‹ Marie-AntoinetteChapitre 12 sur 30 · III · texte numérisé non relu

III

290 MERCY A MARIE-THÉRJCSE.'

Polignac qu'elle se fait illusion, et qu'il n'7 a que le temps et lei circonstances qui puissent l'éclairer mieux sur le chapitre de cett4 favorite. La reine, dans ces derniers temps , a conçu plus que jamai un fond d'estime et d'amitié pour le roi ; elle a été vivement touché de la tendresse, de la douceur et des soins que lui marque son augnst époux. Elle paraît mieux concevoir la nécessité ainsi que la &cilit de gagner toute sa confiance.

S"" Quoique l'abhé de Yermond ait été mieux traité que jamais surtout par le roi, il croit cependant que son séjour constant à Yer sailles ne serait point utile au meilleur service de la reine, et, aprèi de mûres réflexions, je suis assez du même avis. Son office, ainsi qn* le mien, consiste à présenter tory ours la vérité pure et sans détours Dans une cour aussi intrigaiite et orageuse que celle-ci, un parei emploi ne peut pas s'exercer journellement sans exciter de grandi ombrages et des cabales. J'espère que je tiendrai encore longtemp l'abbé de Yermond dans l'habitude de passer un jour ou deux d la semaine auprès de la reine, et, en tâchant de le suppléer dans le intervalles, cette auguste princesse aura toujours à portée un de se zélés et fidèles serviteurs.

4® Les couches de la reine ont fait ici généralement dans tous le ordres une grande sensation et très-avantageuse à cette souveraine Lorsqu'on l'a crue en danger, le peuple a marqué pour elle un vra attachement. Les petites critiques du public ont cessé, et on se réu nissait de bonne foi à faire des vœux pour l'heureuse délivrance d la reine. Ce serait maintenent un moment précieux à saisir,, et dan lequel S. M. pourrait donner à sa considération et crédit public l'esso le plus étendu et le plus solide. Il ne faudrait pour cela que quel ques légères réformes dans l'article du jeu , dans les prédilection pour les favoris et favorites , un peu plus d'actes de bienfaisance, e témoigner quelque intérêt aux objets sérieux et utiles. Tous ces cha pitres ont été en dernier lieu amplement discutés vis-à-vis de 1 reine, elle a paru plus que jamais y arrêter ses réflexions. EUe s montre tendrement et vivement occupée de son auguste enfant, eâm que des moyens à lui donner la meilleure éducation possible , pa conséquent très-différente de celle qui jusqu'à présent a été en usag à cette cour.

5** Malgré le contenu de la dernière lettre que Y. M. a reçue de 1 reine, il est cependant de fait que cette auguste princesse est un pe

égoûtée de ses couches^ et que sa première idée la porta au désir de e pas devenir grosse de plusieurs mois. Je ne suppose point que les T^ortes représentations de Tabbé de Yermond et de moi aient changé A cet égard les intentions de la reine ; j'aime mieux croire que ses 3>ropres réflexions Tout ramenée ; mais il est bien certain qu'elle désire maintenant la grossesse la plus prochaine possible.

Le courrier m'ayant remis en très-bon état les trois objets dont il était chargé, je me suis vu en même de remplir les ordres de V. M. relativement à tous les présents h distribuer.

Ainsi que l'annonçait un de mes très-humbles rapports précédents, la reine avait déjà le souvenir en diamants , l'aigrette et les hochets destinés à la jeune princesse ; je n'ai eu à remettre à S. M. que le petit coffre de laque, et j'y ai joint le diamant couleur chrysolithe (1); qui a fait le plus grand plaisir à la reine, ce que j'avais prévu, connaissant son goût pour les pierreries. S. M. a &it venir sur-lechamp son joaillier, et lui a ordonné en ma présence de monter ledit diamant de manière qu'il serve de coulant à un ruban à porter au col; conséquemment.je n'ai point fait mention des vases, qui seraient devenus des objets si casuels à transporter et sans doute aussi coûteux que le diamant. Quant à la grande boîte garnie de pierreries, ainsi que V. M. l'a jugé, il m'a paru que cette pièce , si précieuse d'ailleurs, n'avait son grand mérite que pour un cabinet de curiosités, et n'était point adaptable à la circonstance présente. Je la renvoie par ce courrier, en y joignant une des deux bagues de diamants d(mt je n'ai pas eu d'emploi à faire.

Lorsque je présentai à Madame les tablettes et le bracelet, elle témoigna une grande reconnaissance à ces marques de bonté de V. M. Elle observa d'abord la magnificence du présent; mais elle demanda avec empressement si le portrait était ressemblant, en me disant que c'était ce qui lui devenait de plus précieux. Cette princesse, en me chargeant de faire parvenir ses très-humbles remercîments, en me parlant de son respect pour V. M., de son attachement pour la reine, s'expliqua dans les termes les plus convenables et de

(l) Le nom de chrysolithe (c'est-à-dire jnerre dor ou dt couleur dorée ) a désigné à diverse» ^poqoM pltuienn Bubstances d'un jaune plus ou moins pur, mais de nature fort différente. La chrysolithe da Brésil est une aiguë -marine ; la chrysolithe du Cap est un silicate double de chaux et d'alumine. Les bijoutiers connaissent surtout Ui chrysolithe orientiile ou oi>aline, on chryiobéril.

la meilleure tournure possible. Je remis ensuite la petite boîte à portrait et le bracelet en chiffre de diamants à la princesse de Guéménée, qui parut bien pénétrée de cette grâce, et me reconmianda de mettre aux pieds de V. M. les témoignages de sa profonde et très-respeotueuse reconnaissance, en y ajoutant les assurances de son zèle pour l'auguste enfant qui lui est confié. Le cardinal de Guéménée se montra pénétré de sentiments pareils, lorsque je lui remis la croix qui lui était destinée.

Le premier médecin Lassone a été comblé du magnifique présent de la boîte émaillée en vert et garnie de diamants ; mais si Y. M. veut y ajouter une marque de grâce de plus , ce serait d'ordonner que l'on envoyât à Lassone quelques pièces des minéraux d'Hongrie, que ce premier médecin désirerait beaucoup pour les placer dans son cabinet d'histoire naturelle. Je sais que la reine s'était proposé d'en supplier V. M. Quant à l'accoucheur Vermond, je lui ai remis la plus belle des deux bagues de diamants, et j'y ai joint une boîte émaillée achetée ici pour le prix de six cent soixante florins.

H ne m'appartient pas d'oser mesurer les bornes que peut avoir la munificence de V. M., mais ce que je puis affirmer, c'est que tons les présents distribués ont été regardés ici comme plus que suffisants, et très-magnifiques , enfin comme remplissant tout ce qu'on pouvait attendre de la générosité si connue de V. M.

Dans le plan que la reine s'est formé pour l'éducation de son auguste enfant, je crois qu'elle ne s'est point éloignée des intentions de V. M. n semble en effet que le projet de la reine n'est pas un retranchement absolu des étiquettes, mais seulement de les borner de manière à supprimer une mollesse nuisible, une affiuence inutile de gens de service , et toute image propre à faire naître des sentiments d'orgueil. Malgré le retranchement susdit, la maison de jeune princesse est encore considérable , et se montera à près d quatre-vingts personnes destinées au service unique de sa personne royale.

Mes dépêches d'office précédentes , et particulièrement celle d'

jourd'hui, exposent la différence notable qui existe entre le langag— qu'on me tient ici et la façon d'opérer du baron de Breteoil et d — marquis de Pons. Les choses en sont pour le moins au point que la co^ de France se trouve engagée, par ses propres démarches, & contrari< d'une manière positive et ouverte les mauvaises chicanes du roi

Prusse, et le comte de Vergennes se persuade que ce prince ne s'obstinera pas à les soutenir, que par conséquent le prompt acheminement à la paix ne sera point intercepté. Je n'ai pas cru devoir encore reprendre ces matières à fond vis-à-vis de la reine ; il m'a para que la conjoncture du moment n'y donnait pas lieu, et qu'il fallait attendre les occasions où il pourra devenir nécessaire que la reine intervienne pour s'opposer aux actes de faiblesse dont les ministres français se sont rendus si souvent coupables, et qui seraient plus dangereux encore dans le courant d'une négociation finale.

rV. — Mercy a Marie-Thérèse.

Paris, 16 février. — Sacrée Majesté, Je ne puis aujourd'hui mettre aux pieds de V. M. qu'un rapport très-court sur ce qui concerne la reine, le régime de ses couches , prolongé au delà des six semaines, n'ayant donné lieu à aucune circonstance qui fût susceptible de remarque.

Après que la reine eut été relevée de ses couches dans la chapelle de Versailles, S. M. reprit la forme ordinaire dans la tenue de la cour, tant pour l'heure de son lever que pour celle de la messe , du diner et du jeu qui se tient pendant la soirée. La reine commença à &ire des petites promenades dans l'intérieur du château; elle se rendit les mercredis aux bals de la cour qui ont continué à avoir lieu chez Madame. La présence de la reine ranima ces petites fêtes , qui étaient devenues très-désertes ; S. M. n'y a point dansé et y passait la soirée à parler aux personnes qui sont admises à de semblables occasions. Le spectacle devint un autre objet d'amusement ; il y en a ea deux jours de la semaine au théâtre de la cour, et la reine a été également au théâtre de la ville de Versailles , cette salle nouvellement bfttie ayant une conmiunication avec le château, d'où l'on peirt 8'y rendre par un grand corridor.

