Webcr, p. 207. — Campan, p. 250. — lUvarol, p
irrésolution, on laissa passer, au milieu de dangers croissants, l'heure décisive, l'heure unique du salut.
Vers dix heures, un aide de camp de M. de La Fayette vint annoncer son arrivée prochaine, à la tête de l'armée nationale de Paris. Le mystère de son dessein rendait cette approche encore plus
effrayante. Etait-ce un libérateur ou un tyran que ce général de la popularité, conduit par ses vingt mille hommes fanatisés par les excitations du départ et de la route, au milieu des émissaires corrupteurs de tous les partis? Ce qui peint la situation, c'est que le roi, plus enclin à la méfiance qu'à la confiance, et à la crainte qu'à l'espérance, songea d'abord au danger et résolut de le prévenir en abritant son inviolabilité derrière celle des députés de la nation. Il fit donc savoir au président combien il désirait le voir au château, avec le plus grand nombre de députés qu'il pourrait amener. La salle était pleine de poissardes, de crocheteurs, de forts de la halle et de quelques députés courtisans de la multitude. On dut faire rappeler au son du tambour ceux que la fatigue, le dégoût ou la peur avaient éloignés. Pendant qu'ils arrivaient, la foule se plaignit d'avoir faim, et il fallut trouver une pâture au monstre. Ce fut pour le parti avancé une belle occasion de générosité, et grâce à cette providence, des vins, des viandes et des liqueurs entrèrent, comme par une sorte de miracle, par toutes les portes de la salle, et les députés délibérèrent au bruit de ce banquet improvisé du peuple-roi.
On fut enfin averti de l'arrivée du marquis de La Fayette, entre onze' heures et minuit. M. Mounier pria un député d'aller à sa renwntre, afin de lui faire connaître l'acceptation pure et simple par le roi des articles votés de la Constitution, sonder l'esprit de ses troupes et les apaiser au besoin par cette bonne nouvelle. M. de La Fayette, s'associant à ces intentions, fit prêter à son armée, en arrivant aux barrières de Versailles, un serment inconciliable avec ses
I MARfE-ANTOINETTE
L-'x-^i'^iLs et incompatible avec son existence même; car le roi
r- 1-z.l: encore le droit de convoquer la garde nationale de Paris
-,j:i V-rfuilles, et pour se garantir contre ce silence du roi, auquel
ij.i^:i:V^ n'avait point suppléé, M. de La Fayette n'avait que Tordre
.^..jTf : -fr muiiioipalité plus soucieuse de détourner le torrent que
- r. r.i>::Js. H avait de plus, il est vrai, des intentions d'ordre et de
:.-..-:.:ic. jue b nuit devait si tragiquement démentir, et qu'un tel
-. .-•: riii'i i:en:ellr?ment suspectes.
1. :h Lj Fi;-:c;e ::; arrtHer <a milice à la hauteur de la salle de TAssembh^t» Mtio- c • - .rf^i^c:.» 5*vil. II dît d'abord au président : « Qu'il fallait se ra<<un»r. que
115 :e >.'i: xr."-*: re «ievail IrouMer personne, (ju'elle avait juré de ne faire et <ie
s.«f*~:" li'."-"* •. :-\or.co. Le président lui demanda ce que venait donc faire ivlle -..r* -- ^c^'-L njor.dit: a Ou'il n'en savait rien, mais qu'il fallait calmer If : i- r.L":'tf':-»f:: *u i*?uple, en priant le roi d'éloij;ncr le répriment do Flandre, et de ..^ ,111".:':».*^ --'^^ *?" îa\eur de la ccK'arde patriotique. »
ïi ».■••■:.- :j:". vo; r:rani:e dialoj;ue. le mar(|uis alla rejoindre son armik», la jwta ^- c .'i-oi' i Ar-.v.os, à [entrée des avenues, dans les rues, ])arloul où elle voulut se • A-' !* rxi::ji ciez le roi, auquel il dit en entrant : a Sire, j'ai prt»féré venir ii vos ■^: •....'.o ■..»:nines armes |>lutôt (jue de mourir en phice de(îrè\e.
