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illustre élève et correspondante, la reine Hortense, l'aveu et le conseil suivants :
Ces lettres sont uniques. Je ne me pardonne pas d'avoir considéré Madame Elisabeth simplement comme une personne pieuse, mais comme une jeune personne timide et peu remarquable. Combien je me trompais! Ses lettres sont pleines de la plus touchante résignation; il y en a môme de très-belles... Ayez cet ouvrage, madame, lisez ces lettres, elles vous feront un bien dont votre belle âme ressentira lesefiets^
Il est difficile de porter un autre jugement sur ces lettres de Madame Elisabeth quand on les feuillette, et que les larmes montent du cœur aux yeux à la lecture de ces familiers épanchements qui respirent une si tendre confiance en Dieu, une piété si profonde, un si ferme bon sens, un courage si prêt à toute épreuve.
Ces nobles pensées dont elle se nourrissait formaient la base de ses entretiens fréquents avec ses vénérables et successifs directeurs , avec l'abbé Madier, avec Tabbé de Pancemont, curé de Saint-Sulpice, Fabbé de Lubersac, futur martyr des Carmes, et Tabbé Edgeworlh de Firmont, dont elle devait procurer les consolations à la captivité de Marie- Antoinette et à l'agonie de Louis XVI. Tous ces hommes blanchis sous le hamois de TEvangîle, habitués à sonder les consciences, savouraient avec de pieuses délices la conversation inspirée de cette auguste catéchumène à laquelle ils ne trouvaient rien à apprendre et qui, involontairement maîtresse de ceux dont elle se faisait Télève, édifiait
ceux qui venaient l'édifier, et dirigeait en quelque sorte ses propres directeiu's.
J*ai vu ces jours-ci un homme que votre mère aimait et estimait comme il le mérite ; nous avons passé deux heures avec lui. Je voudrais pouvoir vous rendre tout ce qui s'est dit de bon, de saint, d'aimable. Tout ce que je puis vous dire, c'est que la veille, nous avions conclu de toutes nos réflexions que, lorsque l'on est véritablement à Dieu,
1. Il"** Campan, Correspondance inédite avec la reine Hortente, Paris, i8'i5, t. II, p. 143.
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la situation critique où nous sommes. Le roi est de bonne foi dans les conseils qu'il leur demande, le seront-ils autant dans ceux qu'ils lui donneront? Je ne le crois pas. J'ai peu d'expérience, et le tendre intérêt que je prends à mon frère me force seul à m'occuper de ces objets, beaucoup trop sérieux pour mon caractère. Mais je ne sais; il me semble qu'on prendra une marche entièrement opposée à celle qu'on devrait tenir.
J'ai un pressentiment que tout cela tournera mal. Pour moi, si ce n'était mon attachement pour le roi, je me retirerais à Saint-Cyr. Les intrigues me fatiguent, elles ne s'accordent point avec mon humeur. J'aime la paix et le repos, mais ce n'est pas dans l'instant où mon frère est malheureux que je me séparerai de lui.
Dans une lettre du 25 juin 1788, sa pensée s'accentue définitîvement, et Ton peut admirer l'espèce de divination avec laquelle cette jeune princesse sans expérience politique, et qui n'a d'autres lumière» que celles de son courage et de son bon sens, met le doigt sur la plaie, qui va tant s'agrandir et s'envenimer de la faiblesse royale :
Il me semble qu'il en est du gouvernement comme de l'éducation, que rien n'est plus mauvais que de reculer. Il ne faut dire : je le veux, que lorsqu'on est sûr d'avoir raison. Mais lorsqu on l'a dit, on ne doit jamais se relâcher de ce qu'on a prescrit.
fit elle ajoute :
Je crois bien que ma belle-sœur se conduirait ainsi. Mais elle ne connaît pas l'âme de mon frère, qui craint toujours de se tromper, et qui, le premier mouvement passé,. n'est plus tourmenté que par la crainte d'avoir fait une injustice. Vous verrez que le Parlement sera rappelé avant six mois, et avec lui Necker et les États généraux; c'est un mal que nous n'éviterons pas, et j'aurais voulu qu'ils eussent été convoqués il y a on an; nous en serions quittes. Au lieu de cela, on dispute, on s'aigrit. Ce que le roi fera par clémence, on dira que c'est par peur, car on ne lui rendra pas la justice qu'il mérite. Pour moi, qui lis dans son cœur, je sais bien que toutes ses pensées sont pour le bonheur de son peuple... Je n'ose lui parler à cœur ouvert sur mille choses que je vois et dont il ne se doute pas, parce que son âme est si belle que l'intrigue y est étrangère. Ah! que ne puis-je m'y soustraire et vivre selon mon goûtl
Elle ne se faisait aucune illusion sur le danger de la situation. Elle ne se laissait pas prendre au leurre des fausses espérances dorant
de menaçantes réalités : « Nous marchons, disait-elle, sur un sable mouvant. »
Le 29 mai 1789, elle déplorait le sublime aveuglement avec lequel le roi s'engageait et engageait la monarchie dans les voies fatales.
