‹ Marie-AntoinetteChapitre 16 sur 30 · SU · texte numérisé non relu

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angnstes époux , ce qui doit avec certitude produire bientôt Tévénement si attendu et si désirable.

Je puis assurer V. M. que le portrait de son auguste petite-fille n'est pas flatté du côté du teint. Cette jeune princesse embellit à vue d'oeil, ses yeux sont très-grands, et le nez est plus agréablement formé que celui du roi.

Le 15 septembre. — Madame ma très-chère mère. Le beau temps •dont nous jouissons ici me fait espérer que ma chère maman n'^en aura rien à désirer à Schlosshof. J'ai eu grande joie de causer avec le baron de Breteuil sur ma chère maman et sa santé. C'est un grand titre pour cet ambassadeur d'avoir mérité ses bontés et son approbation. La santé du roi et la mienne sont très-bonnes, et nous vivons •ensemble de manière* que je pourrais avoir bientôt des espérances , -<2uoique je ne puisse encore compter sur rien.

La prise de Grenade (1) et le combat naval ont fait grand plaisir ici ; malheureusement il faut de plus grands événements pour ame- Tier la paix. Le public se plaint fort que M. d'Orvilliers (2), avec des ^forces si supérieures à celles des Anglais, n'ait pu ni les joindre i>our les combattre , ni empêcher aucun de leurs vaisseaux marchands de ^rentrer dans leurs ports. Il en aura coûté beaucoup d^argentpour ne Tien faire, et je ne vois pas encore d'apparence qu'on puisse traiter de paix cet hiver. Quand on sera là, j'ai tout lieu d'espérer que, si les

(1) Le comte d'Estaing venait de s'emparer en deux jours, par un hardi coup de main, de Tile de Grenade, et de battre une escadre anglaise qui arrivait au secours de l'île ( 6 juillet 1779).

(2) Loois Guillouet , comte d'Orvilliers, avait été appelé au commandement de la flotte en 1778. Le combat d*Onessant, où il avait tenu en échec la flotte anglaise, lui avait fait beaucoup d*lionnenr. C'était le premier essai de la marine française, renouvelée par Louis XYI. On en conçut un grand espoir pour la guerre qui commençait. Cependant la campagne de 1779 ne fut point heureuse : on perdit du temps à attendre la jonction de la flotte espagnole ; des disputes de préséance entre les commandants empêchèrent imc action rapide, et les grands préparatifs pour un débarquement en Angleterre, qui avaient été faits en Normandie, devinrent inutiles, parce qu'on laissa passer le moment d'en faire usage. La flotte rentra à Brest en octobre 1779, ayant perdu 60,000 hommes par les maladies et n'ajant pas tiré un coup de canon. D'Orvilliers, accablé sous la désapprobation générale, donna sa démission. U se retira peu après an séminaire de Saint-Magloire à Paris ; il émigra en 1790. On ignore la date et le lien de sa mort.

Bourbons ont besoin de médiateurs , ils profiteront des offices et de Talliance de ma chère maman.

n est vrai que le duc de Guines est admis dans ma société ; mais il Test aussi dans celle du roi, qui le traite fort bien. Je lui ai rendu service dans la cruelle affaire que lui avait suscitée M. d'Aiguillon ; il était naturel qu^il cherchât à témoigner sa reconnaissance. Il est également dans le train de ce pays-ci que ceux qui n'ont pu l'accabler par leurs calomnies déchaînent leur jalousie et exagèrent le bon traitement qu'il éprouve. Il est d'usage ici de vouloir toujours deviner quelqu'un comme nous conduisant sur tout : je l'ai trop souvent éprouvé depuis neuf ans pour en être étonnée maintenant.

L'état de mon frère me donne de l'espérance; mais je ne serai hors d'inquiétude que lorsque sa guérison sera complète.

Ma fille se porte toujours à merveille. Le plaisir que ma chère maman a pris à son portrait me retrace toute sa tendresse. Que ne puis-je lui montrer toute la mienne ainsi que ma reconnaissance ! Elle en serait contente.

L'empereur étant absent, ma chère maman me permet-elle de la supplier de lui dire de mes nouvelles, ainsi qu'à ma sœur Marie?

SchanbrunnyZO septembre. — Comte de Mercy- Argenteau, J'ai reçu votre lettre du 15 par le courrier Kleiner, arrivé ici le 26 de ce mois.

Par la dernière lettre de ma fille vous verrez que ma fille, quoique piquée du bruit de l'ascendant qu'on suppose au duc de Guines de prendre sur son esprit, ne veut pas en convenir. Je souhaite que dans la suite la réflexion lui fasse envisager cet objet dans son vrai jour. Courtisan rusé et ambitieux qu'est le duc de Guines, il ne. négligera sûrement rien pour mettre la comtesse de Polignac dans ses intérêts ; s'il en vient à bout, son crédit auprès de ma fille n'en sera que plus affermi. Jadis elle mettait sur le compte de feu ma bellesœur la princesse Charlotte les nouvelles dont elle n'aimait pas à me voir instruite ; à présent elle y substitue le roi de Prusse. Je crois qu'il n'y a pas de mal.

