I. M. de Maupoou
M"" de Polignac était partie en avril 1787, au plus fort de Teffervescence des débats des Notables, pour aller demander aux eaux de Bath le rétablissement d'une santé ébranlée par plus d'une secousse et qu'attendaient au retour de nouvelles épreuves. Le vent tournait sur cette famille, un moment si heureuse, et la tempête allait succéder aux beaux jours. L'échec de M. de Galonné, ministre fait, malgré la reine et malgré M°** de Polignac elle-même, par la coterie qui exploitait à son insu son crédit désintéressé, avait amené dans cette liaison, jusque-là tranquille et respectée, maintenant calomniée et dont le grief aristocratique commençait à devenir un grief populaire, des vicissitudes également douloureuses pour les deux amies. Pour donner satisfaction au cri général, quelque injuste qu'il fût, et pour fournir un témoignage irrécusable de ce patriotisme qui est le premier devoir des souverains, Marie-Antoinette avait dû faire le sacrifice de • ces relations intimes et domestiques, de cette vie presque commune avec celle qui lui avait un moment tenu lieu de famille. Et quand l'inexorable nécessité avait fait aux ministres une loi de demander des retranchements et des suppressions jusque dans les emplois de l'entourage de la reine et les dépenses de sa maison, c'est surtout sur la famille et les amis de M"® de Polignac qu'avaient porté ces économies. Ce furent là des sacrifices pénibles, stériles, dangereux même, que l'étroitesse de vues qui semblait traditionnelle au ministère avait fait préférer à des réformes radicales, et qui, sans grand profit pour la nation (on ne comble pas un gouffre avec des gouttes d'eau), sans résultat pour la popularité du roi et de la reine, que ces exemples inaperçus ne pouvaient relever, achevèrent d'aliéner les courtisans, de détruire les derniers prestiges de la représentation souveraine et les derniers refuges de la fidélité. C'est dans ces douloureuses circonstances que Marie- Antoinette, successivement frappée aux endroits les plus sensibles de son cœur, écrivait à la duchesse expatriée ces lettres
ÎU MARIE-ANTOINETTE
îu" n.i-îixTii-nt il »rri»rrzi<pi*rm»rrit. ♦:!! a:ème temps que les alarmes de sa >«fix:?ibii:* • '.ellr- ik ra pr^:\«jyàr.':-e'. S'jiiain n-duite au silence par lii.r «i^ «v-? «i^'Ul^•u^^; qui ne parUrfit f a.s et ne peuvent être consolées, -lie ab.ir.'ji.'ni.a la plume, et c'e^t 3Ia«iime Elisabeth, témoin et •'t.QifaûTie ^le ce cl»uil touchant de Triacon, où Marie-Antoinette v.,jjlur \er.irpl* »ir»T, paimi les tlvurs. cet eciant qui leur ressemblait, «{ui r.'Mi- le racontera.
Dans la lettre à M** de Polignac, que nous voudrions pouvoir citer, la reine, ♦•panchanl son cœur sans réser\e, se plaint de goûter sitôt aux fruit.- ainer> de l'ingratitude et dvplore la nécessité où elle est de rc prirUr ^lu coté du gouvernail pour exciter un trop débonnaire pilote. Elle ne doute pas encore de Tefficacité des moyens, mais elle voudrait qu'on ne U> laissât pas échapper :
La n*jni;;niirir^' qin* \ou> me savf»z de tout tenijtsde me mêler d'affaires est aujourd'hui fort*"iiu'r.l u r<'|)n'u\e. et vous >oriez fati^ut*e comme moi de tout ce qui se i>as?c. Je vous ai dt'ja parh' de iiotn* (vliaiiit>re haute et iiMSso et de toutes les ridiculités qui .^'y [la-sfiit et (jui Vy di-i-nl... Heureusement <]ue tous les moyens sont encore dans
jc'fl main* du loi. et «niil arn-tria tout li' mal (jUf lo> luii-rudents \eulent faire.
