XLII. MbRCY a MARlE-TniÈRfesE
Paris, 16 octobre. — Sacrée Majesté , J'ai eu lieu d'observer que l'avertissement qu'il a plu à Y. M. de donner le mois dernier à la reine avait fait une impression très-marquée, et j'en ai eu la preuve en ce que la reine, qui supposait le duc de Guines entièrement revenu de tout projet d'ambition, commence & se persuader qu'il est fort éloigné de ce système de modération, et que son zèle n'est pas -aussi désintéressé qu'il avait eu l'adresse de le faire croire. C'est dans ce sens à peu près que la reine s'en est expliquée vis-à-vis de moi tout récemment ; cependant ce que S. M. daignait me dire à ce sujet n'était prononcé que comme des doutes pénibles, dont elle aurait désiré d'être soulagée. J'ai tâché au contraire de leur donner tous les <»u-actères de la certitude, et il ne m'a pas été difficile d'en citer l)oii nombre de preuves. J'en avais une toute nouvelle, et qui consiste dans un voyage que le duc de Guines venait de faire pour aller ^trouver le duc de Choiseul et se concerter avec lui sur plusieurs objets d'intrigues. Comme le hasard m'avait procuré des notions fort exactes sur ce fait, je les rendis si palpables à la reine qu'elle en fut Irappée , et quelle que soit l'habileté de son homme de confiance, il est très-certain que, se trouvant soupçonné, sa faveur éprouve une crise qui pour le moins mettra des bornes à ses progrès.
Le baron de Breteuil a toujours été traité de mieux en mieux ; la reine l'a fait nommer du dernier voyage de Choisy, et lui a marqué beaucoup de bontés ; le duc de Guines en a d'abord pris de l'ombrage et a cherché , par toute sorte de petits propos, à fronder le baron de Breteuil. La reine, qui s'en est très-bien aperçue, a paru désapprouver cette malignité ; elle nous en a parlé, à l'abbé de Yermond et à moi, avec cette confiance ordinaire qui la porte à ne nous rien cacher de ce qui se passe ni de ce qui se dit parmi ses alentours les plus familiers. La comtesse Jules de Polignac vient de faire un abus choquant de son crédit en faveur d'un comte de Vaudreuil (1) qui est son ami
(1} On troaTera dans les Mémoires dn temp» diverses anecdotes sur ce comte de Vaudreuil.
trop intime et beaucoup trop affiché. Ce dernier ayant toute sa fortune dans les îles françaises , d'où l'on ne peut rien retirer en tempâ de guerre , s'est trouvé dans l'embarras. La comtesse de Polignac n'a su d'autre moyen de l'en tirer que celui de lui procurer 30,000 livres par année sur le trésor royal pour le temps que durera la guerre. La reine s'est chargée de cette demande, et le roi, avec sa complaisance ordinaire , n'y a pas mis la plus petite difficulté ; on est convenu que cette grâce très-déplacée resterait dans le plus profond secret. Personne en effet n'en a connaissance ; mais si cela venait à transpirer, il en résulterait beaucoup de propos et de clameurs. La reine est convenue de tout ce que l'abbé de Vermond et moi lui avons représenté à ce sujet; mais quand il s'agit des désirs de la favorite, les remontrances sont inutiles, au moins dans des objets de la nature de celui que je viens d'exposer. J'ai eu plus de succès dans mes . représentations contre les vues du comte d'Adhémar sur l'ambassad de Vienne. La reine, en avouant qu'il ne convenait & aucun égar^ pour cette place, s'est engagée positivement à ne point protéger un telle demande. Le moment en paraît d'ailleurs encore fort éloigné, e*" quand il s'agira d'iin choix , la reine est maintenant très-décidée i: n'intervenir que pour le sujet qu'il plaira à V. M. d'indiquer.
