I. Mémoires de madame Campan, p
nette avait perdu cette seconde ûlle doublement chère, comme la dernière venue et comme gage de cette harmonie conjugale, que les calomnies de l'affaire du Collier n'avaient point altérée. C'est Madame Elisabeth, qui commence à montrer dans nos recueils de correspondances, conmie dans les événements eux-mêmes, sa noble et pudique tète de colombe etTarouchée ; c est Madame Elisabeth, dont les lettres à ses deiLx amies préférées, M*^ de Bombelles et de Raigecourt, sont si pleines de cet esprit que donne le cœur, qui va nous donner de touchants détails sur cette perte et sur ces regrets :
Tes |uivct> l'juront T.ar.iie. tvri:-oIle. le i5 juin 1787. à M"* de Bombelles, que Sophie est mor:e le leodeauin que ;e t'ai eorit. La pauvre petite a\'ait mille raisons pour mourir, et neo c'aurjic pu la sauver. Je trouve que c'est une consolation. Ma niive a ele oiktrniar.io : elle a iiior.tre une sensibilité extraordinaire pour son âge, et qui était bier. naturelle. Sa ['au\~TV pec::e sœur est bien heureuse: elle a échappé à tous les ^vnls. Ma paresst» se sera:; b:en trouvée de partager, plus jeune, son sort. Pour m'en oons^»Ier. je Ta: b:ea so:v:ntv, es^-erani qu'elle prierait pour moi. J'y compte l*eauivup. S: tu s.nais iV:r.:uo ello e:a:: jolie en mourant! C'est incroyable. La veille eixvro. tll; v:a.: il.:v*'.o o: r.so. :- .-: a:v..K^T:».\ enfin ohannante. Si tu l'avais \ue. tu : \ ><':j..> .■::j.'*.1'.v. Pour ::..•.. :u-, :uoj-' ! a:o peu connue, jai ete vraiment fâchée, o: ■-: -i::s ^:v>r.:o j::or ir.o l.r>.ut , ^ :o -^v Ta s-vur a eîe jxirfaile, et tout le monde on a :.-.:: 1^1^^;. tllo a t:.- : .or. :.:.^.: • . t-: :.t jMU\ro mère aussi. Mais tout cela va bie-. Jo \'U-ir.i:> .:u il or :..• .lu:./ : ■:•' \; i.uv. Ti^ns L-.en h parole ijue tu me donnes vioio [iio:.i^or ;o îo !;• -lo::. .•:;:; o:: ^:-:-;o. ::.■,■- oaur. Pense beaucoup à tes amies; cela to .ir:- o:'a l- curage .io : vcuio. :- : -.. La:::.::o, \.>:s-iu. ma chère Bombelles. os: u::o s^v • i* \:- -:: :: ^< >u:lo:: ::: co : as :::^:^io. Jo \a:s domain à la chasse à Ra::.iou:::. : a\iv l.» :u.;:.-.<s^^ -io Dura-. La ro:::o > \:er.dra sou^vr. Cela me fait un J\>-^rar. i îla:>:r. car ollo 0-: la:: ::oi; ^ojr ::j.v on ce momecl. Nous devons aller o->*.::.:..' a Ni.:.:-C\:-. .;i^::o af^pollv mon Lvrcoau. Elle appelle Montreud mon i»etit Tr:a:i .':: J ai oio au s:on >vi!^s au.u::e su::o cos jours derniers avec elle, et il n\ a pJ? d*at:er.t;on '.u'ollo no i-./x a:: ::. v::n.o. Ello > a\a:: ï'ai: pre^^rer une de ces surprises dans .|uo: elle ovollo. Mais co juo nous > a\ocs fait le plus, c'est de pleurer surb i::oît do ::.a pau\ro jou'.o i::tvo*...
C'est l'époque, en eflet, où Marie-Antoinette écrivait à Madame Elisabeth : « Nous pleurerons sur la mort de ma pauvre petite ange... J'ai besoin de tout votre cœur pour consoler le mien... »
Jamais, en effet, la reine n'eut plus besoin de consolations. Cette perte lui semblait le présage de pertes plus terribles encore, et cette pensée superstitieuse, qu'elle avoua à M°*® Campan et qui ne fut que trop vérifiée, augmentait sa douleur, comme elle augmentait l'indiscrète allégresse dont ses ennemis osaient humilier son deuil. Qu'on juge, à l'insulte d'une joie mal dissimulée et d'insolentes espérances, trahies par tous les habitués du Palais-Royal, de l'indignation et de la douleur de Marie- Antoinette, que l'impopularité accablait de ses affronts au moment où la sympathie et l'affection nationale eussent pu seules consoler ce cœur de reine et de mère d'une double déception et d'un double désespoir. C'est cependant à l'époque où elle pleurait encore cette Béatrix qui sembla, disait-elle, indiquer aux autres anges gardiens de sa vie le chemin du ciel, en août 1787, que l'on n'osa point exposer, de peur des outrages, aux premiers jours du Salon, le portrait de la reine. Et cependant ce portrait n'était plus gracieux, coquet conmie celui dont les gazes légères semblaient le costume d'une sylphide. A l'image de la beauté et des triomphes de la femme avait succédé celle du dépit de la reine et du chagrin de la mère, tout empreinte d'une tristesse mystérieuse et assombrie d'un deuil prophétique. Dans ce portrait ou plutôt dans cette scène de famille, où l'art attendri de M"° Le Brun avait partout répandu cette grâce touchante, qui était le plus éloquent des reproches, la jeune Dauphine, déjà sérieuse, donnait à sa mère affligée des caresses mélancoliques et cherchait à deviner le mal intérieur dont les ravages ridaient déjà l'ivoire de son beau front. Le Dauphin, doux, pâle et tendre enfant, semblait sourire tristement à la mort, qui le couvait déjà de son jaloux regard, et qui avait envoyé ses députés
aux fêtes de sa naissance ; et il montrait du doigt le berceau vide de sa sœur envolée. Le duc de Normandie, futur Louis XVII, assis sur les genoux de sa mère, semblait attristé d'enfantins pressentiments.
