‹ Marie-Antoinette et sa familleChapitre 9 sur 142 · Recueil d'Ameth, p · texte numérisé non relu

Recueil d'Ameth, p

4. Recueil FeuUlei de Conches, p. 28, lettre de Marie-Antoinette du 7 décembre 1771.

anecdotes de sa jeunesse, qui divertissent fort ses petits-enfants ^

En décembre, la faveur de Marie-Antoinette augmente. Le roi et le Dauphin sont flattés de voir la Dauphine les accompagner à cheval dans leurs courses et leurs chasses, embelHe encore par le gracieux habit équestre. La Dauphine, jalouse de mériter leurs suffrages et heureuse de ce succès dans un exercice qu'elle affectionne, se montre volontiers en amazone, aux applaudissements de la cour et aux appréhensions de sa mère, qui tremble pour sa santé *.

Jusqu'au bout Marie-Antoinette triomphe dans ce tour de force de conserver les bonnes grâces d'un prince que tant de personnes ont intérêt à faire changer •.

Et cela sans concessions exagérées, sans sortir de ce juste milieu qui est le devoir *.

Le roi Louis XV, on le sait, avait quatre filles, dont son insoucieux égoïsme ne s'était guère occupé, qu'il ne voyait, pour ainsi dire, qu'au débotté, auxquelles il avait donné des sobriquets d'une familiarité humiliante, et qui vivaient dans la retraite, partagées entre les soins d'une dévotion étroite et les petits calculs des coteries auxquelles elles apportaient tour à tour une influence qui ne pouvait être que celle de leur rang. Car une seule, Tauiée, madame Adélaïde, avait du caractère et de l'esprit. L'un et Tautre manquaient à ses trois sœurs, qu'elle gouvernait assez despotiquement au gré de ses ambitions et de ses rancunes. Pour oublier tout le mal que, dans des intentions peut-être irréprochables, ses tantes firent à la Dauphine, il faut se souvenir de leur admirable, de leur héroïque dévouement, lors de cette dernière maladie de leur royal père, dont elles faillirent

1. Recueil dlluHolstein, p. 38, letire de Marie-Antoinette du 26 octobre 1772.

2. Becueil tTAmeth, p. 60, lettre de Marie-Antoinette du 15 décembre 1772.

3. Becueil (TArneth, p. 76, lettre de Marie-Antoinette du 18 arril 1773. i. Ibid,, p. 87, lettre de Marie> Antoinette du 17 Juillet 1773.

toutes les quatre mourir elles-mêmes ; cette abnégation filiale et la foi qui leur en donna le courage demandent grâce pour tout le reste, et l'éclat de cette page de leur histoire efface les ombres de toutes les autres.

Marie-Antoinette, abandonnée à elle-même au sein d'une cour étrangère et hostile, chercha d'abord tout naturellement un refuge dans sa nouvelle famille, auprès de ses tantes, dont le sexe, l'âge et l'expérience encourageaient cô besoin d'affection entretenu par les habitudes cordiales de la cour toute domestique de Vienne. En même temps que la Dauphine s'avançait vers elles, prête à se réfugier dans leurs bras et sur leurs cœurs. Mesdames, mises en mouvement par l'initiative habituelle d'Adélaïde, faisaient par curiosité, par calcul, par bienveillance peut-être, la moitié du chemin vers cette princesse exilée, cette femme enfant qu'elles eurent à la fois le désir de protéger et l'espoir de dominer.

M™* Campan a résumé dans un passage de ses Mémoires les vicissitudes de cette première influence de Mesdames sur Marie-Antoinette, influence qui dura, intermittente, et bientôt fondée sur les convenances plus que sur les sentiments, de 1770 à 1774, jusqu'au jour où la mort du roi, les premières liaisons personnelles de la Dauphine, le choix de M. de Maurepas comme premier ministre, dénouèrent le dernier lien de cette intimité relâchée, où le cœur n'avait pas eu, des deux côtés, assez de part.

