‹ Marie-AntoinetteChapitre 18 sur 30 · III · texte numérisé non relu

III

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qui auraient abouti à un bouleversement de toutes choses à cette cour. Plus la reine parut hésiter à adopter des plans si vastes , el plus le duc mit de chaleur à les &ire valoir. H devint trës-pres« sant et eut Timprudence de prendre un ton tranchant dont la reine commença à être révoltée. Ce flit sur ces entrefaites que la lettre de Y. M. arriva et contribua si efficacement à décider la reine ; um reste de penchant et de prévention pour les prétendues lumières du duc la retenait un peu, et elle était réellement tourmentée de cette situation d'esprit. Elle daigna m*en parler avec sa bonté et confiance ordinaires, et me mit par là à portée de répéter tout ce que devait me dicter le zèle le plus pur et le plus exempt de personnalité. Je remarquai entre autres que la reine était au moment de se trouver investie, qu'en adoptant des systèmes compliqués et où l'intrigue a trop de part, S. M. se verrait forcée à l'alternative ou de revenir sur ses pas ou de se laisser conduire par l'auteur de ces mêmes systèmes, et que, du caractère dont était la reine, je prévoyais avec certitude qu'elle s'exposerait à beaucoup de peines et d'embarras. Je ne pus pas d'abord juger de l'effet de mes remarques; mais la reine s'étant rendue à Marly y fit des réflexions si sérieuses qu'elle se décida enfin à annoncer elle-même au duc de Guines que ni ses vues ni ses conseils ne pouvaient convenir à S. M.; qu'elle n'y trouvait ni solidité, ni cette preuve de zèle dont le duc avait toujours cherché à se parer vis-à-vis de la reine, qu'ainsi elle lui signifiait de ne plus revenir sur semblables matières, et de se borner à jouir des bontés et de la protection que S. M. était disposée à lui continuer, pourvu qu'il n'imaginât pas de la diriger.

Le duc de Guines, qui ne s'attendait pas à ce revers, en fut trèsfrappé; il reprit ime contenance fort souple, mais huit jours avant la fin du voyage il revint à Paris sous le prétexte d'un accès de goutte, et il s'enferma chez lui sans voir personne. Il m'est démontré que la comtesse de Polignac, sa grande amie , n'a pas osé tenter de le secourir dans cette conjoncture. Ce n'est certainement pas faute de bonne volonté, mais on ne se doutait pas de l'événement, et la favorite s'est bien aperçue que la reine avait pris un parti trop décidé, et qu'il y aurait eu trop de danger à compromettre son crédit. Quoique les gens de la cour commencent à se douter de quelque hieur de changement, personne cependant n'a la moindre connaissance des particularités que je viens d'exposer; je présume que lu

reine n'en fera aucane mention dans ses lettres, et il y aurait de rinconvénient à ce que V. M. en parût informée, attendu que la reine ne pourrait douter que ce ne fût par moi. Cette auguste princesse croit qu'une disgr&ce affichée du duc de Guines deviendrait un aveu de sa faveur passée : c'est ce que la reine veut éviter en traitant le duc avec une bonté apparente. Son adresse pourra le maintenir longtemps dans cette position; mais il est de toute certitude qu'il ne récupérera pas son influence, et c'est un des plus grands points et des plus intéressants au service de la reine que depuis longtemps j'aie été dans le cas d'annoncer à V. M. De tous ceux qui pouvaient aspirer à la confiance de la reine, le duc de Guines était sans contredit celui qu'il importait le plus d'en écarter. U s'en présentera d'autres sans doute qui tâcheront de marcher sur ses traces, mais il y aura bien plus de moyens à les éclairer et à les contenir. Pendant le séjour à Marly, la comtesse de Maurepas a fait ime nouvelle tentative pour obtenir le retour du duc d'Aiguillon à la cour. La comtesse susdite, n'osant pas agir directement , employa des tiers pour représenter à la reine que le duc d'Agénois était en âge de se marier, que cet établissement ne pourrait pas avoir lieu sans que le duc d'Aiguillon, son père, y intervînt, et que cela nécessitait la liberté de reparaître à la cour. Sur cet exposé la reine, prévoyant beaucoup d'importunités, se détermina à faire venir le comte de Maurepas. Elle dit à ce ministre qu'ayant pour lui confiance, estime et bonté, elle voulait lui en donner une marque par la franchise de l'aveu qu'elle allait lui faire ; sur cela la reine lui parla des démarches indirectes de la comtesse de Maurepas. S. M. déclara qu'elles étaient inutiles ; que la reine n'admettrait aucun motif qui pût la mettre dans le cas de revoir le duc d'Aiguillon ; qu'il était libre d'aller partout Jiors à la cour, où sia présence n'était nullement nécessaire pour marier son fils ; que quand ce dernier serait présenté, la reine le traiterait bien et ne l'envelopperait jamais dans les torts de son père, mais que celui-ci avait trop grièvement offensé la reine pour qu'elle l'admît en sa présence. S. M. assaisonna cette déclaration de beaucoup de choses très-flatteuses pour le comte de Maurepas; il voulut insister, mais il fut toujours éconduit, et s'apercevant que tous ses efforts seraient sans effet, il plia très-sagement et marqua à la reine un grand contentement des bontés personnelles & lui qu'elle avait daigné lui témoigner.

