‹ Marie-Antoinette et sa familleChapitre 18 sur 142 · Eeeueil (TArnêth, p. 82, 83, lettre du 14 juin · texte numérisé non relu

Eeeueil (TArnêth, p. 82, 83, lettre du 14 juin

spectacle après la naissance de son neveu de Florence. Quoique je fusse fort enfant, j'ai bien senti comme tous les cœurs étaient émus par la présence de ma tendre mère. M. le Dauphin a été à merveille toutes les fois qu'il a été à Paris, et, si je Tose dire, il a gagné dans l'esprit du peuple, par Tair de bonne amitié qui était entre nous; c'est peut-être ce qui a fait dire qu'il m'a embrassée publiquement, quoique cela ne soit pas vrai*...

Et maintenant, arrivons à la dernière scène de ce premier acte d'un drame dont l'introduction est si charmante, éclairée de toutes les aurores de la jeunesse, de l'espérance et de l'amour. Quand la toile tombera, la Dauphine deviendra reine de France, et par une coïncidence sinistre, que les événements n'ont que trop justifiée, c'est par le deuil que commencera sa royauté. Dès le 30 avril 1774, le roi Louis XV fut atteint des premiers coups d'une maladie que son âge et les circonstances firent bientôt juger mortelle.

C'est à Marie-Antoinette qu'il faut demander encore ces courts et tremblants billets, écrits sous l'impression du danger sans cesse croissant et bientôt sans espoir, et oii l'on entend, pour ainsi dire, les palpitations de ce jeune et tendre cœur, opprimé par la douleur et la crainte '.

Cependant Louis XV achevait de mourir, entouré de ses trois filles et de quelques serviteurs, électrisés par cet admirable exemple que Marie-Antoinette ne devait jamais oublier. Le mal avait fait des ravages irréparables en lui et autour de lui. L'air du palais était infecté ; plus de cinquante personnes gagnèrent la petite vérole pour avoir seulement traversé la galerie de Versailles, et dix en moururent.

La fin do ce monaniuo approchait; son règne assez paisible avait conservé une force imprimée par la puissance de ses prédécesseurs; d'un autre côté, sa faiblesse avait do nuMuo pré|Km^ les malheurs de celui qui régnerait après lui ; la scène allait

1. Becueil d'Ameth, p. 85, lettre du 17 Juillet 1773. 3. Rêcutil (TRunoUtêin, p. 51, 5^, 53.

changer; Tespoir, Tambilion, la joie, la douleur, tous les sentiments qui s*cmpai*aient diversement des cœurs des courtisans se déguisaient vainement sous un extérieur uniforme. Il était aisé de démêler les différents motifs qui leur faisaient, à chaque instant, répéter à tous cette phrase : « Comment va le Roi? » Enfin, le 40 mai 4774, se termina la carrière de Louis XV *.

Tandis que quelques courtisans d'une honteuse infortune allaient à Rueil, où M""® Du Barry s'était retirée, éperdue, chez le duc d'Aiguillon, déshonorer leur livrée par une visite de condoléance qui ressemblait à l'aveu d'une complicité, la cour affluait au château, le palais s'inondait de curieux et l'Œil-de-Bœuf de courtisans. Le Dauphin avait décidé qu'il partirait avec sa famille au moment où le Roi rendrait le dernier soupir. Attaché aux alentours de la couche funèbre par le double devoir du petit-fils et de l'héritier, il aspirait au moment de se dérober à une foule importune, et de pleurer en paix son roi et son bienfaiteur.

Mais dans une semblable occasion, une rigoureuse bienséance ne permettait aux ordres de départ que le langage muet. Les chefs des écuries étaient donc convenus avec les gens qui étaient dans la chambre du roi et veillaient son agonie, que ceux-ci placeraient une bougie allumée auprès d'une fenêtre, et qu'à l'instant où le mourant cesserait de vivre, l'un d'eux soufflerait la bougie.

Tous les yeux étaient tournés vers la fenêtre attribuée à ce funèbre signal, les pages, les écuyers en selle. Le Dauphin attendait en larmes, dans la chambre de la Dauphine, en larmes comme lui. Le respect faisait taire tout le monde autour de cette silencieuse douleur.

Soudain un bruit terrible et absolument semblable à celui du tonnerre se fit entendre dans la première pièce de l'appartement ébranlé ; c'était la foule des courtisans qui désertaient l'antichambre du souverain expiré, pour venir saluer son successeur.

i. Mémoires de Jf"** Campan.

7J MAEIE-AMOIXETTE

A ce bruit étrange, 3Iarie-.\ntoinette et son époux reconnurent qu'ils allaient régner, et, par un mou\ement spontané, qui remplit d'attendrissement tous ceux qui les entouraient, tous deux se jetèrent à genoux, et tous deux, en versant des larmes amCTes, s'écrièrent en joignant leurs mains : 31 on Dieu! guidez- nous f proiégez-nous ! nous régnons trop jeunes !

M°® la comtesse de Xoailles entra, salua la première Marie- Antoinette comme reine de France et demanda à Leurs Majestés de vouloir bien quitter les cabinets intérieurs pour venir dans la chambre recevoir les princes et tous les grands officiers, qui désiraient offlnr leurs hommages à leurs nouveaux souverains.

Appuyée sur son époux, un mouchoir sur les yeux, et dans l'attitude ia plus touchante, 3Iarie-Antoinette reçut ces premières révérences. Les voitures avancèrent, les gardes, les écuyers ébranlèrent leur tourbillon. Le château resta désert et le cada\Te royal demeura abandonné aux soins de quelques ser%iteurs subalternes et de quelques pauvres ouvriers. La mort n'a pas de courtisans.

A peine arrivée à Choisy, le jour môme, à quatre heures, Marie- Antoinette écrivait à la dépositaire habituelle de ses plus intimes pensées, à celle qui, on peut le dire, venait de s'asseoir sur le trône avec elle :

Madame et trës-cherb Mère,

Que Dieu veille sur nous! le roi a cessé d'exister dans le milieu du jour Depuis la matinée du 8, son état n'avait fait qu'empirer. Hier il a reçu l'exlréme-onction, et l'a reçue dans des sentiments de piété admirable. Il avait conservé toute sa connaissance et sa présence d'esprit pendant toute sa maladie avec un courage inouï. Mon Dieu! qu'allons-nous devenir? M. le Dauphin et moi nous sommes épouvantés de régner si jeunes. 0 ma bonne mère, ne ménagez pas vos conseils à vos malheureux enfants M

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