Belativement à la petite répugnance que la reine a eue le moK passé de parler d'une lueur d'espoir de grossesse , je dois observ très-hûmblement que cette réserve ne tenait pas à un défaut de co: fiance en V. M., mais uniquement à la crainte de lui causer une j trop précoce, qui serait suivie des regrets que donne une attente ne se réalise pas. C'est dans ce sens que la reine m'en avait parL ^, et je puis affirmer d'ailleurs que, dans toute occasion, l'àme de cefcte auguste princesse se montre toujours bien pénétrée de tous les sentiments qu'elle doit à son auguste mère. J'en ai eu tout récemmôiit une nouvelle preuve, lorsqu'il nous arriva la nouvelle frayante de la chute que V. M. a faite et qui, grâces au ciel, n'a point eu de
n y est dépeint comme brillant et Bédiiisant, grand protecteur des artistes et des gens de 1^^' très ) mais d'un caractère violent et emporté. H dominait entièrement M*** de PoUgnac : *^ reine , après une trop longue indulgence , finit par en souffrir, et son amitié pour n âiroric^ en fut refroidie. Voir les Mémoirt» de M*"* Campan, chapitre XI, et surtout les note* ^^ comte de la Marck serrant d'Introduction à la Correspondance de Mirabeau^ publiée P"^ M. de Bacourt, page 57 ; on y verra quel abus Vaudreuil fit de sa faveur pour obtenir à€fi grAces pécuniaires, et combien la reine en fut 4 la longue dégoûtée.
16 OCTOBRE 1779. 36a
snites. Qaolque le cliargé d'affaires de France mandât cet événement de la manière la plus positivement rassurante, et quoique la reine eût voulu lire elle-même ce rapport, elle en était encore deux jours après si émue qu'elle frissonnait en daignant m'en parler. C'est sur son ordre exprès que j'ose trcs-liumblement supplier qu'en tout ce qui concerne l'auguste personne de V. M. il soit pris à l'avenir des mesures pour que je sois le premier informé de ce qui survient* Cette précaution est d'autant plus importante à la tranquillité de la reine qu'il n'y a pas d'autre moyen de prévenir l'effet de quelques &UX bruits qui souvent se répandent et qui, dépourvus de vraisemblance , n'en deviendraient pas moins dangereux à la reine, si elle en était frappée dans de certaines circonstances où elle peut se trouver d'un moment à l'autre.
Relativement à ce que V. M. daigne me marquer dans sa très-gra-
Cîîense lettre sur l'objet de la médiation , les choses en sont dans le^
ï>Qêmes termes que l'indiquent mes dépêches d'office précédentes. Il
3^ aura sans doute encore tous les événements de la campagne pro-
^i^Tiaine à attendre avant de pouvoir se former une idée claire sur la
îormesous laquelle finira la guerre; mais j'ose croire que le point es-
^ «ntiel est en toute sûreté, c'est-à-dire que , s'il s'agit d'une médiation,
^ 1 ne réussira pas au roi de Prusse de s'en mêler, et que d'un autre
'^té on se prévaudra ici des offres qu'il a plu à V. M. de faire à cet
gard.
Vienne^ P' novembre. — Comte de Mercy- Argenteau , J'ai reçu ^'otre lettre du 16 du passé par le courrier Derike, arrivé ici le 27 du même mois. Je suis bien aise du bon effet produit par la part que ma fille a eue au redressement du voyage de Fontainebleau. La tranquillité du séjour de Choisy et de Marly n'est peut-être que la suite de l'absence de plusieurs courtisans. Ma fille ferait sûrement bien de remplir le vide qui en résulte par la lecture ; mais , comme ce n'est pas son occupation favorite , je souhaite qu'elle y substitue du moins de fréquents entretiens avec vous et l'abbé Vermond , pour vous mettre à même de lui être utiles autant que vous n'êtes pas traversés par les favoris et favorites, nommément par la comtesse de Polignac, qui vient de donner une preuve bien frappante de son
crédit par le succès de ses démarches en fayenr du comte Yaudreoil. Je vous répète d'assurer de temps en temps l'abbé Vermond de toute ma satisfaction de tous les bons services qu'il ne cesse de rendre à ma fille , et des soins qu'il partage avec vous pour la garantir au possible de tout faux pas.