Cette circonstance prouve l'opinion que le principal ministre a du pouvoir de la reine dans les choses où elle met une volonté décidée. Toute la cour en juge de même, et c'est avec plus de motifs que jamais. Le roi se fait une étude d'aller au devant de ce qui peut plaire à son auguste épouse, et cette attention se manifeste dans les détails de tout genre. En dernier lieu encore, le roi ayant soupçonné que les finances de la reine pouvaient être un peu dérangées, il la pressa de lui confier ce qui en était, et avec toute la bonne grâce et l'amitié possibles il prit tout ce qui se trouvait en or et en papiers de banque dans sa cassette particulière, et alla le porter à la reine. Cette somme se montait à 100,000 francs, de façon que toutes les petites dettes payées, il restait encore à la reine près de 30,000 livres comptant ; ces fonds furent un peu entamés par le jeu de Marly, mais la reine regagna sur la fin, et la perte se réduisit à fort peu de chose. Le roi, qui n'avait pas été si heureux et qui avait donné tout son argent à la reine , se trouva dans l'embarras de payer, parce qu'il ne voulut pas se décider à faire prendre des fonds au trésor royal. Il en tire chaque 1" du mois 5,000 louis pour sa cassette, mais le mois avait déjà été dépensé ; la reine, qui savait cet embarras du roi, vint à son secours et lui prêta environ 1,200 louis, et le roi se procura 500 autres louis par une voie tierce. Il est heureux que ce monarque, dans son début au jeu, en ait d'abord éprouvé des inconvénients, qui suffisent pour le retenir dans l'éloignement naturel qu'il a toujours eu pour ce dangereux amusement. La cassette de la reine, qui était de 200,000 livres par année, sera doublée; le roi y a pensé de son propre mouvement, et le directeur général des finances, qui est très-occupé de marquer son zèle pour la reine, a saisi avidement l'occasion d'un pareil arrangement ; cependant S. M. y a mis une délicatesse très-bien placée en déclarant qu'aussi longtemps que la guerre durerait, elle ne voulait pas de la totalité de cette augmentation, et qu'elle se bornerait à 100,000 écus. Je dois observer que cette cassette est purement destinée à des actes de générosité arbitraires , et qu'en général tout ce qui a trait au service et & l'habillement de la reine, même jusqu'aux épingles de la toilette, sont payées par d'autres caisses.

L'intimité conjugale entre les deux augustes époux se maintient sans interruption ; cependant il n'y a pas encore d'indices de grossesse; elles peuvent survenir d'un instant à l'autre, et il serait très-

possible que j'eusse à les annoncer avant de terminer mon trèshumble rapport.

Il me reste à obéir au très-gracieux ordre que daigne me donner V. M. de lui exposer mon sentiment sur le projet d'établissement qui se présente pour M'' l'archiduc Maximilien, et j'avouerai que, selon mes faibles vues, ce projet semble réunir à bien des égards des avantages très-désirables et d'une très-grande importance. L'histoire nous apprend quelle influence un électeur de Cologne évêque de Munster est en même de se procurer dans l'empire , et ces deux dignités réunies sur un archiduc deviendraient encore d'une toute autre conséquence, attendu la facilité qu'il y aurait de les conserver successivement dans l'auguste maison, et de s'en prévaloir pour relever d'une manière stable et solide le parti catholique en empire, tandis que ces mêmes dignités possédées par de simples particuliers restent fort énervées et perdent en grande partie leur ressort. Plus cet avantage est palpable pour l'auguste maison, et plus sans doute on cherchera à y susciter des obstacles ; mais d'un autre côté le moment paraît bien propice pour les éloigner ou les surmonter. Quoique ce projet ne puisse pas trop convenir à la politique de la France, il paraît impossible dans le temps présent qu'elle mette à découvert une opposition sourde , qu'elle emploiera peut-être et qu'elle ne saurait rendre bien eflScace. Ce serait d'ailleurs un de ces cas privilégiés oti tout le crédit de la reine pourrait être mis en action et deviendrait décisif pour ce qui regarde cette cour-ci.

La Hollande a des raisons d'État pour tâcher d'éloigner le projet susdit; mais il semble que cette république en aurait peu de moyens par elle-même, et que la régence de Hanovre serait à peu près dans le même cas d'impuissance. Ce ne serait par conséquent que de la part du roi de Prusse que viendraient les grands efforts d'opposition. Ce prince les déploierait à coup sûr avec son acharnement accoutumé ; mais la matière ne paraissant pas susceptible de voies de fait ni d'aucune de ces mesures violentes qui peuvent entraîner une guerre , il est à supposer que toutes les chicanes de la cour de Berlin seraient surmontées. Ce serait trop oser de ma part que de m'étendre davantage sur des combinaisons politiques qui ne peuvent être bien appréciées que par les hautes lumières de V. M. et par celles de son ministère ; ainsi, en m'en tenant au local de mon poste, je crois que le projet dont il s'agit, suivi dans l'ordre et

les règles qu'admet la constitution de l'empire, ne pourrait occar sionner vis-à-vis de la France que des embarras médiocres et de peu de conséquence , surtout en les comparant aux avantages que présente l'objet pour lequel il s'agirait de s'exposer à de légers risques.

