‹ Marie-Antoinette et sa familleChapitre 93 sur 142 · I. Rfcueil FfuUU de Conches. t. III, p. 109 à · texte numérisé non relu

I. Rfcueil FfuUU de Conches. t. III, p. 109 à

Nous avons extrait les passages les plus essentiels de cette admirable lettre, parce qu'elle résume l'attente discrète et la préparation solide par lesquelles Marie-Antoinette, de 1789 à 1791, essaye de triompher des difficultés de son rôle fatalement passif, et d'employer à se faire une sorte d'expérience politique les moments durant lesquels elle ne peut agir que par son silence ou par son exemple.

C'est dans cette situation si délicate, hérissée d'obstacles et exigeant à tout moment les plus héroïques sacrifices, que nous voulons fixer et peindre en détail Marie- Antoinette. Nous voulons la montrer cherchant à se faire, au milieu d'événements contradictoires et d'hommes démoralisés, une éducation douloureuse, luttant doucement et modestement contre les exaltations hostiles ou les illusions dangereuses, dominant son mari sans l'humilier, corrigeant Topinion sans l'irriter, et ménageant sans la flatter une famille non moins prévenue peut-être que la nation. Il est curieux de lire les lettres de l'empereur Joseph et celles du futur empereur Léopold sur les premiers événements de la Révolution. Une égoïste mauvaise humeur y perce à chaque mot, et ils n'épargnent ni à la reine, ni surtout au roi, des reproches et des sarcasmes qu'ils eussent peut-être, aux prises avec les mêmes événements, plus justement mérités.

Le 29 juillet 1789, Joseph II écrit à sa sœur Marie-Christine une lettre où il ne se gêne pas pour blâmer le « sauve qui peut » de Versailles et « l'ignominieux triomphe du roi » reconduit dans sa capitale par des rebelles victorieux ^

L'archiduc Léopold, grand-duc de Toscasne, depuis empereur, garde encore moins de ménagements, et il est intéressant de le citer, ne fût-ce que pour montrer combien à l'étranger on était loin d'apprécier sainement la situation du roi et de la reine, et combien celle-

1. Recueil FeuiUet de Conches, t. UI, p. 182. Voir aussi sa lettre du 3 novembre à la même Marie-Christine, t. III, p. 20G.

: HT j~"jr Jr T^-v^2n. jbr i •■ijiiT'. ^nisgie àins sa propre famille,

• T .5.— .jtr ^i" J-Jii- iirj ir;fn.r- :■* mi -s^ acr*^ k Versailles dernièremeot —■fc ir îfjr'r^s' m -ni. •' jr niTrï-i.i* > LviTr lLé»»*?âi^ i Pi», est §ans exemple, -î 3r^ Jis- -siiitrs niauTiLiCi»^ j.nr -i tj.'Jl'jtt =tri ii riKET» Kriie. Il est ÎDCOnce- -, :^ riinnirni l^-irr Iii/-=--*rî 1 .»'j- :*^r^r:i-- ■ -n^niaiir* f tlifr 2n dîner des gardes .1 ->r"i^ •' !♦• r ••::3«.*î«îr i in»^ ^^t-rie "i.u'^-— »• ^ îMiumsic i-is^iie, au momeDt de ■ jîÂfiTie ip "•r-a-li*-r j* :•-•. le r ^v ^jl-î :rir • îl" "Ufr tih x ft^ier. casser etsacri- 2f rîTn: nu ' i~ i.Mir :»^>!n:i- Z iku i" ,-: .- =;a:^ : l'iii n*i r*. jes nerls d'èCoupe el 'iinr :»^ "■.»•. n >:iir -«^ !::r.i:'i.-* :e tJ^'^r "ii-:-: 7^a -=ilï ai±.rTre et ne plains que la

^>-f 5^:ul^-:.- ci'iûor.s sTiffî^r.t p::ir ârrrè::-rr k-s difficultés que d'-vail roncontrer la reine dans «yîîe :ii:hf 'ju'-: Ile allait s'imposer, de Iriorriplirr de. la Révolution sans exf o>^r îi di^.î'é du n:»i, la sûreté d': ^''•.H rnfaiifs, «an.s ^c senir des émiçrvs et sans 1^5 décourager, sans fain: appr-l /i rintervention armée de- pui^5an'^?s tt sans s'aliéner leur appui rnoral. Tel est linsolublo problème dont la !ié\Teuse agitation. 'it:> r:".'lv.if: t^ri.p?, coiivriri -v- îv!r:j'--s «le ch -vfu\ b!à:ios précoces. >I.:r\-A:.îo;r;'-**e r.e d'-v:iiT ]•:-> r-'î^^v au î'>ur de iVroe do c«uioilifr \ii:/. de ■!. — .- ii-':.!.«::l:.^Mv> ; n. ::- i! ^uiTi? à >.\ irloire «|ue sa conduite ::..* -u'i-re. de IT'^Î^ ù 1701, si neiis rexannnoî.s à c^* point do vue, :. > ■-::'.;!.■ • ■ * ci'.'.i «rr-!!" i:';i ri'-ii fait pour t-rhnu'r et (juVIle r/.v'.i:.'.:* «i- :éu--.'r. Se.s inalii. ur>, qui furent dos fautes aux jeux de ses C'»i»t'inporaiiis, n'en sont pas aux yeux de la postérité.

