‹ Marie-AntoinetteChapitre 10 sur 30 · LXVIII. — Meucy a Mauie-Théuèse · texte numérisé non relu

LXVIII. — Meucy a Mauie-Théuèse

Paris j 19 octobre. — Sacrée Majesté, Quoique la reine apporte certainement le plus grand zèle et le plus vif intérêt aux affaires présentes, cependant les distractions qu'occasionne la vie ordinaire de la cour empêchent souvent cette suite d'attention si nécessaire à la réussite des grands objets. Quand la reine a parlé au roi sur im point quelconque qu'elle veut obtenir, quand elle a persuadé son époux et que les ministres lui ont paru adhérer à ses vues , elle croit qu'il n'est plus nécessaire d'y revenir et que tout se fera ainsi que l'on en était convenu. Il arrive de là que les ministres, se persuadant que la reine oublie d'mi jour à l'autre ce qui s'est passé la veille, ne se gênent point dans leurs çirrangements ; et le comte de Maurepas, toujours tremblant de peur de s'engager trop loin , retranche tout ce qu'il y aurait de plus essentiel à obtenir dans le langage et les dé-

uiorches de cette cour. J'ai fait observer ce grand incoiivéaient à la reine, en lui représentant que, sans s'en apercevoir, elle était bien sou- ^-'ent déjouée, et que, si elle laissait prendre aux ministres l'habitude d'en agir ainsi impunément, la reine perdrait peu à peu tout crédit et ^oute influence. Je crois qu'il serait infiniment utile si V. M. daignait faire les mêmes remarques à son auguste fille ; l'occasion s'en présente tout naturellement en ce que la reine a mandé à V. M. que le roi ferait envoyer im ordre circulaire à ses ministres en Empire de tenir un langage analogue à celui qui a été prescrit au chevalier de Gaussen à Berlin (1). Cela n'a pas été encore exécuté jusqu'à présent, ou au moins l'ordre n'a pas été donné par une lettre circulaire, ainsi que le ministère de V. M. l'a demandé, et que les ministres d'ici l'avaient promis à la reine. Il s'ensuit que, s'il plaisait à V. M., elle serait dans le cas de faire sentir à la reine qu'en rendant toute justice & ses intentions et à son zèle, V. M. s'aperçoit par les faits que l'on ne remplit pas toujours avec exactitude ce dont on paraît être con- Tenu vis-àp-vis de la reine, à laquelle je suis sûr que cet avis ferait grande impression. La très-gracieuse lettre de V. M. du 19 septembre a prévu ce que je viens d'exposer ici, et c'est un motif de plus qui m'encourage à oser proposer le moyen indiqué et le seul propre à remédier à un inconvénient qui est de très-grande conséquence.

L'abbé de Vermond est actuellement à Marly, où j'espère de le tenir encore quelques jours.

Viennej 2 novembre. — Madame ma chère fille. Au jour et au moment je m'entretiens avec vous que vous êtes venue au monde (2) : JUgçz combien j'en suis touchée, n'ayant que des grâces & rendre des Consolations, que Dieu veuille vous rendre au centuple, et vous Rendre plus heureuse , pas comme mère , mais comme souveraine. Je ^'*w plus rien à dire depuis ma lettre du 4. On n'a pas trouvé ^Xiême faisable la circulaire aux ministres, et surtout le reste, mais 'Xxicun efi*et. Je rends justice à votre zèle et tendresse , et même 3e tremble quelquefois que vous ne vous engagiez trop sans rien ef-

(1) Le cheralier de Gktassen était chargé d'affaires de France eu Prusse.

(2) Marie- Antoinette était née le 2 novembre 1755.

fectiier, que vcms pourriez vous commettre vis-àr-vis des gens qui peuseut mal ou qui vous amusent avec des propos, dont je m*ai)erçois par les faits qu'on ne remplit pas avec exactitude ce dont on paraît convenu vis-à-vis de vous. Quelle différence entre Tallié du roi de Prusse et nous ! Non-seulement la Russie soutient en toute occasion le môme langage que son allié, mais sa déclaration claire (1), que le dernier courrier vous aura portée de notre part, nous met dans un grand embarras , et de cette fa<,'on la paix n'est pas à esi>érer, et est pourtant bien & souhaiter. Les mouvements du roi depuis quinze joiu-s dénotent de grandes vues (2) ; tout d'un coup, étant déjà entré en cantonnement en Silésie, il rassemble ses troupes et se jette avec toutes ses forces siu* notre bout de Silésie, qui est tout ouvert et est toujours au premier venu. Il pille à l'ordinaire et fait mine de pousser en Moravie, ce qui ne me paraît pas vraisemblable, voyant la saison et tous les chemins rompus. Je crois plutôt que c'est un mouvement analogue aux troupes russes, que les nouvelles de Pologne disent en marche , nonobstant la guerre turque. Ce serait le comble ; mais dans ce temps-ci on doit s'attendre à tout, surtout nous n'étant nullement épaulés de notre allié, qui même auprès du Palatin et du duc de Deux-Ponts, ne croit pas nous pouvoir être utile.

Je suis fâchée de devoir relever ces anecdotes; mais ce n'est pas tant pour nous, car les choses sont venues trop loin à ]K)uvoir les redresser à temps, mais pour le bien et la considération même de la France une conduite plus mâle serait nécessaire, et j'avoue, l'abandon de nos intérêts, dans le moment le plus intéressant pour la France de votre grossesse, me rend plus sensible. Que peut-on attendre à l'avenir? et sans alliés aucune puissance ne peut exister.