..• > ■. ..: :: est c«»iitai;iouse roninie la peur et ne raisonne pa> plus
/' v.o pont o.\|>li(iuer que par ces niiraclrs de rillusion lo
•■. PVv'quo (jui rendit sur-le-chanij), en présence de faits ot do
....«X-. :;u faits ('ei)eiKlant i)our rassurer, h» roi, la cour, rA>-
,\. . .\;.i!op.ioiit (optimistes. La reine même parut convaincue. Ello
,1 *\. >;::* l'aniour-propre du général plus (|ue sur son dévouenvMit,
, .v\;,: a^^o/ maître de ses troupes pour dominer la situati^m.
^- .-•..; vio cet accord dans Taveuglement, le roi congédia le piv-
^. c . \;:.u;ison apppel, se placer à ses cotés avec un nombre de
v.w^ >'-"^-^>^^ï^^ pour représenter l'inviolabilité législative, rewu>a
^A:\io> du corps à Hambouillet , et conlia sa personne et >a
i):Kû;o ,\ U gaixlo du marquis do La Fayette et de son arn)éo. Et K'
général, plus flatté de la confiance qu'effrayé de la responsabilité, poussa cette sécurité qu'il venait d'inspirer, et dont l'excès même atteste la sincérité, au point de négliger les mesures les plus essentielles de précaution. Epuisé de fatigue, il donna au roi et à l'Assemblée un exemple trop facilement suivi en allant se coucher, à deux heures, à riiôtel de Noailles. Le sanctuaire de la royauté demeura livré à ses gardes, parmi lesquels veillaient heureusement quelques fidèles obstinés; le sanctuaire de la loi demeura abandonné à Mirabeau, et la multitude bivaqua à l'Assemblée, dans les rues et sur les places, en butte à toutes les tentations de l'or, du vin et de l'occasion, à la propagande de la tribune et du cabaret. Avant de dire le résultat funeste de cette conspiration de négligences, avant de montrer le roi victime de ses conseillers et prisonnier de ses libérateurs, il est nécessaire et consolant de considérer un moment, prête à aller s'endormir au milieu des poignards qu'on aiguisait dans l'ombre, cette reine magnanime, en qui la haine révolutionnaire pressentait le seul adversaire à redouter, que Mirabeau avait voulu dépouiller de l'inviolabilité, et dont la mort était le véritable but de cette irruption armée qui le proclamait dans ses cris *.
La Révolution rendait justice à Marie-Antoinette, qui, au 5 et au 6 octobre, se conduisit, comme sa mère, dans les circonstances les plus faites pour voiler le devoir et affaiblir le courage, non en femme mais en homme, non en reine mais en roi.
Au sein de tant de porGdies de tout genre, sur ce théâtre où la pour et la lâcheté conduisaiont la faiblesse à sa perte, il s'est pourtant rencontré un grand caractère, et c*est une femme, c'est la reine qui Ta montré. Elle a Gguré seule dignement, par sa contenance noble et ferme, parmi tant d'hommes éperdus et consternés, et par une présence d'esprit extraordinaire quand tout n'était qu'erreur et vertige autour d'elle.
i. RiTarol, p. 290. — Campan, p. 251
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gés. Leurs corps palpitants furent traînés sous les fenêtres du roi, cil une espèce de monstre, armé d'une hache, portant une longue barbe et un bonnet pointu, leur coupa la tête. Ce sont ces deux têtes, arborées d'abord dans Versailles au bout d'une pique, qui furent ensuite portées, trophées cannibalesques, devant le carrosse du roi, et promenées dans Paris.
Les assassins pénétrèrent, les uns par le grand escalier, les autres par le côté de la chapelle, dans l'intérieur des salles, et forcèrent celle des Cent-Suisses, où après avoir tué un troisième garde du corps sur le haut de l'escalier de marbre, ils firent irruption, emportant d*assaut une fragile barricade improvisée par les gardes du corps surpris, et les poursuivant de salle en salle avec des hurlements sauvages et des cris de : Mort à la reine!