Le 8 de ce mois, tout ayant été préparé pour la venue du roi et de la reine à Paris , LL. MM. s'y rendirent accompagnées de Monsieur, de Madame, de M. le comte et de M"' la comtesse d'Artois, tons dans la même voiture. Les feuilles publiques contenant les détails de cette entrée, je me bornerai à observer qu'elle a eu lieu avec tout Tordre et la pompe convenables à un acte aussi intéressant. Le

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public de Paris rassemblé en foule sur le passage de leurs souverains donna beaucoup de marques d'afifection et de joie ; il remarqua avec la plus grande satisfaction Tair de bonté de la reine. Les cent mariages qui, dans la matinée, avaient été bénis dans l'élise métropolitaine, et qui s'y trouvaient rangés en ordre lors de Tarrivée du roi et de la reine, formèrent un coup d'œil très-touchant et propre à émouvoir les spectateurs. Le directeur général des finances a cru devoir consacrer par une médaille cet acte de bienfaisance de la reine ; je joins ici une de ces pièces : il n'y en a point eu de frappée en or, il nV G^ A même en argent qu'autant qu'il en fallait pour en distribuer une à chacun des mariages et à un petit nombre des personnes de la suite de la cour. La délivrance de plusieurs prisonniers pour dettes , et des aumônes faites sous l'indication des curés de Paris, ont ajouté à la munificence de la reine et au bon effet que la piété de cette auguste princesse a occasionné dans l'esprit du peuple. Pour ne rien omettre de ce qui pouvait et devait faire l'impression la plus &vorable dans une pareille conjoncture, la reine s'était très-sagement déterminée à prouver que sa présence dans la capitale n'avait pour objet que des motifs pieux et aucune vue d'amusement ; conséquemment, après le service divin, tenu dans l'église de Notre-Dame et à Sainte-Geneviève, la cour alla dînera la Muette et retourna le soir à Versailles sans que depuis, dans les derniers jours du carnaval, la reine soit venue aux différents spectacles à Paris , ainsi que S. H. était accoutumée d'y venir les autres années. Cette privation a et/ suppléée par quelques bals à Versailles; il y en a eu un chez la ccmd tesse de Polignac , un second chez la princesse de Guéméuée , et u troisième chez le prince de Poix, gouverneur du ch&teau. Le roî toute la famille royale réunie ont assisté à ces petites fêtes ; la reine j très-peu dansé, et les bals n'ont pas été prolongés au delà d'une hei après minuit. Un carnaval si modéré a été fort avantageux à la o servation de la santé de la reine, et il n'y a rien à désirer sur cet art important. H en est de même pour ce qui concerne son auguste enf Cette jeune princesse se fortifie à vue d'œil et annonce la meill constitution.

Le courrier mensuel m'ayant remis le 11 les dépêches do était chargé, je me suis rendu le lendemain à Versailles pour senter à la reine les lettres qui lui étaient adressées, avec la contenant les tableaux destinés à être placés au ch&teau du

Trianon (1). La reine exprime elle-même à V. M. tout le plaisir que lui a fiât ce présent. Sa première intention a été d'abord de ne faire déballer cette caisse que dans l'endroit même où les tableaux doivent <ôtre déposés. J'ignore encore dans ce moment si cela a été exéicuté ; maisy à en juger par l'extérieur de l'emballage^ les tableaux ne peu- -vent que s'être trouvés en bon état.

Paris, 16 f (trier. — Le secrétaire du cabinet baron de Pichler,

m'envoyant la feuille que je remets ici, me donne l'ordre de V. M.

e dire ce qu'il peut y avoir de réel dans le contenu de ce scandaleux

^^azetier, et sans autre détail je n'hésite pas à affirmer qu'il ne ren-

rme pas un seul article qui ait la moindre lueur de vérité ou de

r^raisemblance. Ces absurdes productions ne se répandent pas même

^ms Paris ; elles sont envoyées au dehors par des misérables non-

^listes 9 que la misère engage à ce métier, et qui, pour peu d'argent,

^Dmposent des anecdotes dont le ridicule sauterait aux yeux si elles

^-feaient lues par ceux qui, étant sur les lieux, ne peuvent être in-

en erreur sur la vraisemblance des choses. Cette feuille, datée

6 janvier, annonce que la veille le roi avait habité avec la reine ;

1"^ ^^space de temps seul entre le moment des couches et le 5 janvier

-p^rouve l'impossibilité de ce prétendu fait. H en est de même des pro-

"ï^ofi attribués à l'accoucheur Vermond, qui certainement n'a jamais

px^cnoncé de phrases pareilles. On cite une dame de Rostaing comme

^ dame de cour très-spirituelle » ; il n'y a pas une femme de ce nom

^ Versailles , et je n'en connais même aucune à Paris. L'article des

■bijoux montrés à la reine n'est pas plus exact, et quant à l'état des

^ttes de cette princesse , des mesures prises pour les acquitter, et

^^ propos tenus par la reine à ce sujet, mes précédents rapports

^^t exposé bien exactement à V. M. tout ce qu'il y avait à dire sur

^ chapitre (2).

vl) Voir i^tu haut la 8* note de la page 152.

v«) Xjes noirrelles de gazettes auxquelles Mercy répond ici se trouvent toutes dans la Cor»

^^^*^^^4anee $eerète, éditée par H. de Lescure, Paris, 1866, tome I, pages 264 et suivantes.

Y^ P^ut y lire en effet, à la date du 6 janvier 1779, quelques propos indiscrets sur l'intimité

^ et de la reine. On y présente raocouchenr Vermond comme un «« balourd m qui

^^^iexait, en parlant à la reine, les expressions les plus grossières ; il est question ensuite

Je ne dois point dissimuler à Y. M. que, lorsque le roi et la reine sont venus à Paris , les démonstrations du public n'ont pas répondu tout à fait à ce que Ton aurait pu s'en promettre. H y a en des acclamations de a Vive le roi et la reine I » dans de certains endroits de la ville ; dans d'autres il a régné un grand silence y et on remarquait en général que l'empressement du peuple tenait beaucoup plus à la curiosité qu'à des mouvements d'affection. Cette tiédeur avait quelques causes accidentelles, entre autres le renchérissement des vivres. Quoique la reine n'entre pour rien dans de semblables motiâ, cependant Thumeur du public le rend plus disposé à la critique. L'idée de la dissipation, des dépenses qu'elle occasionne, enfin l'apparence d'un désir immodéré de s'amuser dans un temps de calamités et de guerre, tout cela peut aliéner les esprits et demande un peu de ménagement. Dans les dernières audiences que m'a accordées la reine, je lui ai exposé sur cette matière ce que m'a dicté mon zèle; j'oserais presque me flatter qu'il a fait quelque impression sur S. M. et que cela a contribué à la faire renoncer à tous les amusements trop apparents qu'elle avait projeté de se procurer dans plusieurs voyages à Paris, dans les derniers jours de ce carnaval. Ce sacrifice ne s'est pas étendu jusqu'à renoncer tout à fait au bal de l'Opéra. La reine a voulu y venir le dimanche gras, et le roi a consenti de l'accompagner. Cet arrangement s'est exécuté avec un secret étonnant, et au moment oti j'écris, personne n'en est encore informé ici, de façon que, si la reine ne m'avait pas confié son projet, je pourrais douter qu'il ait été rempli.

Dans les moments présents je n'ai point parlé à la reine d'affaires politiques, parce que les circonstances ne m'ont pas paru l'exiger. La tranquillité du carême sera plus propre à revenir sur les objets sérieux ; il est bien important que la reine veuille s'en occuper avec: un peu plus de suite. J'espère d'engager l'abbé de Vermond à d fréquents séjours à Versailles ; cet ecclésiastique y est resté près d

d*une comtesse de Rostaing, a dame de la cour j>, qui, le jour où Paris célébrait par des i luminations raccouchement de la reine, remarquant la mesquinerie de celles du royal, aurait dit : a. Voici qui sent la bouderie ! » Enfin des bijoutiers auraient présenté à la leurs plus beaux bijoux, mais la reine n'aurait rien voulu choisir, disant : « Le roi a fois payé mes dettes, je ne yeux pas en contracter de nouvelles, m On voit que le rapport Hercy répond à tous ces articles, dont une partie se trouve aussi dans la Correqxmdamce crête de Métra, tome VU, page 194, sous la date du l'' janvier 1779.

six semaines de suite. Nous avons ^ lui et moi, la consolation de voir qu'en tenant une marche tout opposée à celle des autres alentours de la reine 9 elle daigne cependant avoir en nous une confiance plus entière qu'en qui que ce soit, sans en excepter la plus intime favorite. Il est vrai que cette confiance de la reine pour l'abbé et moi consiste plus à nous dire toutes ses pensées qu'à se prêter & nos trèshumbles avis, et que, pour ce dernier article, le crédit de la comtesse de Polignac est infiniment supérieur au nôtre ; mais il nous reste toujours le précieux avantage d'être en possession de dire la vérité et de la prononcer sans détour. C'est du bon esprit et caractère de la reine que l'on doit attendre les effets que cette vérité souvent répétée produira un jour, et dans l'intervalle il s'agit de diminuer les inconvénients à mesure qu'ils pourront se présenter.

Ainsi que la reine a daigné m'y autoriser, je vais souvent voir ce qui se passe auprès de la princesse nouvelle-née ; il me semble que son service se fait avec ordre et zèle. Cet auguste enfant deviendra de plus en plus pour la reine un objet de réflexions et de soins, et je ne cesse de rappeler à S. M. une vérité à laquelle sa tendresse maternelle la porte naturellement.

Vienne, 28 février , — Comte de Mercy-Argenteau, J'ai reçu votre lettre du 16 par le courrier Maurice , arrivé ici le 26 de ce mois.

Je suis très-contente du rapport que vous me faites sur ce qui s'est passé aux relevailles de ma fille ; mais je ne serais guère flattée 8i le premier début du roi en sa qualité de mari, après les couches de ma fille, devait nous annoncer un délai d'une nouvelle grossesse encore pendant huit ans. La joie moins vive que le public a marquée 4 l'occasion de l'entrée du roi et de la reine en Paris , peut-être est- ^Ue encore l'effet de l'impression moins sensible que l'apparition ^68 souverains produit lorsque, contre l'usage ancien, les sujets s'accoutument à les voir plus souvent et sans représentation. Toute contente que je suis d'ailleurs des complaisances que le roi témoigne à Xxia fille, s'étant même prêté à l'accompagner au bal de l'Opéra, je ^e voudrais cependant pas qu'il prît l'habitude d'entrer dans tous ses ^oûts. J'ai assez de preuves de la confiance que ma fille accorde et à ^ous et à l'abbé Vermond; mais je conviens encore avec vous que

M™' de Polignac et les autres favoris et favorites remportent sur vous deux , lorsqu'il s'agit de satisfaire les volontés de ma fille. C'est pourtant toujours un grand avantage que de vous voir dans une position de pouvoir parler avec franchise.