Nos santés sont bonnes ; nous attendions Tempereur en huit jours, si les affaires de Moravie n*y mettent obstacle ; jugez combien j'en serais fâchée de toute façon. Je vous prie de vous bien ménager eu couches, et surtout pour les odeurs, pommades et poudres. Notre

(l)La RuHfiie offrait sa médiation entre la PruBse et T Autriche, dans le désir de fayoriser la première de ces puissances , étant mécontente de la cour de Vienne, qui l'avait contrariété dans ses démêlés arec la Porte : Catherine II en même temps faisait avancer un corps de troupes sur la frontière de Gallicie.

(2) Le roi de Prusse, qu*on cn)yait en retraite, venait d'entrer dans la Silésie autrichienne et l'occupait.

neuvaine commence le 20 de ce mois ; toute la cour y est animée, et surtout votre famille et bonne maman, qui vous embrasse.

Vienne, 2 nacembre. — Comte de Mercy- Argenteau, J'ai reçu votre lettre du 19 par le courrier Kleiner, arrivé ici le 30 du passé. J'apprends avec un plaisir des plus sensibles le bon état de santé de ma fille dans la suite de sa grossesse. Le détail que vous m'aimoncez sur cet objet de la part de Lassone ne saurait que ni'intéresser. Je m'approche assez de son sentiment sur l'époque de raccoucliement <le ma fille.

Je suis bien aise du cabne et de l'ordre qui régnent à présent dans Ja famille et à la cour. Je souhaite seulement que le retour de quel- </U€S mauvais sujets n'y altère rien.

Je suis sensible à l'intérêt que ma fille prend à nos affaires. Je 2SO nhaite seulement qu'elle n'y mette trop de feu, peut-être sans autre que de se rendre importune au roi, suspecte aux mhiistres et îeuse à la nation. La situation des affaires devient bien plus déliotxtie après la déclaration roide de la Russie. vSans entrer là-dessus <l«ians quelque détail, dont la chancellerie d'État ne laissera pas de 'V'ovas faire part, je compte avec entière confiance, dans ces circons- "t^xiiices plus critiques que jamais, sur votre zèle, vos lumières et votre ^l^:x:térité.

'am, 17 novembre. — Sacrée Majesté, Le compte que j'ai à rendre . M. sur les derniers temps du séjour de la reine à Marly n'offre '*^:»i d'assez satisfaisant pour que je ne croie pas devoir, autant que sible, en abréger les détails ; conséquemment je me bornerai à qui me paraissent les plus essentiels et les plus propres à déîler les causes de tout ce qui est survenu depuis quelques seines.

premières journées du séjour à Marly s'étaient passées d'une

nière également agréable pour la reine et convenable pour la

ne tenue de la cour. Tout y était tranquille et dans le meilleur

re ; mais le retour de plusieurs i)ersonnages qui jusqu'alors avaient

été obligés de rester à Tarmée ne tarda pas à changer la face des choses, et à faire renaître les inconvénients ordinaires.

On persuada à la reine d'établir des assemblées du matin, qui eurent d'abord pour objet un déjeuner. On s'y rendait & onze heures , les femmes dans leurs habillements de toilette et les honmies sous des vêtements beaucoup trop négligés. Ces assemblées duraient près de deux heures ; elles donnaient lieu à toute sorte de jeux enfantins et à la petite confusion qui leur est propre. Bientôt on y mêhi des objets moins indifférents, c'est-à-dire des conversations d'intrigue, de cabale, enfin des sollicitations et demandes de toute espèce.

Le duc de Chartres, inculpé d'avoir nui au succès du combat naval d'Ouessant, et qui par cette raison se trouvait engagé dans de fir cheuses tracasseries avec les chefs de la marine française, eut recours à M. le comte d'Artois, qui détermina la reine à appuyer le duc de Chartres de toute sa protection. Il y fut question des moyens de retirer honorablement ce prince du sang du service de la marine, et de lui procurer, comme à titre de récompense, quelque grâce signalée. On imagina à cet effet de faire créer la charge nouvelle de colonel général des houssards et troupes légères. IjC roi répugnait beaucoup à de semblables projets, et il fallut tout le crédit de la reine pour les faire réussir. Cette auguste princesse y mit toute la suite et la chaleur possible ; cela ne produisit pas un bon effet dans le public, tandis qu'il en résulta un très-mauvais en ce que la reine, uniquement occupée de l'objet dont il s'agit, parut oublier pour le moment ou au moins négliger les grandes affaires qui intéressent si essentiellement son auguste maison (1). Je crus qu'il était de mon devoir de lui exposer d'une manière très-pressante cette remarque, et les dépêches d'office que j'ai expédiées par le dernier courrier auront déjà mis sous les yeux de V. M. tous les détails nécessaires à cet égard.

(1) Mercy reproche à la reine une protection trop déclnrêc pour le duc de Chartres ; d'après divers Mémoires du temps, elle aurait cependant accueilli quelques-unes des plaisanteries qui circulaient sur la conduite du duc de Chartres au combat d'Ouessant On sait que le prince était accusé d'avoir, plus encore par ignorance du langage des signaux que par manque de courage, quitté le lieu de l'action au moment décisif, avec les vaisseaux qu'il commandait. Dès lors se seraient envenimés les ressentiments contre la cour et la reine que le duc de Chartres conscr^'ait depuis la dispute sur le rang des princes du sang, au moment de la visite do l'archiduc Maximilicn. n voulait être nommé grand amiral ; la charge de colonel des hussards ne le satistit pas.