Tout va plus mal que jamais. Le roi seul parait satisfait de la tournure que prennent les choses. Peu do souverains le seraient à sa place ; mais il a, sur tout cela, une manière de voir qui est trop heureuse pour lui... Je ne vous engage pas à revenir, vous trouveriez peut-^tre les routes teintes de sang. Pour moi, j'ai juré de ne jamais quitter mon frère^ et je tiendrai mon serment.
A partir du 6 octobre, Madame Elisabeth grandit en quelque sorte avec le danger, et ses lettres témoignent d'une vigueur et d'une résolution croissantes dans cette âme à laquelle Dieu mesure la force en proportion de ses besoins. Comme dans le ciel qui l'entoure, les éclaircies d'espoir et de gaieté y deviennent de plus en plus rares. On sent que la princesse qui écrit est de la race de ces femmes militantes qui pourraient monter à cheval et saisir l'épée. C'est avec une cpée que Madame Elisabeth, pleine des souvenirs bibliques et chevaleresques, semble avoir écrit ces lignes oii palpitent Tenthousiasme farouche du droit et Timpatience héroïque du combat :
Les députes, victimes do leurs passions, do leur faiblesse ou do la séduction, courent à leur ruine, à celle du trône et de tout le royaume. Si dans ce moment le roi n'a pas la sévérité nécessaire pour faire couper au moins trois tôtes, tout est perdu.
C'est ainsi que cet esprit inflexiblement logique, et qui n'avait peur d'aucune des conséquences d'un principe juste, arrivait à l'idée de l'emploi des moyens extrêmes et de l'appel à la force.
Si nous avions su profiter du moment, croyez que nous aurions fait beaucoup do bien. Mais il fallait avoir de la fermeté, il fallait affronter les dangers; nous en serions sortis vainqueurs.
Je regarde la guerre civile comme nécessaire. Premièrement, je crois qu'elle existe, pan^ que toutes les fois qu*un royaume est divisé en deux partis, toutes les fois que le parti le plus faible n'obtient la vie sauve qu'en se laissant dépouiller, il m'est impossible de ne pas appeler cela de la guerre civile. De plus, l'anarchie ne pourra jamais finir sans cela : plus on retardera, plus il y aura de sang répandu. (4790.)
De ces superbes élans à la Déborah, à la Judith, la pieuse princesse retombait, car elle était femme, — et ce sont ces contrastes qui donnent à sa physionomie parfois rude un charme tout humain. — à la tristesse, à la plainte, à la résignation.
Le 8 octobre 1789, elle écrivait :
Ma date seule vous dit à quel degré nos infortunes sont parvenues. Nous avons quitté le berceau de notre enfance. Que di&-je? quitté! on nous en a arrachés I... Quelle route! quelles affreuses images! Jamais, jamais, elles ne s'effaceront de ma mémoire... Ce qu'il y a de certain, c'est que nous sommes prisonniers ici; mon frère ne le croit pas, mais le temps le lui apprendra. Nos amis sont ici ; ils pensent, comme moi, que nous sommes perdus.
La mort tragique et héroïque du marquis de Favras lui arrache des larmes de douleur, et cet admirable cri, qui devait être le dernier poussé par les augustes martyrs de la Révolution et qu'ellemême devait répéter :
Je souhaite que son sang ne retombe pas sur ses juges.
Lorsque le roi décida que Mesdames, ses tantes, quitteraient la France au commencement de 1791, et se retireraient à Rome, oii seulement elles pouvaient trouver cet air tranquille et religieux nécessaire à leur existence, il pria instamment Madame Elisabeth de les suivre. Elle eût considéré un consentement comme une lâcheté. Elle 5*y refusa donc avec opiniâtreté, trouvant, pour exprimer des sentiments tout cornéliens, une expression digne de Corneille : « La
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Ticr =?iiH ne g*fj*A''»sfc ôc 'T'Tiis ». â:*^& &3 roi qui vit dans cette ■jL^-gma; j me sitr^ û* "^jaciia. 5» ik PriTiieaœ, el, prêt à tout, if^ni a. HjSlh niL jxl m^suji mit s>scr. La ptoport des lettres de TraÉnsiTT» ^T^.T»gtT btESKu: TU* TïGf rê&:*h2:>jD était prise depuis cmrcaiE-r Ui*is =-"ji nEïir- Elif y -rryki li coni^nsation, la répaaciji u-rr muniiîî qiîii m l'^'ù: ;»Lr3:»iî arracbées une manière de Tnr !iî^ ±5tîr2int îk !^iîLT 5» s-ni r^rir et malheoreux frère. Elle l "•"T'ij' ;l rp'Liiiiifr il: s-iiL jii'.rrur ; iijre y Toyait surtout un devoir.