Je vous suis obligée de m'avoir envoyé les portraits de ma filk et de son enfant. Je trouve le premier assez ressemblant^ sans pouvoir juger de l'autre. Le portrait en grand de la reine, comme je vous l'ai déjà fait marquer, est arrivé ici bien endommagé.

P. S. Comte de Mercy-Argenteau, Si contre mes vœux et contre mon attente la guerre allait malheureusement continuer, il &udrait penser à la sûreté des Pays-Bas , dégarnis comme ils sont de tontes troupes. J'ai donc chargé le prince de Starhemberg de se concerter préalablement et en secret avec vous sur les moyens d'engager la France à placer un corps de troupes sur les frontières des Pays-Bas , pour pouvoir s'en servir en cas de besoin.

Paris ^ 17 mars. — Les très-gracieux ordres de V. M. en date du 28 février m'ont été remis le 11 de ce mois par le courrier mensuel, et je me suis rendu immédiatement à Versailles pour y présenter à la reine les lettres qui lui étaient adressées.

Lorsque j'écrivais mon très-humble rapport précédent, du 16 février, je n'imaginais pas que ce dernier jour du carnaval dût produire le seul petit événement relatif aux amusements de la reine qu donn&t matière à parler et à former des commentaires ridicules sur < un fait assez sin^ple et qui n'en était pas susceptible.

La reine était venue le dimanche gras au bal de l'Opéra seules avec le roi; Leurs Majestés y étaient restées jusqu'à six heures diw:] matin sans être reconnues, ce qui avait paru fort amuser le roi. Celiae engagea la reine à lui proposer de revenir au bal du mardi graacs Cette proposition fut d'abord acceptée ; mais le roi ayant ensuit».^ changé d'avis, il convint avec la reine qu'elle irait seule à ce suivie d'une dame du palais, et que d'ailleurs toutes les prises pour le plus grand secret seraient observées. Conséquenmie]=a la reine partit de Versailles sans suite ; elle descendit à Paris l'hôtel du premier écuyer (1), où S. M. monta dans une voiture

(1} Le duc de Coigny, premier écuyer du roi.

particulier^ et qui ne pût pas être reconnue. Malheureusement cette voiture était si vieille et mauvaise qu'elle cassa dans une rue à quelque distance du théâtre. La reine fut obligée de sortir de cette voiture , ainsi que la princesse d'Hénin qui était à sa suite, et, dans Timpossibilité de rester dans la rue y il fallut entrer dans la première maison qui se présenta et qui était celle d'un marchand d'étoffes en soieries. La reine ne se démasqua pas ; il fut trouvé impossible de raccommoder la voiture , l'heure qu'il était ne permettait pas non plxïB de se donner le temps nécessaire à faire chercher un bon car- Tosse : on arrêta le premier fiacre qui vint à passer, et la reine arriva au bal dans cette voiture. Elle j trouva plusieurs personnes de sa suite qui s'y étaient rendues séparément , et qui ne quittèrent plus S. M. tout le temps où elle resta à ce bal. La reine n'y fut point reconnue et ne se retira qu'au jour. Les circonstances de ce petit événement ne produisirent d'autre effet à Versailles que celui de faire rire le roi y et de donner matière à quelques plaisanteries sur la nécessité d'aller en fiacre. A Paris la manière de conter ce fait fut pli:is variée; mais il n'en résulta cependant que des détails risibles, et qui n'étaient point dans la tournure de critique. Je m'aperçus que ^ xeine était peinée de cette petite aventure : elle daigna m'en parler' et me mettre à portée de lui représenter ce que je croyais conve- ^^tle sur pareille matière (1).

Depuis le commencement du carême tout a repris à la cour une forme plus tranquille et plus régulière. La reine se fait une douce ^^îcupation d'aller, à différentes heures du jour, voir son auguste en- ^^t, qui se fortifie et jouit de la meilleure santé. Le roi partage des ^îns si précieux, et y met une suite et une tendresse qui est le K^e de celle qu'il a vouée à la reine. Il n'y a certainement rien à ^^irer sur cet article important , si ce n'est qu'il en paraisse bien- ^t de nouveaux effets, par une grossesse pour laquelle toute la nation fiât des vœux. Ce chapitre exige de ma part les plus fortes rei&Qntrances, et me porte à recourir à l'autorité de V. M. pour les tendre efficaces.

Depuis trois semaines la reine a repris malheureusement son an-

'^) Cette aTentare fut exploitée par ceux qui cherchaient roccasion de calomnier la ^^■^didte de la reine. Voir les Mémoireê de M*» Campan, chapitre VII, où l'épisode e«t ra- ^^ »Tec quelques inexactitudes.

cien goût pour l'exercice du cheval, et il faut avouer qu'elle en use avec trop peu de modération. S. M. fait de très-longues et très-fréquentes promenades ; il y a déjà eu plusieurs chasses au bois de Boulogne et dans les environs de Versailles. Le premier médecin s'y oppose autant qu'il lui est possible , et le public forme avec regret la conjecture , ou que la reine n'est pas vis-à-vis du roi en position à devenir grosse d'un jour à l'autre , ou que si elle y est, cette auguste princesse marque peu de désir et de soin à éviter les dangers contraires à un pareil état. De pareils raisonnements, qui ne sont que trop spécieux, portent une atteinte réelle à l'attachement que Ton doit à la reine ; son crédit et sa considération ne peuvent qu'en souffrir : c'est ce que je ne cesse de représenter à S. M. L'abbé de Vermond me seconde en cela avec son zèle ordinaire ; il a été à cet effet toutes les semaines à Versailles, mais jusqu'à présent nos très-humbles instances, qui vont jusqu'à l'importunité, n'ont pas encore produit grand effet. Cependant elles ont mieux réussi sur quelques autres articles , nommément sur les voyages à Paris, où la reine ne vient presque plus au spectacle. Le jeu est devenu aussi plus rare et plus modéré ; S. M. se prête moins aux insinuations intrigantes des favoris et des favorites ; depuis assez longtemps il n'est survenu à cet égard aucun incident qui méritât d'être cité.

Il y a dès à présent plusieurs projets de voyages fixés pour 1 printemps prochain et même pour le commencement de l'été, cour ira à Marly du 20 avril au 20 de mai ; il y aura ensuite que ques petits séjours à Cîhoisy, et LL. MM. retourneront peut-être Marly après la Pentecôte.

Paris j 17 mars. — Sacrée Majesté, Relativement à l'ordre culier que V. M. daigne me donner sur les précautions nécessaire» A la sûreté de ses provinces des Pays-Bas dans le cas de la continim^^ tion de la guerre, je dois observer très-humblement que, dans l'o^^' gine même des affaires présentes, la France s'est expliquée sur l'ol^J^^ en question d'une manière si claire et si positive qu'il ne peut aucun doute sur ses déterminations à cet égard. Mes dépêches l'année passée ont annoncé que le comte de Vergennes avait décL au baron de Goltz que le roi Très-Clirétien ne souffrirait aucune ^^^

treprise sur les provinces belges, et au besoin je crois pouvoir répondre que l'on tiendrait exactement parole. Le prince de Starhemberg n'aurait qu'à proposer les moyens, on les adopterait ici sans hésiter; mais, d'après les dernières nouvelles que le ministère d'ici vient de recevoir, il semble qu'il n'y a plus rien à prévoir contre la paix(l). Dans ces derniers temps on a tenu ici une conduite et un langage plus amical ; les sentiments de l'alliance se sont un peu ranimés. Y. M. aura daigné le remarquer dans les écrits du comte de Vergennes et dans l'ensemble des circonstances.

Quoique j'aie eu toutes les semaines de longues et fréquentes audiences de la reine , je me suis abstenu de la porter à aucune déinarche positive sur les conjonctures présentes. Dans le point où se tjrc3uvaient les affaires, il m'a paru que la coopération de cette augioLste princesse n'était pas nécessaire.

Du côté de l'intimité conjugale il semble que les choses prennent u-Kifc.^ tournure convenable. Je présume que la reine mandera à V. M. d^^s détails sur cet important chapitre; mais il est d'une grande consô-^uence que la reine soit fortement exhortée à n'avoir aucun reprocSia.^ à se fiûre, et le sacrifice de l'exercice à cheval devrait en être 1»- première condition.

Ij&b changements les plus favorables qui se manifestent dans ce (l^^i^î regarde la reine consistent particulièrement en ce que cette ^■^"incesse a mis depuis quelque temps beaucoup plus d'ordre et de î&serve dans ses sociétés intérieures. M. le comte d'Artois n'a plus la n^i^ême influence, ni la facilité de faire adopter ses dissipations. Monfti^Tu* est mieux traité que par le passé; les alentours n'osent plus, K^ec la même assurance, chercher à induire la reine à toute sorte de iemandes pour eux ou leurs protégés. H n'y a que la comtesse de ï^olignac dont le crédit n'a point de mesure , et c'est toujours de ce côté-là que j'ai des abus à redouter et à prévenir, quand il est possible de les prévoir à temps.

^^) Le congrès de Teschen , qui mit fin à la guerre qu'avaient suscitée les prétentions

''Autriche sur une partie de la Bayiëre, venait de s'ouvrir le 14 mars 1779. La France

^ Huasie y intervenaient comme puissances médiatrices. La paix fut signée le 18 mai

Viemie, 31 mars. — Comte de Mercy-Argenteau , J'ai reçu votre lettre du 17 par le courrier Riedel, arrivé ici le 26 de ce mois.

Je compte toujours sur le rétablissement de la paix pour pouvoir nous passer des troupes françaises pour la sûreté des Pays-Bas ; mais si mon espérance venait à être frustrée encore cette fois, vous recevrez des directions sur cet article par le canal ordinaire.

Je serais sûrement plus contente que persoime de voir ma fille faire des progrès dans un train de vie plus solide et régulier; mais je ne m'y fie pas trop, et cette favorite Polignac me donne toujours à penser.

Ce que ma fille me mande sur son état conjugal ne saurait guère me satisfaire, et me fait douter s'il ne faudra pas attendre encore une huitaine d'années de voir naître un autre enfant.