C'est ce tableau de deuil auquel on avait dû un moment refuser riiospitalité du Louvre, tant la figure de la reine avait perdu, aux yeux dun peuple inquiet et prévenu, de son ancien attrait et de son empire. Ceux qui ladmiraient autrefois souriante et heureuse ne la plaignaient même plus, malheureuse et éplorée. Et cependant elle avait déjà toutes les qualités qu ar.nonçaient ses grâces, comme la fleur annonce le IVuit. Mais à quoi servent les qualités quand Fopinion est intéressée à ne pas en voir le reproche ?
Cette injustice, ou pour mieux dire, cette ingratitude de l'opinion iniblique, qui faisait la reine responsable de Tinsuccès des mesures qu'elle-même avait inspirées, et, au lieu de les seconder, contrariait ses ellbrts, qui l'accusait enfin des fautes de la royauté aux abois, en attendant cju'elle lui reprochât ses malheurs, l'affectèrent au point que la sérénité de son visage s'alléraconime celle de son caradèn». Webor a sur ce changenioiit queUjucs lignes louchanles :
Le oluiirrin s'empara île son âme, ses traits s'altérèrent ; je la vis perdre inst'n?il»lenient sa iraieté et son eiijoueinenl ordinaire. Souvent je reeonnus sur sa ph\?ioiioniie, si inajestueu>e et si douce, les trares des pleurs (ju'elle avait verx's en abon- (laiK\'. Les prr>()nnes de la eour (jui a\ aient ete abseates depuis tpiehpies iiioi-^ pou\aient à peine la reconnaître. Tn jour, elle rencontra au l)ois de Buuhiju'ue le vieux niareclial de IJiron, coloiicl des ,i;arde> françaises, ijui relevait d'une It)n,i:ue nialadi»'. (t (jui s*(»\erçait ii monter à clicval afin de passer en levue devant le roi. «pielqucs jour> après. a\ec sdu réi^iment. La reine l'ahorda et lui dit (ju'elle s:Tait fort aise do le \oir à la n*vue. Le vieu\ iruerrier, ne se doutant pas (ju'il parlait à >a sou\er.une, lui repondit nwc l'alfahilité clii'wderestjue (pi'il av.it avec toutes les feunne>. ei lui promit (]v la faire Inen placi'r. Tour mieuv tenir sa parle, il lui «le nanda son nnuî. aJri de rin>crire sur ses tablettes, et de la recommander ii roilicie.' «jui .<erait charire o' jour-là de la polie* de la re\ue. Un peut juijer de la s.npriso du vénérable uianH-li.il.
lorsqu'il apprit, de la bouche de la dame à laquelle il venait d'offrir Tassurance de ses soins, qu'il parlait à Marie-Antoinotle elle-même K
Comment eût-il reconnu, dans cette femme à la noble tristesse, à la démarche fatiguée, à la pâleur de convalescente, cette Dauphine triomphante et adorée, à laquelle son collègue le maréchal de Brissac montrait, en 1778, du balcon de rHôtel-de-Ville, tout un peuple amoureux d'elle, comme il le lui avait dit si chevaleresquement )
Une seule fois encore, au mois de juin 1788, Marie-Antoinette, comme ces lampes mourantes qui jettent un suprême éclat, retrouva le charme et le triomphe de ses premières apparitions.
« C'était elle, dit le loyal serviteur aucjuel M. de Lally-Tollendal a prêté son éloquence, qui frappait encore d'étonnement, par la majesté de sa contenance et l'éclat de sa physionomie, ces malheureux ambassadeurs de Tippoo-Saïb, qui étaient venus du fond de l'Orient à la cour du grand roi, et qui trouvèrent dans les fêtes et dans les cérémonies mêmes dont ils furent l'objet, la cause de la mort que leur fit subir le tyran qui les avait envoyés, humilié du récit qu'ils lui firent de la magnificence et des pompes de Paris et de Versailles, de la prospérité, de l'étendue et de la puissance de la France. Hélas ! je m'en souviens avec douleur, j'étais présent à cette réception imposante, où le goût et la richesse avaient déployé tous leurs eflbrts pour donner à ces Asiatiques la plus haute idée de la monarchie française. Je vois encore ces ambassadeurs arrivés, après une longue marche, au travers de mille beautés assises en amphithéâtre dans toute l'étendue des immenses appartements de Versailles. Je les vois entrant dans le salon d'Hercule, et là, au pied du trône de Louis XVI, rester près d'un quart d'heure dans l'impuissance de parler, frappés