La reine dormait. Heureusement pour elle, ses deux femmes de chambre, saisies de pressentiments funestes et noblement rebelles à Tordre qu'elle leur avait donné de se mettre au lit, s'étaient bornées à s'asseoir, en compagnie de leurs propres femmes, contre la porte de la chambre à coucher de Sa Majesté. Le matin, elles entendirent tout à coup des cris, des bruits d'armes, le grondement avant-coureur des débordements populaires; l'une d'elles entra chez la reine pour la réveiller, l'autre vola à l'endroit où le tumulte retentissait. Elle ouvrit la porte de l'antichambre qui donne dans la grande salle des gardes, et là elle vit un garde du corps, tenant son fusil en travers de la porte, et cpii était assailli par une multitude furieuse, dont les têtes apparaissaient à travers l'entre-bâillement. Son visage était déjà couvert de sang; il se retourna par un effort suprême, et lui cria : Madame, muvez la reine; on vient pour C assassiner 1 La femme de la reine «ferma soudain la porte sur cette malheureuse victime de son devoir, poussa le grand verrou, prit la même précaution en sortant de la pièce suivante, et arrivée à la chambre de la reine, elle s'affaissa, en
lui disant d'une voix étouffée : Sortez du lit. Madame, ne vous habillei pas, sauvez-vous chez le roi!
Pendant ce temps, le garde du corps attaqué, le chevalier de Aliomandre de Sainte-Marie, soutenu par un de ses camarades, AT. du Repaire, accouru d'une salle voisine, supportait en désespéré leffort des assaillants, et finissait par tomber, à côté de son ami sanglant, sur le seuil que la foule franchissait en passant sur leurs corps.
La reine, éveillée en sursaut, s*était jetée hors de son lit ; on lai passa un jupon sans le nouer, et toute frissonnante, elle s*élança, soutenue par ses deux femmes, vers rOEil-de-Bœuf. La porte était formée ; on frappe à coups redoublés. Enfin un valet de chambre du roi vient ouvrir. La reine entre dans la chambre de Louis XVI et ne Ty trouve |vis. Alarmé par les bruits effrayants qui retentissaient du coté do rappartoment de la reine, il était descendu par les escaliers el los corridors ciui rognaient sous TCEil-de-Bœuf, et le conduisaioit habituollomont chez la reine sans qu'il eût besoin de traverser cette pùVo; il 110 trouva ohoz ollo quo los gardes du corps qui, fuyant lapjmvlio du pouplo, s'y ôtaioiit rofugios. Le roi les fit entrer dans rOKil-vlo-BiVuf ot ivviiît lui-numo chez lui, saisi d'une mortelle aïigvMsso. qui no so dissi|\a qu'à la vue do tout ce qui lui était cher. La ivino l\\ttoiklait« tonant la main do Madame Elisabeth, et couvrant do Ivusors SOS oiîtaiils quo y\- do TourzoL gouvernante des enfants do Frai.iv, xonail do oonduirt> ohoz leur auguste poro. Il est plus fecile ilo so ivpivsonlor ootîo soono d attendrissement et de désolation que ilo la poiiîJiw
r.opoudant la ttvupo dos assaillants pénétra enfin dans la cliambre àv* la ivino^ ol so prw'pitaiit sur son lit, ils écartorent les rideaux pour, rv.ouv frap{Vî\ Furiouv do \oir tour \iclimo échappée, ils s'acharr.i'ivnt un nvîîîoiil sur oouo vouclio \ido qu'ils |>ercèrent en vain de
leurs sabres et de leurs piques, puis ils retournèrent dans la galerie pour forcer l'CSlil-de-Bœuf et l'appartement du roi. Dans la rage qui les transportait, ils auraient massacré sans doute la famille royale, s'ils n'avaient rencontré dans cette antichambre d'anciens grenadiers des gardes françaises, incorporés dans la milice parisienne, qui avaient pris les gardes du corps sous leur protection, et qui de concert avec eux défendaient la porte du roi. Devant leur énergique contenance et leurs menaces de faire feu s'ils ne se retiraient à Tinstant, la horde sinistre s'écoula en désordre par le grand escalier et alla rejoindre dans la cour le groupe des brigands qui se préparaient à mettre à mort les quinze gardes du corps captifs, sous les fenêtres mêmes du roi.