Vienne, V^ avril. — Madame ma chère fille, J'avoue que la journée d'aujourd'hui m'a un peu abattue, et je n'ai pas voulu arrêter le courrier ; ces trois jours qui suivent sont aussi occupés que celui-ci. J'ai reçu la nouvelle du retour de votre frère et belle-sœur très-heureusement ; ils ont trouvé leurs enfants très-bien, mais votre frère Maximilien me cause bien des inquiétudes. Depuis sa grande maladie à l'armée il avait des enfiures, des dépôts, surtout aux jambes. Il a négligé cela, a caché, autant qu'il pouvait, ces incommodités pour s'amuser, danser, aller à cheval, jeu de paume, etc., ce qui est très à sa place à son &ge ; mais ce dépôt a augmenté tout d'un coup on lui a ordonné les eaux de Baden. Il les a prises et le mal a empiré, de façon qu'il est alité depuis trois semaines, et qu'on a dû lui faire déjà trois incisions. H ne s'en trouve pas mieux et essuyera encore quelques-unes, pourvu que l'os ne soit attaqué et qu'il ne reste estropié à vingt-deux ans. H supporte sa situation avec une patience et fermeté mâle, que j'en suis doublement touchée.

De la paix, j'en suis on ne peut être plus inquiète. Il me semble, les belles espérances s'évanouissent ; ce n'est pas notre faute, mais on ne peut non plus exiger de nous que nous laissons écorcher seul

l*^'^ AVRIL 1779. 30S

:iiotre électeur, et que nos adversaires, qui sont sous la protection du Toi de Prusse et de la Russie, triomphent contre la France et nous ; il fSEMit un peu d'équité et d'égalité.

Ce que vous me mandez de votre chère fille me fait grand plaisir, et surtout de la tendresse du roi. Mais j'avoue , je suis insatiable; il lui faut un compagnon et il ne doit pas tarder trop longtemps. Ma chère fille, ne négligez rien de ce qui dépend de vous, et surtout à cette heure à la belle saison ne courez pas trop à cheval , ce qui est absolument contraire à nos souhaits, et à tout bon Français et Autrichien, et croyez-moi toujours votre bonne maman et amie.

P. S. Votre grand portrait fait mes délices ! Ligne a trouvé de la ressemblance ; mais il me suffit qu'il représente votre figure, de laquelle je suis bien contente.

Paris, 19 avril. — Sacrée Majesté, Le courrier mensuel m'a remis dimanche dernier les très-gracieux ordres de V. M. datés du 31 de mars. L'état de souffrance où je me trouve depuis trois semaines ne m'ayant pas permis de me rendre sur-le-champ à Versailles, j'y enroyai les lettres adressées à la reine, et m'étant trouvé mieux le lendemain matin, je me rendis auprès de cette auguste princesse qui, dans la même matinée, allait s'établir à Trianou. Elle daigna me témoigner d'abord beaucoup de regret de ce qu'un reste de faiblesse clans les mains l'avait empêchée d'écrire à V. M. une lettre plus dét;aillée ; elle m'ordonna d'y suppléer en m'indiquant les objets sui- "Vauts : 1* l'expression de la sensibilité à toutes les marques d'attaohement et de tendresse que, pendant sa maladie, elle avait éprouvés m3ie la part du roi, qui n'aurait pas cessé de la voir si elle ne l'avait expressément exigé ; 2® que l'usage du lait auquel la reine sera snjettie pendant tout le voyage de Marly mettra des obstacles pour temps-là aux habitudes conjugales qui pourraient faire espérer le ^retour d'une prompte grossesse ; 3"* que Madame et M. le comte ^'Artois s'étaient enfermés avec la reine pendant sa rougeole et lui «valent marqué un attachement et des soins auxquels S. M. était très- «ensible ; enfin 4** que la reine prenait avec elle à Trianon M"" Éli- «abeth, et que Madame et M. le comte d'Artois, qui restaient établis à Versailles, viendraient passer une partie de la journée avec elle.

Les lettres que j'ai écrites joamellement depuis le 29 de mars jusqu'au 7 d'avril au secrétaire du cabinet baron de Pichler ne me laissent rien à ajouter sur le cours de la maladie que la reine vient d'essuyer. J'ai exposé dans le temps que c'était d'après les intentions de cette auguste princesse que je m'étais abstenu d'annoncer son indisposition par un courrier qui, suivant la remarque que m'en fit le comte de Maurepas, aurait pu alarmer Y. M. au delà de ce que comportait l'événement.

Pour qu'il ne reste rien à désirer à V. M. sur l'objet en question , j'ai demandé au médecin Lassone le détail très-humblement ci-joint, dans lequel je ne puis cependant m'empêcher de relever une petite inexactitude ; Lassone prétend n'avoir pas douté dans les premiers moments de l'existence de la rougeole, cependant Tabbé de Yermond qui (même les jours où j'allais à Versailles) me dépêchait un exprès à six heures du matin et un second avant minuit, m^écrivit le billet ci-joint, daté du mercredi 31 mars, à onze heures et demie du soir, et il est clair qu'alors les médecins croyaient encore que la reine n'aurait pas la rougeole.

Je trouve d'ailleurs que dans son détail Lassone n'est point assez explicite sur le degré du rétablissement de la reine. S. M. est en état de sortir, de se promener ; pendant deux heures que j'ai passées auprès d'elle lundi, je ne l'ai pas entendue tousser une seule fois ; ell n'est pas même maigrie et elle a repris sa gaieté naturelle.

Dimanche dernier le roi fit marquer à la reine le grand désir qu'il^Eri/ aurait de la voir, et cette princesse en prescrivit le moyen, qui to-ji^t celui de se rendre sur un balcon qui donne dans une petite cour l'intérieur et qui ne fait passage pour personne. Le roi se rendit cette cour à une heure marquée , et il s'entretint avec la reine qcnzmi était sur son balcon. Personne ne tat présent à cette entrevue , eUH.e dura environ un quart d'heure, et, d'après le témoignage de la rein, elle eut lieu d'être très-satisfaite du langage tendre et amical q lui tint son auguste époux.

La suite de la reine à Trianon est fort nombreuse, parce que too.^^ la maison de S. M. y est établie, et comme le local du petit châtetf»^^ n'y suffirait pas, on emploie tous les logements de l'ancien IViano n y a quelque externes admis à ce voyage , nommément le duc Coigny, le duc de Guines , le comte Esterhazy et le baron de val ; ces quatre personnages ont eu la permission de rester au

de la reine pendant tout le temps de sa rougeole. L'idée de cet arrangement n'a été dans le fond qu'un effet du hasard ; des quatre personnes susdites trois sont de la société habituelle de la reine. Le baron de Besenval y qui en était écarté depuis quelque temps y se trouva fortuitement à Versailles , on s'occupa des moyens d'éviter à la reine l'ennui d'être pendant sa maladie privée des gens qu'elle daigne admettre ordinairement auprès d'elle ; le roi y pensa le premier et consentit à ce que les quatre personnages susdits restassent comme garde-malades auprès de son auguste épouse. Dès ce moment ils s'emparèrent de la chambre de la reine, et depuis sept heures du matin jusqu'à onze heures du soir ils n'en sortirent que pour les temps de leurs repas. Nous saisissions , l'abbé de Vermond et moi, ces deux ou trois heures de la journée pour voir la reine seule ; je ne pouvais en profiter régulièrement à cause de mon incommodité ; mais elle ne m'a cependant empêché , par intervalles, que trois jours d'aller à Versailles. Madame, M. le comte d'Artois et la princesse de Lamballe restaient aussi presque tout le temps chez la reine. La dame d'atours et la dame d'honneur n'y étaient admises que quelques instantSy les dames du palais se trouvaient exclues ainsi que toutes les charges de la muison ; cela excita beaucoup de murmures, et on s'en prit aux quatre messieurs externes, qui jouissaient d'un avantage fort inusité et auquel ils n'auraient eu aucune raison de prétendre. La favorite chérie de la reine, la comtesse Jules de Polignac , avait ellemèine dans ce temps-là la rougeole , et la reine supporta avec grand déplaisir la privation d'une personne qu'elle affectionne avec tant de préférence.

L^abbé de Vermond n'a pas suivi sa souveraine à Trianon , mais il s^y rendra une fois ou deux la semaine. J'irai aussi de temps à ^utre prendre les ordres de S. M., et pendant tout le temps où la cx>iir sera à Marly, je me tiendrai à une demi-lieue de cette maison «^ plaisance, pour être plus à portée de voir la reine aussi souvent c^u'elle daignera me le permettre.

PariSy 15 avril. - Ce que j'expose très-superficiellement à V. M.

