Mémoires de W'eber, p
huèrent, avec beaucoup d'intelligence et d'ordre, leur cortège processionnel, et donnèrent le spectacle d'un défilé des plus originaux.
Des ramoneurs endimanchés portaient une cheminée décorée richement, au haut de laquelle était juché un des plus petits de leur compagnie. Les porteurs de chaise entouraient une chaise dorée, au milieu de laquelle se prélassait une fraîche -nourrice, tenant sur ses genoux un petit Dauphin à figure d'Amour. Les bouchers, la hache et la massue sur l'épaule, conduisaient un superbe bœuf gras. Les pâtissiers, les maçons, maniaient en marchant la pâte et le mortier. Les serruriers frappaient sur une enclume. Les cordonniers achevaient une mignonne paire de bottes pour le Dauphin; les tailleurs donnaient le dernier coup à un uniforme à sa taille, aux couleurs de son régiment.
Le roi et toute la cour assistaient en souriant à ce curieux spectacle de l'industrie en action, et y eussent goûté un plaisir sans mélange, sans une adjonction au programme des plus indiscrètes et des plus impré\Ties, et qui donne la mesure de l'espèce d'ivresse qui avait gagné tout le monde. C'est à la faveur de cette distraction de la police et des spectateurs qu'un corps de métier, qui n'avait pas été convoqué et qu'on n'attendait guère, vint exhiber ses attributs funèbres. Peut-être semblait-il aux fossoyeurs, car c'est d'eux qu'il s'agit, que la joie, quand elle est ainsi universelle, a le privilège de tout embellir et de dérider jusqu'aux plus tristes symboles. Quoi qu'il en soit, ce n'est pas sans surprise qu'on vit figurer dans le cortège les fâcheux députés de ces laboureurs de la tombe, de ces ouvriers sinistres de la dernière heure, précédés des signes représentatifs de leur profession. Cette pénible et comme ironique visite, cette députation de la mort dont les droits, ainsi insolemment affichés, ne devaient pas assez tarder à recevoir une douloureuse consécration, fut arrêtée dès les premiers pas, sur les plaintes de madame Sophie, qui, justement
i.'yj^t*^. '21 i-y^ii.-"' Jr? . 1 •'i L=- iiT^ DiflarîihTî «:es
fii^- - -:r :ir i ~: n r:^^^- z:~-r~-^~:î::*r. ^ im it^iî nie r«?îiiire
:> Tï^-*'
' jzz ir -^ :-: r -^ 1*- : if'^iîr '=ç»?-:Tai:ie:i. dont
-. 'u" -z-.-r^r.-. - ::: .^i ir i*r=r îime^ ie a Halle à niz— n-r.:--! - ^-i^- . ■- - -r-zn'-n:^ Tniin« nrei. Elle< ^ *-r^r.' : : .r-j ■- :- .:: ru..::'-. -^Tir- :*- r c*^^ le =*:ie noire, e jmi: : i^^: : :■- -'^ -^r. lu ^-rr^»-. :i~r=-:Tie "ijure:? ivoiect des
lli'LI'^n: 2a.:' -.— •: -" — t •■:.
cc'irieî:*--. -:*"
Bsiii' m r'-ïira^ -u" ^r-i-Le. f'-»^ »-m T'^ijseir^ j.iir .es ^^nx, tti^k sans nii*"iii i!r.i:iL-"~t> : f-r. - — i i - .n- . ..f î^ith -jr 12e belle \oa. Li •-!::■! -TL' ' j-:*'^ •.- -■- ■■ c .' .r^: '.■' >•;■ OL' ii i:^:::iirf avec sa
■--:-, .'aj- -fLe % :u!ait «listin-
: :.• -:Lr iu"; iu^^sl prt.'^\iMrles
: :r: i' :r r-i ressemble à un
::ij-i.-::.: * /.ur? \.:.-r in.pr'e^sion d«rsain\-able,
L-: r:-: nt d.i.r.'rr ur. rrir.d r»"{âs à toutes ces femmes. Un des :ra!"rvs i"h'îel d-? Sa >l:-;est'-. Vi «haf eau >ur la tète, par le pri\ilège ^^ j^'< f::>:t::r.s, repKsei.tait le roi, et assis au milieu de la table, en àLÎsai; les horreurs à ses incitées. Le public fut admis à cette solennité et la foule y fut i^raiide.
