‹ Marie-Antoinette et sa familleChapitre 83 sur 142 · Recueil (jf [lunoUtein, p · texte numérisé non relu

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et pour les prérogatives utiles et honorifiques des terres et des personnes, anoblissement, lettres de cachet, liberté de la presse, domaines, douanes, liberté du commerce, gabelles, code civil et criminel, corvée, droit de main-morte, capitainerie, milice, surtout la liberté personnelle, Tégalit^ des contributions et l'établissement des étals provinciaux.

Le roi exprimait sur tous ces points son opinion et sa volonté, conformes aux aspirations générales. Il termina la séance par ces paroles, qui contenaient un programme et une menace dignes de la royauté, mais que le roi n'était pas capable d'exécuter. « Si vous m'abandonnez à une telle entreprise, je ferai seul le bien de mes peuples. Il est rare peut-être que l'unique ambition d'un souverain soit d'obtenir de ses sujets qu'ils s'entendent enfin pour accepter ses bienfaits. » Le roi, en se retirant, enjoignit aux trois ordres de se séparer à. l'instant, et de reprendre leurs séances le lendemain, chacun dans sa chambre respective, sauf h se réunir et à délibérer en conmiun, quand il y aurait lieu, avec son autorisation.

Mais entraîné par la fatalité des circonstances et la faiblesse de son caractère, le même prince qui avait tenu, le 23 juin, un langage si royal, en démentait chaque jour l'énergie par les concessions les plus contradictoires et les plus funestes. Tout en semblant ordonner et vouloir, il laissait braver impunément son autorité. Par suite des mêmes contradictions, il rappelait M. Necker, après l'avoir justement renvoyé, et tandis que la populace parisienne, maîtresse de la Bastille, souveraine à THôtel-de-Ville, s'armait et s'enrégimentait, il congédiait les troupes qui gardaient à Versailles la dignité et la sécurité du pouvoir. Il espérait toujours qu'on reviendrait de plein gré à cette déclaration du 23 juin qu'il n'avait pas su sanctionner par d'énergiques mesures, et enfin, désabusé par les empiétements insolents et incessants d'une

2». lAlîE-AMJlNETTE

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L -is XVI :".;• :v L-.r/.é le Restaurateur de la liberté française. El UL r.j. -S .-.yr-^, ii v--i:î assiv-ré dans smu palais par une multitude :urn--Sf ù'.i. r':!.îr:t::.a:t à Pari- «■••niirie une proie, et l'y installait .- " : : .:. ;:> :...■:, <-\''-- ^^^ ■-' îaiî >rv\\v riiumilialion df la - ■.„.:. ',; '.': ..v" .:■ > :. >a::-;!.i:.' îri-'inpli'.-.

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A^'.u i:ation, débord»Mil dans ses lettres où ils trouvent un épanchc-

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menl qui proteste devant la postérité contre la calomnie de son inaction ou plutôt de son impuissance '.

Cependant les événements se pressaient, et les nuages amoncelés depuis trois mois tendaient à une explosion. Les deux empmnts de trente et de quatre-vingts millions, successivement proposés par M. Necker, pour faire face îi la détresse du trésor, avaient échoué devant la méfiance universelle; car Tenthousiasme pour les idées n'empêchait pas, chez les adeptes de Tesprit nouveau, le souci égoïste des intérêts, et la classe qui peut seule prêter de Targent, c'est-à-dire celle des capitalistes et des propriétaires, résistait unanimement aux avances d'un gouvernement sans crédit, parce qu'il était sans autorité. Chacun vivait au jour le jour, la crainte du lendemain étouffant toute confiance. Dans les provinces bouleversées, et où le flambeau de la liberté n'avait encore servi qu'à incendier les châteaux, les possesseurs de ceux qui avaient été épargnés avaient retiré leurs fonds de la circulation, et prêts à émigrer, se gardaient bien de se démunir ou de se dénoncer. 11 sortait tous les jours de France des sommes considérables, dépensées par la nécessité de tirer des subsistances de l'étranger, ou déposées au loin par la prévoyance de la peur. Au milieu de l'anxiété universelle, la plus grande partie des impositions ne se payait pas, les transactions privées étaient suspendues, chacun était privé d'une partie de sa fortune. La justice ne se rendait nulle part, on ne voyait partout que désordre et impunité. Le garde des sceaux, au milieu de septembre, faisait à l'Assemblée un désolant tableau de l'état du pays.

« On envoie, s'écria-t-il, la terreur et les alarmes partout où on ne peut envoyer les déprédateurs ; la licence est sans frein, les lois

i. Lettres à M"" de Polignac, des 31 août et 14 septembre 1789. {Histoire de Marie-AntoineUe, par MM. Edmond et Jules de Concourt, p. 251, 252.)

tHt MARIE-ANTOINETTE

sont 'sans force, les tribunaux sans autorité ; la désolation couvre une partie de la France, Teffroi la saisit tout entière. »

C'est alors que Necker, renonçant à des emprunts qu'il ne pouvait hypothéquer que sur la loyauté française, parut à la tribune, irrité des stériles discussions de l'Assemblée, confus de l'échec de ses mesures, pressé d'ailleurs de tout le poids des circonstances, et lui fit solennellement connaître son ultimatum.

