oHlc petite cellule des FcuilUuU tapÎ5£*!-e de papier \crl, afleûe à cAlé de celle mbôable coucbetlc où elle endormait tn^ iifci*- « fHe Mua ceaMwnnwi à sentir toute Cfiorreur de notre situalàM. fàm r»viez adtucie par m toitu et votre HécouemetU. Ils notu ttwmieal empêciéM ée aoat ea apercevoir Jns^'à prêtent. » — -Je mis Jme pnmmnigr, dtsaà de mq oSté Looi» SVl. Charles t" fut p/ui henreyx ftm mai; M In taisaa des amis jusqu'à Nchafaud. <■ El ouDDie OK Uèles cnUlés, ces opiniilres coortisaiis du malheur, en s'élo^naiil dennl b praficniplion qui ne dc\ait plus tarder ^ tes ressaie, vidaîeot lem bourses el leurs portereuilles sur ta table : « Mesaeurs. leur dit la reine, qui s'aperçut de ce deniier sacrifice, gardei vo« portefeailles. vous en avn plus besoin que nous. Vont aces, Je Tespère, plus bmgtempsà cttre*. •

Le martjTok^ du Temple ne s'écrit pas. La langue humaine serait impuissante à exprimer tout ce qu'il fallut d'héroïsme à la famille ro>'ale pour supporter sans un mot, sans un regard, sans un geste de colère et d'indignation, les odieux rafDnements de ce long supplice de la prison. Une prière, écrite au Temple par Madame Elisabeth. expUque, sans en diminuer le mérite, le prodige de son abnégation. Elle offrait tout à Dieu, et Dieu lui donnait la force de tout subir et de tout pardonner. Écoutez cette rourte et sublime prière du matin de la royale captive, et dites si la femme qui Ta composée n'était pas déjà une sainte :

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