Les raisons de délicatesse et de modestie qui semblent seules suspendre la détermination de M*' l'archiduc pourraient céder aux réflexions sur le bien qu'opérerait cet auguste prince dans une position importante , utile à sa personne , à son auguste maison , et où il apporterait certainement toutes les qualités propres à paraître avec éclat. Une remarque peut-être des plus essentielles est la nécessité de se concilier la bonne volonté des chapitres que cela concerne. Il semble que c'est aux électeurs qui s'y intéressent à préparer les voies, mais ce préalable de bonne volonté paraît si indispensable qu'à son défaut les différentes oppositions à prévoir auraient trop de jeu et feraient naître des embarras majeurs. Dans cet état des choses, il serait peut-$tre trop prématuré et dangereux de sonder ici ouver^ tement le terrain, et ce sera avec la plus grande circonspection que j'examinerai de loin les dispositions oh l'on serait à Versailles dans le cas supposé. Les ordres de V. M. régleront ensuite mes démarches, et jusque là je garderai de toute part le plus profond secret.

Je remets ici ce que V. M. a daigné me marquer de main propre sur cette grande affaire , pénétré d'une marque de confiance si flatteuse à mon zèle.

Vienne, 28 notcmbre, — Comte de Mercy- Argenteau, Le porteur de la présente, comte de Saint-Ignon(l), m'a prié de vous charger d'appuyer ses intérêts en France, oîi il a nombre de procès. Très-éloignée par ma façon de penser de vouloir me mêler dans ce qui concerne ses affaires particulières ou personnelles , je n'en serais pas moins bien aise si vous pouviez lui rendre quelque service, issu, comme il est, d'une famille jadis fort attachée à ma maison, et fils d'un père qui a

(1) Ce comte de Saint-Iguon était fils du comte Joseph de Saint-Igaoïif lieutenant-général, qui 8*ctait distingué dans la guerre de Sept ans, particulièrement à la bataille de Kolin, et venait de mourir au mois d^ mai 1779. R semble que c'était pour des affaires relatives à sa succession que son fils se rendait en France, et avait demandé une recommandation de rimpératrice.

«ervi dans mes armées avec zèle. Je me remets à votre pradence ordinaire pour ce que vous jugeriez pouvoir faire en sa faveur, et vous •assure de ma constante affection.

Vie,nne, 30 novembre. — Comte de Mercy- Argenteau, J'ai reçu par le courrier Maurice , arrivé ici le 28 , votre lettre du 1 7 de ce mois.

Je suis fâchée que le vide dans les divertissements pendant le séjour de Marly ait été rempli par le gros jeu ; du moins je suis bien aise qu'on ne puisse le mettre absolument sur le compte de ma fille seule, et je souhaite que le goût ne s'en réveille plus. Au reste le trait de complaisance du roi , de remettre à ma fille tout qui se trouvait dans sa cassette, est charmant et môme plus que s'il lui avait assigné une somme plus grosse sur les fonds publics. J'aurais souhaité que, lorsque le roi s'est trouvé lui-môme à sec, ma fille, par im parfait retour de complaisance , lui eût rendu tout ce qui lui restait de la somme reçue par le roi, en abandonnant à sa générosité de I en dédommager lorsqu'il voudra.

Le parti que ma fille a pris pour mettre des bornes aux vues ambitieuses et dangereuses du duc de Guines est très à sa place ; il ne m e reste qu'à souhaiter qu'elle soutienne sa démarche, surtout vis-àvî^ les efforts de sa favorite, comtesse de Polignac. Dans cet événeinc*nt je reconnais avec bien du plaisir le bon effet des conseils que vo^tis ne cessez de donner à ma fille avec autant de zèle que de circoïnspection. La fermeté que ma fille a montrée en s'opposant au ï'^tiour du duc d'Aiguillon i\ la cour fait voir quel bon usage ma fille povirrait faire de son créflit, si elle ne se laissait pas entraîner quel- "^^^C3fois par ses légèretés et par les mauvaises insinuations de ses al contours. Le plus heureux est que son union avec son époux est tou- JOVXT8 parfaite, et que l'intérieur de la famille est tranquille. [Une gï'ossesse serait bien à souhaiter. J

CVous verrez par Pichlcr ce qui a été fait jusqu'à cette heure poxir Maximilien ; je suis contente que vous ne trouvez la chose im- Pc>s8ihle. J'avoue , il me coûte de voir ce fils dans cette carrière ; je ^^oonnais le bien pour lui, surtout avec sa santé d'à présent.]