Vous agissez avec votre prudence ordinaire en t&chant d'éclairer ma fille sur les menées du duc de Guines. Je suis bien aise qu'elle traite bien le baron de Breteuil ; je serai contente de le voir retourner à ma cour. Sans vouloir du mal au comte Adhémar, je n'ai souhaite pas moins y comme j'ai lieu de l'espérer, que sa mission à Vienne n'ait pas lieu.
Pour les affaires politiques, je m'en remets aux dépèches que vous allez recevoir par la chancellerie d'État. Je vois avec regret le peu d'apparence pour le rétablissement de la paix pendant cet hiver. Je suis cependant contente que le roi de Prusse ne semble guère pouvoir se flatter d'avoir part à la pacification future , malgré tous les efforts qu'il ne discontinue pas de faire pour s'en mêler ; il n'y a que cette anglomanie, qui va toujours en augmentant ici, qui m'inquiète. Au reste je suis ravie que dans l'intérieur de la famille tout est sur un bon pied , et pour la grossesse de ma fille j'attends l'accomplissement de mes vœux et de ceux de la France des dispositions de la Providence. Il me semble qu'on drogue trop ma fille, et ces différentes sortes de lait et purges qu'on lui donne me paraissent de trop.
Je dois vous prévenir, pour vous seul, sans faire aucun usage ni à Paris ni à Bruxelles ni pour ici, que ceux qui pensent bien, comme un électeur de Mayence et de Cologne et un évêque de Wûrzbourg, souhaitent depuis longtemps que mon fils (1) veuille se faire de l'église. Les circonstances de sa santé et conduite , vraiment au-dessus de son âge, ont réveillé avec force cette idée. Le peu de goût que mon fils a pour cet état était le seul objet pourquoi on n y a pas pensé plus tôt; son avenir sera assez triste, et lui-même conmience à en convenir, et il n'y a que la délicatesse de n'être assez capable pour un état d'évêque qui le retient. Vous pouvez bien juger qu'on trouve bien des raisons pour le tranquilliser, surtout avec la comparaison. Pour autant que je le souhaiterais établi, je ne l'aimerais ji^ mais à passer sur ces doutes , d'autant moins que la situation critique
(]) Ceet de son plus jeune fils, rarchidoo ICaximilien, que ICarie-Thérèae parle ici.
de Cologne et Munster, car Tune sans l'autre ne peut convenir, est assez délicate vis-à-vis du chef de l'empire, de la France, du Hanovre, de la Prusse et de la Hollande. Nous avons même vu ci-devant, quand on en a parlé, que la France même serait contraire ; c*est cette raison qui me fait vous confier nos vues pour sonder le terrain. L'électeur (1) nous presse, et avec raison à son âge, le voulant avoir pour coadjuteur. Mon fils ne saurait se résoudre que par dispense, sans devenir évêque. La dispense sera faite d'abord pour cinq ans; il gagnerait cinq ans pour voir s'il ose se faire d'église, ou pour préparer les choses pour un fils de Léopold. Pour ce dernier l'empereur est d'accord , car il veut aussi peu que moi engager son frère contre son gré ; mais le bas âge, de huit ans, du petit-fils ne convient pas aux deux électeurs , et ils souhaitent absolument mon fils. Je vous avoue, je ne saurais me décider sur ce point ; cet établissement très-convenable pour un dixième archiduc ne m'éblouit pas tant que son personnel et sa tranquillité.