En f''^ fier 1700, par exemple, se dénoua trat;i(juoment cette mvstérieuse iulri.u^u»* connue sous li* nom d'affaire de Favras*. I-a reine, (juand avorta cette ;;énért*use mais téméraire entreprise, tentée

1 Hecueil FemlUt de Conrhes, t. III, p. 107, lettre à Maric-Chmtine,du 27 octobre 1789. •j. Voir Mirrette afTaire les Mémoires de madame Campan^p. 2til, 2Cô. — Wobcr, p. 287, — et surtout les Memuirrs de Bertrand de Molle\Jlle.

à son insu et peut-être contre ses intérêts, eut l'art de dissimuler ses véritables sentiments sans les travestir. Elle ne pouvait être indifférente au sort funeste d'un homme victime, après tout, de son désir de voir la royauté, opprimée à son tour, redevenir libre et forte. Mais il était aussi dangereux d'étaler une sympathie dont ses amis eussent abusé que d'affecter une insouciance à laquelle ses ennemis n'eussent pas cru. Marie- Antoinette, refoulant ses larmes, garda la bienveillante impassibilité qui, seule, pouvait la maintenir au-dessus de ces passions où on voulait l'entraîner.

Le dimanche qui suivit l'exécution en place de Grève du malheureux marquis de Favras, coupable d'avoir rêvé une contre-révolution, et plus coupable encore en apparence qu'en réalité, M. de la Ville heumoys, qui avait le courage de demeurer l'ami d'un homme qu'on venait de pendre, conduisit sa veuve et son fils au dîner public du roi. M*"* Campan n'avait pas été prévenue assez tôt de son intention, pour épargner à la sensibilité de la reine ce navrant spectacle d'une mère et d'un enfant en deuil, dont le silence pouvait sembler une prière ou un reproche. Marie-Antoinette soutint avec une héroïque impassibilité répreuve imprévue de cette apparition, et l'œil curieux de Santerre, chef de bataillon de la garde nationale, placé demère son fauteuil par le privilège de son service au palais, n'aperçut pas le moindre mouvement sur les visages qui reflétaient le sien. Pour juger de ce qu'un tel effort coûta au cœur de Marie-Antoinette, il faut la suivTC après ce dîner terrible, se sauvant chez 31°™® Campan et se jetant sur un fauteuil pour pleurer enfin à son aise sur les malheurs d'une situation qui la forçait de contempler froidement des infortunes si honorables et de si fâcheux augure. « Il faut périr, disait-elle, quand on est attaqué par des gens qui réunissent tout les talents à tous les crimes, et défendu par des gens fort estimables, mais qui n'ont aucune idée juste de notre position. Ils m'ont compromise vis-à-vis des deux par-

<iui devenait si rare, et de sauver à leur tour ceux qui lavaient

sauvée.

On se souvient de MM. du Repaire et de Miomandre de Sainte- Marie, de leur heureuse intrépidité et de leur opportun dévouement. Tous deux étaient tombés à leur poste, criblés de glorieuses blessures, essayant encore de barrer de leurs corps, sinon de leurs épées, le chemin aux assassins déconcertés. Mais plus heureux que 3131. des Huttes et de Varicourt, massacrés du premier coup, ils guérirent de ces horribles blessures qui nécessitèrent, pour M. de Miomandre, la douloureuse opération du trépan. Ces nobles jeunes gens, que désignaient il la vengeance populaire leur uniforme, leurs cicatrices et leur renom, ne pouvaient guère paraître sans être insultés. C'est ce qui leur arriva en effet, au Palais-lloyal, où ils étaient venus se promener tranquillement au sortir de cette infirmerie de Versailles, ou la présence d'esprit du chirurgien, 31. Voisin, et le concours aussi coura geux qu'intelligent des sœurs les avaient déjà an-achés à la mort, qui venait les y chercher sous les traits de lâches vainqueurs impatients d'achever leurs victimes. La reine jugea nécessaire pour leur salut qu'ils quittassent Paris. Elle s'empressa de faire donner aux deux officiers menacés, ainsi qu'à 31. Bernard, qui portait aussi une honorable blessure du G octobre, cet utile avis, accompagné de marques de sollicitude et de reconnaissance qui en faisaient un brevet d'honneur et une récompense. Voici en quels termes 3I°^° Campan raconte l'affaire :