Vienne j V décembre. — Madame ma chère fille, La vôtre du 1(1 par le courrier me rassure entièrement sur votre santé et sur celle de votre chère fille, mais ne nous contente pas sur une autre grossesse, que j'attends avec tout l'empressement. Votre fille fera bientôt un an ; il lui faudrait un petit compagnon, que nous souhaitons tous.

Ce que vous me dites des flottes est triste pour Taccélération de la paix, et qu'une autre année les Anglais ne seront pas pris au dépourvu, et cela coûtera plus de peines, dépenses et sang ; mais dans le moment présent il n'y avait rien de meilleur à faire pour les conserver. Je sais que le roi de Prusse nous fait passer pour bons Anglais ; je sais que je suis de cœur et d'intérêt bonne Française, et que tous lec avantages qui peuvent venir à la couronne, je les regarde comme les nôtres, et que c'est la raison que je souhaiterais tant la paix, comme le seul vrai bonheur dans ce monde, et pour des souverains qui ont de la religion et aiment leurs peuples. Vous savez que nous ne nous sommes offerts qu'autant que cela puisse convenir au roi ; s'il peut en sortir sans nous et sans qu'aucune autre puissance hors l'Espagne y met du sien, nous serons très-contents. Il n'y a que la confiance e1 l'amitié que nous croyons mériter qui puissent entretenir et nourri] cette heureuse union, et nous avons été fort contents comme M. de Vergennes s'est expliqué vis-à-vis de Mercy en dernier lieu.

Votre sœur de Naples souffre beaucoup dans sa grossesse ; je crains qu'elle n'ait encore une fille. Le voyage de votre frère de Milan pourrait souffrir quelque retard, le duc de Modène (1) ayant éiA très-mal. H l'est moins, mais à quatre-vingts et quelques années il n'y a guère à espérer du mieux.

Je voudrais vous gronder sur tout ce long compliment que vous me faites à la fin de votre lettre. Je n'exigerai jamais des attentions recherchées , mais j'avoue , la moindre marque de votre souvenir et tendresse me réveille pour bien du temps, vous aimant si tendrement et n'étant occupée que de mes chers enfants. La reine de Naples me gâte un peu par ses attentions ; elle ne peut se consoler encore du fils.

(1) Beau-père de Tarchiduc Ferdinand, gouverneur de la Lombardie.

CTest aussi nne grande perte ; que Dieu vous préserve & jamais de perdre un en£mt ! Je vous embrasse tendrement.

Versailles, 15 décembre. — Madame ma très-chère mère, Je suis désolée de ne pouvoir donner à ma chère maman la bonne nouvelle que sa tendresse désire tant. La manière dont je vis avec le roi soutient mes espérances ; mais jusqu'ici je ne puis compter sur rien. J'ai eu pendant quinze jours des douleurs d'entrailles ; mais elles n'étaient pas assez considérables pour m'empôcher d'aller toujours. Je suis bien heureuse de m'en être tirée comme cela, car tout le monde est malade ici et surtout de dyssenterie.

Nous attendons M. d'Estaing (1), qui est à Brest depuis huit jours. Les vents avaient séparé sa flotte ; son vaisseau est arrivé presque seul, mais depuis on a eu nouvelles des autres. Il y en a déjà huit de rentrés ; on espère que les trois autres , qui sont encore en mer y ne tarderont pas. Il faut entendre M. d'Estaing et même les principaux officiers de son armée avant de juger de ses succès. On sait déjà qu'à la fin de la campagne il a été repoussé avec perte à Savannah par le général Prévost ; M. d'Estaing même est blessé à deux endroits.

Je suis toujours persuadée que le roi de Prusse perd son temps en s'intriguant pour faire le médiateur. Mercy doit instruire ma chère mitniii.Ti d'un officier français, une espèce d'aventurier (2) qui, sans nulle mission ni permission, s'est avisé de parler d'affaires et de négociations à Berlin. Ce qui prouve bien la foi de nos ministres à cet Sgard , c'est que M. de Vergennes en a averti Mercy avant qu'il en eût aucune nouvelle ; d'ailleurs je crois que le négociateur apocryphe î9k recevoir ordre de revenir en France.

Je serais désolée que la santé de M. le duc de Modène empêchât le voyage de Ferdinand ; quel bonheur pour lui de se trouver avec na chère maman et toute la famille! Je le sens bien, quoique je ne

(1) Après de brillants snccès au commencement de la campagne, le comte d'Estaing, qui ommandait une escadre de douze yaisseaux, échoua au siège de Savannah ( Géorgie ) ; à cm retour ep France il perdit son commandement.

(2) Les lettres suivantes nous apprennent que cet aventurier, que le cabinet français déiTona officiellement, était un M. de Zoteux.

puisse l'espérer pour moi ; je ne dois pas en dire davantage. Le tenn <le compliments, dont s'est servie ma chère maman, m'afflig< rait si je pouvais croire qu'elle le pensât sérieusement lorsque j lui parle de mon respect, de ma tendresse et de ma reconnaissanc Voudra-t-elle bien agréer les vœux les plus ardents de mon cœ pour sa conservation et sa satisfaction? Le bonheur de ma vie y attaché.