Les {K^issardes, dont le triple discours au roi, à la reine, au Daurhin. brille par la concision, la netteté et par des promesses et des
souhaits qu'elles ne devaient guère réaliser, ne se contentèrent pas de celte manifestation oratoire. Elles firent ou firent faire des chansons dont quelques-unes assez originales. Le roi et la reine furent très-satisfaits du couplet suivant, et le chantèrent plusieurs fois euxmêmes :
Ne craignez point, cher papa,
D'voir augmenter vot'famille.
Le bon Dieu z'y pourvoira.
Ayez-en tantqu'Vcrsiiilles en fourmille :
y eut-il cent Bourbons cheu nous,
y a du pain, du laurier pour tous.
La reine ne dédaigna pas de rappeler ce couplet à la princesse de Lamballe, qui accourait toutes les fois qu'elle se croyait utile, et s'éloignait, effarouchée par le bruit de la cour, sitôt qu'elle ne croyait plus nécessaires les témoignages d'un dévouement aussi discret que sincère. Il suffu*ait, pour répondre aux assertions de ceux qui ont vu dans cette discrétion une sorte de reproche à l'adresse d'une inconstante amie, et aux yeux desquels ces fréquentes villégiatui'es de la princesse de Lamballe sont autant de protestations contre une injuste disgrâce ; il suffirait, disons-nous, de citer quelques passages de la correspondance de 1781, entre la reine et la princesse de Lamballe, correspondance toujours active et tendre comme l'amitié qui cessa quelquefois de se montrer, mais qui ne cessa de les unir.
Cette fidélité de Marie- Antoinette à une amitié si fidèle, cette justice toujours rendue par elle à des qualités qui auront un jour leur heure héroïque, sont trop à son éloge pour que nous en négligions les traces, surtout en ces années où la faveur de 31°"® de Polignac, arrivée à son apogée, trouve sa consécration dans la charge de gouvernante des enfants de France.
Cette charge, M°*® de Guéménée la laissa vacante en 1782, quand
la banqueroute trop fameuse du prince son époux la contraignit à la retraite. Marie-Antoinette songea aussitôt à confier à sa meilleure amie le soin de ce qui lui était le plus cher au monde. Et il faut dire, à l'honneur de M""® de Polignac, que l'initiative de cette marque de confiance, la plus grande qu'une souveraine puisse donner, appartient exclusivement à Marie-Antoinette. M""® de Polignac n'aspirait pas aux honneurs. Sa royale amie y aspira pour elle, par une générosité qui peint son cœur sans calomnier sa prévoyance. Pouvait-elle prévoir, en eflet, les conséquences fâcheuses qu'aurait cette faveur d'une femme modeste, inoflcnsive et désintéressée, à ce point qu'elle hésita plusieurs jours à accepter un honneur si enviable et si lucratif, et qu'elle ne surmonta que par dévouement sa répugnance à devenir la première personne de la cour? Ce goût de la médiocrité et de l'intimité n'était point afleclé. Les témoignages sur ce point sont nombreux et concordants ^ M"° de Polignac, par caractère, eût volontiers boi'né son ambition à n'être que l'amie de la reine. Mais elle ne put s'obstiner dans son refus d'une place qu'on la priait d'accepter au nom mémo de Tamitié. ]\Iarie-Antoinette avait la noble ambition de surveiller de près Téducation de ses enfants. Elle avait besoin, pour que ces projets ne fussent pas contrariés, de trouver dans la gouvernante une femme véritablement dévouée, qui partageât toutes ses idées, et qui fût disposée à la laisser jouir sans jalousie de tous ses droits de mère. Personne ne réahsait mieux cet idéal, ne répondait mieux à toutes les exigences d'une situation exceptionnelle. Aussi la reine mit-elle à faire triompher ce plan de son amitié toute l'énergie de sa soUicitude de mère. Et on peut dire que dans cet échange de bienfaits et de services, c'est pour elle que fut l'avantage, et pour ]yjmo j^> Polignac que fut le sacrifice. Ni l'une ni l'autre ne pouvaient