‹ Marie-Antoinette et sa familleChapitre 68 sur 142 · RecueU Feuillet deConches, t. I, p. 1S8, I8r · texte numérisé non relu

RecueU Feuillet deConches, t. I, p. 1S8, I8r

2. Recueil d'Hunolstein, p. 127, i:8, lettre de Mario-Antoinette à Josopli 11. (l>i ^1 mars 1787.

rien de patriotique*. Le résultat misérable de tant d'efforts fut un changement de ministère. L'archevêque de Toulouse ne remplaça M. de Galonné que pour succéder à son impopularité, et la partager avec la reine qui, par l'influence qu'elle eut, dans les meilleures intentions, sur ce choix funeste, s'associa à la responsabilité de ses fautes. Ce fut là tout le prix pour elle du sacrifice qui la fit sortir de l'inaction qui lui était chère, et lui fit préférer, sur le compte de >I. de Brienne, l'opinion générale à la sienne propre.

Une chose à remarquer à la louange de la reine, — dit Sénac de Meilhan, — c'est sa constance à se refuser, pendant seize ans, aux suggestions qui lui furent faites en faveur de l'archevêque de Toulouse; elle les rejeta, tant qu'elle put croire qu'elles étaient dictées par l'ambition, concertées avec des intrigants. Mais lorsque la réputation de ce prélat, universellement établie, lui eut fait croire qu'il était l'homme le plus capable d'administrer les finances, lorsqu'elle crut enfin satisfaire le vœu général, elle s'empressa de favoriser l'élévation de l'archevêque de Toulouse, et de lui procurer un crédit qui assurât ses opérations * . »

Les résultats de cette assemblée des notables furent donc tels, qu'on peut dire que bien loin de remédier à la situation qu'elle avait pour but de guérir, elle la laissa empirer. Convoquée pour améliorer les finances, elle ne fit que constater la profondeur du gouffre où elles s'engloutissaient; au lieu de prêter son concours au roi, elle ne fit que lui fournir des occasions de montrer sa faiblesse, et elle donna l'exemple d'en profiter. Enfin, appelée pour neutraliser la résistance des parlements et pour prévenir la nécessité des états généraux, elle procura à l'usurpation parlementaire de nouveaux prétextes, elle mul-

1. Voir surtoat les Mémoires de Weber, p. 93 à 108; — do Bcsenval, p. 275 à 310; de Ségar, U II, p. 110^113.

S. Sénac de Meilhan, p. 251.

«î MARIE-ANTOIXETTE

tiplia les partisans de Fiiitenention de la nation dans ses afijures, et augmenta les éléments de Feffenescence générale. L'archevêque de Toulouse se trouvait, en présence de cette situation, obligé de lutter à la fois contre la force impérieuse des circonstances, la coalition des partis et sa propre incapacité. Il ne sut qu'irriter la plaie qu'il s'était chargé de guérir, en usant tour à tour et mal à propos des baumes et des caustiques. Les parlements, contre lesquels il essaya de lutter f^ans lenergie de Maupeou, ne daignèrent pas même le détester comme lui, et ils donnèrent à la populace l'exemple d'un mépris dont s'accommodait leur orgueil. Les partisans de M. Necker le trouvèrent encore plus incapable que M. de Galonné, dont il suivit les plans sans les comprendre, ajoutant ainsi le ridicule à l'odieux <]iril y a îi se faire le plagiaire de ceux qu'on a supplantés. Quand il tomba sous la réprobation universelle, excitée à ce point que le désir lie sa chute réunit un moment tous les partis qui devaient se disputer sa dépouille, la royauté était à moitié perdue, s'il peut y avoir des degrés dans ravilissement de l'autorité ; la couronne de France était rontrtV au greffe, suivant Ténerj^ique expression de celui qui l'en avait une fois tirée, et elle n'en devait sortir que pour tomber dans la rue. Et ce grand procès, comme il* disait encore, pendant depuis trois cents ans, qu'il avait fait gagner à la monarchie, elle allait le perdre sur la i^lace publique.

Deux graiules. ([uoi(iue très-inégales douleurs, signalèrent pour Mane-Antoiiiett<^ la lin de l'année 17S7. La première fut sa séparation momentanée, présaire de l'absence délinitive, d'avec la duchesse de Polignac, au moment où elle allait avoir le plus besoin du sein d'une amie pour \ pleurer la j^erte de sa fille, ravie par la plus précoce et la plus inopportune des morts.

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