îadami' (\iwpan, p. tîOI
-. Madame Campan, p. 'H'A
était le prétexte entre les sentinelles civiques et la noblesse fidèle qui se pressait encore aux Tuileries.
Pendant Tannée 1790, le roi et la reine purent encore faire leur villégiature et passer Tété à la campagne. Trois aides de camp de M. de La Fayette, Tun de service auprès du roi, l'autre auprès de la reine, l'autre auprès du Dauphin , représentaient seuls la surveillance nationale. Le roi, la reine et leurs enfants pouvaient encore respirer à Taise et se promener sans crime. Madame Elisabeth les accompagnait souvent, partageant sa vie entre Montreuil et Saint-Cloud, comme elle avait partagé son cœur entre les devoirs de la famille et les plaisirs de Tamitié, et remplaçant, à elle seule, tous les absents tant regrettés i.
C'est d'elle que nous parlerons tout d'abord, et c'est elle que nous présenterons la première à Tadmiration de nos jeunes lectrices, avant de montrer à nos jeunes lecteurs, dans l'intelligent et généreux Dauphin, le Joas attendrissant de cette race innocente et condamnée, l'admirable enfant dont les belles qualités eurent à peine le temps de s'ouvrir, parfumèrent d'espérance les murailles du Temple, et s'y fanèrent sans fruit, desséchées par l'abâtardissement systématique dont la Terreur devait faire le supplice du dernier rejeton de la royauté. Nous avons déjà fait, avec Madame Elisabeth enfant, une première, quoique superficielle connaissance. Nous l'avons vue attirer, dans cette première fleur de modestie et de bonté qui avait succédé, sous Tinfluence de Téducation et de la piété, aux épines d'un tempérament violent ei d'un caractère hautain, la sympathie de Marie-Antoinette et l*estime de Joseph II lui-même. En 1780, Madame Elisabeth, née le 24 mai 1764, avait seize ans, et il ne lui restait plus, avec une pointe et un attrait de charmante brusquerie, que les quahtés de ces défauts impétueux qui avaient d'abord fait d'elle le pendant
1. Recueil Feuillet de Conches, U III, p. 287, lettre de Louis XVI à la duchesse de Polignac, da 10 juillet 1790.
jôi MARIE-ANTOINETTE
do ce duc de Bourgogne, enfant terrible de la royauté, que Finsinuant F»'*nelL»n ?ut dompter jusqu'à la perfection. Chez Madame Elisabeth comme choz lui, ces défauts avaient d*ailleurs un de ces nobles mobiles, qui rendaient la transformation facile, n'étant autre chose que l'excès du sentiment précoce et exalté de son rang et de ses devoirs. L'ardeur d'un sang impétueux s'était, en cetle aube charmante de sii jeunesse, apaisée au point que de la flamme il ne restait plus qu'un reflet, toujours prêt à colorer ses joues d'un incarnat qui or. IV îiausf^îit la fraîcheur. !Sii piété, d'abord sombre et étroite, s'étiiit ;*tîoî:drio et iiimianisée, tout en demeurant haute et sérieuse ; et sa K: t-. i.aîivo axant trouvé sa véritable voie dans la charité, elle s\ -tô'î air.îivo avoc une sorte do passion, qui bientôt remplaça pour -:Il-; touîos 1- s autr^rs.
l'îiio do bo:.v.o Jiouro à son royal frore par une aflection plus qu* M\l:!Ui::o ot ijno ios oooasions trop nombreuses de dévouement do\,i:oiit ox.ilt-^! j.isqu'à labnôiration la plus héroïiiue, Madame Elisaboth. mi-o bi». iit-'t on pKsonoo de demandes de mariage que niulti- [^!:«:-!iî -■ '. \\'\ ^. -ib-auîô. 'iv.v-u ^àUva;;ro, mais touchante, et l'éclat iii\ .•l"îititi!"* «i- - .- N'.rlu-. i:'!iv-::.i pà-à fairoàoo>(lovt)ii> dninosti<iU''s aux'i'.i»'!- ••Il»- >•' ^-iitait In^^î^■^:^■ll<Oî^l0^t [uvdostinéo, lo sacrilii'e d«-s plu- l>»au\ »;îaMi--'inonts. AiKuno c"ur'»nno huniaiiio no tentait ailo <|iii pn -si'iitaif <!• jà prut-Mr»^ la r.iuronno du niai*t\ro.