1 es li*- >'!s=r.i'fî=' i»i .' în Ti* 3»pxr Ile fisriMpr 5» âii^L e< c'est la mieone. La li?» n» - :i.- î=i: -^ a. ^=s r-itr-î s. ::*iir5!iii«r :ar it Pr;vi5«ïce qu'il faut que j> reste.
JLi:2=- v^rî 711- T'J:^ f-i-*t!rf t»:-:!: rll-? que pi3ur les autres, avait f:z:rt. :h-? t*^î>. . ■'jjx^»=?rei:> ri: hii déchira le cœur, de ses deux uni'^ Z'Zrzr.-T, M "= irf Bidiell-f? et de Raigecourt« celle qui a\^it "^ TiLTL- i^T-: i»î^ rf-TTi^^ =>rvr? de plaisir ces tantes bien-aimées
:■-:.--.- : L' T -Lr. rffisL î-k x i-rabloment d'imiter rexomple r. - .: 1 1- :. .-^j . EL.e î^i:^-: *i::/à-r celte heure d'abnogalion t1 JT.-T -r :- :. -iiit:.". f::.-'.-..: >.: r-? laquelle elle avait soupia^ . -"-: -- .. 1»T- . :' :->>:.:: •::.::r-. d.in> les Tuileries deNonuos -.r ::*- :. .-r :.. 'i:.^ L~ :7:u:::^\t ces vertus du cloître dont elle .• :— ' :: - . Iv::..-.: .is.!-. II lui donnait la plus belle mission :^ T. ■ -: .* : j. :!.•:: i.-.:.- re\:i!:ât:on de ses ambitions généreuses. .\rre r-::..:. ie .'.-. f.-.nJ:!? royale, compagne de toutes les douleur?. :^":::r. ie î:u*es Ivs d'-chéances, prodigue de tous les noble? exemple-, te! était le r Me qui lui était assigné auprès du roi dont elle admirait la vertu, de la reine dont elle admirait le courage, de ces «Ivux jeunes enfants nés pour le trône et destinés ;i toutes le? iiif'jrtune^. Certes, il y avait là de quoi exercer les forces d'une âme d'élite, et pour le lui avoir fait attendre. Dieu ne lui ménageait point
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son lot d'épreuves et de sacrifices. Mais Madame Elisabeth s'était préparée de longue date à cette destinée qu'elle pressentait. Deux mots d'elle en font éloquemment foi et nous la montrent disposée non-seulement au martyre qui consiste à mourir, mais au martyre^ plus difficile peut-être, qui consiste à sur\'ivre à certaines déchéances»
Je n'ai point de goût pour le martyre, écrivait-elle en 4790, mais je sens que je serais très-aise d'avoir la certitude de le souffrir plutôt que d'abandonner le moindre article de ma foi. J'espère que si j'y suis destinée. Dieu m'en donnera la force.
Je serais bien malheureuse si tous ces événements-ci n'étaient pas arrivés, car je serais restée dans un certain engourdissement que le monde aurait peut^tre encore jugé parfait, mais qui franchement ne vaut rien du tout. C'est ainsi que Dieu tire du mal un bien ; il a encore bien des maux à m'envoyer pour me faire parvenir à ce qu'iî veut de moi.
Elle avait le droit de défier ainsi héroïqueriîent la sévère prédilection du Dieu crucifié, celle qui s'était préparée à toutes les chutes, non-seulement à celle de la mort, mais à celle, pire peut-être, de la misère et du travail mercenaire des mains.
Elle ne négligeait môme pas le travail des doigts, dit M. Ferrand*, et les femmesqai servaient Madame Elisabeth peuvent attester qu'elle ne passait jamais un moment sans <^tro occui)ée. Elle travaillait, soit à coudre, soit à broder, soit ù la tapisserie, comme la meilleure ouvrière et avec une promptitude étonnante. Elle exécutait dans ces ouvrages les dessins les plus compliqués avec la plus grande facilité. Un jour qu'elle unissait de broder un jupon, une de ses femmes, frappée de la beauté du dessin et de la netteté de l'exécution, lui dit : a C'est réollemont dommage que Madame soit si adroite. — Pourquoi donc? — Cela conviendrait mieux à des filles pauvres : ce talent leur suflBrait pour gagner leur vie et pour nourrir leurs familles. — C'est peutêtre pour cela que Dieu me l'a donné, et bientôt peut-être j'en ferai usage pour me Dourrir, moi et les miens. » On était aloi-s au mois de mars 4792.
Telle est la trop incomplète esquisse de la ^^e et de la physio-