Ce secours providentiel des grenadiers des gardes françaises était dû h M. de La Fayette qui, réveillé et prévenu, honteux du mal produit par sa confiance, tremblant de pis encore, s'était présenté à cette élite de son armée, l'avait haranguée, entraînée, et venait avec elle dégager le château et sauver les gardes du coi-ps, qui, seuls cette nuit-là, avaient fait leur devoir. La populace armée, trompée dans son espoir et arrêtée trop tôt par cette intervention, s'apprêtait dans la cour à se donner le féroce dédommagement du massacre des quinze gardes du corps réservés pour cet holocauste. La Fayette accourt : « Grenadiers ! cria-t-il à des soldats qui passaient pour relever un poste, souffrirez-vous donc que de braves gens soient aussi lâchement assassinés? Je les mets sous votre sauvegarde; jurez-moi, foi de grenadiers, que vous ne souffrirez pas qu'on les assassine ! »
Les grenadiers le jurent et mettent les gardes sauvés au milieu d'eux. Mais plus loin, la populace, chassée du château, furieuse et trop bien secondée par la garde nationale de Versailles, avait arrêté quelques autres gardes et s'apprêtait à les égorger; elle voulait les massacrer, par un raffinement de cruauté, sous les fenêtres mêmes
ET SA FAMILLE. 3n
çaises qui accouraient occuper l'CSlil-de-Bœuf, suspects libérateurs. Tout n'était que pâleur, confusion et larmes auprès de la reine et du roi. Les femmes de la reine criaient et sanglotaient. Le garde des sceaux se désespérait. MM. de la Luzerne et de Montmorin se voyaient tels qu'ils étaient, sans courage et sans idées. Dans un coin du cabinet se tenait M. Necker, frappé de stupeur et essayant en vain de mesurer l'abîme d'impuissance et d'impopularité où il allait tomber de si haut. Le roi était de plus en plus abattu. Seule, la reine, avec une fermeté noble et touchante, consolait et encourageait tout le monde *. Et en donnant du courage à tous, elle en gardait encore assez pour défier la fortune et suffire à l'épreuve que Rivarol a racontée en termes trop éloquents pour être suppléés ou égalés.
Le peuple ayant fait gràco aux gardes du corps no perdait point de vue le principal objet de son entreprise, et demandait à grands cris que le roi vînt fixer son séjour à Paris. M. de La Fayette envoyait avis sur avis. Le roi, fatigué, sollicité, pressé de toutes parts, se rendit enfin, et donna sa parole qu'il partirait à midi. Cette promesse vola bientôt de bouche en bouche, et les acclamations du peuple, les coups de canon et le feu roulant de la mousqucterie y répondirent. Sa Majesté parut elle-même au balcon pour confirmer cette parole.
A cette seconde apparition, la joie des Parisiens ne connut plus de bornes et se manifesta sous les formes les plus hideuses. On s'empara des gardes du corps, auxquels on venait d'accorder la vie; on leur arracha leur uniforme et on leur fit endosser celui de la garde nationale. Hs furent réservés comme prisonniers, comme otages, comme ornements du triomphe des vainqueurs. Les deux milices de Versailles et de
i. Rivarol, p. 3ii. — « i'ai lo courage de savoir mourir, disait-elle, mais je voudrais au moins que ceux qui sont assez vils pour faire le métier d*assassins eussent la conscience du crime, c'est-à-dire de se montrer tels qu'ils sont. » Quelque temps après que les mmistres furent arrivés ches le roi, on tira même dans les cours quelques coups de fusil, dirigés contre les croisées de Pappartement de Sa Majesté. On m'a raconté que M. de la Luzerne, ministre de la marine, ayant vu une balle frapper le mur près de la fenêtre où se trouvait la reine, s'ATUiçm ot se glissa, comme par curiosité, entre elle et cette fenêtre. Le motif de ce mouvement n*échappa point à la reine. «.Je vois bien, dit-elle à M. de la Luzerne, quelle est votre intention, et je vous en remercie; mais je ne veux pas que vous restiez là, ce n'est pas votre place, c'est la mienne. » Et elle le força de se retirer, i» (Weber, p. 275.)