Je vous fais tout ce détail pour me pouvoir donner votre conseil. Il y a encore une autre circonstance que j'ai ignorée et que je ne sais que depuis huit jours. Les chapitres là-bas étant si mal intentionnés pour nous, et même pour notre sainte religion, autre point pour moi qui rend ma décision plus difficile, on a cherché qui on pourrait trouver de convenable ; on n'a trouvé que le seul Salm , évêque de Toumay. Voilà mon embarras : CoUoredo s'est fait valoir eur ce point, — très-éloigné, car l'électeur n'en veut pas, — vis-à-vis de Starhemberg et de l'évêque même. Je serais bien lâchée de leur arxacher cet établissement, surtout pour un particulier. Je ne peux Tien faire remarquer à Starhemberg, n'étant pas mon secret mais celui des deux électeurs, qui demandent le plus grand secret, et ce qu'ils ont exigé de nous , et je ne peux non plus faire usage qu'on a parlé à ces deux sans compromettre Colloredo (2) qu'il a parlé. Vous
(1) L'électeur, archevêque de Cologne et Munster, était Maximilien* Frédéric de Kœnig- Begg-Boihenfels, né en 1708. — On verra la suite de ces négociations et leur succès en 1780.
(2) Le prince Guillaume- Florentin de Balm, chanoine de Cologne, de Strasbourg et de liége, évêque de Tournai, et ensuite archevêque de Prague, était beau-frère du prince Georges -Adam de Starhemberg, qui avait épousé la princesse Marie -Françoise de Salm. D'antre part le prince Rodolphe de Colloredo était allié par sa femme au prince de Star* bemberg. C'est ainsi que tons deux se trouvaient intéressés à la fortune de Tévèque de Tournai. — L'expression de Marie-Thérèse est assurément fort obscure ; toutefois ou aper-
voyez mon embarras, mais que je ne voas marque que pour être au fait de tout. Vous brûlerez cette lettre et je tâcherai de traîner les choses jusqu'au retour du courrier, ayant bien besoin de votre conseil.
1 6 novembre. — Madame ma très-chère mère , Les bonnes nouvelles que ma chère maman me marque de mon frère Maximilien, me donnent bien de la joie. Dieu veuille qu'il n'y ait plus de retour à ce vilain mal de jambe! J'espère qu'il continuera les ménagements nécessaires pendant le mauvais temps d'hiver.
Ma santé est bonne et le lait m'a fort bien réussi. Je n'avais pas pris de médecine depuis la dernière qu'on m'avait donnée pour ôter le reste de ma rougeole il y a plus de six mois. J'étais échauffée et j'avais un peu de toux de chaleur, mais sans mal de poitrine; le lait a dissipé l'un et l'autre. Je ne suis ni engraissée ni maigrie.
Les ordres sont partis pour désarmer la flotte et mettre les troupes en quartiers d'hiver. M. de Cordua (1) est parti avec quinze vaisseaux pour l'Espagne; il nous en reste encore plus de moitié de ce qu'il avait amené. La nullité de la campagne éloigne toute idée de paix. Les Anglais feront sûrement les plus grands efforts l'année prochaine; mais outre qu'ils ont souffert et perdu cette année, ils seront bien gènes par l'Amérique et peut-ôtre même par l'Irlande. Je crois pouvoir assurer ma chère maman que , pour négocier la paix quand le temps sera venu, le roi n'a nul goût d'y employer l'entremise du roi de Prusse.
Ma sœur Elisabeth est depuis un mois à Choisy pour son inoculation, qui a fort bien réussi. Elle reviendra ici le 23 de ce mois.
-çoit sa pensée. Les chapitres de Cologne et de Munster sont mal intentionnés pour l'archiduc 'y ils yenleut proposer l'évêque de ToomaL Colloredo s'est fait fort auprès de Starhemberg et de cet évêque de pouvoir favoriBer ce projet : il a parlé en ce sens 4 Marie- Thérèse. Elle ne veut pas prévenir Starhemberg des vues des deux électeurs sur rarchidnCi parce que c'est leur secret. Elle ne veut pas non plus prévenir les deux électeurs de ce qu'elle sait par Colloredo, par crainte d'empêcher le succès de l'évêque de Tournai et de <x>mpromettre Colloredo lui-même. — L'élection de l'archiduc Maximilien comme coadjuteur à l'-évêché de Cologne est racontée dans Ennen, Fmnkreick vnd dtr Niederrhein oder fieschkhte von Stadt ûnd Kuniaat Kœln, Cologne, 1856, tome II, pages 400-408. (1) L'amiral espagnol Don Luis de Cordova.