Les trois princesses, filles do Louis XV, se réunirent pour offrir à Marie-Antoinette de magnifiques présents. Madame Adélaïde donna en môme temps à la jeune princesse une clef des corridors particuliers du château, par lesquels, sans aucune suite et sans être aperçue, elle pourrait parvenir jusqu'à Tappartement de ses tantes et les voir en particulier. La Dauphine leur dit avec infiniment de grâce, en prenant cette clef, que pour lui faire apprécier toutes les choses superbes qu'elles voulaient bien lui donner, il n'eût pas fallu en môme temps lui en offrir une d'un prix inestimable, puisqu'elle devrait à cette clef une intimité et des conseils si précieux pour son âge. Elle s^en

servit en effet bien souvent; mais seule madame Victoire Tautorisait, tant qu'elle fut Dauphine, à rester £ainulièrement chez eQe; madame Adélaïde ne pouvait vaiDcre ses préventions contre les princesses autrichiennes, et était ennuyée de la gaieté un peu pétulante de la Daupbine; madame Victoire s>n affligeait et sentait que leur société et leurs avis eussent été bien utiles à une jeune personne exposée à ne rencontrer que des complaisants ou des flatteurs. Elle chercha naéme à lui faire trouver de Tagrément dans la société de la marquise de Durfort, sa dame d'honneur et sa Êivorite. On donna plusieurs fêtes agréables chez cette dame; la comtesse de Noailles et Tabbé de Vermond s'opposèrent bientôt à ces réunions.

On comprend parfaitemeni que M"^ de Noailles et l'abbé de Vermond \issent d'un mauvais œil une influence qui supplantait la leur. La destinée des princesses les e-xpose à ces perpétuels conflits où on se les dispute trop souvent à leurs dépens. Mais il faut rapporter à une cause plus noble et légitime, c'est-à-dire à la répugnance formelle et énergiquement manifestée de Marie-Thérèse, la décadence et la chute de ces rapports, qui, selon la prévoyante mère, isolaient dangereusement sa fille de son centre naturel d'action et de direction, et subordonnaient un rôle destiné à l'indépendance souveraine. Il est curieux, il est important, — au point de vue des conséquences que ces faits, en apparence insignifiants, acquerront plus tard par une longue fermentation, au point de Mie des résultats étranges que l'avenir fera produire à ces petits levains intimes, à ces crises domestiques, — de suivre dans la Correspondance les traces essentielles de ce commerce avec les tantes, et de ces sentiments parasites dont Marie-Thérèse, dès les premiers jours, attaque les racines toujours renaissantes. En juin 1770, à l'occasion d'une visite à l'établissement des dames de Saint-Cyr, Marie-Antoinette révèle à sa sœur, Marie- Christine, qu'elle a appris avec étonnement que les filles du roi n'avaient point été élevées à Saint-Cyr, mais dans un couvent trèséloigné, en province, où elles faisaient le plus souvent ce qui leur plaisait et n'avaient rien appris, a Elles savent cependant beaucoup

de choses, ajoute Marie-Antoinette, mais elles les ont apprises depuis * . ))

Comme il était facile de le prévoir, c'est moins du côté de Madame Adélaïde, esprit hardi, volonté mâle, animée contre l'Autriche d'une hostilité qu'elle avait trahie vis-à-vis de M""* Campan d'une façon presque brutale *, que du côté de Madame Victoire, plus douce et plus sympathique, que se tourna Marie-Antoinette '.

Dès le 1" novembre 1770, la vigilante Marie-Thérèse prévient sa fille de l'inconvénient de ces habitudes retirées, négligées et comme monastiques, affectées par Mesdames *.

Ailleurs, l'impératrice blâme sa fille de monter à cheval, ce qui gâte le teint et la taille, et de s'autoriser en cela de l'exemple de Mesdames *.

Le 14 février 1771, Marie-Antoinette esquisse à sa mère la physionomie de chacune des trois sœurs (Madame Louise était aux Carmélites de Saint-Denis, où Marie- Antoinette avait assisté à sa prise de voile dans les premiers jours de septembre 1770) ®, et par ce premier essai d'un jugement porté sur elles cherchait à dissuader sa mère de la crainte de tout engouement.

Il y a ici beaucoup trop d'étiquette pour que l'on vive de la vie de famille. Le roi est toujours ce que je l'ai trouvé à mon arrivée, très-bon pour moi ; mais il reste en son particulier, et il a rarement grand couvert. Tous les membres de la famille font de même, et quoiqu'on habite dans le même palais, on est loin de s'y réunir tous les jours. Ma tante Adélaïde m'intimide un peu ; heureusement que je suis favorite de ma tante Victoire, qui est plus i'imple. On voit le roi au moment où il sort : un

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