‹ Marie-Antoinette et sa familleChapitre 54 sur 142 · Voir Maiame Campan, p. 101, 10^ — W.ib^r, p. 4a à · texte numérisé non relu

Voir Maiame Campan, p. 101, 10^ — W.ib^r, p. 4a à

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peu à la barbarie, et qui en venait à critiquer ce qu*il aurait dû louer, à maudire ce qu'il aurait dû bénir, à voir des fautes dans les meilleures actions et des griefs dans les plus grands sacrifices. C'est au moment où Marie- Antoinette renonce par économie à Trianon comme elle avait renoncé à Versailles, et se rapproche par l'achat de Saint- Cloud, inoifensif pour nos finances, comme Sénac de Meilhan l'a prouvé*, de ce Paris où elle veut ramener la royauté, c'est au moment, enfin, où, reconnaissant les inconvénients pour une reine d'une liaison privée et d'une affection privilégiée, elle sacrifie son cœur à la patrie, et immole à son amour pour la France son amitié pour M"^ de Polignac*, c'est à ce moment que pleuvent les couplets moqueurs, que circulent les insolents pamphlets, et que la légèreté de la cour souffle à l'ingratitude du peuple les dangereuses ironies et les perfides allusions du Mariage de Figaro. C'est quand la reine mérita complétenoent la louange qu'elle commença d'être décriée, et quand elle eut achevé de gagner le bonheur qu'elle devint la plus malheureuse des fenunes, avant d'être la plus malheureuse des reines. C'est aussi au milieu de la prospérité de la France que Marie-Antoinette préluda par le deuil du cœur k tant d'autres deuils, au milieu de la gloire du règne qu'elle fut couverte d'infamie; enfin au milieu des espérances nationales qu'elle connut le désespoir. Ce contraste plein d'amertume n'a pas échappe à 31"^ Campan.

La tnarino royale avait repris une attitude imposante pendant la guerre pour Tindépendance de rAmériquo; une paix glorieuse pour l'Angleterre avait réparé pour l'honneur français les anciens outrages de nos ennemis. Le trùne était environné de nombreux héritiers; les ûnances seules pouvaient donner de l'inquiétude, mais cette inquiétude no se fondait que sur la manière dont elles étaient administrées. Enfin b France avait le sentiment intime do ses forces et de ses richesses, lorsque deux évé-

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nements, qui ne semblent pas dignes de prendre place dans l'histoire, et qui cependant en ont une marquée dans celle de la Révolution française, vinrent jeter dans toutes les classes de la société l'esprit de sarcasme et de dédain non-seulement sur les rangs les plus élevés, mais sur les tôtes les plus augustes; je veux parler d'une comédie et d'une grande escroquerie.

L'épisode de la représentation scandaleuse du Mariage de Figaro et des audaces impunies de ce Beaumarchais qui inaugura, avant la révolution du sang, la révolution du rire, et rendit ridicule ce qui était inviolable, appartient exclusivement au domaine de Thistoire littéraire. Nous le négligerons donc sans grand regret, car il est difficile de concilier en certains sujets la réserve nécessaire avec la non moins nécessaire liberté. Le récit de Taffaire du Collier, au contraire, s'impose à riiistorien le plus discret par ses conséquences directes et sa fatale influence. Nous ne l'aborderons pas sans répéter, comme Weber lui-même, le début de la page inspirée où Burke nous a fourni la plus éloquente des introductions à l'histoire des jours funèbres'.

« Ah ! — dit Weber dans ses Mémoires y où si souvent derrière lui apparaît la figure oratoire de Lally, son collaborateur, — maintenant que je suis prêt à la considérer en proie aux injustices, aux calomnies, aux outrages, aux tortures, je me rappelle le spectacle qu'elle m'offi'it, rémotion dont je fus saisi la première fois que je la vis à Versailles déployer ce caractère de reine et recevoir les hommages de la France. Mon esprit ne peut suffire à rendre tout ce qu'un tel contraste fait éprouver à mon cœur; et je me sens entrahié à transcrire ici ce que la même comparaison inspirait, il y a douze ans, à un homme dont le génie semblait avoir créé une langue faite pour lui seul, mais dont l'âme ne sentit pas alors un mouvement que je ne retrouve dans la mienne.

1. Horace Walpole exprime les mêmes regrets que Burkc, après avoir éprouvé la môme admiration. Voir ses Lettres, traduites par le comte de Bâillon, in-S*', p. xlvi de 17n/rnduction.

lat MARIE-ANTOINETTE

li II y a mainlenanl, écrivait en 1790 l'immortel M. Bui ou di.\-huil ans que j'ai vu à Versailles la reine de France, alors Dauphiiie. Jamais apparition plus céleste ne brilla dans ccl orbite qu'elle semblait à peine toucher. Je la vis lorsqu'elle sortait de l'horizon, venant égayer et embellir la sphère sublime dans laquelle elle commençait à se mouvoir. Elle élincelait comme l'^Ioile du matin, toute pleine de vie, d'éclat et de bonheur. Oh! quelle révolution ! E( quel cœur serait donc le mien si je pouvais contempler sans Iroubif el cette élévation et cette chute ? »

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