Rccui'iï Feuillet de Convhes, i. 1, p. '-Ml
cet esprit qui court les villes, la résistance de la modération et du bon sens qui habitent les campagnes. Cet équilibre préservateur entre la tête et le corps, entre la France et Paris, a été depuis, toutes les fois que les assemblées ont dépassé leur mandat, entraîné les masses et déplacé les forces, le problème de la Révolution elle-même et des gouvernements qui lui ont succédé. Marie-Antoinette sentait l'importance et Tefficacité de ce contre-poids de la balance constitutionnelle. Elle essaya en vain de faire partager ses vues et de faire prévaloir ces mesures qui, prises à propos, eussent suffi peut-être pour régulariser et discipliner l'élan impétueux et inexpérimenté d'un pays abandonné pour la première fois aux excitations de la vie politique. Plusieurs mémoires furent présentés au roi sur celte question décisive; mais l'opinion de M. Necker prévalut et Versailles fut le lieu indiqué. « Ce qui permet de présumer que M. Necker, dans ses projets, sans supposer qu'ils pussent aller jusqu'à l'anéantissement de la monarchie, comptait que les mouvements populaires, qu'il se flattait sans doute de diriger, lui seraient utiles *. »
Mais en même temps qu'elle essayait d'apporter à l'exercice du droit des états les restrictions que comporte et qu'exige le maintien de l'autorité, la reine, faisant preuve d'autant de sagesse que de prudence, s'opposait à tout ce qui pouvait altérer l'essence de ce droit lui-même. Elle se déclara hautement favorable à la double représentation nécessaire au tiers-état, pour balancer l'influence du rang par celle du nombre, et consentit courageusement à ce sacrifice à l'égalité, qui assurait la sincérité et, selon elle, la tranquillité du vote. Elle savait que les rivières comprimées deviennent torrents et qu'il n'est de digues solides que celles qui dirigent sans le contrarier