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l'insinuant et officieux ministre que ce bienfait en entier devait être distribué au nom du roi, et qu'elle se priverait cette année des moindres jouissances pour ajouter au soulagement des malheureux ce que ses épargnes lui permettraient de leur offrir.
Et elle disait le soir à M'"* Campan : « Cet homme achèvera de perdre les finances de l'État. On dit qu'il est placé par moi ; on a fait croire au peuple que je suis prodigue. Je n'ai pas voulu qu'une somme du trésor royal, même pour l'usage le plus respectable, ait jamais été entre mes mains. »
La reine, faisant chaque mois des économies sur les fonds de sa cassette, et n'ayant pas dépensé les dons d'usage à l'époque de ses couches, possédait, par le finit de ses persévérantes épargnes, cinq à six cent mille francs. Elle en employa une partie en bonnes œuvres que ses premières femmes, par son ordre, répandaient elles-mêmes partout où l'honnêteté et la misère avaient attiré la sollicitude de leui' auguste maîtresse, et dont M. Le Noir, les curés de Paris, de Versailles et les sœurs hospitalières furent aussi les intermédiaires.
C'est sans doute en un de ces moments de noble pénurie causée par la prodigalité de sa charité, qu'elle fit quêter par le prince de Ligne, qui le raconte, parmi ses valets de pied et dans son antichambre, vingt-cinq louis qu'elle voulait donner h une malheureuse femme qui en avait besoin.
Elle ne se contentait pas de donner l'exemple, elle voulait qu'autour d'elle il fût imité, et inspirait à ses enfants la même émulation de charité. Désirant apprendre au cœur inexpérimenté de Madame, sa fille, non-seulement le désir, mais l'art de donner, elle l'occupait sans cesse des souffrances du pauvre et l'aiguillonnait de ce généreux souci qu'elle sentait si bien. La princesse avait déjà une bourse d'aumônes, contenant de huit à dix mille francs, qu'elle distribua elle-même sous les yeux de sa mère. Celle-ci voulut l'initier non-seulement aux plai-
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sirs (lu dévouement, mais aux mérites du sacrifice. Pour donner à ce sujet à ses enfants une leçon directe et frappante, elle ordonna à M"^ Campan de faire apporter de Paris, comme les autres années, la veille du premier janvier, tous les joujoux à la mode, et de les faire étaler dans son cabinet. Prenant alors ses enfants par la main, die leur donna le spectacle de toutes ces poupées parlantes, de tous ces chevaux harnachés, de toutes ces ingénieuses mécaniques, de tons ces délicats bonbons. Puis elle leur dit qu'elle avait eu le projet de kur . donner ces jolies étrennes, mais que le froid rendait les pauvres si malheureux, ((ue tout son argent avait été épuisé en couvertures, en hardes, pour les garantir de la rigueur de la saison, et même en pain dont beaucoup manquaient ; que, cette année, il fallait donc renoncer à la possession et se contenter de la vue. Puis elle les arracha, énms et résignés, à cette épreuve dignement supportée. Mais conune dk songeait à tout, elle réfléchit que plus d'une mère de famille feiait le même calcul ({u'ello, et que le marchand de joujoux pourrait souflBrir à son tour d'une abstention gi^néralo et impréiiie. Elle lui fit donc remettre ciiif|iiaiit»* ljui< pour le (l«'(lMnîmager d'un voyage inutile '•
Son actixe bi(.'iifai<aiic«.' frai.cliissait les bornes de rEuropepoor arracher des \ictimos à linfurtune. L'humanité tout entière lui semblait sujette (le sa g«''nérosité, sinon de son autorité. Ainsi trois cent dix-sept canlifs UAIl^'T durent, en I78ô. leur liberté à un bienfait conmiun des dru\ sa»urs ruines de France et de Naples.
Elle ne se bornait i>as à ces exiinjïies, et ses enfants apprenaient aussi d'elle la p'ii» iM.-jt.', nïénie avtc les ennemis, et le patriotisme même quand la frium', (|iii en faisait un devoir, ne semblait ni politique, ni iuv\n\;nitr, ni t:i''iM'!vusf\
Ainsi, l»»r.-(iiie a\ec douleur, mais avec inflexibilité, Washington,