^ians mon très-humble rapport ostensible exige des remarques plus

particulières et qui malheureusement ne sont pas fort satisfaisantes, ni. 20

Il est bien vrai que le roi, accoutumé à ne se refuser à rien de ce qui peut plaire à son auguste épouse , avait approuvé que les ducs de Coigny et de Guines , le comte Esterhazy et le baron de Besenval restassent auprès de la reine ; mais ce consentement avait été provoqué par cette princesse, qui n'en sentit pas d'abord les conséquences. Elles aboutirent à toute sorte de propos très-fiEU^lieux y à de mauvaises plaisanteries tenues à la cour même, où Ton mit en question de savoir quelles seraient les quatre dames choisies pour garder le roi dans le cas où il tombât malade. A peine les quatre personnages susdits furent-ils installés à leur poste qu'ils prétendirent veiller la reine pendant la nuit. Je m'opposai fortement à cette ridicule idée ; je fis intervenir le médecin Lassone, qui, toujours fieûble et tremblant, n'ose s'opposer aux choses que son état le met en droit de contrarier. Enfin je me donnai tant de mouvement, avec Tabbé de Vermond, qu'il fut décidé que ces messieurs sortiraient de la chambre de la reine à onze heures du soir et n'y rentreraient que le matin. Indépendamment du mauvais effet qu'une forme si inusitée devait produire, j'ai encore eu à m'affliger davantage de toutes les idées nuisibles suggérées à la reine dans ses conversations avec ces quatre personnages ; des insinuations d'intrigues , des personnalités, des vues fausses en tout genre, rien n'a été omis pour induire la reine en erreur. Elle avait exigé absolument, par attention pour le roi, qu'il . n'entrât pafi chez elle. La société susdite osa critiquer l'acquiescé- « ment du roi à cette volonté de la reine, et elle prit de Thumeam contre son époux. Je tremblai des suites que cette tracasserie pouvait avoir, et le dixième jour de la maladie j'imaginai , de concerta* avec l'abbé de Vermond, de porter la reine à écrire quelques lîgn^ d'amitié au roi. La proposition en fut d'abord reçue et rgetée une aigreur extrême ; je dois la justice à l'abbé de Vermond que cfut lui seul qui ramena la reine. Elle écrivit en peu de mots «( qu'elle avait beaucoup souffert, mais que ce qui la contrariait « plus était de se voir privée encore pour plusieurs jours du pli « d'embrasser le roi. » Ce billet produisit tout l'effet que je m'( étais promis; le roi en fut enchanté, il répondit sur l'heure trè^ tendrement, et cette correspondance s'est soutenue presque jounu lement; elle fit aussi une grande sensation dans Versailles, et dès moment les propos se calmèrent. Le misérable état de ma sani mais plus encore l'obsession des garde-malades de la reine ^ me

nait fort sar les moyens et les moments de lui parler. Je me concertai cependant avec Tabbé de Yermond de manière à saisir des instants où nous fûmes as^ez heureux , l'un et l'autre , pour remédier à plusieurs petites circonstances, et à rappeler les réflexions de la reine, troublée par le poison du langage qu'on lui tenait toute la journée. La présence de Madame tempérait un peu ce langage ; mais elle ne restait pas constamment auprès de la reine. M. le comte d'Artois y apportait toute sa pétuinnce et ajoutait au désordre d'une pareille société. 6r&ce au ciel, cette fôcheuse époque est terminée avec beaucoup moins d'inconvénients que je n'en avais appréhendé. Quoique les quatre personnages susdits aient suivi la reine à Trianon, S. M. s'y trouvant avec toute sa cour, il n'y a plus le même danger des conversations particulières, et j'ose encore me flatter que les choses rentreront peu à peu dans l'ordre. Pendant que la reine était malade, il fallait ménager les remontrances trop pressantes et leur donner une forme qui n'augmentât pas l'ennui. Peu de temps avant la maladie de la reine j'avais eu deux ou trois audiences fort longues dans 868 cabinets, et S. M. m'avait paru infiniment bien disposée sur pinceurs points essentiels de conduite, desquels je m'étais occupé à déduire la nécessité et l'utilité ; maintenant je me trouve déjoué sur ;|)liisieur8 articles , et je ne l'ai point caché à la reine. Elle daigna me dire, avec son ton de bonté et de confiance ordinaire, que le mal ^physique affectait souvent le moral, mais qu'elle me permettrait volontiers de répéter tout ce que mon zèle me suggérerait de mieux ;ponr son service. Je me propose bien d'user de cette permission à Jliarly, et je tenterai l'impossible pour effacer les impressions nuisil)le8.

Je ne dois point omettre que la reine est fort touchée de l'incommodité de M*' l'archiduc Maximilien. J'ignore ce qu'elle en écrit a Y. M., mais elle m'a chargé de m'informer si on ne croirait pas que le secours des plus habiles chirurgiens français pût être utile ù. S. A. R., et qu'en ce cas la reine obtiendrait des ordres pour les faire -aller à Vienne.

J'étais informé de la circonstance que Y. M. a daigné me fiûre écrire en chiffres par son secrétaire du cabinet. La reine m'avait confié cet objet après le départ du courrier de mars ; j'osai prévoir d'abord l'opinion que Y. M. aurait sur cette matière^ et je dirigeai en conséquence mon langage à la reine. J'ai lieu de craindre cependant que

cette auguste princesse n'ait déjà donné au roi des impressions très* défavorables contre le personnage duquel il est question^ et je pré* sume qu'il pourrait bien être entièrement éconduit dans ses vues de fortune politique. Je n'avais jamais eu de soupçons sur les intentions de cet honmie ; j'oserais croire encore qu'il y a eu dans sa conduite plus d'ignorance et d'impétuosité déplacée que de mauvaise volonté réelle (1). Je dois soumettre aux hautes limiières de Y. M. ce qui peut en être à cet égard ; en attendant je me conduirai ici relativement à ce chapitre dans le sens que Y. M. a daigné me faire indiquer.

D'après ce qui est exposé dans mon très-humble rapport ostensible, il se passera encore près de six semaines avant que l'on ne puisse former des espérances sur une prochaine grossesse; mais, par le langage que la reine m'a tenu avant son départ pour Trianon, je vois qu'elle conçoit bien la grande importance de cet événement si désirable , et qui, suivant toutes les probabilités humaines, ne peut pas être sujet à de bien longs retards.

La reine revient à Yersailles le 21 ; elle fera ses pâques le 23, sa maladie n'ayant pas permis qu'elle remplît plus tôt ce devoir sacré.

Versailles, avril. — Madame ma très-chère mère, La rougeol que je viens d'essuyer a été plus douloureuse qu'elle ne l'est ordi' nairement dans ce pays-ci ; j'étais au moment de me purger, dontzft* j'avais grand besoin, et d'ailleurs j'avais encore des restes de lait. Tout est fini à merveille, mes yeux n'ont pas souffert et on ne craintt'.^Bt rien pour ma poitrine. Je n'ai été encore purgée qu'une fois ; je vaiss -i aujourd'hui m'établir à Trianon pour changer d'air jusqu'à la fin d^^.^ mes trois semaines , époque où je pourrai voir le roi. Je l'ai empêcha — ^ de s'enfermer avec moi : jl n'a jamais eu la rougeole, et surtout dan- — »

(1) Le rapport de Fichier auquel Mercy fait allasion nouB apprend que c*eet du bMon i '*^ Breteuil qu*il est ici question. On lui tronyait trop de facilité pour le parti pnuden ; vivacité de son caractère rendait de plus les affaires difficiles à traiter avec lut rète cependant eût répugné à s*en plaindre , trouvant qu'après avoir demandé le rappel Rohan , il serait d'un mauvais effet de ne pouvoir s'accommoder de son successeur. V lettre de Joseph II à ^ercy montre que c'est lui surtout qui accusait Breteuil; on verra q avait écrit dans ce sens à la reine sa sœur.

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"éellement le plus de droit à espérer cette faveur, comme entre autres la maréchale de Noailles-Mouchy, la duchesse de Cossé et aules femmes de cet étage. Une disposition si judicieuse contribua )eaaconp à calmer les mouvements de jalousie et d'envie ; cepentant la présence à demeure des quatre personnages externes qui .▼aient gardé la reine dans sa maladie occasionna encore des dégoûts et des propos ; mais ces incidents n'ont été que très-momenonés et d'aucune conséquence sérieuse. La reine fiit purgée pour la eoonde fois au bout des trois semaines révolues de sa maladie. Elle erint à Versailles pour y faire ses pâques. La première entrevue vec le roi fut trés-tendre, et le 27 la cour alla s'établir à Marly. Je séjour prit à peu près la même forme qu'il avait eue Tannée derière, avec cette seule différence que la reine, y continuant un ré- ;ixne plus régulier, y retrancha les promenades de la soirée, ainsi que es occasions de veiller trop tard. En effet S. M., au grand contenement de ses médecins, a été fort exacte à se retirer à minuit ou ainuit et demi au plus. L'établissement du grand déjeuner a été ontinaé ; on se rassemble dans le salon à onze heures. Après la liesse il n'y a que le temps de la toilette qui conduit à celui du dî- Lcr ; les spectacles ont lieu deux et trois fois la semaine ; les promelades dans le parc et le souper sont suivis d'un grand pharaon, où e jeu devient quelquefois plus considérable qu'il ne devrait l'être , 5t ce n'est que par un effet du hasard qu'il n'a encore produit aucun événement ruineux. Un assez grand nombre d'habitants de Paris en lnommes et en femmes sont admis à aller faire leur cour, et généralement pendant ce voyage il règne plus d'ordre et une meilleure ternie qu'il n'y en a eu dans les précédents. Le temps pluvieux qui est BTirvena tout à coup a peu favorisé les moyens d'exercice qui au- ^tùent convenu au régime de la reine , et c'est à cette cause que les KHédecins attribuent quelques légers dérangements de santé que la reine a éprouvés par intervalles.

S. M. a ressenti à plusieurs reprises quelques petites douleurs d'entrailles qui ont déterminé le premier médecin Lassone à suppri- **^€r le lait d'ftnesse, et à y substituer celui de vache mêlé avec beaucoup d'ean d'orge ; cette boisson a été en effet plus passante et d'un D^eiDeur succès. Après une troisième purgation, la reine a pris et ï^^d encore journellement matin et soir une pilule d'un grain d'i- P^^î'kmana dépouillé de sa résine ; ce remède avait réussi à la reine

d'aiitrui), mais arrangée, dont je suis bien soulagée et vous prie de marquer au roi toute ma reconnaissance pour ses bons offices, et je les dois en partie à vous , ma chère fille, par la tendresse qu'il vousporte, et par l'intérêt que vous y avez mis. Tâchez que dans tous les grands et petits événements à l'avenir on s'entende préalablement r unique moyen pour le bien de nos États et familles, qui par bonheur n'en font qu'une. Vous conserverez donc exactement cette confiance mutuelle, qui nous est bien nécessaire, voyant comme nos adversaires sont liés et le deviennent toujours plus par le concours de la Ilussie, et même une autre fois avec les Anglais, Hanovre ne s'é* tant cette fois-ci que trop démasqué. La Saxe sera plus que jamais ])russienne, et les deux margraviats en Franconie donnent une si grande supériorité, voisinage et influence dans l'empire et no» pays, que notre situation devient toujours plus difficile (1). Malheu* reusement encore la religion y contribue beaucoup : les catholiques et même les princes ecclésiastiques ne tiennent pas ensemble, ou n'ont des forces suffisantes, ce que les protestants ont et cultivent exacte* ment.

