Mémoires de Webcr, p
d'étonnement et d'admiration, à la vue de tant de grandeur et de richesse que la cour de Louis XVI étalait k leurs yeux. Mais les marbres, les tableaux, les tapis, qui décoraient celte belle salle; Tor, Targent, les broderies, les diamants qui étincelaient de toutes parts, enchantèrent et éblouirent moins ces bons Orientaux que l'aspect de Marie-Antoinette, qui absorbait tous les regards. J'essayerais vainement de retracer l'éclat qui l'environnait à cette cérémonie. Il n'y a qu'un des beaux vers de Racine qui me paraisse digne de l'exprimer :
Lo mondo en la vovant eût reconnu sa reine >.
Ce regain de beauté et de grâce, Marie- Antoinette le devait à un regain de bonheur. Sa popularité s'était un peu retrempée dans la reconnaissance du peuple parisien, justement ému des efforts et des sacrifices faits par le roi et la reine pour diminuer les souffrances et les misères du temble hiver de 1788.
La neige était si abondante que depuis cette époque jusqu'à celle ou M'"* Canipan écrivit ses Mémoires, on n'en a pas vu en France une i^i prodigieuse quantité. On eut l'idée touchante d'élever dans différents quartiers de Paris des pyramides et des obélisques portant des inscriptions qui exprimaient la gratitude populaire. La pyramide de la rue d'Angervilliers méritait surtout de fixer les regards. Elle étail supportée par une base d'environ cinq à six pieds de haut sur douze de face; elle s'élevail à quinze pieds et était tenninée par un globe. Quatre bornes, posées sur chacun des angles, accompagnaient cet obélisque, et lui donnaient un aspect qui ne manquait pas d'élégance. On y lisait des inscriptions en faveur du roi et de la reine, parfois heureusement versifiées.