I. Iterueil d'Hunolstein, p. 10S
Une autre lettre, d'un mardi de mars 1786, nous montre Marie- Antoinette obligée de lutter contre des préventions qui envahissaient jusqu'à sa famille, et de prouver à sa sœur que la conduite du cardinal, qui s'obstine dans son aveuglement au point de faire douter de sa bonne foi, a rendu tout acconmiodement impossible. Elle se termine par ces belles paroles :
Adieu, ma chère sœur, votre amitié est ma consolation ; je me souviens que votre sang, qui coule dans mes veines, est celui de Marie-Thérèse. Notre mère est toujours présente à mes yeux, et vous n'apprendrez rien de moi qui ne soit digne d'elle ^
Une maladie de son fils ajoutait alors les sollicitudes maternelles aux soucis croissants d'une affaire où l'opinion prenait le change et semble avoir été, par la plus menaçante des corruptions, plus favorable à l'innocence du prince de Rohan qu'à celle de la reine elle-même*.
Enfin, le jugement, si contraire à ses justes susceptibilités et à ses légitimes espérances, éclate, et, sous le coup de cette foudroyante déception, son cœur se brise. Elle ne sait d'abord que protester, que pleurer, que faire appel à l'amitié de sa sœur, de M"^ de Lamballe, de M"* de Polignac, à tout ce qui peut la défendre et la consoler. On a publié les lettres qui se rapportent à cette première explosion de douleur, de colère et de honte, bientôt éteinte dans d'irrésistibles larmes. C'est ce moment de terrible angoisse que nous a décrit M"* Campan, où la reine, indignée, repousse d'abord l'amer calice qu'elle boira ensuite si courageusement jusqu'à la lie, soutenue par le courage que donne seule la satisfaction de la conscience. Toutes les paroles et tous les actes que, ce premier moment passé, llestime du roi et sa propre estime suggérèrent à la reine soulagée par le dévouement d'un groupe d'amis fidèles, seront dignes de ceux que nous
i. Recueil tfBunolstein, p. 111.
S Ibid., p. 114, 115; lettre à Marie-Christine, du 10 avril 17SC.
tu MARIE-ANTOINETTE
avons rapportés et qui attestent si bien la générosité de Tinnocence. En même temps qu*à sa sœur S Marie-Antoinette écrivait à la duchesse de Polignac, qui recevait ce touchant billet :
Venez pleurer avec moi, venez consoler votre amie, ma chère Polignac. Le jugement qui vient d'être prononcé est une insulte affreuse. Je suis baignée dans mes larmes de douleur et de désespoir. Venez, mon cher cœur '.
M"* de Polignac et M"* de Lamballe répondirent à cet appel. Et dans leurs sourires mêlés de larmes, dans leurs consolantes caresses, Marie-Antoinette put trouver comme un avant-goût des réparations expiatoires de la postérité.
Un point resté obscur et qu'éclaircit définitivement la Corretpondance, c'est celui de savoir si l'éclat fàcheirx donné à la juste ven- {{oancc de la dignité royale oflensée fut l'œuvre de la passion de Mario-Antoinette, comme on l'a dit, ou de la raison de Louis XVI, poussé, par l'abus de l'impunité, à ce que quelques-uns déplorent comme un exci^s d'autorité. La première opinion avait trouvé de récho, p;iraîl-iL jusque dans la famille de Marie-Antoinette qui protesta toujours énergiquement contre ce blâme prêt à devenir un reproche.
11 ne nous reste plus, pour clore ce funeste et dramatique épisode, qui marque dans le drame l'avènement de la terreur et de la pitié, qu'à dire le sort fiiil aux coupables par la sévérité du roi, tempérée, comme toujours, par la clémence, et à la victime par l'opinion.
Le 2 juin 17 86, Louis XVI adressa au baron de Breteuil la lettre suivante :
Mon garde des sceaux vient de me rendre compte, monsieur, d'un jugement de mon Parlement dans TafTaire du Collier. Le nom de la reine se trouvant grièvement