Rivarol, p
Cependant quelques députés avertirent le président de rarrivée des bandes parisiennes. Cette nouvelle s'étant aussitôt répandue dans l'Assemblée, il fut décidé que le président se rendrait chez le roi avec une députation pour obtenir de Sa Majesté une acceptation pure et simple des dix-neuf articles votés de la Constitution* 11 était trois heures et demie et on allait clore la séance quand la troupe des poissardes et des brigands arriva, traînant ses cinq pièces de canon, animée par une première victoire qui lui promettait Timpunité. Elle eût forcé sans doute les gardes de l'Assemblée comme elle avait triomphé de la molle résistance d'un détachement de dragons gagnés à la cause populaire, qui avait essayé ou plutôt feint d'essayer de l'arrêter, si l'Assemblée n'eût pris le parti de lui ou\Tir ses portes.
Tandis qu'une portion de ces envahisseurs à la fois grotesques et ten'ibles, mais en qui l'odieux allait absorber le ridicule, se dirigeait, impatiente, vers le chùteau, la partie admise à l'hospitalité de TAssemblée en usait sans façon et sans ménagement. Ce fut un étrange ot scandaleux spectacle que celui de ces furies assises pclomcle avec les députés, les interpellant avec une cynique familiarik', de ces brigands interrogeant le |)résident et le morigénant, de cette assemblée étonnée, effrayée ou ravie, les uns brûlant d'être complices, les autres tremblant d'être Nictinies. Enfin la peur de la majorité l'emportant sur l'audace de la minorité, les législateurs se réuniront dans une mesure « dont la lâcheté, dit Rivarol, eut tous les effets de la perfidie ». Elle confirma son décret sur les dix-neuf articles de la Constitution, et arrêta (pie son président, suivi d'une députation, irait à l'heure même chez le roi, le sommer d'accepter sans délai les dix-neuf articles, et, lui laissant la responsabilité d'un pouvoir qu'il n'avait plus, le sommer également de faire cesser |)ar l'abondance les plaintes de sa capitale. M. Meunier se chargea.
sans l'approuver, de cet étrange message, et il subit également l'humiliant honneur de conduire, en même temps que la députation de l'Assemblée, celle des poissardes ivres et soi-disant affamées. 11 eut beaucoup de peine à obtenir, à force de prières, que ces femmes n'entreraient chez le roi qu'au nombre de six. La foule n'en courut pas moins après lui pour lui faire un cortège qui piétinait avec lui dans la boue, sous une pluie battante, entre une double haie de multitude, grouillant de chaque côté de l'avenue qui conduit au château. M. Meunier a lui-même tracé le tableau de cette marche aux vicissitudes équivoques comme son but.
Les femmes do Paris formaient divers attroupements, entremOlés d'un certain nombre d'hommes, couverts de haillons pour la plupart, le regard féroce, le geste menaçant, poussant d'affreux hurlements. JIs étaient armés de quelques fusils, de vieilles piques, de haches, de bâtons ferrés, ou de grandes gaules ayant à l'extrémité des lames d'épée ou des lames de couteau. De petits détachements de gardes du corps faisaient des patrouilles et passaient au grand galop à travers les cris et les huées.
Nous avançons, et aussitôt une partie des hommes armés do pi(|ues, de haches et de bâtons s'approchent de nous pour escorter la députation. L'étrange et nombreux cortège dont les députés étaient suivis est pris pour un attroupement; des gardes du corps courent au travers, nous nous dispersons dans la boue, et Ton sent bien quels accès de rage durent éprouver nos compagnons, qui pensaient qu'avec nous ils avaient plus de droit de se présenter et d'approcher du roi et do la reine. Nous nous rallions et^nous avançons ainsi vers le cliateau. Nous trouvons, rangés sur la place, les gardes du corps, le détachement de dragons, le régiment do Flandre, les gardes suisses, les io^'alides et la milice bourgeoise do Versailles. Nous sommes reconnus, reçus avec honneur. Nous traversons les lignes; l'on eut beaucoup de peino à empêcher la foule qui nous suivait de s'introduire avec nous. Au lieu de six femmes à qui j'avais promis l'entrée du château, il fallut en admettre douze...
Il était cinq heures et demie et le jour sombre et pluvieux allait faire place à la plus affreuse nuit, lorsque le président de l'Assemblée nationale, escorté de quinze députés et de douze poissardes, entra chez le roi, et lui peignit la prétendue misère de la capitale avec une sensibilité qu'il fallait réserver pour le malheureux prince dont on invoquait si cruellement l'inutile secours. Le roi qui était, en effet, le seul objet déplorable en ce moment, répondit de manière à toucher les poissa des mômes. Le président lui demanda une heure, avant la fin de ce môme jour, pour un entretien
SAIIE-ANTOIXETTE
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fz^ihi.\ -r^r :>r: i:ii-r:r h:c"jr.e acmf-é, \icdine de son caractère e: i::?»r i*^ >:i r'I-r. ;»rrii:: iu chîleaa un temps précieux pour rfciPrr -T'in i^-s l'.Vss^ir.i: 1er i^r^: d-rs pr^njesses et des espérances çu: r.-r rei: : r/rsirL: que Irs r..ur:ï.'.irrs da fieuple et Tironie des dér.u:e?. La rLi."^ à'Arnir? -.tji: ■•? :h-jia^ d'évênenâents qui devaient i\:ir uir :i:ile Lrf.ueL-.^ s-ur irs -rsirits e: sur les actions, et aboutir à La \i:L3:i:r. iu i:nJ:iIe r-^sl •:: i l'hun.ilLation de la rc>\ aie dignité.
