Mémoires de Weber
inquiet. Vous devez être bien fatigués de votre joarnée. » — c C'est la plus douce de notre vie ». dit la Dauphine. Et le Dauphin le disait en même temps qu'elle i.
Empressés de retourner dans cette capitale, où ils avaient recueilli des sentiments si doux et un triomphe si pur, ils \inrent ensemble voir une représentation du Siégé de Calais, de cette tragédie qui excitait un si grand enthousiasme, comme monument de l'honneur national et de Tamour des Français pour leur roi. Dans le moment où furent prononcés sur la scène ces deux vers :
Le Français dans son prince aime à troaver on frère Qui, né fils de TÉtat, en devienne le père.
des applaudissements innombrables s'élevèrent du sein de l'Assemblée. Toutes les voix, tous les yeux se portèrent vers la loge de M. le Dauphin, qui, l'instant d*après, saisissant une ap;)lication non moins heureuse pour exprimer sa reconnaissance, applaudit avec vivacité ce vers charmant :
Rendre heurcax qai noas aime est un si doui devoir!
La Dauphine, s'unissant tour à tour, avec une expression pleine de grâce, au double sentiment qui entraînait la nation vers le prince, et le prince vers la nation, semblait, à cha^juf in?^tant, mériter davantage la conquête qu'elle avait faite deTun et de l'autre. On ne fut pas longtemps sans être bien convaincu que la beauté de son âme égalait celle de sa personne.
Suivant notre habitude de donner autant que possible la parole aux acteurs, écoutons maintenant >Iarie-Antoinette :
J'ai eu mardi dernier une fête, que je n'oublierai de ma vie : nous avons fait notre entrée à Paris. Pour les honneurs, nous avons reçu tous ceux qu'on a pu imaginer; mais tout cela, quoique fort bien, n'est pas ce qui m'a touché le plus, mais c'est la tendresse et l'empressement de ce pauvre peuple qui, malgré les impôts dont il est accablé, était transporté de joie de nous voir. Lors(7ue nous avons été nous promener aux Tuileries, il y avait une si grande foule que nous avons été trois quarts d'heure
i. Les Mémoires secrets de Bachaumont nous recèlent, à cette occasion, un mot des plus délicats iVhappc à l'inépuisable générosité de cet esprit de la Dauphine, inspiré par MW cœur. « Madame la Dauphiue, dit Bachaumont, a prévenu la jalousie du roi à roccasion de la réception flatteuse qui lui avait été faite ainsi qu*à son auguste époui : contraste trop frap- |tant aT<<c U manière dont le monarque est accueilli depuis lon^emps, pour ne pas Tafflipîr cruellement : « Sire, lui a-t-elle dit, avant de lui raconter les détails de son entrée, il « faut que Votre Blajesté soit bien aimée des Parisiens, car ils nous ont bien (état. »
sans pouvoir ni avancer ni reculer. M. le Dauphin et moi, nous avons recommandé plusieurs fois aux gardes de ne frapper personne, ce qui a fait un très-bon effet. Il y a eu un si bon ordre dans cette journée que, malgré le monde énorme qui nous a suivis partout, il n'y a eu personne de blessé. Au retour de la promenade, nous sommes montés sur une terrasse découverte et y sommes restés une demi-heure. Je ne puis vous dire, ma chère maman, les transports de joie, d'affection, qu'on nous a témoignés dans ce moment. Avant de nous retirer, nous avons salué avec la main le peuple, ce qui a fait grand plaisir. Qu'on est heureux, dans notre état, de gagner l'amitié de tout un peuple à si bon marché! Il n'y a pourtant rien de si précieux; je l'ai bien senti et ne l'oublierai jamais.
Un autre point qui a fait grand plaisir dans cette belle journée, c'est la conduite de M. le Dauphin. Il a répondu à merveille à toutes les harangues, a remarqué tout ce qu'on faisait pour lui et surtout l'empressement et la joie du peuple, à qui il a montré beaucoup de bonté. Entre tous les vei*s qu'on a donnés à celte occasion, j'ai trouvé ceux-ci les plus jolis, j'ose vous les envoyer. Nous allons demain à l'Opéra à Paris; on le désire fort, et je crois même que nous irons deux autres jours aux Comédies française et italienne. Je sens tous les jours de plus en plus ce que ma chère maman a fait pour mon établissement; j'étais la dernière de toutes, et elle m'a traitée en aînée; aussi mon âme est-elle remplie de la plus tendre reconnaissance.
Le roi a eu la bonté de faire délivrer 320 prisonniers pour dettes dues aux nourrices qui ont allaité leurs enfonts ; cette délivrance a été faite deux jours après notre entrée. J'avais le désir de faire mes dévotions le jour de ma fêle; mais la veille au soir, ma sœur. Madame, m'a donné dos proverbes avec des chansons pour moi avec un feu d'artiûce; cette distraction m'a obligée de remettre mes dévotions au lendemain ^
Le 17 juillet, Marie- Antoinette, pour redoubler la satisfaction dont rimpératrice lui avait envoyé le témoignage, lui donnait en ces termes les détails d'une nouvelle visite à Paris avant le départ pour Compiègne :
J'ai eu quelque regret de m'éloigner de cette bonne ville; il est bien vrai que j'y ai été attendrie jusqu'aux larmes, surtout à la Comédie italienne, lorsque le parterre, ne faisant qu'une voix avec les acteurs, tous se sont écriés : «t Vive le roil » Clairval, un des acteurs, a ajouté : a Et ses chers enfants! » en quoi il a été fort applaudi. Je ne peux comparer cette grande journée qu'à celle où ma chère maman est venue au