J'étais bien touchée du vif intérêt que vous avez pris à votre frère, ^ qui mérite votre tendresse. Il vous remerciera lui-même de la charmante attention de nous vouloir envoyer des chirurgiens ; j'en étais touchée aux larmes : cela vous ressemble. 6r&ce & Dieu, cela va mieux ; je l'ai vu depuis six semaines hier un moment debout sur ses deux jambes. Ma joie était inexprimable, mais il a encore ouvertes les deux dernières incisions. Les trois premières se ferment ;. mais il a une douleur à cette heure à l'autre jambe, qui a une tumeur, mais qui est diminuée par les remèdes qu'on y a appli — qués à l'os de la cuisse, qui lui fait un tiraillement au genou. ^ J'avoue, cela me donne encore bien des inquiétudes, car c'est^ toujours la même tumeur qui est répandue, depuis la campagne et^ par les fatigues inouïes, dans son sang. H prend aussi des remèdes intérieurs, une grande diète, Qt il est d'une docilité et humeuK: égale, ne se plaignant de rien, pas même ennuyé, ^ que j'avoue, que je n'aurais pas la même force ; mais cela me le rend et à nou;^ tous plus cher. C'est touchant à le voir, et il se soutient si bier^ depuis le commencement. H a ses heures réglées , lit beaucoup, fe

(1) Voir plus haut, pour cette affaire dea margra^'iats, la note de la page 235

^Usique, s'applique dans le militaire et l'hongrois, et tâche de tirer P^iti de sa situation ; j'en suis extrêmement contente.

X'empereur m'a aussi un peu inquiétée. Il a souffert depuis dix J^^Virs des hémorroïdes, sans fièvre ni aucun accident que l'incommodité et mélancolie que cela cause. Il ne voulait ni sortir ni voir du '^^onde, mais cela est fini à cette heure. Il est extrêmement inquiet ^uand il lui manque quelque chose.

Votre rougeole m'a bien inquiétée, et je ne me suis jamais rassurée avant que les onze jours furent passés. Vous l'avez eue comme ^Totre sœur Marianne, avec un grand mal de gorge, des aphtes à la l>ouche et surtout à la langue. Je souhaite plus que je me flatte que Vous employiez tous les ménagements nécessaires, surtout pour les courses à cheval, qui généralement, à cette heure que vous avez commencé à porter des enfants , ne conviennent nullement , et je vous recommande d'y penser sérieusement. Vous le devez au roi , à vos peuples et un peu pour ma consolation , souhaitant ardemment un dauphin. Je n'ai plus guère à attendre, il faut se dépeclier.

J'ai reçu un bureau magnifique et charmant ; il est dans mon cabinet sous votre portrait en grand, qui fait mes délices. Je vous en remercie le plus tendrement et vou» embrasse.

Le 15 mai. — Madame ma très-chère mère, De quel bonheur ne jouis-je pas en apprenant que cette paix tant dé3irée est enfin faite! JlUe était bien due à ma chère maman , et je désirais bien de pouvoir me flatter que nous y avons contribué d'ici. Certainement mon plus grand soin sera désormais à soutenir l'union entre mes deux pays (si je puis m'exprimer ainsi). J'en ai trop senti le besoin, et le malheur et l'inquiétude que j'ai éprouvée dans l'année dernière ne peuvent s'exprimer^ Mais je suis née à devoir tout à ma chère maman , et je lui dois encore la tranquillité qui renaît dans mon âme , par sa bonté, sa douceur, et j'ose dire , sa patience envers ce pays-ci. J'ai dit au roi les bontés de ma chère maman ; il en est très-reconnaissanty et m'a bien chargée de l'en remercier.

Ma santé va bien à présent ; voilà une lettre de Lassone qui lui en donnera plus de détail que je ne pourrais faire moi-même. J'ai tonjoiu'S mal aux entrailles , mais je commence pourtant à en moins

souffrir. Ma chère maman peut être assurée que je prends tous les ménagements possibles , mangeant fort peu et ne veillant point du tout. Pour le cheval, je n'y ai pas encore remonté depuis que j'ai été malade , et en tout je compte y monter fort peu.

Masimilien m'a écrit lui-même. Je suis charmée de le savoir mieux ; mais je serai toujours inquiète jusqu'à ce que cette tumeur qu'il a soit entièrement passée. Il est bien rare d'avoir à son ftge autant de raison et de patience qu'il en montre dans cette occasion-ci.

Ma fille se porte très-bien : elle commence à connaître les personnes qu'elle voit le plus ; j'en suis encore séparée, étant à Marly et elle à Versailles , mais j'y vais le plus souvent que je puis. Ma chère maman est trop bonne d'être contente du bureau qu'elle a reçu ; permet-elle que je l'embrasse, en l'assurant de mon profond et tendre respect?

Farts, 17 mai. — Sacrée Majesté, Le courrier mensuel m'a mis le 11 les très-gracieux ordres de Y. M. datés du 30 du moie ^s dernier, et je n'ai pas tardé à aller présenter à la reine les lettres qui lui étaient adressées. Cette auguste princesse venait de se rendr»à Trianon lors de mon dernier et très-humble rapport du 15 d'avril par conséquent j'ai à rendre compte dans celui-ci des deux vo; de la reine, et du succès qu'ils ont eu pour l'entier rétablissement sa santé.

Le séjour à Trianon s'est passé beaucoup plus tranquillement qi ne le faisait présumer la quantité de monde qui s'y trouvait établi La reine commença par y prendre le lait d'ftnesse et y observa le gime le plus strict ; S. M. ne s'y promenait qu'aux heures du joc^B^ les plus propres à faire de l'exercice , et elle était retirée régulier ment à onze heures du soir. Quoiqu'il n'y eût point d'étiquette la tenue de la cour, les différents temps de la journée s'y geaient avec l'ordre convenable; tous les alentours se à un déjeuner qui tenait lieu de dîner; différents jeux, une convers^i^ tion générale , un peu de promenade remplissaient une partie de 1 près-midi, et conduisaient au temps de la soirée et du souper, toujours avait lieu de bonne heure. La reine y admettait successif' ment quelques dames de Paris, et particulièrement celles qui

ellanent le plus de droit à espérer cette faveur, comme entre au- 68 la maréchale de Noailles-Mouchy, la duchesse de C!ossé et aues femmes de cet étage. Une disposition si judicieuse contribua saaconp à calmer les mouvements de jalousie et d^envie ; cepentnt la présence à demeure des quatre personnages externes qui went gardé la reine dans sa maladie occasionna encore des débuts et des propos ; mais ces incidents n'ont été que trës-momennés et d'aucune conséquence sérieuse. La reine fiit purgée pour la oonde fois au bout des trois semaines révolues de sa maladie. Elle vint à Versailles pour y faire ses pftques. La première entrevue ec le roi fut très-tendre , et le 27 la cour alla s'établir à Marly. 3 séjour prit à peu près la même forme qu'il avait eue l'année derbre, avec cette seule différence que la reine, y continuant un rente plus régulier, y retrancha les promenades de la soirée, ainsi que 9 occasions de veiller trop tard. En effet S. M., au grand contenaient de ses médecins, a été fort exacte à se retirer à minuit ou innit et demi au plus. L'établissement du grand d^euner a été ntinué ; on se rassemble dans le salon à onze heures. Après la esse il n'y a que le temps de la toilette qui conduit à celui du dîr ; les spectacles ont lieu deux et trois fois la semaine ; les promekdes dans le parc et le souper sont suivis d'un grand pharaon, où jeu devient quelquefois plus considérable qu'il ne devrait l'être ,

ce n'est que par un effet du hasard qu'il n'a encore produit aucun énement ruineux. Un assez grand nombre d'habitants de Paris en immes et en femmes sont admis à aller faire leur cour, et généra- Dient pendant ce voyage il règne plus d'ordre et une meilleure tele qu'il n'y en a eu dans les précédents. Le temps pluvieux qui est irvena tout à coup a peu favorisé les moyens d'exercice qui aulient convenu au régime de la reine , et c'est à cette cause que les lédecins attribuent quelques légers dérangements de santé que la sine a éprouvés par intervalles.

B. M. a ressenti à plusieurs reprises quelques petites douleurs .'entraiUes qui ont déterminé le premier médecin Lassone à suppri- :Mr le lait d'&nesse, et à y substituer celui de vache mêlé avec beauoap d'eau d'orge ; cette boisson a été en effet plus passante et d'un ^«Uleur succès. Après une troisième purgatîon, la reine a pris et 'Cnd encore journellement matin et soir une pilule d'un grain d'i- ^^^acuana dépouillé de sa résine ; ce remède avait réussi à la reine

dans beaucoup d'autres occasions, et il n'a pas été moins efficace dans celle-ci. Au reste les petites incommodités de S. M. sont si peu de chose qu'elles sont à compter pour rien vis-à-vis du progrès que fait à vue d'oeil le rétablissement solide de sa santé. Jamais la reine n'a eu un meilleur fond de teint ; elle a repris un embonpoint raisonnable; sa gaieté naturelle est revenue, et il ne reste plus le moindre vestige des inconvénients qui subsistent quelquefois longtemps après la rougeole.

H s'était répandu le bruit que la reine avait ordonné la réforme de ses chevaux de selle, et le public avait fort applaudi à cette résolution ; la nouvelle n'est cependant pas fondée , mais ce qui à cet égard tient lieu de beaucoup , c'est que la reine a déclaré positivement qu'elle ne suivrait plus la chasse à cheval , et qu'à l'avenir, en modérant de moitié cet exercice , elle s'en abstiendrait dans tons les temps où son médecin le croirait nuisible. Lassone , qui est fort content de cette résolution, m'a dit que, pourvu qu'elle soit observée, i ne craint aucun inconvénient.