Pendant la dernière semaine du séjoar à Marly, les jeux de hasard avaient repris avec beaucoup de violence. Le salon était ouvert à ut le monde indistinctement ; il s Y introduisit des fripons , et on en isit un qui venait de donner au banquier un rouleau de jetons en lise de louis ; d'aussi f&cheuses aventures survenues au jeu de la ur ne pouvaient manquer d'exciter la critique du public et de prolire le plus mauvais effet (1). La reine avait perdu 1,000 louis, mais

M. en regagna 400 la veille du départ.

Mesdames de France, qui s'étaient établies pendant le mois d'ocbre à leur château de Bellevue, étant venues passer une journée à ttrlj, 7 arrivèrent à l'heure de l'assemblée du déjeuner, et témoilèrent par leur contenance qu'elles n'approuvaient pas cette forme s société. On leur attribua des propos assez piquants à ce sujet, et bnsieur en fut le délateur auprès de la reine, qui en prit beaucoup humeur contre Mesdames ses tantes , et s'en expliqua devant plucors personnes d'une manière très-vive. 11 faillit en résulter une rocdUerie sérieuse ; mais heureusement les esprits se calmèrent, et i incident n'eut point d'autres suites.

Le roi n'a d'ailleurs paru attacher aucune opinion personnelle à 18 ces petits événements ; toujours d'accord sur ce qui peut plaire i reine, il se borne à ne provoquer ni à ne contrarier ses volontés.

a observé cependant qu'il n'avait paru qu'une seule fois et pour

de moments aux déjeuners de Marly.

^uis le retour de la cour à Versailles, les choses y ont repris une

le plus réglée ; la reine a daigné m'y accorder plusieurs au-

î€8 dans lesquelles, en récapitulant le passé et le présent, j'ai

• de ramener l'attention de S. M. vers les objets qui devraient

iper uniquement. Ma dépêche d'office d'aujourd'hui expose le

de réussite qu'ont eue mes représentations (2). L'abbé de Ver-

écrivait en elFct de Purûi : « PloBieura filouteries ont été commises dernièrement au flj. Un ronleaa de faux louin a été substitué à un ronleau de louis Téritables. Quel- • de la cour ont été soupçonnées, m Nouvelles à la main. — Voir Le gourernement ndie, par C. Hippeau, tome IV, page 128.

\ ses dépêches d'office datées du 4 et du 17 novembre, Mercy expose : d'abord

ntations qu'il a faites à la reine pour l'engager à intervenir plus activement ;

ire remarquer au roi l'attitude de la Russie, qui intervient si efficacement en

i Pmase, son alliée , tandis que la France semble n'oser rien faire pour l'Autri-

t promet de demander qu'une déclaration nette et forte soit adressée à Li cour de

ma la dépêche dn 17, Mercy se loue de la conduite de la reine : elle a parlé d'affai-

mond^ qui passe deux ou trois journées de la semaine à Versailles, s'y conduit avec son zèle ordinaire pour le bien du service de la reine, qui le traite toujours avec la même bonté et confiance.

Si ce n'étaient quelques veillées occasionnées par le jeu à Marly, il n'y aurait presque aucun reproche à faire à la reine sur l'exactitude de son régime. Elle ne s'en est écartée qu'une seule fois, en voulant absolument aller au rendez-vous de chasse au joiir de Saint- Hubert. Le premier médecin s'était fortement opjwsé & cette promenade, par la seule raison des accidents qui peuvent arriver dans la foule, et qui, s'ils étaient survenus sous les yeux de la reine, auraient pu causer un saisissement dangereux dans son état ; heureusement rien de semblable n'a eu lieu. Maintenant que le terme des couches approche, la reine ne fait plus que le genre d'exercice qui lui conseillé, et qui se réduit à des promenades & pied modérées, soit ei plein air, soit dans l'intérieur du château quand le temps est trojij|[^.<3p mauvais. S. M. ne va plus au théâtre de la ville , où elle aurait être incommodée par la chaleur que produit l'affluence de monde danun lieu renfermé.

J'ai mandé dans le temps au secrétaire du cabinet de V. M. la de nière saignée faite à la reine, et le bon effet de cette précautioi^^^o. S. M. vient d'être purgée; sa santé est si parfaite, si exempte d^ ^es moindres incommodités que tout annonce les couches les plus he'^^^oreuses. On présume que le moment pourrait en être i^lus prnrhn —in que les premiers calculs ne semblaient l'indiquer ; en conséquei^^œ l'accoucheur ira s'établir à Versailles vers la fin de ce mois, et iV serai moi-même à demeure au premier indice de cet événement.

