I. Campiin, p
2 Rivarol, p. 260 à 271
i9S MARIE-ANTOINETTE
complicité dans le mouvement insurrectionnel qui se préparait sourdement. C'est pendant les trois jours qui s'écoulèrent entre cette réponse évasive et l'acceptation forcée du 5 octobre que la faction d'Orléans « semait, à force d'or, la disette au milieu de l'abondance, et préparait une insurrection dans les faubourgs, dans les halles et dans les districts. La nouvelle du repas des gardes du corps vint donner un but à ces mouvements intestins. — Quelle orgie indécente ! s'écriait-on : la cocarde nationale foulée aux pieds ! l'Assemblée maudite et menacée! Allons punir tant de blasphèmes; vengeons la nation et enlevons le roi aux ennemis de la patrie ! — Ces murmures et ces cris n'auraient pourtant produit que d'autres cris et d'autres murmures, si la faction d'Orléans n'eût ramassé trois ou quatre cents poissardes et quelques forts de la halle habillés comme elles, et mêlés à des espèces de sauvages portant de longues barbes, des bonnets pointus, des piques, des bâtons ferrés et d'autres armes bizarres ; hommes étranges qu'on voyait pour la première fois h, Paris, et qui parurent et disparurent avec cette dernière tcinpcMo. ))
Cette troupe de bandits mercenaires, charges de former le noyau (le l'insurrection, d'amorcer le peuple, comme on disait, se présenta le 5 octobre, à se|)t heures du matin, devant rHotel-de-Villo, <'t Tenvaliit sans dilllculté. La veille, cependant, la municipalité, avertie à la fois que le pain se donnait publiquement au faubourg Saint-Antoine, à deux sous et même à un sou la livre, et que néanmoins on distribuait secrètement de l'argent dans ce faubourg et le faubourg Saint-Marcel, s'assembla à la hâte ; et le résultat de ses délibérations, i)oussées jusqu'à quatre heures du malin, fut qu'un renfort dv cinq cents hommes de la garde nationale garderait rilotel-de- Ville dès le lendemain. Ces débats stériles pour la cause de Tordre n'avaient donc inspiré que les mesures de la plus égoïste
et de la plus imprévoyante précaution. On n'avait même pas songé que rémeute pouvait devancer les gardiens et trouver le palais municipal endormi dans la sécurité. C'est ce qui arriva, en effet, sans que les gardes nationaux dispersés dans les rues, leur pain sous le bras, s'émussent le moins du monde de l'invasion, et cessassent de se promener tranquillement, en regardant la foule qui se pressait
aux portes des boulangers * . Cependant le bruit de cette expédition ameuta bientôt un peuple curieux ou hostile : des flots d'ouvriers arrivèrent des faubourgs ; on battit la générale ; les districts fournirent quelques bataillons. La place de Grève fut bientôt investie et on reprit l'Hôtel-de-Ville, mais sans la moindre rigueur contre les vaincus. Les uns se perdirent dans la foule des gardes nationaux qui, à l'appel du tambour, fondaient de tous les districts, de tous les quartiers et de toutes les rues, inondant la place de Grève. Les autres finirent par s'ébranler en colonnes désordonnées et à marcher, conduits par l'huissier Maillard, de sanglante mémoire, sur Versailles, qui allait ce jour-là devenir le but de tout le monde. Le général de La Fayette, prévenu dès les premières agitations de cette tempête populaire, avait passé la matinée à se consulter, à attendre, à écrire aux ministres et à l'Assemblée nationale. Vers midi, il descendit de l'Hôtel-de-Ville, et parut à cheval au milieu de la multitude frémissante. On le vit un moment essayer, flottant sur son cheval, au gré de ces vagues humaines, d'apaiser le tumulte, puis de le diriger, et finir par le suivre. Les cris de : A Versailles ! à Versailles ! poussés d'abord par les gardes françaises débauchés, qui formaient la turbulente et dangereuse élite de la milice parisienne, et répétés par les vingt mille citoyens armés et par le peuple qui s'était mêlé à leurs rangs, ne laissaient à ce général, commandé par