L'abbé se met aux pieds de ma chère maman.

17 dccembre. — Sacrée Majesté, Depuis que la saison avancée rendu la cour sédentaire à Versailles , tout y est rentré dans Toi accoutumé, avec la seule différence que, dans ce temps de guerre, vrmiie partie des militaires étant obligés de rester à leurs corps, et un graMiid nombre de la noblesse s'habituant à habiter plus longtemps le».Ti9 terres en province, il en résulte à Versailles un vide très-remarqcuHble. D'ailleurs l'ancienne coutume relative à la tenue de la cour a été totalement changée sous ce règne. Depuis longtemps il n'y av^a/ï plus de jours fixés et assurés pour le cercle chez la reine : cette în- -certitude avait presque désaccoutumé les femmes de Paris d'aller k Versailles ; il a fallu remédier à cet inconvénient, et c'est à quoi h reine vient se déterminer, en fixant dans chaque semaine trois journées, savoir le mercredi, le samedi et le dimanche , où on sera assuré de pouvoir lui faire sa cour à l'heure de son dîner et le soir à son jeu. Quoique cette décision soit prononcée et connue depuis trois semaines, il n'en est pas venu plus de monde à Versailles; la reine en a paru choquée et m'a fait la grâce de m'en parler. J'ai rappelé à ce sujet ce que j'avais représenté dans le temps sur les effets que produirait l'établissement d'une société trop particulière et trop ex- <;lu8ive à Versailles. Elle devait nécessairement en écarter ceux qiUj ne se trouvant pas au nombre des favorisés, peuvent craindre avec raison de ne paraître que comme des importuns. Il faut nécessaire' ment que l'on soit bien certain de l'intention positive des souverain^- Il m'a paru que ces remarques persuadaient la reine; le fait lui d^ montre d'ailleurs que la tenue d'une grande cour n'admet pas une fon constante de société particulière, et c'est en conséquence que S. paraît résolue à changer de plan à cet égard. Les soupers dans U

binets recommenceront incessamment ainsi que les bals ; il y en ra nn chaque semaine. La reine se propose, pendant le carnaval ochain, de ne point venir du tout aux bals de l'Opéra. S. M. ne patt presque plus à Paris ; dans ce mois elle y est venue une seule B, pour voir un ballet nouveau, et elle a été reçue avec acclamation r le public qui se trouvait au théâtre. Pour suppléer à la privation s bals de l'Opéra de Paris, la reine a projet d'aller souvent aux Is masqués qui se donnent pendant l'hiver au théâtre de la ville Versailles. La proximité où cette salle est du château, auquel elle DOimunique par des passages à couvert, en rend l'accès très-comïde, et il y aurait cela de gagné que , par des temps rigoureux, il n'y rait ni la fatigue ni les risques auxquels peuvent être sujettes des turses faites pendant la nuit ; mais d'un autre côté ces bals masqués i Versailles sont si mal composés qu'il serait fort à désirer que la sbe s'en dégoûtât, et j'ose espérer que cela ne tardera pas à arriver.

Dans le moment présent la reine est fort affectée du mauvais état e la santé de sa favorite, la comtesse Jules de Polignac. Cette dame, ni a toujours été d'une constitution assez délicate, dépérit à vue 'œil depuis qu'elle a eu la rougeole. Une petite fièvre lente et im Dnflement qui se manifeste de temps à autre annoncent un état 'rt sérieux. Ladite comtesse ne pouvant se rendre à Versailles, la îine vient la voir une fois la semaine ; mais S. M. réduit son voyage

ce seul objet, et elle ne va dans ces occasions à aucun spectacle • dans aucun lieu oii elle pût être aperçue par le public. Cette madie de la comtesse de Polignac ôte à la reine une ressource qui lui Bit devenue nécessaire pour passer bien des heures de la journée. Ce de n'est remplacé par personne ; la princesse de Lamballe se moutre ^ peu plus à Versailles, mais elle n'y est pas mieux accueillie. I-iC *c de Guines, qui avait presque journellement accès dans les cabi- 'ts de la reine, n'y est plus admis que très-rarement, et pas même r l'ancien pied de société. Le comte d'Esterhazy a conservé cet '^tage, et la princesse Charlotte de Lorraine, fille de la comtesse ' Brionne, a obtenu de voir assez souvent la reine â des heures parolières. On avait soupçonné que cette jeune princesse, vive et ai- ^l^le, pourrait faire des progrès dans la faveur. Il est certain que la ^e a toujours eu un peu de goût pour elle ; mais S. M. est trop dif- ^tnment disposée à l'égard de la comtesse de Brionne pour que ■^^ position de la mère ne nuise pas à la réussite de la fille.