L-e^ r-::?>iri-r5. ri: î^iiT:.: su:^: de prvs M. Mounier chez le
r::. rr^irrir.: j^rôif-e? •:: i::-r:..:r]rs auprès de leurs compagnes,
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mille voix confuses, on distinguait à peine les cris de ceux qui demandaient la suppression des gardes du corps, le renvoi du régiment de Flandre et la destruction des parlements. L'Assemblée, trouvant ces vœux excessifs ou intempestifs, ou ne voulant pas avoir lair de céder à la contrainte, gagnait du temps et essayait de distraire son sinistre auditoire par une discussion sur les grâces, puis sur les lois criminelles. Parmi les députés les plus empressés à flatter la multitude par de muettes manifestations ou de rudes caresses, on distinguait le marquis de Lusîgnan, paradant en habit de cérémonie, tandis que son régiment se faisait écharper, et le comte de Mirabeau, que son impatience trahissait, et qui lui céda, dit-on, jusqu'au point d'aller aux informations sur la route du château, un grand sabre nu sous le bras. On voyait aussi les émissaires et les courriers du duc d'Orléans , qui allaient de la place d'Armes à l'Assemblée et de l'Assemblée vers Paris. Les scènes déplorables dont les abords du château étaient le théâtre, et que nous allons raconter, fournissaient d'amples prétextes à leur activité.
Dès l'arrivée de la première bande parisienne, les gardes du corps, le régiment de Flandre et la garde nationale de Versailles, avaient reçu l'ordre de prendre les armes. Les gardes de la porte avaient fermé les grilles, et les gardes du roi, rangés en bataille au dehors, avaient reçu l'ordre de ne porter la main ni sur leurs sabres, ni sur leurs pistolets, et d'éviter tout ce qui pourrait irriter le peuple. Les gardes du corps se soumirent à cet ordre si imprudemment généreux, si humainement barbare, avec une résignation plus héroïque que tous les courages. Louis XVI avait commis la noble faute non-seulement de donner cette consigne, mais encore de la donner tout haut, conmie pour rassurer ceux qu'il voulait épargner quand même. « Allons donc ! avait-il dit au duc de Luxembourg, qui lui demandait des ordres, des coups de fusil à des fenmies!
VOUS VOUS moquez ! » Le roi allait apprendre à ses dépens que les femmes, en temps d'insurrection, sont aussi dangereuses et plus implacables que les hommes. Et d'ailleurs la majorité insurrectionnelle était composée d'hommes qui, résolus à ne pas faire quartier, n'en méritaient pas. Le gouvernement a parfois les nécessités de la guerre. Louis XVI, sacrifiant le sang de ses fidèles gardes pour épargner celui d'indignes sujets, est à plaindre plutôt qu'à admirer. La populace, sure de l'impunité, se joignit aux brigands parisiens, arrivés le jour et même depuis la veille, et bientôt les avenues du château fuivnt inondées d'une foule hostile qui battait incessamment de ses flots hurlants la Ivirrière ébranlée des gardes du corps. Ceux-ci, fidèles .^ leur consigne et accablés d'invectives et de menaces, opposaient à la multitude luie sérénité qui ne faisait que l'exciter davantage. Ils 1.0 songtwient qu'à maintenir leur poste et, de temps en temps, à rompre, jxir de prudentes sorties, les trop grandes masses du peuple qui, en pos;\nt à la fois sur un point, pouvaient les déborder et forcer les irrillos, \^\ milice do Versailles, d'abord spectatrice et retranchée surtout du coîo di < oasornos do> aiioions gardes françaises, attendait, pour Uîaniiosttr sos \Oritab!os soi.îimonts, une occasion qui lui fut bior.tôt oiTorîo. Il itait o;i\;îv.» >:\ ii.uros, lorsqu'un milicien de Paris, i;ui rtaii \o!.u a\oo lo> jviss.irdr s, — si Ton peut donner ce nom à iii> tVn.ir.os i:iî'/ l.s j oi<>:tî\!:s cilcs-mémos, le 7, renièrent solennels nu:. t • tî o.ii: :/apj\îrte:..i:o!:î, pour ainsi dire, à aucun état ni à auv u:i >i \-\ — so ^ :a sur la lijr.o dos ganlos du corps, afin (le piiuîivr viar.s la proiiiiiro cour. Par respect pour sa vie. on le laissa poivor lo> ra!-i:< 'uMîuà la i:î:llo. Mais le manjuis do Savonnièros, liouîor.aît lît s i:a!\li> liu Ov^rps. \o\aiit que ce misérable essayait de s^ibivr, à traNors la irrillo, la scntir.ollo suisse qui refusait do lui