Paris j 17 mai. — Ce que mon très-humble rapport ostensible expos -a bien vaguement exige d'être plus particularisé dans ce présent rappoE^ séparé, et je commencerai par l'époque du retour de Trianon. Les vin et un jours de séparation d'usage pour la rougeole étaient finis de jours avant que la reine revînt à Versailles ; Monsieur, frère du ro^m avait été dîner chez la reine ; le roi n'y avait point paru , ce qui, joiK::^ à quelques propos de ce monarque sentant l'indifférence sur ce qui ^3 passait à Trianon, avait fait raisonner la cour et la ville. La reine nra< marqua d'en être fort mortifiée et piquée ; je tâchai de la calmer, ^^t^ en la suppliant de ne témoigner aucune vivacité, je proposai la forr^a* qui me paraissait la plus propre à dissiper ce petit nuage. La reLxie ayant daigné se prêter à ce très-humble avis, tint la meilleure coal:^ nance à son retour, et dès le lendemain elle se retrouva comme stvparavant avec le roi, qui fut plus doux et plus empressé que jamais Au reste je suis convaincu que, pendant la séparation, on avait cherché à travailler l'esprit du roi; mais le peu d'effet et de suite de ce» manœuvres suffirait pour rassurer, si la reine y portait rattentiofl que son intérêt exige. L'ascendant qu'elle a sur l'esprit du roi Ini

donne l'avantage le plus îinmense ; inalheureusemeut ses perfides «alentours ne cherchent qu'à distraire la reine d'un point de vue si oâsentiel. J'ai eu lieu d'en parler très au long à S. M., et je puis dire qu'elle a été frappée de mes raisonnements. Jeudi dernier, dans entretien de plus d'une heure, la reine me confia qu'il voyait bien effet qu'on s'occupait à persuader au roi de parler le moins que possible d'affaires sérieuses avec son auguste épouse , que le roi, re- -t^nn par de pareils avis, ne faisait que des demi-confidences à la reine, que M. de Maurepas était l'auteur de cette réticence, qu'il st'vait défendu au marquis de Lafayette de parler à la reine de l'expédition dont ledit marquis va être chargé (1) et que je cite dans dépêche d'oflice , que ledit Lafayette avait confessé ce fait à la ine, qui en était fort irritée contre le vieux ministre. J'observai à S." M. que ce n'était ni par des ressentiments ni par des reproches qn'il fallait remédier à de pareils inconvénients , que le vrai moyen de les écarter était de se former des idées justes des choses , de paritître s'en occuper avec connaissance de cause , et alors d'en raisoni^ei avec le roi ; que, du moment que ce monarque remarquerait à la ï^îne de vraies notions et du goût pour les affaires , alors les insinuations de quelque ministre que ce soit n'empêcheraient pas ce prince d'épancher sa confiance, et que, s'il ne le faisait pas, c'était dans la ^ïx>yance que la reine , n'aimant que les dissi])ations , ne pouvait ni ^^imaître les objets sérieux, ni s'en entretenir avec plaisir et utilité. Cette matière me conduisit fort loin et amena des réflexions sur le ^nger des favoris et favorites, sur les abus de confiance, sur les Pi'opos et tracasseries que cela occasionnait, au plus grand détriment du crédit et de la gloire de la reine. Je revins sur le chapitre de ses Quatre gardes-malades, et j'informai S. M. de toutes les gloses auxquelles ils avaient donné lieu. Pendant le séjour à Trianon, le duc de Ruines avait paru jouir d'un crédit et d'une confiance plus marquée ; ^la avait offusqué le duc de Coigny et occasionné une sorte de ^^l'omllerie entre les deux courtisans. Le duc de Guines, très-mal ^^ec le ministère actuel, avait été pour ce dernier un objet d'atten-

(1) On aTait résolu alors une expédition sur la ct^te d'Angleterre , pour y lever des cou- ^*^titions qn'cm destinait aux insurgents américains ; le hardi corsaire Paul Joues devait ^^^^'^'inander la flottille, et Lafayette un des corps de débarquement. Ce projet fut modifié : ^ Mécontenta d'nne simple croisière. Lafayette ne quitta Paris qu'en 1780 pour aller prendre ^ DooTeUe part à la guerre en Amérique.

316 MERCY A MARIE-THÉRÈSB.

tion et d'inquiétude , par conséquent une forte raison pour le comte de Maurepas à redoubler de soins auprès du roi pour que la protection de la reine n'opérât rien en faveur d'un intrigant mal noté et dangereux. Je fis voir que , par de pareilles considérations, les gens en place se trouvaient portés par leur intérêt à fronder, autant que possible , le crédit de la reine. Je puis dire que de longtemps S. H. ne m'avait écouté avec autant de marques d'attention, de bonté et d'apparence de conviction ; elle daigna me répéter encore sa fiiçon de penser, et le jugement très-sain qu'elle porte de ces mêmes geos qui l'entourent, qu'elle semble fisivoriser tant, et pour lesquels elle a dans le fond une très-médiocre estime, leur influence n'ayant pour base que des motifs de pure dissipation. La reine convint en m^e temps qu'il n'en résultait pas moins des conséquences sérieuses et dangereuses, et qu'elle sentait la nécessité de les prévenir par tin système plus mesuré. Cependant j'eus lieu de voir que la comtesse de Polignac formait un chapitre d'exception, et que la persuasioD de la reine était invariable au sujet de cette favorite. Dans le nombre des moyens que je citai à S. M. pour se mettre en mesure de parler utilement d'affaires sérieuses avec le roi, je proposai l'idée qui poiorrait venir au roi de Prusse de se mêler de la pacification de la Fruooe avec l'Angleterre ; je fis voir combien une pareille idée pourrait entraîner de suites fSSU^heuses à l'alliance, et j'excitai bien l'attentk»! de la reine sur la nécessité d'éloigner un semblable projet. Sll^ m'en parut sérieusement occupée, et résolue à remplir à cet éguà tout ce que les circonstances permettront pour le mieux.

En résumant tout ce que je viens d'exposer, V. M. daignera observer qu'au milieu de tous les inconvénients qui se présentent sans cesse , la reine conserve cependant les mêmes dispositions à être ramenée à des principes vrais et raisonnables, et que, s'il n'est pas possible d'éviter tous les petits écarts , il y a heureusement moyen d'en diminuer les effets.

L'abbé de Yermond est allé à son abbaye dans le Perche pour J rester jusqu'à la fin du mois. Je retiens toujours cet honnête ecclésiastique en position de continuer de bons et utiles services à b reine.

Il me reste à répondre à l'ordre particulier que V. M. daigne lO* donner d'exposer quelques informations sur les chirurgiens de c© pays-ci. Ceux dont l'habileté est le plus évidenmient reconnue sot^

a nombre de cinq; ils se nomment Louis, Moreau, Guériu, Sabaer et Dufouar(l). Le premier est directeur de l'École royale de chiir^e; le second administre l'hôpital de THôtel-Dieu; le troisième t Agé y înfinne; le quatrième^ sans avoir de poste fixe, soigne pluenrs hôpitaux et jouit d'un sort aisé ; le cinquième est attaché au rps des gardes-françaises avec un traitement considérable. H n'est Lcmi de ces cinq sujets qui, au moyen d'un ordre du roi, ne fût dans

cas d'aller à Vienne pour un temps, s'il y était appelé; mais il est pas à prévoir qu'aucun d'eux s'y fixât, même sous les condims les plus avantageuses , ayant tous une famille et une aisance K>iidante. S'il s'agissait d'une acquisition stable, il faudrait la Lercher dans les chirurgiens de second ordre : cela exigerait des relerches , et je présume qu'elles se feraient plus utilement en An- [eterre qu'en France. H est reconnu que, depuis nombre d'années, art de la chirurgie a plus perdu ici qu'il n'y a gagné , et, à l'excepon des cinq sujets ci-dessus nommés, on n'en cite aucun d'un mette assez supérieur pour fixer l'attention. Si des ordres plus exprès e V. M. m'enjoignent de faire d'autres recherches et démarches à et égard, je prendrai les meilleures mesures possibles pour qu'elle oit obéie.

Le baron de Breteuil a grand besoin de mériter par sa conduite ïue V. M. daigne le protéger; il est certain que la reine est encorefort prévenue contre cet ambassadeur, et l'impression a été d'abord ri décidée qu'elle ne peut l'effacer qu'autant que le ministre susdit

Mirait l'apparence d'avoir complètement réparé les torts dont il a

*té inculpé.

(1) LoaÎB, célèbre chirurgien , fut secrétaire perpétuel de l'Académie de médecine ; 11 a

^*^ de nombreux ouyrages ; ses articles dans V Encyclopédie sont d'importantes monogra-

P^ n mourut en 1790. — U j eut au dix-huitième siècle plusieurs médecins du nom de

Quétb. Celui que Hercy désigne ici est sans doute Guérin, mattre en chirurgie à Rouen,

^ t'établit plus tard à Paris et publia divers ouvrages en 1780 , 1782, 1806. Un autre

^vérin (Pierre), chirurgien-major du grand Hôtel-Dieu de Lyon, et qui eut de vives dis-

^^fikiûB avec TAcadémie de Montpellier, était aussi alors parmi les chirurgiens renommés.

^ Baphaël Sabatier a laissé plusieurs ouvrages estimés ; il fut chirurgien de l'hôtel des In-

^^Udsi. Né en 1732, il mourut en 1811. — Pierre Dufouart se distingua comme chirur-

An-major pendant la guerre de Sept ans ; médecin et inspecteur en chef de l'hôpital des

Mes-françaisee, qui avait été créé sur son avis, il devint en 1791 inspecteur général des^

^litanx de Paris. H mourut en 1818. Voir J. L. Dezeimeris, Dictionnaire historique de la

Médecine ancienne et moderne, 4 vol. ln-8% 1828. On n'y trouve pas le nom de Moroau.

Vienne, 31 mai. — Comte de Mercy- Argenteau, J'ai reçu par le ^ courrier Voth votre lettre du 17. L'espèce d'indifférence du roi, de ^ ne pas venir voir le reine, lorsque Monsieur y était venu diner avec=^i elle, l'aura naturellement piquée ; vous avez cependant très-bien fait d'étouffer l'humeur naissante de ma fille ; mais surtout je suis enchantée des réflexions que vous lui avez fait fidre à cette occasion. Trop convaincue combien vos conseils sont toujours nécessaires à fille , je regrette seulement de voir prendre de plus en plus à l'abbé Yermond du goût pour la retraite , ce qui rendrait votre assiduit*»^^ auprès de ma fille encore plus intéressante.