M™* Elisabeth , après les quarante jours révolus de son inoculation , est revenue à la cour ; Mesdames tantes ont quitté leur château de Bellevue , de manière que toute la famille royale est maintenant réunie à Versailles; il règne entre elle toute la bonne harmonie convenable. Mesdames tantes tiennent le soir une petite cour à part qui n'est guère composée que de leur service. La reine les voit presque tous les matins ; elle leur marque de l'amitié, de» égards, et ces princesses sont très-satisfaites. Les jeunes princes et princesses se réunissent le soir chez la reine , et le souper se tient souvent chez Madame, quelquefois chez M"* la comtesse d'Artois. Depuis fort longtemps il n'y a pas eu la moindre tracasserie, et il n'en survient même aucune essentielle parmi les alentours , ce qui est peu commun au séjour de Versailles. Une des principales occupations de la reine est de voir journellement, même à plusieurs reprises, son auguste fille. Cette princesse se fortifie et jouit delà meilleure santé ; il continue à lui venir des dents sans qu'il s'ensuive les incommodités si ordinaires à pareilles époques. Le roi marque la plus grande tendresse à son auguste enfant ; il passe régulièrement tous les jours quelque temps dans son appartement.

Le courrier mensuel, arrivé le 12, m'a remis les très-gracieux ordres de V. M. en date du 30 novembre, et les lettres adressées à la reine lui ont été présentées sur-le-champ. Relativement à la remarque que V. M. daigne faire sur le gros jeu qui a eu lieu passé quelques semaines , je dois observer que cet inconvénient a cessé presque entièrement. H n'est pas possible de répondre que cette réforme sera de durée : les circonstances fortuites en décident communément. M. le comte d'Artois, qui a souvent été la cause unique de la reprise du jeu, paraît se modérer beaucoup sur cette dangereuse passion ; ï^ est d'ailleurs bien certain que la reine n'a jamais aimé réellemeï^ le gros jeu, et que, lorsqu'elle s'y est livrée, c'était plutôt par coi*^ plaisance que par goût.

LU. — Mercy a Marie-Thérèse.

Paris, 17 décembre, — Le déchet de la faveur du duc de Gain ^ auprès de la reine n'avait d'abord été que soupçonné ; mais succès^ -^ vement il s'est manifesté avec assez d'évidence pour que la cour * la ville n'aient plus de doutes sur un fait dont cependant elles ign^-^

Tent les vraies causes (1), parce que la reine, ainsi que je Ten avais suppliée, ne s'est expliquée vis-àrvis de personne sur cet article. Elle a même jugé à propos, dans quelques occasions, de diminuer les apparences, soit en parlant au duc avec bonté en public, soit en lui permettant une fois ou deux d'entrer dans ses cabinets, où l'audience a été très-courte et très-froide. L'importance qu'avec raison on a mise à Versailles à cet événement y a fait grande sensation ; Je comte de Maurepas et tous les ministres ont été les premiers à en parler ; le duc d'Orléans , la comtesse de Montesson sa femme, l'un €t l'autre fort portés pour le duc de Guines, ainsi que le parti des Choiseul , ont été tous fort inquiets et occupés à intriguer. Il semble ^ue leur projet est de sauver la considération du duc de. Guines, en dissimulant et niant la chute. Il affecte lui-même d'en parler ainsi dans les sociétés, mais peu de gens s'y trompent ; d'ailleurs, quelles -que puissent être les opinions à cet égard, l'essentiel est obtenu en ce que la reine a bien ouvert les yeux sur une sorte de favoris qui étaient infiniment dangereux au bien de son service. J'étais en doute sur la conduite que la comtesse de Polignac tiendrait dans cette conjoncture ; mais je viens de découvrir qu'elle a eu des soupçons, probablement très-fondés, sur la mauvaise foi du duc envers elle; ils sont cependant encore politiquement bien ensemble. Dans cette position de méfiance réciproque, il est moins vraisemblable que jamais qu'ils reviennent à faire cause commune. Ce qui arrive au duc de Gaines pourrait bien avoir porté la comtesse de Polignac à méditer sur l'instabilité de la faveur quand elle n'est acquise et soutenue que par des moyens obliques ; mais , soit par l'effet de pareilles réflexions , soit parce que la dite comtesse a lieu d'être alarmée sur sa santé , je vois que depuis peu elle est extraordinairement occupée à profiter du moment pour assurer une grande fortune à sa famille, «t il ne s'agit de rien moins que de lui procurer, en pur don, un domaine du roi de cent mille livres de rente. On a déjà jeté les yeux ^ur ime terre de la couronne située en Lorraine, et qui est le comté de Bitsch (2). La favorite a bien senti que, sans courir le risque évident

(1) OntrouTe effectivement la disgrâce du comte de Guines racontée et commentée dans la Correspondance secrète publiée \ysa M. de Lescure (tome I, pages 292, 297) sans que lei Téritables causes en soient connues.

