‹ Marie-Antoinette et sa familleChapitre 31 sur 142 · I. Mémoires de Weber, cdit. Barrière (Didot), p · texte numérisé non relu

I. Mémoires de Weber, cdit. Barrière (Didot), p

ET SA FAxMILLE. 423

Enfin naquit cette princesse appelée par tant de vœux, saluée de tant d'acclamations, et destinée à épuiser jusqu'à la lie la coupe des infortunes royales. Peu s'en fallut que, comme marque de ce destin tragique, elle ne coûtât, en entrant dans la vie, la vie à sa mère. L'étiquette, à la naissance des enfants royaux, avait ses indiscrétions et ses brutalités, qu'augmentait encore le concours populaire. Car c'est, pour ainsi dire, en public que le Dauphin ou la Dauphine venaient au monde. L'obéissance ne voulait pas douter. C'est la chaleur et l'émotion inséparables d'une telle épreuve qui faillirent mettre en deuil, en plein triomphe paternel, le roi, qui prit les plus fermes et les plus heureuses mesures pour que ces scandaleux dangers ne pussent se renouveler. Qu'on se figure, en effet, cette scène, que le récit animé de M"* Campan, auquel nous renvoyons, nous a transmise, dans tout son frémissement de vie, d'attente, d'inquiétude et de joie :

La reioe revint des portes de la mort...

Le bonheur qui succéda à ce moment d'alarmes fut aussi excessif que sincère. On s'embrassait, on pleurait de joie. Le comte d'Esterhazy et le prince de Poix, à qui j'annonçai la première que la reine venait de parler et qu'elle était rappelée à la vie, m'inondèrent de leurs larmes!... En me rappelant ces épanchements de bonheur, ces transports d'allégresse, au moment où le ciel nous rendit cette princesse chérie de tous ceux qui lui étaient attachés, combien de fois j'ai pensé à cette impénétrable et salutaire obscurité qui nous dérobe la connaissance do l'avenir > I

Enfin la reine respirait, parlait, était sauvée. La reconnaissance de cet heureux retour à la vie fit presque oublier la déception de ne pas posséder un héritier du trône. Le roi, tout entier aux soins d'un dévouement pour la première fois passionné, ne songea qu'à la reine. C'est elle, peut-être, qui sentit le plus vivement l'amertume cachée au fond de cette faveur incomplète de la destinée. Quand on lui présenta

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