‹ Marie-Antoinette et sa familleChapitre 27 sur 142 · Recueil d'Arneth, pp · texte numérisé non relu

Recueil d'Arneth, pp

lière, sont remplacés eux-mêmes par M. de Sartine ou par M. de Clugny et M. Amelot; où M. de Muy disparaît devant M. de Saint- Germain, qui s'évanouit à son tour devant M. de Montbarrey ; où M. Taboureau des Réaux amènera Necker; où enfin demeure seul inamovible jusqu'à sa mort M. de Maurepas, ce premier ministre charmant et fatal qui assiste si gaiement à la décadence de la monarchie.

Les scrupules, les préjugés, les soupçons qui avaient longtemps exigé du roi cet éloignement de la reine étaient si puissants et si unis qu'ils triomphèrent, en juin 1775, du désir tout naturel quïl eût éprouvé de voir celle qu'il avait choisie pour épouse partager solennellement avec lui les honneurs du sacre et du couronnement. Marie- Antoinette ne devait recevoir que du danger sa part de royauté. Louis XVI se laissa égoïstement couronner seul à Reims et Marie- Antoinette ne fut, pour ainsi dire, que la principale spectatrice de la cérémonie. Elle dévora, avec une courageuse résignation, l'affront secret de cette exclusion, adoucie par des promesses qui ne furent jamais tenues. Sa lettre du 22 juin 1775 à sa mère ne porte pas la moindre trace de reproche ou de regret. Elle ne trouve qu'à louer le roi et la nation au moment même où elle leur doit la plus pénible des déceptions :

Le sacre a été parfait de toute manière ; il parait que tout le monde a été fort content du roi ; il doit bien l'être de tous ses sujets. Grands et petits, tous lui ont montré le plus grand intérêt; les cérémonies de l'église étaient interrompues au moment du couronnement par les acclamations les plus touchantes. Je n'ai pu y tenir, mes larmes ont coulé malgré moi, et on m'en a su gré. J'ai fait de mon mieux, pendant tout le temps du voyage, pour répondre aux empressements du peuple, et quoiqu'il y ait eu beaucoup de chaleur et de foule, je ne regrette pas ma fatigue, qui, d'ailleurs," n'a pas dérangé ma santé... C'est une chose prodigieuse dans le caractère français de se laisser emporter aux mauvaises suggestions et de revenir tout de suite au bien. Il est bien sûr qu'en voyant des gens qui, dans le malheur, nous traitent

Page 1