Je continue toujours à souhaiter qu'il ne soit pas question de notre médiation dans le cas de négociation entre les Bourbons et l'Angle-

terre, à moins qu'il n'en faudrait une pour exclure celle du roi de Prusse ou de Russie.

Je suis bien aise du lK)n accueil qu'on a fait à Versailles au baron de Breteuil. Comme c'est un homme raisonnable , qui pense bien et dont je connais déjà le caractère, je serai toujours contente de le voir leparaître à ma cour, de façon qu'il s'y trouve avec agrément ; mais B*il s'agissait de lui donner un successeur, le comte d'Adhémar, ministre de France à Bruxelles, qui paraît avoir des vues sur l'ambassade de Vienne, ne pourrait guères nous convenir. La tranquillité dans l'intérieur de la cour et l'union dans la famille me font bien du plaisir ; je souhaite seulement que le retour de quelques sujets de l'armée n'amène pas de changement. Je vous garderai le secret sur la nouvelle que vous me mandez de quelque lueur de grossesse de na fille. Sa soeur, là reine de Naples, agit avec moins de réserve avec noi dans des cas semblables, en m'informant d'aix)rd des premiers indices de grossesse, tels qu'ils peuvent en faire espérer le succès, sans pouvoir y compter avec certitude. [ C'est une grande différence între ces deux sœurs.]

IjC 14 octobre. — Madame ma chère mère. Nous avons renoncé au royage de Fontainebleau à cause des dépenses de la guerre , et aussi xrar être plus tôt instruits des nouvelles de l'armée. Nous avons été 5inq jours à Choisy et nous allons demain à Marly pour quinze.

Notre flotte n'a pu joindre les Anglais et n'a rien fait du tout ; î'est une campagne perdue et qui a coûté bien de l'argent. Le plus affligeant c'est que la maladie s'est mise dans les vaisseaux et y a ait grand ravage. La dyssenterie qui règne en Bretagne et en Nornandie fait beaucoup de mal aussi aux troupes de terre, destinées à l'embarquement : c'est une désolation générale. La maladie se met aussi parmi les Espagnols et refroidit d'autant plus leur zèle, qu'ils n'ont pas trop de moyens de se recruter.

J'ai bien peur que ce contre-temps ne rende les Anglais plus difficiles, et n'éloigne les propositions de la paix, qui ne me paraît pas prochaine. Je suis toujours persuadée que, si le roi a besoin de la médiation , les intrigues du roi de Prusse échoueront et n'empêche- •ont pas le roi de profiter de la bonté des offres de ma chère ma-

man. Je n'aurai garde de perdre de vue cet article, si intéressant pour le bonheur de ma vie.

Ma sœur Élisabetli va être inoculée à la Muette : c'est elle-même qui s'y est décidée et l'a désiré. Ma fille se porte à merveille. Comme j'étais fort échauffée, j'ai pris quelques bains et me suis purgée avanthier. Je m'en vais prendre du lait d'ânesse pendant Marly ; ma santé du reste est fort bonne. Je plains bien la reine de Naples ; mais si ses souffrances aboutissent à lui donner un garçon, ce sera un grand bien et une consolation pour la cruelle perte qu'elle a faite. Le silence de ma chère maman sur mon frère Maximilien me fait espérer qu'il continue à se rétablir. Ma chère maman me permet-elle que je l'embrasse ?

Paris j 16 octobre. — Sacrée Majesté, Au moment même du dép!urt du courrier de septembre, il existait un très-léger soupçon que la rein pût être grosse ; mais cet espoir ne tenait qu'à un retard de

jours ; alors il fut décidé que la cour irait à Fontainebleau. On com mença à y faire transporter des équipages, et les maréchaux des l gis eurent ordre d'y marquer des logements ; cependant, conmie voyage n'avait lieu uniquement qu'ensuite du désir qu'en avait mar que la reine, on lui représenta que, dans les circonstances présentes, 1 prompte expédition des affaires pouvait dans de certains cas deveni très-nécessaire, qu'elle courrait risque d'être retardée par un dép cément de la cour et de tous les bureaux qui la suivent , qu'à cet in convénient il se joignait celui d'une dépense considérable, et & quelle le public a toujours beaucoup de regret dans des temps critiques que le sont ceux où l'on se trouve. Ces raisons très-fond ayant frappé la reine, elle s'est décidée à proposer au roi de r^snxme^^ au voyage en question , et de le remplacer par une petite excnnic^: de quatre ou cinq jours à Choisy, et par un séjour de trois semain à Marly, ces deux maisons de plaisance étant si près de Versailli qu'elles ne déplacent aucun ministre, et qu'elles augmentent de peu la dépense ordinaire de la cour. Cette résolution de la reine a le double effet de plaire au roi et de satisfaire le public. Le s^omr Choisy du ô au 10 s'est passé tranquillement et agréablement; 1 cour y a été peu nombreuse ; le roi y a fait ses chasses à tirer,