(2) La seigneurie on comté de Bitche faisait partie du duché de Lorraine, et était an moyen- Age le partage ordinaire des frères cadets des ducs. En 1297 clic passa dans la maison des

de mettre ses vues intéressées à découvert , elle ne pourrait pas donner elle-même le mouvement à une demande aussi exorbitante; ainsi il a fallu faire agir comme d'eux-mêmes les partisans y et M. le comte d'Artois s'est d'abord chargé de cette conmiission , avec le concours de quelques affidés les plus intimes de la comtesse. Ils ont de concert présenté le projet de la reine , en joignant jusqu'à l'importunité les sollicitations les plus vives. Toute prévenue que soit S. M. pour sa favorite , elle a été un peu effrayée d'une idée si déraisonnable ; cependant elle a fini par l'adopter et par entrer en discussion sur les moyens de la remplir. Ces moyens ne sont pas à beaucoup près faciles , et d'autant moins que depuis quatre ans on compte que toute la famille de Polignac, sans aucun mérite envers l'Etat et par pure faveur, s'est déjà procuré tant en grandes charges qu'en autres bienfaits pour près de cinq cent mille livres de revenus annuels. Toutes les familles les plus méritantes se récrient contre le tort qu'elles éprouvent par une telle dispensation des grâces , et si l'on en voit encore ajouter une qui serait sans exemple, les clameurs et le dégoût seront portés au dernier point. Il y a même un risque réel d'effaroucher la complaisance du roi par des demandes aussi inouïes, et la reine, qui ne peut se dissimuler aucune de ces vérités ^ en est combattue et tourmentée à l'excès. Sur ce qu'elle a daigné nous en dire, à l'abbé de Vermond et à moi, nous lui avons exposé avec chaleur tout ce que nous dicte notre zèle. Il en est résulté que la chose reste encore en suspens, et qu'il n'y a pas eu de démarches faites auprès du roi. Je n'ose me flatter que cela se termine , ainsi qu'il conviendrait, tout à fait négativement; mais, au lieu d'un domaine considérable, la favorite obtiendra une forte somme d'argent. Le comte de Maurepas paraît déjà gagné de ce côté-là ; le ministre des finances, le sieur de Necker, malgré son désir de plaire à la reine, lui a fait des représentations très-sages que S. M. a reconnues fondées et qu'elle a prises en bonne part, sans céder cependant pour le fond de l'objet, et en se réduisant à consentir seulement qu'il soit employé une forme moins voyante et exorbitante d'améliorer la

Deux-Ponts, et fit retour à la Lorraine en 1606. Le comté de Bitche revint à la France avec la Lorraine en 1737. C'était le siège d'une prévôté ou bailliage qui comprenait 41 communes, villages ou hameaux. La petite ville de Bitche, contenant 2,400 habitants, devint un chef-lieu de canton du département de la Moselle ; place de guerre de 4* classe, elle fut héroïquement défendue pendant la guerre de 1870. Elle dépend aujourd'hui de rAlsaçe*Lorraine.

fortune de la &mil]e des Polignac. Quoique de tels abus de la faveur tirent toujours à des conséquences plus ou moins fâcheuses , et forment un inconvénient réel, il est au moins, pour le moment, le seul qui existe dans ce qui intéresse le service de la reine. Les points essentiels , qui sont Tétat de santé de cette auguste princesse , la parfidte union entre les deux époux , la bonne intelligence convenable dans rintérieur de la foonille, tout cela ne présente qu'une situation satisfaisante et qui paraît même plus solidement établie qu'elle ne l'a été dès longtemps. Il reste encore à désirer une grossesse , et il est bien surprenant que cette attente tarde ainsi à se réaliser ; la manière de vivre ensemble du roi et de la reine ne laisse pas le moindre doute sur la possibilité des suites que l'on aurait à s'en promettre.

Mardi dernier je me trouvai plus d'une heure dans les cabinets de la reine ; il y fut question de plusieurs objets de l'intérieur et de quelques détails relatifs aux ministres ; celui de la marine , qui a été ci-devant plus particulièrement protégé par la reine, avait un peu perdu auprès de S. M., par une suite des insinuations du duc de Chartres qui , pour cause des embarras qu'il avait causés dans l'avant-demière campagne, s'est brouillé avec le sieur de Sartines. J'ai représenté à la reine que des querelles purement personnelles ne devaient pas influer sur l'opinion qu'elle daignerait avoir des ministres , et S. M. s'est rendue à plusieurs fortes raisons que je lui ai déduites sur cette matière.

Les rapports des deux chanceliers, que V. M. daigne me faire communiquer relativement au projet d'établissement pour M**" l'archiduc Maximilien, semblent appuyer les très-faibles idées que j'ai eu ordre d'exposer à cet égard, et, pour autant que cela regarde les très-légers obstacles qui pourraient provenir d'ici, j'espère qu'il y aura toute facilité à les écarter quand il en sera temps, et que j'aurai ordre d'agir.

Viemw, le V de fan. — Comte de Mercy-Argenteau , J'ai reçu votre lettre du 17 par le courrier Gergowitz, arrivé ici le 28 du passé. Le vide dont l'on s'aperçoit à Versailles, malgré les jours réiîemment fixés pour pouvoir faire la cour aux souverains , est une nouvelle preuve de l'inconvénient qu'il y a toujours d'abolir les étiquettes à une grande cour. Je n'en vois que trop l'effet ici [ tout tombe en inanition et personne n'est content].