Le courrier mensuel arrivé ici le 13 m'ayant remis les ordres de V. M. eu date du 2, je n'ai point tardé à me rendre & Versailles p^cDor y présenter les lettres adressées à la reine. J'ai renouvelé à c^^tte occasion mes remarques sur les objets essentiels ; la reine m'en a p ^arn d'autant plus occupée qu'elle craint que V. M. ne se forme une L^6« peu avantageuse de l'influence et du crédit que devrait avoir son ^n-

res au roi presque tous les jours ; celui-ci témoigne beaucoup de bonne Tolonté , maia l'ét*»** ses finances lui rend difficile de soutenir la guerre que la France a en ce moment avec V Ax>f*^ terre ; comment se jeter dans de nouveaux embarras ? La reine répond que le moyen de «* ** point avoir est de soutenir l'Autriche, pour qu'elle obtienne une paix convenable, qu'elle o ** acceptera point d'autre, et que, si la guerre continue sur le continent, la France finira par •• trouver forcément enveloppée.

guâte fille. Je n'ai rien dit qui pût diminuer les appréhensions de la reine à cet égard ; mais j'ai démontré toute la possibilité que S. M. aurait de mettre ce même crédit en évidence, et de le rendre ogalement efficace et utile.

PariSj 17 novembre. — La lettre qu'il a plu à V. M. d'écrire à la

reme a produit pour le moment Teffet auquel je m'étais attendu.

La reine me dit qu'elle voyait bien que V. M. avait de l'inquiétude

et du chagrin ; elle me donna la lettre pour que j'en fisse lecture , et

elle forma d'abord les deux réflexions suivimtes : la première qu'il

fallait avouer que V. M. et S. M. l'empereur avaient tout sujet de se

plaindre de la conduite pusillanime que l'on tenait ici , et la seconde

qu'il serait bien malheureux qu'à l'issue des affaires présentes les

<Jeux cours se trouvassent refroidies l'une envers l'autre. Je ne man-

ÇUai pas d'applaudir à ces deux remarques de la reine ; mais j'en in-

^'uisis personnellement pour S. M. la conséquence qu'il fallait que la

^Gine se tînt vis-à^vis d'elle-même, ainsi que vis-à-vis de son auguste

Maison, hors de tout reproche d'avoir ou omis ou négligé la moindre

^hose de ce qui serait utile à remédier au mal présent , et je propo-

^^i les moyens qu'expose ma dépêche d'ofHce (1) d'aujourd'hui.

D'après le contenu de mon très-limnble rapport ostensible , il est ^^Ttain que la fin du séjour à Marly avait confondu et dérouté toutes 1^« idées de la reine. Elle revient maintenant de cet accès de dissipt3ition, et j'ai fait voir à cette auguste princesse que, dans les termes oti. en sont les négociations , ses démarches peuvent encore devenir iiifiuiment utiles.

Le moment des couches devenant très-prochain, j'ai plus d'attention que jamais à observer de près toutes les circonstances relatives ^ la reine, & son meilleur sen^ice et à ses alentours. Je ne vois pas le moindre indice suspect ou inquiétant, ni dans l'intérieur de la cour ni &u dehors. La nourrice de l'auguste enfant à naître ne sera choisie que peu de moments avant les couches, ou au moins ce choix ^<îra tenu secret , et il semble que cette i)récaution est sage. Le premier médecin décidera de ce choix ; tous les apprêts du service se

(1) Voir la note au rapport précédent.

fout sans cabale ni tracasseries, et le calme à cet égard surpasse c^ qne j'aurais pu espérer. Cîomme ma présence fixe à la cour, si elle avait été prématurée , aurait pu donner matière & des propos, la reine a daigné décider et donner des ordres pour que je fusse averti le premier des moindres indices de Taccouchement ; en attendant je vais me tenir très-près de Versailles, et j'y serai établi tout à fait le jour de l'événement, ainsi que l'abbé de Vermond.

LXXIIL — Marie-Thérèse a Mercy.

Vienne, 25 novembre. — Comte de Mercy-Argenteau , Si jamais je me suis trouvée dans une situation embarrassante, c'est dans ce moment, où il s'agit de prendre la voie la plus sûre et la plus courte pour arriver à une paix aussi bonne que possible. Je sens toute la peine que l'empereur et le prince de Kaunitz éprouvent de paraître auteurs d'une paix qui ne saurait guère être trop honorable , mais comme j'en reconnais la nécessité indispensable, l'amour pour ma maison et pour la monarchie , de môme que pour l'humanité, me fait passer par-dessus tout le blâme qu'on voudra jeter sur mes vues pacifiques, pourvu qu'elles aient le succès que je souhaita. Je vous avoue que, quelque estime que j'aie pour Kaunitz , je ne le reconnais pas dans cette occasion. Occupé à mettre à couvert sa réputation, et inspiré apparemment par les rêveries de Binder, il se flatte assez légèrement de pouvoir attraper dans les événements possibles quelque échappatoire, ce qui lui fait traîner les résolutions, tandis que les affaires deviennent de plus en plus compliquées , sans pouvoir espérer de les rétablir, si même notre armée sera la campagne prochaine plus forte de 40,000 hommes , comme elle le sera en effet ; c'est le sentiment de tous les maréchaux et généraux les plus expérimentés [depuis le prince Albert jusqu'au dernier capitaine]. Qu'on ne se flatte non plus de réduire le roi de Prusse par .une troisième campagne , en épuisant ses ressources : les événements de la guerre précédente et la situation politique actuelle du roi de Prusse , bien supérieure à la nôtre, doivent détruire ime supposition aussi gratuite. La crise actuelle étant des plus violentes, je trouve nécessaire de vous informer à fond de la marche de nos affaires (1). Après bien dea

(1) Des négociatioDs ix)ur la iwix ee traitaient par rentremise de la France et' de la Russie, acceptées comme puissances médiatrices.

