Becueil d'IIunoUtein, p
Comment ne pas s'associer à ces craintes involontaires, à ces funestes pressentiments, quand on lit dans les Mémoires de Weher :
Quand Louis XV fut attaqué de cette maladie qui devait remporter, la Dauphine partagea les seuls sentiments qui, dans cette crise terrible, agitaient le cœur de son époux, la douleur de perdre un père, qui, au milieu de ses plus grandes faiblesses, était toujours resté bon pour sa famille, et cette vertueuse terreur d'avoir à porter, dans un Age si jeune, un fardeau si pesant.
Des témoins oculaires m'ont retracé souvent le tableau qu'offrit Versailles le jour où le roi, touchant au terme de sa vie, avait rempli ses derniers devoirs de chrétien.
C'était le soir. La famille royale et toute la cour étaient prosternées dans cette superbti et imposante chapelle du château. Le sacrement des autels était exposé. On chantait les prières de quarante heures et l'on demandait encore à Dieu la guérison du monarque expirant. Tout à coup, des nuages sombres voilèrent le ciel; la nuit sembla envelopper de ses ténèbres toute la chapelle; un premier coup de tonnerre se fit entendre. Bientôt le sifflement des orages, les torrents de pluie qui batl<iient contre les fenêtres, les éclairs qui, de minute en minute, faisaient pâlir les flambeaux allumés sur l'autel et lançaient un jour terrible dans une obscurité lugubre; tantôt le roulement sourd, tantôt les éclats menaçants de la foudre qui semblaient déchirer le voile du temple; les chants de l'église qui continuaient à travers la tempête; l'impression de la terreur dans toutes les voix, comme sur tous les visages; le ciel tonnant quand on invoquait un Dieu miséricordieux; cette guerre de tous les éléments qu'il était impossible de ne pas associer, par la pensée, avec la destruction du plus puissant entre tous les hommes; la vue du jeune héritier, de sa jeune compagne, tous deux saisis, tous deux fondant en larmes, entre l'autel qu'ils imploraient en vain, le tombeau où ils voyaient descendre leur père, le trône où ils frémissaient de monter; enfin la sortie de la chapelle, quand le service fut terminé, le recueillement, le silence profond, au milieu duquel on n'entendait pas un son de voix, mais seulement des pas précipités, chacun s' empressant d'aller dans son intérieur respirer du poids dont il se sentait oppressé; cette scène que je crois avoir vue, tant elle m'a été vivement représentée sur le lieu,* fut encore rangée entre les auspices menaçants sous lesquels allait s'ouvrir ce nouveau règne.
C'est Tâme épouvantée de ce Dies irœ^ planant sur le dernier jour de sa liberté et de son insouciance, c'est l'oreille encore pleine de ces vents et de ces tonnerres que Marie-Antoinette écrivait à son frère Joseph, le 8 mai 1771 :
MARIE-ASTOISETTE
Je compte beaucoup sur votre tendresse, mon cher frère, dans la grave circoastance où je mo trouve. Je ferai toujtmn mon devoir, maii fai besoin de le bien connaître. Le roi est trop occupé du sien pour entrer dans les détails, et je prévois qu'il 'sera conduit à me laisser à moi-niéine. — Si notre bonne mère veut bien me donner des conseils, et si vous y joignez les vôtres, ce secours de voire expérience me servira de guide. Je vous le demande h mains jointes; je n'aspire qu'à être digne de ma famille et du pays qui m'a adoptée avec tant d'indulgence. Je viens de patter quatre années bien heureuset. Mais un avenir nouveau s'ouvre tout rempli d'écueils. Priez pour moi et aidez-moi.