‹ Marie-Antoinette et sa familleChapitre 16 sur 142 · A(^Mfi7 d'Amêth^ p. i5, 14 fcnier · texte numérisé non relu

A(^Mfi7 d'Amêth^ p. i5, 14 fcnier

i, « Pui trouvai moyen d'orguiiser uq petit serrice de reoseignements sur d'hoonètes N famillost JVi intirié deraiènsoient deui jeanes filles sar lesquelles j'irmis des informattonfl M liloii touchaiitot. Oa ae so (kit p&s d*ïdé} co:nbiea il y a de qualités et de fertot cachées H daiiB If) monu peuple; et il y a de ces piurres bonnes geas auxquels il ne manque que le M Rrand Jour, pour en faire des exemples, tant il y a de traits qui les honorent » ( Jlteiifil Fêuillft d$ Concha^ Marie-Antoiaeito à Marie-Christine, 8 mara I77i, t. I, p. S84

Parmi les premières douleurs d'une existence trop haute pour

n'être pas inaccessible à d'autres piqûres qu'à celle de ces petits

[ ennuis, pareils h. des mouclierons, il faut citer la perpétuelle con-

I trainte, le joug importun d'une étiquette dont M™ de Noailles, vraie

I camarera-mayor, fanatique de ses prérogatives, alourdissait encore

le joug et multipliait les entraves. Marie- Antoinette se plaint, en maint

[ passage de sa Correspondance, des exigences minutieuses et de la [ tyrannie insupportable de celle respectable ennuyeuse qu'elle appelait plaisamment madame VÉtiquelte, du nom de son fétiche. El ici, il faut, [- sans approuver les excès pédagogiquesde M"'" de Noailles, convenir, en r présence des conséquences qu'eut dans l'avenir la chute de ce dernier f prestige de la royauté, que la raison était du côté de la dame d'honneur, quoiqu'il fût impossible d'avoir plus noblement tort que la Dau- I phine. C'est par des vues généreuses et des illusions trop tôt déçues

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qu'elle ftit poussée à celte innocente révolution de la familiarité, de la simplicité, de la popularité, qui ne fut pas sans influence sur Tautre. ]kl"* de Noailles, enfin, avait raison conune l'expérience ; Marie- Antoinette eut tort comme le cœur.

Elle voulut, nourrie des illusions allemandes, rendre la royauté paternelle et familière. Elle rêva une cour cordiale comme une famille. Elle voulut oublier ses droits pour ne se souvenir que de ses devoirs. Par sa simple robe blanche, ses promenades dans la campagne, plus tard, par ses petits bals de Saint-Cloud, par sa ferme de Trianon, elle essaya de se rapprocher de son peuple, et sûre d'être assez défendue par le respect, de laisser tomber les barrières de Fétiquette qui la séparaient de lui. Elle tenta d'ennoblir, en les partageant, ses travaux et ses plaisirs. Elle caressa, noblement imprudente, l'ambition d'être plus aimée que crainte, et aimée pour elle-même. Elle supprima, sans trop y songer, tous ces obstacles frivoles, dernière force de l'autorité déchue. Elle eut celle généreuse témérité de vouloir remplacer le prestige par raffeclion et les rangs par les mérites. Elle osa braver la médisance, celle lyrannie qui règne sur les rois... Elle eul tort peut-èlre au point de vue égoïste de sa sécurité et de son repos. Elle eut tort aux yeux de M"* de Noailles, de M"* Campan , de Marie-Tliérèse elle-même, quoique celle-ci, en lui recommandant de ne pas craindix^ de demeurer Allemande tout en devenant Française, et de mêler ainsi les qualités des deux nations, n'ait blâmé qu'à moitié sa fille de sa noble imprudence. Elle eut raison aux yeux de quiconque applaudit à un beau mouvement sans songer aux conséquences, et estime autant certaines erreurs malheureuses que certaines triomphantes sagesses.

^larie-Thérèse avait des Français, et surtout de sa fille, une trop haute opinion pour s'arrêter au côté étroit et égoïste de ces nécessités d'étiquette. Elle prenait moins devant elle la défense du cérémonial.

dont elle n'avait jamais eu besoin pour être imposante, puisant sa majesté en elle-même, que de la comtesse de Noailles, dont elle appréciait les qualités, tout en convenant de ses défauts *.

Comment la jeune Dauphine, ivre de joie, tout entière aux illusions que donne la certitude d'être aimée de son époux et de son peuple, eût-elle pu se rendre à ces conseils dont les acclamations de Paris démentaient la sagesse, protestant contre toute crainte comme contre une calomnie?

Ecoutons, d'après Weber et d'après elle-même, le récit attendrissant de cette radieuse journée du 8 juin 1773, et disons avec elle qu'en présence d'un tel élan national, c'eût été une honte d'avoir peur :

Ce fut pour Marie-Antoinette un triomphe de toutes les minutes. Elle était ravissante de beauté et de grâces. Le char brillant qui la portait avait peine à fendre les flots du peuple qui ne pouvait se rassasier de la voir, de l'admirer et de la bénir, lorsque de la cathédrale où elle avait été d'abord offrir à Dieu ses actions de grâces, elle se rendit à THôtel de Ville. Le maréchal de Brissac, gouverneur de Paris, vint à sa rencontre à la tête du corps municipal, et avec cette originalité chevaleresque qui le caractérisait, il lui dit pour toute harangue : « Madame, vous avez là, sous vos yeux, deux cent mille amoureux de votre personne. » Il disait vrai. Son propos vola do bouche en bouche sur cette place immense, et excita des applaudissements passionnés. Arrivés aux Tuileries, le Dauphin et la Dauphine se promenèrent à pied dans le jardin, pour répondre aux empressements du public. C'était la môme afiluence et la môme ivresse qu'ils avaient rencontrées sur la place de l'IIôtcl de Ville*.

La joie, — dit un journal du temps, — rayonnait sur le visage de la princesse, ainsi que sur celui de M. le Dauphin, qui demandait souvent s'il n'arrivait point d'accidents et si les gardes, occupés de maintenir la multitude, ne faisaient de mal à personne. L*un et l'autre s'écriaient avec reconnaissance : « Ah I le bon peuple ! Ah I le bon peuple! » Ce jour-là, l'exclamation était juste. Cependant, le roi attendait à Versailles, avec impatience et presque avec anxiété, le retour de ses petits-enfants. Eo arrivant ils se jetèrent dans ses bras. « Mes enfants, leur dit-il , j'étais presque

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