libérations , le prince de Kaunitz m'a remis le mémoire N*» 1, qui ; confonne à mon sentiment (1), et dont j'aurais bien souhaité la plus >inpte exécution. Mais après avoir lanterné pendant six jours , le ^noe de Kaunitz m'a remis un autre mémoire N** 2, en disant qu'il

conviendrait pas de mettre d'abord notre ultimatum dans notre smière réponse à la déclaration russe. J'aurais cru qu'il aurait été é d'y suppléer par une lettre de ma part à l'impératrice de Rus-

, ou par une instruction particulière & donner & mon ministre a îterebourg. Comme on était dans l'attente journalière de l'arrivée

l'empereur, on a cru devoir suspendre toute résolution décisive squ'à cette époque. L'empereur étant arrivé lundi passé s'est enetenn hier à une heure après midi avec Kaunitz , qui m'a adressé

soir du même jour le mémoire N** 3 , célérité qui lui est d'ailleurs BU ordinaire, lorsqu'il devrait expliquer & moi son sentiment. Comme B dernier mémoire rapporte en entier les conditions de la paix & la écision des puissances médiatrices , sans dire rien de positif, il faura des mois pour venir à quelque chose de définitif, et dans cet inerralle les affaires pourront bien empirer. Je suis donc toujours du entiment que le meilleur serait de débuter par la négociation pro- •OBée N® 1, et d'éloigner au possible toute sorte de congrès, tro]) suit à des altercations , lenteurs, aigreurs , et peut-être encore à la formation de nouvelles prétentions pour des dédommagements, cessions, changes, etc. Je suis fermement résolue de ne pas m'y prêter, fût-ce ûême pour quelque modique j)ortion de mes Etats en Souabe ou aux Vs-Bas. J'y serais peut-être entrée si , par l'acquisition de la Baîère, on eût ])u obtenir un arrondissement considérable de la monarhie;mai8 il ne faut plus y penser, et je veux que la monarchie ^e en entier sur le pied qu'elle est à cette heure, à moins que le ^ï de Prusse ne se détermine à me céder quelque i)artie de la Silé- ® on Glatz , mais je trouve une telle idée trop illusoire. ^oilà mes pensées sur notre situation critique. Je me remets à ^e prudence pour l'usage à en faire , soit même par une ouverture ^dentielle vis-à-vis du ministère de France , si vous le trouviez à ÏHm [ mais de vous tout seul]. On a oublié entièrement de répondre ^Uîs le commencement de septembre h la lettre du roi, et de char-

pensée de r impératrice, comme on le verra par les pièces suivantes, était qu'il '^^ offrir le renoncement entier à toute prétention sur la Bavière.

gcr Madame de tenir Tenfant. Si par bonheur cela ne m'était venu en pensée, je crois qu'on Taurait encore oublié. Je vous marque cette anecdote pour en faire les excuses , si vous le trouvez convena- — ble. Je n'ai pu me résoudre de copier de main propre la lettre que vous trouverez au roi ; elle est troj) mal donnée ; mais je joins un petit billet à ma fille de main propre pour le roi. Vous pourriez aussi m^ donner à la reine ces deux de <;6rémonie au roi pour les lui rendrCjç si vous le trouvez convenable. C'est le meilleur courrier que nousâ, avons que je vous envoie ; il viendra bien près des couches , qui laissent que de m'inquiéter. Vous pourriez tenir votre lettre prête e*" le courrier, et n'y mettre que la date et le sexe , pour l'expédier tou', de suite ; c'est ainsi que mon fils fait en Toscane. Le courrier suel viendra aussi , par lequel j'espère recevoir le rétablissement ma fille. On dit que ma fille veut nourrir son enfant : on ne m'a ri marqué ; je suis i)resque bien aise , car je ne saurais l'approuver, p^ ^ Il cause d'elle, mais au régime et repos à tenir et pour l'enfant mênn-^^e. Vous ne ménagerez pas les estafettes journalières pendant les pnrrre-

miers huit jours et même plus tard, au moins à Storck (1). Di en

nous donne une heureuse délivrance !

VieriTie, 25 Tiovembre. — Madame ma chère fille. Je serai £V>rt courte ; celle-ci vous trouvera bien près de votre t^rme- Je coni.pte toujours entre le 8 et le 15 que Dieu nous accorde la consolation de vous savoir délivrée. Tout le reste est indifi*érent ; les fils suivront les filles. On dit que vous comi)tez nourrir vous-même votre enfent ; cela dépend du roi et du médecin ; j'avoue à leur place que je ne voo* raccorderais pas , c'est très-bien de vous offrir. Nous tenons notre neuvaine dans la chapelle de Saint-Xavier avec un concours d* monde qui est touchant. Celle-ci finira le 28 , recommencera à la V"*-sitation ; celle-ci finie, Parhamer (2) commence la sienne , et ent^C ce temps j'espère d'avoir la tant désirée nouvelle.

Ce courrier est expédié pour nos afi*aires de médiation ; par bo* lieur nous possédons l'empereur en parfaite santé, mais maigre. «ï

(1) Médecin de l'impératrice,

(2) Le jésuite Ignaz Parhamer, directeur de la Maison des orphelins à Vienne.

joins ici quelques lignes pour le roi, n'ayant pu me résoudre d'écrire de main propre tout ce fatras de phrases politiques. Il nous faut la paix , et la plus prompte sera la meilleure, sans congrès; il y a trop l*intérêts à démêler. Les médiateurs devraient nous dicter de tout •estituer, comme c'était l'année passée 1777 : ceux de la succession le Bavière avec la Saxe et les autres intéressés ne devraient être nêlésy mais remis & la décision de l'empire. Tout serait dit en peu de «mps et nous y perdrions toujours le j)lus : les frais immenses et les lévastations de nos pauvres pays. Le roi de Prusse ne saurait rien lemauder, ayant été l'agresseur et ayant déclaré qu'il ne demanderait rien. L'éloignement de la Russie de la France me fait craindre ."K)ur les longueurs. Je finis i>ar raison pour ne vous troubler ce deroier temps , vous embrassant.

