RecwU d'Arneth, p
2. Hecueil (T/lunolstein, p. 2G0, lettre à Maric-Cliristine, septembre 1701.
3. Hecueil d'JIunolstein, p. 72. — Vuir aussi Mémoires de madatnê Campan, édit. Barrière* p. 166.
récit va grouper ses personnages autour de ce gracieux château de Trianon, don heureux du roi, dont la chronique vaut bien l'histoire de Versailles. C'est là que Marie-Antoinette, en robe de percale blanche et en chapeau de paille, se promènera souriante avec ses dames, dont le nom d'amies récompensera la fidélité. C'est là qu'elle trompera, par une adoption touchante, les impatiences de son cœur et les besoins de sa tendresse. C'est là qu'elle dirigera, avec la sémillante princesse de Lamballe et la douce M°^® de Polignac, ce petit gouvernement de la bonté, de la charité, du pardon, du bienfait, inauguré par un de ces mots heureux qui méritent si bien leur bonheur, et qu'on applaudit les larmes aux yeux.
Le voici, tel que le raconte Weber, et tel que le confinne le témoignage du propre neveu de M. de Pontécoulant.
Le marquis de Pontécoulant, major des gardes du corps, avait eu, du vivant de Louis XV, le malheur de déplaire à la Dauphine. Quoique le grief ne fût pas bien grave en lui-même, la jeune princesse l'avait ressenti avec toute la vivacité de son âge, et avait été jusqu'à dire qu'elle ne l'oublierait jamais. Le marquis de Pontécoulant, qui n'avait pas oublié non plus cette parole, ne vit pas plutôt Marie- Antoinette sur le trône, qu'il se crut menacé d'un désagrément, et résolut de le prévenir ; il alla remettre sa démission entre les mains du prince de Beauvau, capitaine des gardes, lui expliquant avec franchise le motif de sa douloureuse démarche ; ajoutant qu'il serait au désespoir de quitter le service du roi, et qu'il se trouverait trop heureux si Sa Majesté voulait l'employer autrement. Le capitaine des gardes, qui voyait la douleur et connaissait le mérite du major, se charge de la démission, mais avant de la présenter au roi, va chez la reine, lui expose l'amertume dans laquelle est plongé M. de Pontécoulant, l'utilité, l'ancienneté de ses services, et demande les ordres de la reine sur l'usage à faire de cette démission.
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r V^flKWW «ir ir^^rr. Mie. Baurn«f« Ihi^:, p. â9L --^(Mmirf kisiahqmês H porkm^fttitvys Jm c^fmUê de PomtécomlamL Piri». Mîdi«l Lerj, I;i6l. U I, p. 47.
1. iUK-mfii FeuillH dt Comciêi, t. I. p. 3». lenre «a duc de U VriUièrv, 3 Juin 1774. 3. /6é«l., t. I« p. 60, lettre da U jaaiwr 1TT5l
qui lui doivent leur autel redoré et leur laurier reverdi. Il s'agit de la famille de l'héroïque d'Assas et de celle du grand Corneille. C'est à l'initiative de Marie- Antoinette, ainsi qu'il résulte d'une lettre du propre frère du brave chevalier, que fut dû le premier hommage royal à un homme qui avait bien mérité de la patrie * (septembre 1777). Et c'est aussi à la reine que s'adresse la Comédie- Française, implorant ses bienfaits en faveur d'un petit-neveu de l'auteur du Cid *.
Voilà ce que faisait la reine de Trianon. La reine de Trianon, par la grâce, l'à-propos, la bonté, la charité, le goût des arts, l'amour des fleurs, l'enthousiasme des poètes, l'admiration universelle, était donc bien vraiment, en dépit de M. de Maurepas,lareinede France. Une seule chose manquait à sa gloire et à son bonheur. Un seul fleuron de moins déparait sa couronne. Et, à certain regret opiniâtre et cuisant, le deuil de sa pensée se reflétait sur son visage. Oui, ce fut là la véritable, la grande, l'unique douleur de Marie-Antoinette jeune; la seule qui mît des larmes fréquentes, amères et secrètes aux yeux de celle à qui tout souriait; la seule enfin qui semblât, en plein printemps, conrnie un froid présage des flétrissures de l'automne. Marie- Antoinette n'avait pas d'enfant. Son cœur ne connaissait point dans toute son intégrité cet orgueil de la reine, ce bonheur de l'épouse, ces plaisirs et ces devoirs nouveaux, auxquels elle aspirait de toute la force de sa tendresse inutile. « Je suis mère! » c'est là le cri triomphant qui lui vient tous les ans de Naples, qu'elle entendra prononcer deux fois par sa féconde belle-sœur, l'heureuse Savoyarde, et qui deux fois lui percera le cœur. Écoutez cette lettre de Versailles, le 12 août 1775. Qu'elle est triste et touchante dans ce qu'elle avoue, plus triste et plus touchante dans ce qu'elle ne dit pas !
i. Recueil Feuillet de Conches, t. J, p. 105. 8. tbid., p. il2 (février 1778).
lie MARIE-ANTOINETTE
Jfadaine ma très^chère mm. la comtesee d'Artois est accouchée le 6 a trois heures trois qurt5. (e plus beureosemect possible. J'ai été pendant tout le temps dans sa dambre: il est iniitile de dire à ma chère maman combien j'ai souffert de voir uo hêntâer «qui a'est pas de moi: je suis pourtant venue à bout de ne manquer à aucune aoeoiioa poor la awre et pour rea£ADt* .-
Et ce fut là vraiment on effort héroïque : car celle que la reine éj^rgnait ainsi ne ménageait pas, elle, les susceptibilités et les regrets de la reine assise à son chevet. Au moment où on annonça la double victoire : un enfani! un pnnre / la comtesse d'Artois se frappa le front avec \iv'acité en s'écriant : a Mon Dieu, que je mis heureuse! » Combien b reine dut ressentir le contre-coup de celle joie si naïvement égoïste, si innoceaunent insolente! Cependant sa contenance fut parfaite. Elle doima toutes les marques de tendresse possibles à la jeime accouchée, et ue vouhit la quitter que lorsqu'elle fut hors de toute espèce de danger. Ensuite. j>dle. mais le front calme, elle traversa lentement, nobkment. sous les mille regards d'ime foule immense, les escaliers et la salle des gardes. Au bout l'attendait la plus pénible épreuve. Los jxMssiinlos, qui s'étaient anvgé le droit de parler aux souverains dans leur gn>ssior et énergique langage, la suiNirent, et l'apostrophant rudement . elles la gourmandèrent de sa lenteur à remplir son devoir et le vœu de la nation, lui criant que c'était à elle à donner la première des héritiers au trône. La reine précipita ses pas sous cette pluie de reproches popuIain?s, et arrivée dans son cabinet, seule enfin, elle tomba sur im sofa, et, enfermée avec M"' Campan, elle pleura de cette douleur terrible qui ne veut pas être consolée*.
Cependant elle était belle, elle était la grâce même, plus belle encore que la beauté. Elle avait vingt ans. Sur le trône, et à cet âge, il n'est pas de douleur sans espérance. Marie-Antoinette espérait