reîne Ta accompagné^ se promenant à cheval au pas. Le premier médecin ne s'est nullement opposé à cet exercice pris d'une manière si modérée. Les soirées ont été remplies par le jeu , sans cependant que cela ait occasionné des veillées trop prolongées. Tout le voyage de Marly se passera à peu près de même. La suite de la cour y étant fort restreinte, il n'y a pas de jeu au salon, attendu qu'il ne se serait pas trouvé assez de monde pour le remplir. Il n'y aura pas non plus de spectacles, par raison d'économie, et cette réforme qui, avec raison , est attribuée à la reine, produit un très-bon eflFet. Depuis un mois S. M. n'est venue qu'une seule fois à Paris pour voir la représentation d'un nouvel opéra du chevalier Gluck (1). La reine a totalement changé sur l'article des voyages dans la capitale; quoi? qu'elle y ait été constamment accueillie par les démonstrations les plus satisfaisantes et les plus vives, elle n'a pas pardonné au public la réception froide qu'il a faite souvent à M. le comte d'Artois, et c^est depuis ce temps-là que la reine a presque cessé totalement de venir à Paris.

La ressource essentielle de cette auguste princesse consiste maintenant dans la société de sa favorite , la comtesse de Polignac, et de quelques alentours ; cependant cette ressource né suffit pas pour remplir tous les moments de la journée , et il s'en trouve plusieurs oîi l'ennui se fait sentir. Quelques occupations sérieuses , particulièrement un peu de lecture , y serait le meilleur remède. La reine en convient, mais elle ne s'y détermine pas. Le temps le plus utilement employé est celui de quelques conversations assez longues et fréquentes avec l'abbé de Vermond ; heureusement la reine conserve à cet ecclésiastique la plus entière confiance, quoiqu'il soit moins assidûment à la cour ; il y passe une journée ou deux de la semaine. Quand il survient quelques circonstances un peu intéressantes, la reine le fait venir, et elle daigne souvent me donner le même ordre ; c'est toujours avec une égale bonté qu'elle nous permet de lui exposer tout ce que notre zèle peut nous suggérer pour le mieux de son

(1) Deux opéras nouveaux de Gluck parurent pendant l'année 1779 : Iphigénie en Tauride, représenté pour la première fois le 18 mai, et Echo et XarcUsej représenté en septembze. Autant le triomphe du premier avait été éclatant, autant fut complète la chute du second ; le sujet ne convenait pas au g^nie de Gluck ; nous voyons cependant que la reine- , fidèle 4 son musicien de prédilection, assistait à une des représentations , qui ne fiurent qu'en petit nombre.

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service. Il est encore des cas oit nous parvenons à persuader contre les insinuations des entours favoris ; cela arrive même quand il 8*agi1 d^objets qui peuvent tirer le plus à conséquence ; mais dans beaucoup d'autres occasions la &veur l'emporte sur les meilleures raisons^ et alors ce qui reste à faire se borne à t&cher de diminuer les inoon* vénients. Pendant tout le voyage de la cour je me tiendrai à mi( petite lieue de Marly^ oùj'irai souvent prendre les ordres de la reine

Le point le plus satisfaisant et sur lequel il ne reste réellement riei à désirer est celui de la parfaite union qui existe entre les deux augustes époux. L'intimité très-suivie dans laquelle ils vivent en8e^^ ble autorise l'espoir où l'on est d'une très-prochaine grossesse. Les attentions et les complaisances du roi envers la reine ne font qa*a& croître ; il n'est rien qu'elle ne pût effectuer, si elle en avait la volonté, et tandis que la reine ne met pas toute l'importance désirable à l'étendue de son crédit, les ministres savent très-bien l'évaluer, e sentent qu'il leur serait inutile de penser à y résister dans les cai où la reine voudrait en faire usage.

Cette même réflexion opère visiblement sur toute la fiunille royale et y maintient cette déférence respectueuse qu'elle a pour la reine qui de son c^té traite les princes et princesses avec les égards et Ta mitié convenables.

M"^ Elisabeth, s'étant déterminée à se faire inoculer, passera 1< temps de cette opération au ch&teau de la Muette ; elle verra jour nellement Mesdames tantes du roi , lesquelles, pour se trouver dam la plus grande proximité possible, se sont établies à leur maison d< plaisance à Bellevue.

La princesse de Lamballe, qui a passé près de trois mois bxjû eaux, en est revenue, et a dû s'apercevoir plus que jamais de L perte totale de sa faveur auprès de la reine. Cette surintendante es devenue pour S. M. un objet d'ennui et d'embarras, au point que oeli tourne en déplaisance. Il en résulte de la part de la princesse d< Lamballe des plaintes à ses confidents et confidentes, qui les fon transpirer dans le public ; mais il prend si peu d'intérêt à la surin tendante que personne ne s'en occupe , ni ne se permet de réflexion sur le changement de la reine envers son ancienne favorite.

Le courrier mensuel m'ayant remis le 11 les ordres de Y. M. ei date du 30 de septembre, je me rendis le lendemain 12 à Yersaille et y présentai à la reine les lettres qui lui étaient adressées. La reiui

se préparait dès lors au voyage de Marly^ et elle eut la bonté de me dire le plan qu'elle s'était formé pour ce séjour, où le jeu de pharaon sera exclu.

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