Pour le baron de Breteiiil , connaissant les bonnes intentions de a chère maman pour lui, elle devait être bien sûre que je tâcherai ^^ lui en faire ressentir les effets. Il a été fort bien traité à Marly ^^omme à Choisy.
Ma bonne santé , celle du roi et la manière dont nous vivons me
"^ionnent toujours espérance; mais pour ce mois-ci, depuis hier je
*^ "uis sûre de ne l'être pas. Je suis pénétrée des bontés et attentions
Xijiiques de ma chère maman , et dans ce moment, pour mon jour de
^ximaissance , je ne le sens pas sans confusion des oublis et retards
•^onl j'ai été quelquefois coupable. Si j'osais, je dirais que cela est
^arrivé presque toujours malgré moi. Mon devoir et mon cœur m'a-
"vertissent d'avance des époques; mais mon étourderie, je dois l'a-
"vouer à ma honte , me fait quelquefois oublier de faire partir mes
lettres à temps. Si j'avais la ressource des courriers, ce malheur ne
:me serait pas arrivé. J'en demande mille pardons à ma chère ma-
Txuan ; je n'ai jamais fait faute de cette espèce sans en être punie par
-*m prompt repentir. Je ne pourrais me supporter moi-même si ma
<îhère maman pouvait douter de mon respect, de ma tendresse et de
:ina reconnaissance. Ma fille continue à se très-bien porter : elle a
3)résentement quatre dents.
PariSj 17 twcenibre. — Sacrée Majesté, Le séjour de la cour à Marly du 15 au 31 d'octobre s'est passé, à quelques égards, bien différemment de ce que semblaient s'être proposé le roi et la reine. Le projet de réformer les jeux de hasard n'a tenu que pendant peu de jours. L'automne qui, cette année, a été pluvieux et désagréable, mettait obstacle aux promenades et aux chaises. Par raison d'économie il n'y avait point de spectacles, de manière que , toutes ces ressources manquant à la fois , on a pensé à y suppléer par le jeu, qui est devenu plus considérable qu'il ne l'avait été dans aucune autre occasion. Ce n'est cependant pas la reine qui a donné lieu à renouveler ce dan gereux amusement. Les parties recommencèrent d'abord chez quelques dames de la cour sans que LL. MM. y fussent présentes. La princesse de Lamballe souffrit que l'on jouât chez elle un jeu si énorme que, dans une soirée, le duc de Chartres y perdit 8,000 louis. La reine désapprouva ce qui s'était passé chez sa surintendante, et
368 MERCY A IfARIE-THÉRÈSE.
S. M. lai en marqua même du mécontentement. Cela n'empêcha pas que le pharaon ne tdt rétahli au salon de Marly. Le roi, sana y être excité et de son propre mouvement, se mit à jouer et perdit sar la fin du voyage 1,800 louis. La reine en avait perdu près de 1^00; mais dans les dernières soirées S. M. en regagna presque la totalité. M. le comte d'Artois et le duc de Chartres ont été les plus gros joueurs ; le dernier a fini par perdre 11,000 louis , et le sieur de Chalabre, officier dans les gardes du corps, qui tient la banque, a gagné pendant le voyage 19,000 louis. A l'exception des événements du jeu, il n'en est survenu aucun autre pendant le séjour à Marly. La cour y a été peu nombreuse ; Mesdames tantes du roi s'étaient étar blies à leur château de Bellevue, et elles se sont rendues ensuite à Choisy pour y rester avec M"" Elisabeth, qui a été inoculée, et qui pendant six semaines sera séparée du reste de la famille rojrale.