Ij»uis WI. apivs l'avoir cMiihattuo noblement, accepta aviv roconnai.-.sanc'.' rin»inmag«* do cott»^ vocation qui prom«*ttait à la ivino une anii«' ot à s»'s rnlaiits uuo seconde nn*M*o. Et telle était l'influonoe do c»*tto sagesse i)réniaturéo et d«* cotte jeune vertu, qu<* le roi. devançant pt)ur sa sirur répoiiuo habituollo de rémancipatioii ile> princesses, lui laissa, à quatorze ans, une liberté dont elle était incapable d'abuser, ot lui constitua une maison, composée, selon stni gré. (le se? anciennes maîtresses ot de ses compagnes prélT'réos. Mai>
c'est surtout à Madame Elisabeth elle-même que nous voulons demander son histoire. Nous en trouvons les traits épars, comme des violettes, dans cette correspondance intime avec ses deux amies de prédilection, M™* de Bombelles et de Raigecourt. Cette correspondance s'ouvre peu de temps après l'époque où apparut à la cour de France, comme un type accompli de la fille et de la sœur des rois, cette jeune princesse qui mêlait, par un contraste saisissant, lautorité d'une raison et d'une vertu déjà parfaites aux grâces h peine ébauchées de la femme, et qui , devenue déjà un modèle , continuait modestement son éducation auprès de maîtres qui croyaient l'avoir terminée. Elle conserva donc dans son médecin, M. Le Monnier, son maître de botanique, science qu'elle adorait parce qu'elle est de celles qui chantent le plus haut la gloire de Dieu ; dans M. Le Blond, son maître d'histoire et de géographie, et dans l'abbé de Montaigu, son initiateur aux mystères et aux beautés de la religion. Elle continua aussi de cultiver les dispositions éclatantes qu'elle avait pour les mathématiques et pour la peinture au pastel. Une telle vie, dont l'Evangile et Plularque furent le bréviaire sacré et le bréviaire profane, devait être fort remplie, et cependant 3Iadame Elisabeth trouva une place considérable i)our les devoirs et les plaisirs de l'amitié. Ses deux compagnes de prédilection dans ses visites à la maison de Saint-Cyr, vrai sanctuaire d'éducation, ou aux Carméhtes, auprès de Madame Louise, étaient deux personnes dignes d'elle par la grâce et la vertu, et que le mariage ne devait pas enlever à cette intimité. Les circonstances qui la firent naître peignent Madame Elisabeth mieux que toutes les expressions.
M"** de Marsan avait pour sous-gouvernante dans l'éducation de Mesdames (Clotilde et Éhsabeth), M"'' de Mackau, désignée à son choix par les dames de Saint-Cyr qui l'avaient éprouvée. M"* de Mackau n'avait que deux ans de plus que Madame Elisabeth,
conspiration du cœur faillit échouer devant les principes et les scrupules inflexibles de M"' de Causans, résolue à ne laisser ses filles & la cour que sous la tutelle d'un mari. Ce mari si nécessaire, c'est encore Madame Elisabeth qui le chercha et le trouva elle-même. Le marquis de Raigecourt fut agréé, sur la présentation de la princesse, qui s'était chargée de la dot, et qui avait compté sur un sacrifice pour compléter les ressources d'une libéralité supérieure à ses moyens.
« Madame Elisabeth, raconte M. Ferrand, va un matin chez la reine, et avec une gaieté aimable et tendre lui dit : a Promettez-moi de m'accorder ce que je vais vous demander. » La reine, avant de promettre, veut connaître la demande. Enfin Madame Elisabeth lui expose ce dont il s'agit, et ajoute : « Je veux donner à Causans cinquante mille écus pour sa dot ; obtenez du roi qu'il m'avance pour cinq ans les trente mille francs d'étrcnnes qu'il me donne annuellement. »
La reine, flattée de cette aimable confiance, enchantée de s'associer & un bienfait, se chargea volontiers d'une requête dont le succès n'était pas douteux. Le roi saisit celte occasion de récompenser, en le satisfaisant, le plus noble des voeux. Et Madame Elisabeth eut le bonheur d'annoncer h M"* de Causans qu'elle ne la quitterait pas.
Tout cela était dit, écrit, répété par elle avec un abandon, une sensibilité, un charme irrésistibles. Pendant les cinq années qu'elle ne reçut rien au jour de l'an, lorsqu'on parlait des étrennes, elle disait: « Aloi^je n*en ai pas encore, mais f aima Raigecourt, » Il est à remarquer que la dernière des cinq années était 4789, et que les circonstances qui survinrent no permirent pas do reprendre Tancion usage '.
Mais ce n*est pas seulement par l'enthousiasme, l'élan, que se distinguait cette bonté pleine de feu. Madame Elisabeth n'était pas
r k toutes ses charités, à toutes ses prodigalités bienme Elisabeth n'avait que sa pension. Tous les mois, me de chambre lui rendait compte de cette dépense, lui avançait de l'argent pour le mois suivant. Elle t d'acheter soit des étoiles, soit des bijoux, en disant : tendrons quelques malheureux de plus avec ce que cela > Un marchand vint un jour lui offrir un ornement de 1 goût nouveau, et qui coûtait quatre cents francs. Il ne (oint d'argent comptant. Madame Elisabeth le refusa en * Avec quatre cents francs je puis monter deux petits
buronnerons cette brève esquisse de la vie intime de Bsabelh par l'histoire naïve et touchante, et qui est devenue I légende, de son vacher Jacques. Ce récit aura plus de ^and on saura qu'il est dû à la plume de M™ de
i-même :
iMlh, déairont avoir, pour soigner ses vaches, un vacher suisse,
0 Raigecourt de prier M°" de Diest>ach de lui procurer, de Fribourg, un h voulait surtout que sa fidélité (ùl à toulo épreuve, car elle était avare
e que le premier emploi qu'elle ea faisait était de le distribuer aux s paysannes de Montreuîl, et l'idée que ces infortunés ne manquea nourriture qui leur était propre lui faisait trouver délicieux le superflu L Le bon Jacques (c'était le nom du vacher suisse), fidèle observateur des i«a maîtresse, touché de sa bienfaisance, mettait le plus grand zèle à 1, et me disait souvent : n .Ift .' madame, quelle bonne princesse I e entière ne contienl rien d'aussi parfait, i La franchise, la droiture e avaient si fort intéressé Madame Elisabeth, qu'elle désira savoir par . ce bon Suisse était content près d'elle, et ne regmtlait pas sa patrie. ragé par M"" de Diesbach, lui avoua qu'une seule chose tjoublait son
1 avait laissé en Suisse une bonne Glle, qu'il était sur lo point d'épouser, hit lait venir en France; qu'elle avait un grand chagrin de son absence