U^ MAIIE-ANTOINETTE
j .-3piiaie if .-vsMînnc. pendant quelques heures, de se donner des marques du bon- K*jr .e nos josxîLuic pt}ar le roi et la famille royale. L'espèce de nionstre à bonnet >'intu ^ 1 unjDtf barbe, tlont nous avons déjà fait la peinture, se promenait avec âeatunun snr ii pûi», montrant son visage et aes bras couTerts du sang des gardes iii rjrptk « « pÔLpait .pon l'eût fait venir à Versailles pour ne couper que deux i'».if^ Su:* rjftt a>J»i^ l'? délire inhumain des poissardes ; trois d'entre elles s'assi- -Tfni 2ur e ..-jiîivTe d'un garde du corps, dont elles mangèrent le cbeval dépecé et iuorftif zac leors o>mpagnes. Les Parisiens sautaient autour de cet étrange festin. A ifur? =n3sç<:ctr. à leurs niouvemenlà. à leurs cris inarticulés et barbares, Louis X?I, (UL j?s ^■:y"a:t de sa fent-lre. pouvait se croire le roi des cannibales, et de tous les jflcârxxçfcj^ du nouveau monde. Bientôt aprt»s. le peuple et les milices, pour ijOacer à leur ivresse par un nouveau succès, demandèrent à voir la reine. Sans ies;ter. cette princesse parut au balcon avec M. le Dauphin et Madame Rovule à ses côtes. Vingt mille voix lui crièrent : Point d'enfants! Elle les fit rentrer et se montra seule, .\lors son air de grandeur dans cet abaissement et cette preuve de counge dans une obéissance si périlleuse l'emportèrent, à force de surprise, sur la barbarie du peuple; elle fut applaudie universellement. Son génie redressa tout à coup Tinstinct de la multitude égarée, et s'il fallut à ses ennemis des crimes, des conjurations et de longues pratiques {our la faire assassiner, il ne lui fallut à elle qu'un moment pour se faire admirer*...
Le roi ayant fait ses préparatifs et obtenu de la lente condes-
condaiioe do T Assemblée une escorte de cent députés, se ivsolut enfin au départ, que hâtèrent les murmures de la multitude, impatiente de son Irionij^he. 11 serait dillicile de peindre l'ordonnance lente et contuse de cette procession, à la fois carnavalesque et terrible, qui dura six heures. Elle commença par une décharge générale i\o toute la mousqueterie de la garde de Versailles et des milices parisiennes, qui scandaient la marche par des salves intermittentes, toujours imprévues, et provcxjuant toujours un mouvement de désordre, de terreur et de joie.
Le cortège était ouvert par le gros des troupes parisiennes; clKUjue soldat emportait comme symbole de cette insurrection faite
1 nivârol, p. 343. 3U.
au nom de la faim, au milieu de l'abondance, un pain au bout de sa baïonnette. Ensuite paraissaient les poissardes, ivres de fureur, de joie et de vin, tenant des branches d'arbre ornées de rubans, assises à califourchon sur les canons, montées sur les chevaux, et coiffées des chapeaux des gardes du corps ; la plupart brandissaient des sabres et des fusils, quelques-unes étaient cuirassées. La multitude des brigands parisiens les environnait, prostituant les honneurs du drapeau aux dignes trophées de cette armée de cannibales : deux têtes de gardes du corps, soigneusement lavées et frisées, et portées au bout de deux piques ensanglantées par deux des héros de l'assassinat et du guet-apens. Les chariots de farine et de blé enlevés à Versailles et couverts de feuillages et de rameaux verts formaient un convoi suivi des grenadiers de la garde nationale de Paris, qui semblaient n'avoir sauvé la vie aux gardes du corps épargnés sur leur intervention que pour leur faire subir l'humiliation de ce triomphe, où désarmés, tête nue, environnés de baïonnettes, ils figuraient les captifs.
Enfin venait le carrosse royal, où Louis XVI se tenait entouré de toute la famille royale, avec la gouvernante des enfants de France. On se figure aisément dans quel état, quoique la reine, par un scrupule de coquetterie héroïque, et de peur qu'on ne se montrât à la capitale avec moins de décence que de douleur, eût recommandé aux princesses et à toute sa suite de réparer dans leur toilette le désordre du matin.