Je ne suis pas siurprise que les ministres t&chent d'inspirer au rc..:::^! de la réserve dans sa confiance pour la reine ; c'est la suite de la^coi^::^!. naissance qu'ils ont du caractère de ses favoris et fÎEivorites, oppos^^^ au ministère, ou de sentiments peu. sûrs et d'une réputation équiv^^>. que. Je crois qu'on pourrait encore passer à ma fille la comtesse £%>. lignac, si l'alliance d'une de ses parentes avec la famille d'Aiguilicui ne faisait pas naître des doutes sur le mauvais usage que les ntHlintentionnés pourraient faire du crédit de cette fiivorite auprès de ma fille.

La situation du baron de Breteuil n'est pas en effet bien assurée. Sans être trop prévenue en sa faveur, je me reprocherais de lui avoff fait autant de tort que l'empereur et le prince de Kaunitz ont ttché de lui en faire ; peut-être, ce n'était pas sans effet. Ayant écrit quelquefois & ma fille sur le compte de ce ministre , elle ne m'en a rieD touché dans sa réponse, ce qui me fait douter de ses sentiments poor Breteuil. Si jamais il s'apercevait de nos tentatives à le culbuter, il pourrait bien se jeter dans le parti de nos adversaires et grossir 1^ nombre des partisans prussiens, déjà assez considérable en France. C paraît que le duc de Nivemois (1) est un de? premiers; ses aUuie^ pourraient mériter votre attention.

(1 ) Le duc de Nivernais, de la famille des Mancini, avait été chargé à diyeiies reprisai de aisions diplomatiques; mais il était surtout connu comme le type de lliomme agréaUtet^ parfait gentilhomme. Littérateur et grand seigneur, il charmait le public et F Académie, oft avait été admis dès l'âge de vingt-sept ans, pour des fables ingénieurs, et des poésies qu'on tio vait pleines de grâce ; il mettait du reste en pratique dans wn duché de Nivernais les nsxii

[ Je ne peux assez vous marquer toute ma satisfaction pour les excellents conseils que vous avez donnés & ma fille ; elle en a grand besoin y flattée et dissipée par ses alentours continuellement. Je Bouhaite que votre «anté délicate soutienne l'assiduité nécessaire et Q^augmente mes inquiétudes encore pour vous, dont je reconnais tout le prix.]

[J'ai eu une cruelle mortification par la demande et prompte exénition d'un vice-chancelier de la part du prince Kaunitz (1). D n'est pas plus vieilli ni diminué depuis cinq ans; Binder un peu plus, nais cela n'exigeait pas cette précipitation. Dans ma situation cela n*accable, et me rend plus nécessaire la retraite, me voyant abanionnée de tout le monde. J'ai trop attendu ; c'est pour vous seul et lans l'amertume de mon cœur. ]

JParis, 17 juin. — Sacrée Majesté, Depuis la fin du voyage de kfarly jusqu'au moment actuel, ce qui se présente de plus intéressant k exposer à Y. M., c'est ce qui concerne l'état de la santé de la «ine, et il n'y a lieu à cet égard qu'à des détails les plus satisfai- «ttits. Après l'usage du lait continué pendant longtemps , et après le >ln6 parfSedt rétablissement de sa rougeole, la reine a encore conlervé quelques habitudes du régime strict auquel elle s'était assuettie. S. M. a continué à s'abstenir des veillées ; elle s'est fort mélagée sur le choix et la quantité des aliments, sur la fréquence des

le bienfuflanoe que d'autres ne Jbisaient que répéter. U avait fait pluBieurs eéjours à Berlin, y k'rait été très-goût épar Frédéric II, et avait sans doute gardé pour le roi de Prusse cette sorte rmdmiration que professaient Yolon tiers en France les philosophes et les hommes de lettres. ^ doc de NiTemais était beau-frère de Miturepas. Voir les Lundis de Sainte-Beuve, Xm, pages 818-885.

(1) Le prince de Kaunitz venait de terminer toutes les négociations relatives à la paix de , signée le 6 mai 1779; l'impératrice l'en remerciait en ces termes dans une note aux Archives de Vienne : « Quoique cet ouvrage ne soit jms le plus glorieux de ^<m ODvrages, il est certainement le plus utile pour la monarchie et pour moi, parmi tant l*A>iitre8 dont je suis redevable à votre sagesse, et qui vous assurent de ma reconnaissance. » ^^IMBdant le prince de Kaimitz, alléguant les fatigues de l'âge, demanda, puisque l'impératrice ^e voulait pas agréer sa retraite, la permission do s'adjoindre le comte Philippe de Cobenzl ^«ir plus haut la note 8 de la page 65 ) avec le titre de vice-chancelier ; Marie-Thérèse, quel l^ae fût le déplaisir que lui causait cette demande, l'accorda aussitôt <« pourvu, écrivait-elle à ^^tnôtz, que vous n'abandonniez pus votre ancienne amie et continuiez à la conseiller, dont

^ a grand besoin. ■

320 MERCY A MARIE-THÉRÈSK

promenades à cheyal, qui ont été rares et modérées, ainsi que les voyages à Paris , où la reine n'est venue que trois fois au spectacle. Quelques légères douleurs d'entrailles avaient rendu ces précautions nécessaires; elles ont suffi pour rendre à la reine la santé et la gaieté ordinaire. Les habitudes matrimoniales ont repris entre elle et son auguste époux avec plus de suite, et d'une semaine à l'autre on peut en espérer les effets désirables, qui ne tarderont pas sans doute à en résulter; aussi n'est-ce que conditionnellement que le voyage de Cîompiègne a été projeté pour la fin de juillet, et il est fort probable qu'il pourrait ne pas avoir lieu. La première idée avait été de faire deux petits voyages à Choisy ; la reine n'ayant pas paru y incliner, il fat ordonné au ministre de la finance de produire un calcul sur la différence qu'il y aurait dans la dépense pour ces deux voyages susdits ou pour celui de Compiègne. H se trouva que, pour ce dernier, la dépense extraordinaire se monterait à 600,000 livres , et que, pour les deux autres voyages, il n'y aurait qu'une épargne de 60 à 80,000 livres. J'observai à la reine que l'on pourrait mettre en ligne de compte l'opinion publique, qui suppose les transports à Compiègne beaucoup plus coûteux qu'ils ne le sont en effet ; mais cette réflexion ne prit point.

Depuis que la cour est revenue à Versailles, tout y est rentré dans l'ordre accoutumé, sans aucune circonstance remarquable. La reine s'y occupe beaucoup et bien tendrement de son auguste fille ; la physionomie de cette jeune princesse se développe de la manière la plus avantageuse : ses traits annoncent de la beauté, elle est vive, gide et de la meilleure santé ; la reine la voit plusieurs fois dans la journée , et le roi lui marque une grande tendresse.

n y a toutes les semaines une et quelquefois deux chasses à Saint- Hubert, où le roi passe la journée entière ; quoique la reine ne prenne pas grand plaisir à ces petites courses , elle s'est cependant déterminée à y accompagner très-régulièment le roi sans suivre la chasse ; LL. MM. soupent dans cette maison de plaisance et en reviennent après minuit. Monsieur et Madame, M, le comte et M"** la comtesse d'Artois y vont alternativement, et la suite de la cour y est très-peu nombreuse. Dans une journée de chaque semaine toute la famille royale se réunit à Trianon chez la reine et y soupe ; il y a ordinairement un spectacle et un peu de jeu pour remplir la soirée. Le roi paraît plaire beaucoup à ces petites parties dé plaisir, et il n'y a que les cour tisans les plus favorisés qui y soient admis.

Depuis peu de temps la reine a pris l'habitiide d'aller quelquefois passer les soirées chez la comtesse Jules de Poliguac , et dans ces occasions le roi y vient trùs-régulièrement; cela fait une diversion assez avantageuse aux soirées qui se passaient ci-devant chez la princesse de Guéménée ; il en est résulté beaucoup de jalousie de la part de cette dernière et un grand surcroît de considération pour la comtesse Jules ; cependant cette favorite va s'absenter, pour aller prendre les eaux à Spa, pendant six semaines ou deux mois. Par un sflTet de son grand crédit, elle est au moment d'obtenir une grâce |ui excitera quelque rumeur à Versailles, et qui porte sur l'objet suiiront. Le duc de Villeroy, un des quatre capitaines des gardes du xnrps , se trouvant par défaut de santé hors d'état de remplir sa diarge, avait demandé pour survivancier le duc de Lorges, fils du lue de Civrac, ci-devant marquis de Durfort et ambassadeur à Vienne. [je duc de Lorges ayant été ancien menin du roi, étant d'ailleurs jrès-bien vu de ce monarque, et le méritant par une très-bonne réfutation et conduite, méritait à tous égards la pla(;e susdite. Le duc le Civrac alla implorer la protection de la reine, qui trouva d'abord la demande fort juste et daigna y applaudir. Sur ces entrefaites la >omtes8e de Gramont, dame du palais, et dont le fils doit épouser la 511e de la comtesse Jules de Polignac, pensa à procurer au jeune bonmie la survivance en question. La comtesse Jules fut d'abord un peu effrayée de la difficulté de cette entreprise , le comte de Gramont n'ayant que vingt à vingt-deux ans, et s'agissant d'une des premières charges de cour ; cependant la reine fut vivement sollicitée et trèsfe<nlement amenée aux désirs de sa favorite. S. M. fit venir le comte ^ Maurepas et exigea qu'il concourût à cet arrangement. Le ministre ^^ût pas d'objections bien fortes, et vraisemblablement la place ne *^erapas à être accordée au comte de Gramout, ce qui sera un grand ^goût pour la famille de Civrac, ainsi que pour un nombre d'au- '^s gens de la cour qui étaient plus en mesure d'espérer une pareille ^^etir. Il est vrai en même temps que la reine ne s'était engagée à ^11 envers le duc de Civrac, et que les dispositions qui vont se faire *H^nt quelque apparence d'être émanées de la seule volonté du roi ^^ des insinuations de son ministre.

I^ courrier mensuel m'ayant remis le 10 au soir les très-gracieux ^^dres de V. M. en date du 31 de mai, je n'ai pas tardé à aller pré- *^^ter à la reine les lettres qui lui étaient adressées.

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