VienjWj 30 novembre. — Comte de Mercy-Argenteau, J'ai reçu par le îonrrier Morenlieim votre lettre du 17. Les désordres survenus sur a fin du séjour de Marly fournissent une nouvelle preuve du peu l'effbrts dont ma fille est capable pour tenir contre l'impulsion qu'on oi donne de temps en temps pour l'entraîner dans des dissipations ; il *ut espérer qu'un peu plus de réflexion remédiera peu à peu à cet inouvénient. Je suis ftcliée de l'intérêt déi)lacé qu'elle a pris en faveur lu duc de Chartres pour le faire nommer colonel général des houssards.

Pour les affaires je me rapporte aux dépêches que vous recevrez ^ la part de la chancellerie d'État. Je vous répète seulement que ^^ mes vœux tendent toujours vers le plus prompt rétablissement '^ la paix. D'ailleurs ma fille étant à la veille de ses couches, elle ne ^^iitiit prendre pour quelque temps part aux affiiires ; entretemps '0118 sauriez bien imaginer avec quelle impatience j'attends le cour- ^^ porteur de la nouvelle de la délivrance de ma fille.

[Vous ne donnerez pas ma lettre ci-jointe à ma fille , si elle n'est "^nehée, et la retiendrez jusque-là et ne lui ferez qu'un compliment - lK>uche. ]

[J'ai reçu tous ces bustes abominables (1) ; vous lui ferez une gra- '^^tion convenable. ]

> On avait envoyé plusieurs bustes de la relue qui ne scmblaieut point rcussis.

LXXVL — Mercy a Marie-Thérèse.

Paris, 5 (h'ccjjibre, — Sacrée Majesté, Le courrier Tarnoczy, arrivé ici le 2 au soir, m'a remis les très-gracieux ordres de V. M. en date du 25 de novembre, et je me suis rendu le 3 au matin à Versailles pour y présenter & la reine les lettres qui lui étaient adressées. Je trouvai S. M. plus affaissée que de coutume ; elle devait être saignée le môme soir, et il me parut que l'instant de ses couches devait être très-prochain. Le premier médecin, que je ne vis que l'après-midi, ne sachant pas que je fusse à Versailles, m'avait écrit le billet cijoint pour m'informer de l'état de la reine. Je restai fort longtemps auprès de S. M., je remarquai qu'elle n'avait point d'inquiétude sur le moment de l'accouchement ; mais elle souflFrait cependant.' Je ne crus pas devoir l'entretenir d'affaires sérieuses : elle m'en parla ellemême à différentes reprises, et je me bornai à des réponses précises et courtes. La reine marqua de l'inquiétude et du regret de ce que, vu la saignée qu'on allait lui faire, joint à son état de malaise, elle ne prévoyait pas de pouvoir écrire à V. M. parce courrier. Je tâchai de tranquilliser la reine, en l'assurant que V. M. ne s'attendait même pas à recevoir de ses lettres pour cette fois.

J'eus une audience de Madame pour lui présenter la lettre de V. M. ; elle fut reçue avec toute sorte de marques de respect , et Madame me parla dans les termes les plus convenables de son désir de plaire à V. M. Dans la conférence que j'eus avec le comte de Vergennes, lui ayant parlé de mes mesures pour faire parvenir promptement la nouvelle de l'accouchement de la reine, j'appris avec grand déplaisir que, d'après la règle énoncée dans le mémoire que je joins ici, mon courrier ne pourra partir que longtemps après celui que l'on dépêchera au baron de Breteuil. Je trouvai le comte de Vergennes si attaché à cette formalité que je ne pus gagner autre chose si ce n'est qu'au lieu de quarante-huit heures on me donnera un passeport après vingt-quatre heures. V. M. n'en recevra pas la nouvelle avec moins de promptitude, parce que le courrier français fera sûrement grande diligence , et ce sera avec la même célérité que les nouvelles de la journée suivant celle des couches arriveront ;j*espère même que le sieur Lassone pourra y joindre le mémoire détaillé de l'accouchement ; mais après l'expédition du courrier, je n'aurai plus

our les jours suivants que la voie de la poste ordinaire, attendu que , ans toute la France, on ne connaît pas Vusage des expéditions par 3tafettes. S'il survenait des cas extraordinaires, je serais obligé d'exédier des courriers ; mais, d'après l'assertion la plus positive du méiBcin Lassone, dans l'état de santé où est la reine , il y a toute sûeté que ses couches seront parfaitement heureuses et exemptes du loindre accident.

LXXVIL — Mercy a Marie-Thiérèse.