Elle me dit d'écrire à M. de Miomandre de Sainte-Marie de se rendre chez moi, à huit heures du soir, et do lui communiquer le désir qu elle avait de le voir en sûreté. Elle m'ordonna, quand il serait décidé k partir, de lui ouvrir sa cassette et de lui dire, en son nom, que l'or ne payait point un service tel que celui qu*il avait rendu ; qu'elle espérait bien être un jour assez heureuse pour l'en récompenser comme elle le devait; mais qu'une sœur offrait de l'argent à un frère qui se trouvait dans la situation où il était en ce moment, et qu'elle le priait de prendre tout ce qui était nécessaire pour acquitter ses dettes à Paris et payer les frais de son voyage. Elle me dit aussi

a3» MARIE-AXTOINETTE

ôe !ui nLi&ôif iâsitoer avec lui son ami Bernard et de lui faire la même offre qva

L-fs deux gardes furent exacts au rendez-vous, et sentant euxr."èfi:e5 rimpossibilité de prolonger davantage, sans courir d'inutiles vÎa:\;st?, lour séjour à Paris, ils acceptèrent chacun quelques rou- [-:jl.i\ lîo louis, leur unique ressource. Ils allaient se retirer lorsque U p.r.v 5'"»u\Tit soudain devant la reine, accompagnée du roi et de NiviiT..-: Elii>abetli. Le ixn se tint debout, le dos tourné à une chemi- :-> . L?. rv.r.o s'assit dan> une bergère, ayant à ses cotés Madame EI.îvl:-: * . M""" Càn.pari t'tait derrière la reine, à qui les deux gardes^ >.:-•:•:•.> v-ij: >:'.:•: apparition si flatteuse, faisaient face, dans Tattilude ^ ^ risï':*:: i::r::iri. Marie- Antoinette, prenant la parole avec cette .■r.>::o-: .: • sj-r.; ti cette gnice qui était une de ses qualités les ..-S i:-.r.vi.v..:':s. Kur dit que le roi avait voulu voir, avant leur xiiVv^::, i-VA «^v? Lràves qui lui avaient donné les plus grandes ;r:*:^:> àt^ li.-urap': ei dattaohonient. MioDiandre répondit avec :'f :<•'.:•' -: ::.:->'' »iue dovaiont inspirer de telles paroles. Madame K!>-i^'i .. ..:■. t;u'l«j'.K> n^'ts >ur la rocnimaissance du roi, qut*

• .. ^a^.t à pousser à inlrnenir et à compléter le bim- •> i»:\\Nes cens en la !• ur exprimant. Marie-Antoinette» .' y \ s- -Il t'poiix le temps de vaincre cette insurmontabl»* .. I.' :a!.î :!'' t'-rt, en >a personne, à la majesté ru\alt\ !. i;\-.Mii >i;r la r.»''eessit»'', pour les deux jjardes du corps, vlo l.à:- :■ leur d'pait. Le roi j^ardait toujours le silence; cependant Sv^r. cn.vMivMi était \;>:hle et d'.s larmes roulaient dans ses \cu\. IVur r.o pas prv'K-npT cvtte éj^reuve pénible, la reine conp'diA cra^icuseiVieîit les i:ard»s et >e leva, >uivie du roi et de Madann» Kl>,iîv:i; lliei;t«M, raUr.tissant s;i marcbe, elle leur laissii prendiv

I, .V : :".:• j" (".r .,j -. p- Tl.

les devants, et attirant M"° Campan dans l'embrasure d'une fenêtre, elle lui dit : « Je regrette d'avoir amené le roi ici, et je suis bien sûre qu'Elisabeth pense comme moi. Si le roi eût dit à ces braves gens le quart de ce qu'il pense de bien pour eux, ils auraient été ravis. Mais il ne peut vaincre sa timidité'. »

Cette timidité, dont Louis XVI ne sortait que par de brusques éclats de plus en plus rares, paralysa, à leur heure la plus opportune, les plans libérateurs qui voulaient opposer aux fureurs de Paris le contre-poids de son éloignement. Doué de l'unique force de l'inertie, résolu à ne pas tirer l'épée et à ne pas verser, même pour son salut, une seule goutte de ce sang de son peuple qui lui semblait plus précieux que le sien, évitant avec une sorte de superstition toutes les occasions de redevenir le maître, Louis XVI laissa passer successivement ces moments uniques et décisifs, celui de la résistance et celui de la fuite lui-même. Pendant toute l'année 1790, des amis plus dévoués qu'habiles, et à qui il était plus facile de dresser un projet d'évasion qu'un projet de contre-révolution, se présentèrent au roi dans les circonstances à la fois les plus favorables à une fuite et les plus faites pour l'y déterminer. Cette fuite n'était ni une désertion ni une trahison. Il s'agissait d'aller, dans une ville fidèle, dicter impunément à la Révolution débordée l'ordre de rentrer dans son lit, et y retremper l'autorité royale à la double source de son origine, les acclamations populaires et militaires. Louis XVI consentait, puis refusait et perdait à faire ses paquets le temps le plus précieux pour ses intérêts. C'est ainsi qu'avortèrent successivement les plans de M. d'Hinnisdal, qui, se souvenant de Favras, avait demandé seulement au roi un consentement qui ne lui permît point de le désavouer, et ceux de bien d'autres*. Et tout cela, pour suivre

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