‹ Marie-Antoinette et sa familleChapitre 53 sur 142 · Mémoires de madtfne Campan, p. V^S · texte numérisé non relu

Mémoires de madtfne Campan, p. V^S

immolant sa générosité à la loi des représailles, eut ratifié la sentence qui condamnait le jeune officier anglais Asgyll à expier et à venger par son trépas l'exécution d'un officier américain prisonnier, que le droit de la guerre eût dû rendre inviolable, c'est la reine de France qui sollicita et obtint de notre alliée, au nom de nos services, une grâce que lui rendaient chère les larmes d'une mère dont elle avait été le dernier recours * .

Le jour où on lui présenta le bailli de Suffren, au retour de sa glorieuse campagne dans les mers de l'Inde, elle fit appeler ses enfants : « Mes enfants, et vous surtout, Monsieur, dit-elle en s'adressant particulièrement au Dauphin, voilà M. de Suffren. Nous lui avons tous les plus grandes obligations. Regardez-le bien, et retenez son nom. C'est un des premiers que mes enfants doivent apprendre à prononcer et pour ne l'oublier jamais'. »

Bonne pour tout le monde, Marie-Antoinette l'était surtout pour ses serviteurs, dont elle était adorée, et qui se souvenaient avec attendrissement et reconnaissance, tantôt du jour où ils l'avaient vue étanchant elle-même le sang qui coulait de la blessure qu'un pauvre vieillard attaché à sa garde-robe venait de se faire en tombant, tantôt se reprochant de les avoir grondés, et réparant un mouvement d'impatience par un redoublement d'éloges sur leur zèle'.

Eh bien, toutes ces qualités, prêtes à devenir des vertus, tous ces traits si nombreux qu'ils rempliraient ce livre k eux seuls, de bonté, (le dévouement, de protection maternelle, de raison, de pitié délicate, (le généreux pardon*, tout cela fut inutile devant le féroce aveuglement d'un peuple que la cormption de la civilisation ramenait peu à

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