5 décemàre. — Sacrée Majesté, Très-pressé de me rendre à Verailles, et occupé dans ce moment d'une infinité de petits détails elatifs au meilleur service de la reine, je n'étendrai pas autant que 3 Tanrais désiré mes très-humbles remarques sur le contenu des rdres importants qu'il a plu à Y. M. de me donner dans sa très- Tacieuse lettre du 25 de novembre. J'ose espérer d'en avoir bien aisi le sens, et il me sert de règle dans la manière dont je négocie ci avec les ministres du roi, auxquels je tâche d'insinuer , comme de Qoi-mème, tout ce que je sais être analogue aux intentions de V. M., m observant en même temps toutes les précautions nécessaires & Wter de compromettre l'essentiel des affaires. H n'est pas douteux qae, dans l'état actuel des choses, V. M. s'est assurée de se procurer U paix ; il ne s'agit que de la rendre la moins désavantageuse posnble, et les moyens s'en trouveront peut-être dans le plan que j'ai [)er8nadé le comte de Vergennes de former et de faire mettre sous es yeux de V. M. J'ignore encore quelle pourra être la tournure e ce plan ; mais il m'a paru très-essentiel de déterminer le ministre d'ici & articuler des propositions quelconques, parce qu'il reste la volonté de V. M. d'en rejeter ou agréer ce qu'elle jugera conveable, et entretemps on contractera ici l'obligation de se rendre hae actif à soutenir des moyens acceptables que l'on aurait proposés oi-même. Les comtes de Maurepas et de Vergennes sont déjà contenus de la nécessité d'éviter les longueurs , par conséquent de reje- *^ toute idée d'un congrès.

I^ retard des deux lettres de V. M. au roi et à Madame n'a eu "*^n inconvénient qui eût pu me mettre dans le cas d'entrer en •^®*^iie explication & cet égard. Relativement au bruit qui a couru '* Pïtget de la reine de nourrir son enfant, je puis assurer positive-

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ment que la reine n'en a jamais en Tintention^ et dans le fait, par tout plein de raisons qui tiennent au local de ce pays-ci, cela serait devenu infiniment difficile. Â Tinstant où j'aurai fini mes dépêches, je vais m'occuper uniquement de ce qui a trait à la reine, et je ne quitterai pas son antichambre pendant les huit premiers jours des couches. L'abbé de Vermond est à Versailles depuis hier, et nous veillerons l'un et l'autre à tout ce qui paraîtra essentiel. J'espère que Dieu bénira notre zèle , et qu'il éloignera de V. M. toute espèce d'inquiétude ; c'est en formant ces vœux ardents que je suis...

Ce 9 décembre, — Comte Mercy, Vous i>ouvez juger avec quel empressement j'attends la grande nouvelle de l'accouchement de ma fille; que Dieu nous la donne heureuse! Je ne suis pas entièrement rassurée sur ce point ; la grosseur dont on la dit me donne à penser. Je ne me flatte nullement d'un dauphin; je ne suis accoutumée d'avoir des consolations entières ; pourvu que ma fille se ménage bien, point essentiel. Le courrier vous porte les présents et vous pourriez le retenir tant que vous voudrez , souhaitant qu'avant de partir il peut voir la reine et l'enfant. Vous me marquerez toutes les circonstances et particularités : comme la reine s'est comportée et se porte, et comme on lui fait passer les journées, et ce qu'on lui donne à manger, quel monde elle voit.

J'ai vu M. d'Argenteau (2) et ce que vous en marquez & Pichler ; il me suffit qu'il vous appartient et que vous vous intéressez pour lui, que j'en fais mon affaire. Les intéressés se sont déjà vus et ils se conviennent beaucoup. Il peut plaire & une personne raisonnable ; mais elle est bien laide, courte, grosse, ni teint ni yeux, mais un bon caractère et de l'esprit. Je souhaiterais qu'elle eût le double des revenus ; mais jusqu'à cette heure elle n'a rien qu'ime petite terre en Bohème : tout le reste est à sa mère, qui est vraiment folle. 11 faudra passer par les voies légales.

Je vous joins ici cette explication pour les bijoux ; vous ajouterez, diminuerez ou augmenterez selon votre bon plaisir les présents (3)

(1) Pièce entièrement autographe.

(2) C'était un parent du comte de Mercy ; on yerra qu'il s'agissait d'un mariage.

(8) L'impératrice.parle des présents qu'elle envoyait comme marraine de l'enfant royal.

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selon les occurrences ; vous en ferez de même pour ce qui sera à donner en argent. Ne pourriez-vous, comme Breteuil, à Naples, convertir votre fête en tirant des prisons des malheureux ou eu dotant des filles? Je laisse cela à votre choix. J'espère que le grand i)ortrait de la reine est déjà en chemin ; si non , vous me l'enverrez par le premier courrier, l'attendant avec la dernière impatience. Les tablettes de laque pour M°" de Provence ne sont encore achevées ; j'ai cru qu*elles conviendraient mieux que le bracelet avec mon portrait, qui a été payé huit mille florins. Je vous l'enverrai avec le i>remier courrier ; vous leurriez donc retenir encore les présents et ma lettre ; mais vous ferez ce que vous trouverez le plus convenable. Les quatre petites boîtes empaquetées & part appartiennent à la boîte plus grande. On la destinait i)our mettre le portmit, mais il me paraît qne ces quatre pièces y manquent. Mon chiffre en bracelet est destiné [>our M™* de Guéménée; vous y ajouterez une tabatière ou autre nippe que vous trouverez à Paris , s'il faut augmenter ce présent. Je a** ai pas cru convenable, en donnant à Madame mon portrait en bra- :;elet , de le donner aussi à la gouvernante. Il y a une tabatière de f^Biunie avec mon portmit, que vous pouvez destiner ou retenir •omme bon vous semble ; de même une d'hoirime, verte, avec mon •biffre. Les bagues sont destinées pour le médecin et accoucheur ; XI ûs en cela comme en tout le reste vous ne vous tiendrez pas à la ,îste, et ferez ce que vous trouverez le mieux. Dieu nous tire bientcU ie cette attente et me conserve ma chère reine !