Derrière la voiture, après la file réservée k l'escorte des députés, suivaient tristement, partie à pied, partie à cheval, quelques gardes et serviteurs fidèles, épuisés de fatigue, de douleur et de faim. Les dragons, le régiment de Flandre, les Cent-Suisses, la garde nationale précédaient, environnaient et fermaient le cortège, mélange si eflrayant des pompes militaires et du populaire triomphe. Ce
»» MAllE-ÂNTOINETTE
-j-Vcrhe éclatait de temps en temps dans des sortes d'intermèdes, iinzu .trsjuel5 les sahes de mousqueterie, les chants , les cris, les r-ccir:? y^zrui du carrosse du roi, formaient mi spectacle digne de .>? re rrui «lui en marquait le sens : « yous ne manquerons plus de 3tf;n. TjfL'; -If >mLiLvjer, la boulangère ei le petit mitron. »
El :îi*:^ -rcuniîe et terrible I au milieu de cette foule avinée et rvcue :-ii, ie* pairs au bi^ut des piques, chantait le retour de Vsr^ rcnàiJii:'?, uiie f^ule p??rs*:'Qne eut faim, c'est le Dauphin, qui le dit aal'-ef: >'-: j. si nièn?. A cet aveu, )larie-Antoinette, qui s'était fait in Xiis:-!^ ki»? ii:aj»r5tu«?u5*? impassibilité* sentit son visage se déxaiir** > r. .'aur 5^? fondra. Elle pleura.
Le ^r-:^' tri'.mphal et funèbre que nous avons décrit, et où [\:a pnu: \ ; r coainie le convoi de la royauté, entra dans Paris, vers .e< seç-: :> ines du s^.ir, à travers les flots et les cris d'une populace ■fu deLij>\ qui a:teridait sa proie depuis plusieurs heures, malgré le rrvivi «et la pluie. Les rues étaient illuminées, et cette allégresse ins*,\i*r:e rvridait encore plus poignant le contraste de la pâleur et de A ::-<:;>>. vi-;> ":.Vo> forcos qui en liaient TL^bjel, et dont on fètail :::;::> !.-. no- ;;o quo la dviaito.
l.r: - : ; r':* 'i:iî:t, trouvant dans los illusions do sa bonté la force .:; >;' r^-s ^* r ;\m pr^.sont et d'oublier Tavenir, répondit, en quelques :\r;v":> .>".;> -:: i.:;-::>:s. au compliment du maire de Paris, trop .uM.: ■: :;i: : ur u.o coivm'iiie qui Tétait si peu. Et conmie l'ora- :.;::*, : ..is : :*. ; o;ipè de son elTel que de la situation, répétait incom- {\c:L:ri:.: !':> paivles iv.\ales, et en oubliait le mot le plus flatteur et le plus es>' nlioL la reine le lui rappela, avec une pivsence d\ >jM:t et u!ie majest»'" qui étonnèrent et séduisirent tout le monde autv^ur àM!e. Enlin, après la ilerniêre épreuve d'une exhibition aux ilaîv.lvaux, ^'ii le couple auguste dut récompenser d'un salut sii farouciîo suiie et sourire à son humiliation, la voiture royale put n\-
mener aux Tuileries ce roi si brutalement et si inopinément reconquis par son peuple, qu'il trouva à peine un lit dans le palais de ses pères, abandonné depuis trois règnes, et où rien n'était prêt pour le recevoir.
Louis XVI, en présence de ces embarras et de ces déceptions, déploya, comme toujours, ce courage muet de la bonté et de la résignation qu'il devait pousser à ses dernières limites. La reine, plus prévoyante, ne se coucha que pour gémir. Le détail suivant nous initie intimement à ses sentiments :
J'avais vu Sa Majesté seule dans ses cabinets, un instant avant son départ pour Paris; elle pouvait à peine parler; des pleurs inondaient son visage, vers lequel tout le sang de son corps semblait s'ôtre porté ; elle me Ht la grâce de m'embrasser, donna sa main à baiser à M. Campan, et nous dit : a Venez de suite vous établir à Paris, je veux vous faire loger aux Tuileries; venez, ne me quittez plus; de fidèles serviteurs, dans des moments semblables, deviennent d'utiles amis; nous sommes perdus, entraînés peut-être à la mort; les rois prisonniers en sont bien près^.. »
Nous ne clorons pas ce tragique épisode, où la barbarie de Paris n'eut d'égale que l'ingratitude de Versailles, sans signaler un fait vengeur, qui servira, en montrant le châtiment suivant de près la faute, de moralité à ce récit.
