‹ Marie-Antoinette et sa familleChapitre 47 sur 142 · Sénac de Meilhan, p. iOI · texte numérisé non relu

Sénac de Meilhan, p. iOI

songer qu'une reine désarmée est à moitié frappée. 11 faut la plaindre de cette noble erreur, de cette généreuse illusion, de cette confiance ingénue qui aurait dû la rendre inviolable, et qui la rendit tuable.

On ne peut, sans attendrissement, se reporter aux motifs si louables de cette familiarité qui devait engendrer l'amour et qui encouragea l'insolence. M™® Campan, confidente de la reine, nous les a révélés, et M. de Vaublanc, qui fut témoin de la surprise reconnaissante et du sincère applaudissement de tout un peuple, gagné au charme de ces promenades, sans barrière et sans gardes, de ces bals champêtres et bourgeois, honorés de la présence d'une reine, souriante et gracieuse, nous dévoilera d'un mot la perfidie de cette cour hostile, de cette noblesse dégénérée, qui osèrent profiter, pour affernur leurs coups, de la noble témérité de la première souveraine qui ait montré de près son cœur à ses sujets. C'est d'en haut et non d'en bas, chose étrange et fatale ! que sont parties ces injustes critiques qui ont montré le chemin aux poignards de la Révolution. M°® Campan dit à. ce propos :

Toutes les fiiutes do Mario-Antoi nette sont du genre do celles quo jo viens de détailler, c esl-à-diie son éloignenient pour rétiquette et le vain apjiareil des royautés despotiques. La volonté de substituer successivement la simplicité des usages de Vienne à ceux de Versailles lui fut plus nuisible ([u*elle n'aurait pu Timaginer.

La reine parlait à labbé de Vermond des iin{>ortunités sans cesse renaissantes dont elle avait à se dégager, et je remarquais qu'après l'avoir écouté, elle se jetait avec complaisance dans des idées philosophiques de la simplicité sous le diadème, de la confiance paternelle dans des sujets dévoués. Ce doux roman de la royauté, qu'il n'est pas donné à tous les souverains de réaliser, flattait singulièrement le cœur tendreet la jeune imagination de Marie-Antoinette ».

Il n'est pas étonnant que la reine, élevée dans une coui* où la simplicité s'alliait à la majesté, placée ensuite entre une dame d'hon-

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