Il r.illiil \'\ ;ii(l< r et l\ aider sans succrs. La phase dVbuIlitioii où Tcspril piihli^- éliiil i:n\\v en France rendait toute prévision impossible. Les niourcsconcilialrices n'irritaient pas moins que les mesures rrpic>si\cs. La lullc allait s'engagrr et passer des opim'ons dans les rail>. Maric-Anloinellc ne pouvait demeurer indilTérente à des dangers (|u'elle \o\ail mieux ([ue personne, et pour lesquels il ne seniblail rien iTinNioIable. Llle accepta donc, de la nécessité, ce nMc sacrilié de conseillère tardive et de médiatrice impuissante, (|ui de\*iit Texpose!', sans prolil |)our la cause à lac|uelle elle »e dé\aiiait. à loii>
I. Ufrui'il /'iM/Z/r/ «/♦• ('uurhr.s. t. I, p IIH) à 1.'3, Icitrcs de Maric-Aiitoiiioito à la du- li*-v; <l«* l'oliu'iiju*, ti«'s 0 et 11 avril 17S7.
ET SA FAMILLE. tio
les aflronts de Timpopularité, et en faire la victime expiatoire de fautes qu'elle n'avait pu empêcher. Ecoutons là-dessus le témoignage de M"** Campan :
Marie-Antoinette n'eut d'influence directe sur les affaires d'Etat qu'après la mort de M. do Maurepas, celle de M. de Vergennes et la retraite do M. do Galonné. Elle s'affligeait souvent de sa position nouvelle et la regardait comme un malheur qu'elle n*avait pu éviter. Un jour que je l'aidais à serrer des mémoires et des rapports que des ministres l'avaient chargée de remettre au roi : » Ah! dit-elle en soupirant, il n'y a plus de bonheur pour moi depuis qu'ils m'ont faite intrigante ! » Je me récriai sur ce mot. Oui, reprit la reine, c'est bien le mot propre; toute femme qui se mélo d'affaires au-Kiessus de ses connaissances, et hors des bornes de son devoir, n'est qu'une i?itrigcaite; vous vous souviendrez au moins que je no me gale pas et que c'est avec regret que je me donne moi-môme un pareil litre; les reines de France ne sont heureuses qu'en no se mêlant de rien, et en conservant un crédit suffisant pour faire la fortune de leurs amis et le sort de (luehjues serviteurs zélés. Savez-vous, ajouta cette excellente princesse, que sa conduite plaçait, malgré elle, en contradiction avec ses principes, savez-vous ce qui m'est arrivé dernièrement? Depuis que je vais à des comités particuliers, chez le roi, j'ai entendu, pendant que je traversais l'OEil-de-bœuf, un des musiciens de la chapelle dire assez haut pour que je n'en aie pas perdu une seule |)arole : « Une reine qui fait son devoir, reste dans ses appartements à faire du filet, » J'ai dit en moi-môme : « Malheureux! tu as raison, mais tu ne commis pas ma position. Je cède à la nécessité et à ma fn aurais e destinée. » ,
Celte position était d'autant plus pénible que Louis XVI avait contracté la longue habitude de ne lui rien communiquer des affaires de l'État et que, lorsqu'elle fut forcée, vers les derniers temps de son règne, de se miHer des choses les plus importantes, celte habitude du roi venait sou vent lui dérober la connaissance des particularités qu'il lui eut été nécessaire do savoir. N'obtenant que des lumières insuffisantes, guidée par des gens plus ambitieux que capables, la reine ne pouvait être utile à la marche des affaires, et s'en môler ostensiblement lui attirait, do la part de tous les partis et de toutes les classes de la société, une défaveur dont la progression était alarmante pour tous les gens qui lui étaient sincèrement attachés '.
Cette défaveur fut telle, qu'elle ne s'arrêta pas devant la douleur et ne respecta pas un deuil maternel. Le 9 juin 1787, Marie-Antoi-