Le lendemain du 6 octobre, MM. Mounier, de Villequicr, de Lally-Tollendal et une foule d'autres députés donnèrent leur démission, et demandèrent des passe-ports a afin de se dérober à la fois aux lauriers de la capitale et aux poignards des provinces » . IIb s'épargnèrent ainsi la honte de voir leur nom au bas de cette adresse aux provinces où l'Assemblée s'associait au triomphe de l'insurrection, en légitimait le but pour se dispenser d'en blâmer les moyens, et invitait le pays à se féliciter avec elle « de la conquête
i. Madame Campan, p. 256.
MAiiE-AyronrETTE
A ijai"^ ie? fexrs suspectes, de prosaîries '*r pasrrmiiîiies p«}i y» i^r?. O'-ist cependant à Loms XSJ ?i*3a «iff^xit «rr? pain dn :*»TCÎe. -TTic l'on plantait ainsi chez lui r-imme tel rron»::!!?- sans se D'iiTt? Trie c'était un hommage. Les apçar'aDeits ie !a. r^ine «kûnt r:aj::;rL* à ceux du roi. En bas éuiîîLi j» aâîhet i» toGetie, h i^arrr* i coucher, le salon de comf^iziî» 5» KCe nyiioîé dêdue, T*fiîife»- *Tï quek[ue sorte à une o:«!>ir5:c rrrr^. A r^citre-stjU h ïnijh'.Ahhqw: de la reine, garnie de se? lire? '5* V*rsaîIIe5 et de Triaiioii, et oii les titres sévères alhJEîu seuils 'àési-nsaî^ lattirer. C'est là que Marie- Antoinette allajt pkssgr ses J-iarLêes à écrire, à rallier les prolecteurs hésitants, k c/.-lî*^ fes aais bkisanieux, à se rapj»eler au souvenir des exilés fidèles, à c:«DjK^5-er, sans autre inspîratioij ou** ceDe dune précc»ce eiytérience et d'un i>:»n sens qui Q'^vinai: inui «• oiiellf ne savait pas, ces admirables Lettres et Hi«'niorfs qu- rm: fhJ: de J& reine du roman la reine de rhistoire, et de ' ;iinî;ii»« wràmkr*: ôe JribJtou une femme, un homme d*Etat, qui se
.__ ,,-::^-f. . -1.: rî:.[.irî'?rjj^'ijl de .Madame, dont les cramis >eux - j..;.T..:.:": > [ j. dui-^ iîiqui''tud»' virilo. La chambre oii couchait le r;j,r.\.r., iiir.^xx'jjt f-A \u'z*''i^\x nj'-tou, que rer.dait d»'ji si louchant . f.ii-><iitirnont du martyre, M'jiarait de l'alcove du roi rapparlement •vir.riiial. A|)n\s h; salon de (;onïi)a;2:nie , venait le billard, pn*5 d'- antichanjbn's. La gouvernante des enfants de France, M"* d^ T-'ur/'-l, arrivéod^s le S octobn», MM. de Chastellux, d'IIenilh, d'' Koquelaure, habitaient le rez-de-chaussée du pavillon de Flor»'; Madame Klisabeth, le premier éta^îC; M'"''* de Mackau, de (iramont, d'Ossun, et (rautr(\s personnes de la maison ou du senior les étapes supérieurs. Au premier étage du palais se trouvaient la sall(? des ^^ardes, le lit de parade, et d(\s appartements ayant la nn^nu» destination et le mémo usage que la galerie de Versailles.