« C'est, — dit un des plus spirituels et des plus sensés publicistes du temps, ce Rivarol qui sut pendant six mois parer un fond aride de toutes les grâces de la fonne, et avant de fuir devant lui, harcela le monstre révolutionnaire de flèches immortelles, — c'est un long discours dans lequel ce minisire déplore l'état affreux où les précipitations et les lenteurs de l'Assemblée nationale ont plongé la France: j)récipitations de l'entliousiasme et de la peur, quand il s'est agi d'attaquer l'autorité royale , et d'exterminer partout le gouvernement; lentes et longues délibérations, lorsqu'il fallait promptement l'établir Tordre et donner partout des digues au toiTent qu'on avait débordé.

« Pour roniédior à des maux si grands et si urgents, ^I. Necker demande : 1'' dos réformes et dos économies sévères dans la maison du roi, de la reine et des pi'inces; 2" dans tous les départements, dans les trailemonts, dans les pensions, etc. ; il propose une nouvelle manière d'étendre Timpot sur toutes les terres, puiscju'il n'en est j)lus de privilégiées; 3" une contribution volontaire du quart du revenu; Iv une invitation de porter les vaisselles i)lates et les bijoux ù la ^lonnaie ; 5" dos nioyons de changer la caisse d'esci»mpte on Hanciuo nah'onale, afin d'avoir du papier-monnaie; G" une manièiv do sVmparor des dîm(\s (ju'on avait abolies, et dont on avait, suis y pt'user, fait présent aux propriétaires qui ne s'y attendaient pas*. »

\. Ol^itrres complèies de liivarol, 1808, t. IV. Exlraits du journai politique et nalionoi I). 110, 117.

Ainsi Necker aux abois réunissait les expédients de M. de Silhouette, en demandant la vaisselle, et ceux de Law, en offrant du papier-monnaie. Et il était obligé d'en revenir à l'impôt territorial, proposé d'abord par M. de Calonne et ensuite par l'archevêque do >îens.

« On crie beaucoup contre certains ministres, dit à ce propos Rivarol, et on finit par ramper sur leurs traces, et par vivre des miettes de leur table. »

Le roi et la reine donnèrent l'exemple, peu suivi, de ce dévouement patriotique sollicité par le ministre qui s'était exécuté le premier, en déposant, sur le bureau du président, cent mille francs, comme excédant le quart de son revenu .

Il existe une lettre du 21 septembre 1789, adressée par le gardevaisselle du roi à Sa Majesté, et ainsi conçue :

M. Necker m'a fait dire par M. de Choiizy que rintention de Votre Majesté êlait que je fasse porter à la Monnaie toute la vaisselle plate des petits cabinets de Votre Majesté. Je la supplie de me faire connaître si les plats sont compris dans l'envoi à la Monnaie.

11 sera très-difficile de réchauffer dans la porcelaine : la casse sera fréquente et chère; et si Votre Majesté le veut, je me bornerai à conserver un service entier en plats, pour une table do trente couverts.

Cette note est accompagnée de ces mots simples et sublinies, de

la main du roi :

« // faut y envoyer tous les plats ^ les assiettes et les couvercles \ » Ainsi, à partir du 21 septembre 1789, le roi mangea dans de la

vaisselle de porcelaine, comme un simple particulier, tandis que

M. Necker continuait, sans doute, de manger dans de la vaisselle

d'argent.

i. ReciêeH PêuUlet de Conehes, 1. 1, p 201.

Cette abnégation ne passa point inaperçue, et arracha des éloges à ceux mêmes qui s^étaicnt donné pour mission de détruire la royauté.

« Le roi, disait alors Barrëre, dans sa feuille le Point du jour, le roi, dédaignant un faste inutile à sa grandeur, a envoyé à la Monnaie toute son argenterie et celle de la reine. Le même trait honore la vie de Louis XIV, mais c'était pour les frais de la guerre qui désolait T Europe ; Louis XVI veut s'en ser\ir pour assurer les bases de la liberté qui doit régénérer ses peuples, w

L'Assemblée s'associa à ces éloges et crut devoir épargner à la majesté royale des sacrifices qui étaient plus à son honneur qu'à celui de son peuple.

L'Assemblée nationale envoya donc à Sa Majesté une députation qui la « pria de garder sa vaisselle » . Mais Louis XVI répondit : « qur la reine ni lui n'attachaient d'importance îi ce sacrifice et qu'ils y persistaient. »

Cette réponse rcrut les apphiudissements les plus vifs. « Quand la justice et la probité sont sur le trône, s'écria encore Ifeirrèro, toutes les vertus régnent avec elles '. »

« Ce|)cndant T Assemblée, dit Rivarol, qui avait passé plus d'une séance sur une fornuile de serment, à délibérer si on mettrait la patrie avant le roi^ ou le roi avant la patrie, et qui avait disputé des journées entières, lors de la Déclaration des droits de Hiomme, pour sa\oir si on dirait que les hommes naissent ou vivent, ou sont, ou demeurent libres, déclara (jue n'ayant rien de mieux à proposer, elle adoptait mol à mot et de confiance le plan de M. Necker », se réservant riionneur du succès, et, en cas d'échec, lui en laissiinl la responsabilité.

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