Recueil d'Hunolstein, lettre du 27 Juin
amis; ceux-ci, il est vrai, dans de meilleures intentions que ceux-là. Le jour même de son mariage, les prétentions des princes lorrains, qu'elle soutint malgré elle, à la demande de sa mère, contre la rivalité des ducs et pairs, fit d'une querelle de préséance et d'un conflit d'étiquette une aflaire qui souleva les premières colères et déposa un premier levain d'amertume dans l'âme irritable de gentilshommes déjà mécontents. Plus tard, le malencontreux voyage de son frère Maximilien ajoutera le ridicule à l'odieux qu'on cherche à jeter sur la famille de Marie-Thérèse. A ce prince maladroit, dans un pays où il n'est permis à personne d'être sot impunément, et qui répond à l'hommage ftiit par M. de Buflbn d'un de ses omTages par un gracieux refus accompagné d'un : « Je ne veux pas vous en priver » des plus inattendus, succédera ce spirituel mais égoïste et fantasque Joseph II, qui affecte de mépriser. Tétiquette tout en blâmant sa sœur d'y avoir renoncé ; qui loge à Thôtel comme un philosophe et déclare, quand on essaye de le prendre au mot, « que son métier, à lui, est d'être royaliste » ; enfin qui, apportant en France l'image et comme le type de ce souverain selon le patron de V Encyclopédie qu'attendent comme un 3Iessie les d'Alembert et les Helvétius. nuit jvir sa popularité à celle de Louis XVI et de Marie-Antoinette, et quand il ne les critique i>as tout haut, les critique par son silence.
Et ce même homme, à rêtrangor, ne manquait pas une occasion de se plainda^ amêromont à tout >isiteur, à M. de Ségur, |>ar exemple, do rindifforence do la sœur qui allait lui écrire, le 5(i novembre 1775 :
,., Jo w* É*i< tk*s \iru\ iii arxienU pour por»nno qw* pour vous; mais vous com- |Mvndroi que jo no :î<ns jva:> hl^* aujourxi'hui sur los aflUire* qui coDcerncnt la Ftanco.,. VmisombUWoiuonl jo ik^rais^ fv^l îvjiI vonuo à m'en mêler, sortout sur une cbiVi^ qui n*i^ (x>int aiVO|4ôo au Oousoil. On } viNnit iai^esse oa ambitioo* Enfin, mon
cher frère, je suis maintenant Française avant d'être Autrichienne, c'est le moyen de conserver l'estime et l'amitié du roi...
C'est cependant cette princesse héroïquement attachée à ses devoirs les plus pénibles, qui constatait tristement « qu'on a beau être Dauphine de France, on n'en est pas moins, quoi qu'on fasse, une étrangère » , dans une lettre oii elle rend compte de cette déception et de ce sacrifice : le départ du duc de Choiseul. L'ancien ministre était coupable d'avoir autrefois déplu au Dauphin, père de Louis XVI ; coupable surtout d'être un homme incapable d'admirer et encore moins d'exécuter les plans de gouvernement rétrograde imposés sous la forme testamentaire à l'obéissance pieuse de son fils par ce prince, dont les papiers témoignaient si étrangement du regret de n'avoir pu régner pendant sa vie et du désir de régner après sa mort.
Dans cette entrevue sur laquelle reposaient tant d'espérances, et où la reine avait accueilli le duc de son plus gracieux sourire en lui disant : « Monsieur de Choiseul, je suis charmée de vous voir ici, je serais fort aise d'y avoir contribué. Vous avez fait mon bonheur, il est bien juste que vous en soyez témoin, » le roi, pris à l'improviste, mais trouvant des ressources dans cet embarras même, avait détourné la conversation vers des sujets dont la vulgarité ne manquait pas d'ironie : « Monsieur de Choiseul, vous avez bien engraissé... Vous avez perdu vos cheveux : vous devenez chauve '. »
M. de Choiseul, habitué à la fortune des cours, n'avait pas été déconcerté par un échec si prévu qu'il avait d'avance, à son passage à Blois, commandé les chevaux de poste qui devaient le ramener à Chanteloup ; mais la reine sentit vivement un coup qui, dans le ministre auquel elle devait tout, atteignait sa royale pupille elle-même.
Cette tentative, renouvelée à Reims en 1775, au moment si favo-
1. Chronique secrète, par Tabbé Beaudeau. Revue rétrospective.
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