P. S. Pichler vous informera de ma situation, qui est à l'extrême (1).

yersailleSj 18 dccembre. — Sacrée Majesté, J'écris par avance ce présent et très-humble rapport, afin qu'il puisse être expédié par le cour- ^^cr du cabinet qui , vingt-quatre heures après le départ de celui de ^tte cour, ira porter à V. M. les détails des couches de la reine. Cet ^yéuement, quoique beaucoup plus retardé que l'on ne l'avait ima- ^é, ne donne cependant ici aucune inquiétude. Depuis la dernière ^^^gtiée faite à la reine, elle se retrouve dans un état de santé et

' Marie-Thérèse parle des difficultés <iuc rencontraient les négociations pour la ixiix.

de gaieté qui ne lui laisse pas la moindre nuance d'appréhension. J'ai occasion matin et soir de faire ma cour à cette auguste princesse, je la vois toujours de la meilleure humeur ; je m'abstiens dans ces circonstances de tout propos trop sérieux ou qui exigerait une attention trop suivie. Cependant la reine reprend quelquefois d'elle-même le chapitre des affaires. Elle a voulu en dernier lieu en parler au comte de Vergennes, et savoir de ce ministre la substance des projets de pacification, des instructions et mémoires qu'il a rédigés depuis peu, et qui auront déjà été mis sous les yeux de V. M.

J'ai fait quelques remarques à la reine sur les pièces susdites, lesquelles, quoique d'un style plus convenable à l'alliance, laissent cependant plusieurs choses à désirer pour le fond. J'espère que la reine, après ses couches, sera encore à temps d'intervenir par son crédit pour que, dans la suite des négociations, on mette ici le degré de fermeté et d'intérêt convenable pour contre-balancer la conduite trop partiale de la Russie en- faveur de son allié.

Relativement à la vie journalière que mène actuellement la reine, je n'ai aucune observation essentielle à exposer. S. M. se lève à onze heures, elle entend la messe dans la grande chapelle de la cour régulièrement à midi ; elle fait une promenade dans les galeries du château jusqu'à l'heure de son dîner. Dans les premières heures de l'après-midi, elle daigne voir dans ses cabinets l'abbé de Vermond et moi, et le soir il y a ou spectacle au petit théâtre du château ou jeu. Toute la famille royale réunie passe l'après-souper ensemble, avec un petit nombre de courtisans , honmies et femmes les plus favorisés , et la reine se couche vers minuit.

Depuis quinze jours le premier médecin et l'accoucheur logent à côté des appartements de la reine ; tout est prévu avec le plus grand ordre pour le service. Il y a, selon l'usage de cette cour, quatre nourrices retenues pour l'enfant royal; mais ce ne sera qu'au moment que l'on décidera laquelle des quatre commencera la nourriture : les trois autres restent en réserve pour suppléer aux accidents possibles. Le roi redouble de soins, d'attention et de marques de tendresse envers la reine. Je ne vois aucun mouvement d'intrigue qui pût donner ni soupçon ni inquiétude, et ce calme passe tout ce que j'aurais pu en désirer dans une cour aussi sujette à être agitée que l'est celle-ci. Le public en général marque un très-grand intérêt à l'attente des couches de la reine. R y a ici plus de deux cents personnes de qua-

litéy restantes ordinairement à Paris , et qui sont venues s^établir à Versailles , où on ne trouve plus de logements, et où les vivres ont triplé depuis cette époque.

Delà secrétairerie du ministre à Versailles, 20 décembre j à midi trois morts. — Sacrée Majesté, Je profite du courrier dépéché au baron e Breteuil pour annoncer très-respectueusement à V. M. que la reine îent de mettre au monde une princesse ce matin, à onze heures et emie. Les douleurs ont conmiencé à minuit et demi ; elles ont 'abord été peu considérables et avec de longs intervalles, même 3 repos et d^ustants de sommeil. Les grandes douleurs suivies ont commencé que vers huit heures , et les eaux ont percé dans t même moment. La reine a soutenu le mal avec un grand congre ; j^ai vu cette auguste princesse dans les derniers moments 5 l'accouchement et encore quelques instants après. La violence l'elle s'était faite pour ne pas se plaindre Jui causa un léger auvement convulsif dans les nerfs : on jugea convenable de la sailer^ et Taccident se calma sur-le-champ. La reine est autant bien l'il est possible de Tétre dans ces premiers instants de son état, et m auguste enfant, qui est grand et fort, se porte & merveille. Dans .précipitation du moment, je ne puis rien ajouter à ce très-humble ipport ; vingt-quatre heures après Texpédition de ce courrier celui e V. M. parth-a.

L'instant du délivre n'est pas encore arrivé; mais, d'après toutes $fi apparences qui sont sous mes yeux, je crois que Y. M. a tout su- >^ d'être hors d'inquiétude. La reine ne sait pas encore le sexe de on en&nt royal.

le prince de Lambesc partira cet après-midi pour porter à Vienne » nouvelle de cet événement.

I^ roi marque toute la joie et la sensibilité que lui cause la sasftction de cette couche heureuse.

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