ET SA FAMILLE. 3i5
Durant les premiers temps, la reine eut des moments d'abattement et de découragement invincibles. Son orgueil, si rudement courbé, se redressait douloureusement sous la quotidienne humiliation. Son âme, détendue de l'immense et héroïque effort des 5 et 6 octobre, se reposait dans une franche douleur, à laquelle succédait parfois une tristesse morne. Elle essayait en vain de distraire, par des lectures, la conversation, la sujétion matérielle d'un travail manuel, son imagination pleine de pressentiments et de fantômes. Elle remplissait, d'un doigt fiévreux, d'énormes champs de tapisserie. Elle écrivait avec le plus pur de son cœur à M™* de Polignac. La sérénité du roi, les caresses de ses enfants, les discrètes consolations de ses serviteurs fidèles la relevaient peu à peu. Son énergie naturelle reprenait son empire. Elle s'attachait tout entière à cette grande tâche du salut. Elle élevait son fils et sa fille de cette éducation sévère et nouvelle qui a fait entrer désormais l'idée du malheur dans les soins donnés aux enfants royaux. Parfois, légère comme un oiseau, la princesse de Lamballe venait l'arracher à ces mâles labeurs, à ces décevants soucis, et elle trouvait la force de sourire encore à cette amie ingénue, qui faisait violence à ses craintes pour distraire celles de Marie- Antoinette et animait de sa gaieté naïve, de sa vivacité charmante, de son aimable bavardage, de sa voix touchante, cette atmosphère de douleur, de regret et de crainte.
Après avoir ainsi décrit le théâtre des prochaines scènes de la Révolution, il nous sera plus facile de suivre, à travers les révélations des Correspondances récemment publiées, les vicissitudes des sentiments des principaux acteiu's, et c'est ce que nous allons faire tout d*abord pour Marie-Antoinette.
Les lettres de la reine, après les événements du 6 octobre, la peignent bien dans ce premier frémissement, dans ces alternatives de douleur et d'espérance, de courage et d'abattement par lesquels
elle passe comme par une épreuve de feu, avant de présenter, à la lutte qui va remplir sa vie, son énergie définitivement et invinciblement trempée.
Dès le 7 octobre, elle écrit au comte de Mercy, qui était allé le 6 la chercher à Versailles, sans pouvoir parvenir jusqu'à elle :
Je me porte bien, soyez tranquille. En oubliant où nous sommes et comment dovs y sommes arrivés, nous devons être contents du mouvement du peuple, surtout ce matin. J'espère, si le pain ne manque pas, que beaucoup de choses se remettront, ie parle au peuple, milices, poissardes, tous me tendent la main, je la leur donne. Dpi» l'intérieur de l'Hôtel-de-Ville, j'ai été personnellement très-bien reçue. Le peuple, ce matin, nous demandait de rester; je leur ai dit, de la part du roi, qui était à côté de moi, qu'il dépendait d'eux que nous restions, que nous ne demandions pas mieux, qœ toute haine devait cesser, que le moindre sang répandu nous ferait fuir avec horreur. Les plus près m'ont juré que tout était uni. J'ai dit aux poissardes d'aller répéter toal ce que nous venions de nous dire^..
Marie-Antoinette fait ici allusion à la scène émouvante racontée en ces termes par M™"* Campan :
Le 7 octobre au matin, les mCmes femmes qui, la veille, montées sur des canon*, environnaient la voiture de l'auguste famille prisonnière et l'accablaient d'injure?, vinrent se placer sur la terrasse du château, sous les feni^tres do la reine, en demaiH dant à la voir. Sa Majesté se montra ; une femme lui dit qu'il fallait maintenant qu'elle éloignât d'elle tous ces courtisans qui perdent les rois, et qu'elle aimât les habilanls de sa bonne ville. La reine répondit qu'elle les avait aimés à Versailles et qu'elle le> aimerait de môme à Paris. « Ouij oui, dit une autre, mais au li juillet, vous vouliez assiéger la ville el la faire bombarder^ et au 6 octobre vous deviez vous enfuir aux frontières, i> La reine répondit avec bonté qu'on le leur avait dit et qu'elles l'avaient cru; (jue c'était Ki ce qui faisait le malheur du peuple et celui du meilleur des rois. Une troisième lui adressii quelques paroles en allemand ; la reine lui dit qu'elle ne l'entendait plus, qu'elle était si bien devenue française qu'elle avait même oubliés* langue maternelle. Des bravos el des battements de ma»ns répondirent à cette dinrlaration. Alors elles lui dirent do faire un pacte avec elles : « Eh! comment, reprit U