Je n'ai d'ailleurs rien de remarquable à exposer sur l'emploi du teinps de la reine dans le courant du voyage dont il s'agit. S. M. se retirait fort tard, ce qui prenait sur les matinées du lendemain; elles se passaient à recevoir les princes et princesses, et jusqu'au dîner il ne restait que les moments nécessaires à faire une toilette et à aller entendre la messe. Au sortir de table, après une heure de conversation, la reine rentrait dans ses appartements et y passait plusieurs heures avec la comtesse de Polignac. Quelquefois, mais rarement, la princesse de Lamballe était admise à ces moments particuliers ; cette surintendante, qui n'a plus de doutes sur Tanéantissement de sa faveur, s'était proposé de ne point aller à Marly; mais elle changea d'avis et suivit la cour. Il n'est survenu d'ailleurs ni embarras ni tracasseries , et le voyage s'est passé fort tranquillement. Celui de tous les courtisais qui avait le plus fixé l'attention était le duc de Guines; mais on ne fut pas longtemps à remarquer qu'il y avait du changement dans sa position vis-à-vis de la reine , et sans en pénétrer la cause , on crut s'apercevoir d'une grande diminution de confiance de S. M. envers le duc, et même quelque différence dans le traitement public qui lui était fait. J'avais déjà des indices très-certains de la réalité de cette circonstance, et je ne doutais pas qu'elle serait observée avec plus d'évidence à Marly. Le duc de Guines a paru sentir vivement ce commencement de revers ; sous prétexte d'une indisposition il est revenu à Paris huit jours avant la fin du voyage; il s'est enfermé chez lui ne voyant personne , et faisant dire à sa
be qu*il avait un accès de goutte. La comtesse de Polignac, trësdcnliërement liée avec le duc, cherchera peut-être de venir à son nm, et il faut encore quelque temps pour bien juger du degré de Deté que la reine voudra mettre au parti qu'elle a pris ; mais j'ose firer qu^elle n'y changera rien, et que ce grand obstacle au bien wa service restera décidément écarté, îaoique le roi et la reine vivent dans l'intimité la plus suivie, il
a encore aucun indice de grossesse , mais cet événement peut îr lieu d'un jour à l'autre ; il est le seul qui manque au bonheur la reine. Les soins, les attentions, la complaisance du roi augitent toujours envers elle, et son crédit se manifeste dans toutes occasions où elle veut l'employer. S. M. n'en fait usage que pour
objets de moindre conséquence, et il serait désirable qu'à cet rd ses alentours abusassent un peu moins de la bonté avec laquelle i leur procure souvent des gr&ces peu méritées. ^e courrier mensuel arrivé le 13 m'a remis les très-gracieux or- » de y. M. en date du 3 de ce mois, et les lettres adressées & reine lui ont été présentées le même jour. Ainsi qu'il m'est orttné, j'ai fidt connaître à l'abbé de Vermond le gré que V. M. lui Lt des bons services qu'il continue à rendre à la reine. Cet honnête clésiastique m'a témoigné être comblé de l'attention que Y. M. igné faire à son zèle : il ne cesse d'en donner des preuves trèsiles. Quoique moins habituellement établi à Versailles, il i;i'est pas
semaine où il n'y passe deux ou trois jours, et il y éprouve la con- Qce la plus entière et la plus constante de la part de la reine.
t^aris, 17 novembre. — Je dois rendre compte, dans ce très-humble Pport séparé, de toutes les particularités intéressantes et relatives Ldacde Guines, qui ne sont que très-superficiellement indiquées ^mon rapport ostensible, et V. M. daignera voir que, dans cette ccaaion, ses avis à son auguste fille ont produit tout l'effet que j'en vais espéré. Il est vrai que le duc de Guines a concouru lui-même 1 les rendre efficaces : dans ces derniers temps il s'était extraordisirement mépris sur le caractère de la reine ; présumant trop du defé et de la solidité de son crédit sur cette auguste princesse , il l'aût attaquée trop vivement par une infinité d'idées et de projets