Je serai contente si ma fille persiste dans sa résolution d'abandonner le bal de l'Opéra à Paris , et je le serai également si elle se dégoûte bientôt de celui du théâtre à Versailles.

Si la comtesse de Polignac venait à manquer, elle voudra apparemment la remplacer par une autre favorite ; il faudrait alors voir si elle gagnerait ou perdrait par le nouveau choix. La princesse Charlotte de Lorraine doit être une personne bien jolie et charmante ; mais on n'est pas sûr de son caractère. Je suis frappée de l'intérêt que ma fille prend à procurer à la famille de Polignac un établissement aussi exorbitant. L'entremise du comte d'Artois dans cette affaire augmente mes justes soupçons sur le caractère intrigant de ce prince [et que ce prince est la plus dangereuse liaison pour ma fille]. Je souhaite que vos remontrances et celles de l'abbé sur cet objet produisent tout le meilleur effet. Ma fille a très-bien fait de réprimer l'ambition du duc de Guines ; j'aurais souhaité qu'encore le crédit du comte Esterhazy eût baissé.

Lassone ressemble à ses collègues, presque tous trop faciles à plier vis-àrvis des personnes d'un rang supérieur [ il n'y avait qu'un van Swieten (1) seul au monde, même dans ce cas]. Si dans quelque

(J) Voir au tome I*' la note de la page 168.

cas je pourrai suppléer à ce dé&ut, je le ferai de bien bon cœur.

Ce qui me contente le plus est la bonne harmonie qui subsiste toujours entre ma fille et son époux , et la tranquillité qui règne dans l'intérieur de la famille. D'ailleurs je me repose sur vos lumières et sur votre zèle pour tout ce qui intéresse le bien de ma fille.

[Pourriez-vous me procurer ce livre (1)? La reine a envoyé par le dernier courrier une boîte émaillée bleue à sa sœur Marianne , et à la Marie une lorgnette avec des diamants montés en gris. Comme la différence de ces deux présents est fort grande, la Marie croit qu'on s'est trompé d'adresse, elle ne se servant jamais de lorgnette, mais bien la Marianne (2) , et toutes deux croient par la couleur que c'est pour moi-même. J'ai lu les adresses. Ce n'est que pour vous , sans faire usage, que je vous le marque, i>our qu'on soit plus exact s'il 7 a de la méprise. ]

Vienne, le 1^ de Fan. — Madame ma chère fille, Je ne saurais commencer mieux l'année qu'à vous faire mes tendres compliments et souhaits, et le premier objet, c'est toiyours un dauphin, et encore cette année-ci. Voilà ma réponse pour le roi. Je suis enchantée de votre tendresse mutuelle et attention, je compte bien là-dessus en toute occasion. La France ne peut être entièrement tranquille sans nous, et nous sans elle ; cette alliance est la plus naturelle et la plus convenable et la plus chère , et j'étais très-contente comme on s'est expliqué à cause d'un certain M. Zoteux (3) ; tâchez qu'on s'explique toujours et ne laisse rien en doute. Si on croit que de notre côté il y a du louche , qu'on en parle à Mercy ou qu'on s'explique ici ; nous serons charmés de nous expliquer, car nous n'aurons qu'à ga- ^er, étant entièrement attachés de cœur et d'intérêt au système. jNous en ferons de même, il le faut, avec ce cruel roi de Prusse, qui n'invente des choses que pour brouiller et nuire ; c'est ainsi qu'il ^ous dépeint entièrement Anglais. Vous savez tout ce que nous *^on8 dit et fait : pas une parole de plus. Que le public et même

C X 3 Voir plus bas la fin du second rapport de Mercy en date du 17 janvier. ^^ J Voir plu» ba« la pièce III.

^^^^ Voir la lettre de Marie- Antoinette du 15 décembre précédent et la note, page 377 III. 25

notre noblesse sont très-portés pour les Anglais , ce sont des anciens préjugés, comme chez vous contre nous aussi ; mais aucun en place ou du ministère ne Test sûrement^ et du fils et de la mère je réponds, pourvu qu'on entretienne le premier dans ses bonnes dispositions d'à cette heure , et que la conduite de vos ministres en empire ne se trouve toujours contraire à ceux de l'empereur, ce qui donne lieu k de continuelles altercations, et ouvre la porte aux mauvais intentionnés à brouiller les choses et à se jeter au roi de Prusse. Je ne suis rien moins que contente de la situation en Amérique, ni des flottes. L'année qui vient vous aurez le double des forces contre vous ; les ressources des Anglais sont immenses et le fanatisme incroyable. Vous savez ce que je souhaite comme bonne Française et mère de leur chère reine : la paix.

Je me suis mal expliquée sur le voyage de Ferdinand. H fera un tour en Italie, à Florence, Bome et Naples; mais cette négligence m'a attiré une charmante explication de votre part , le croyant heureux en comptant son voyage pour ici. Sans compliment de votre part et non plus de la mienne, je peux vous assurer que ce trait dans votre lettre m'a touché tendrement et je vous embrasse de même. Ce que vous me dites de votre petite me charme. Je suis charmée que Vermond se trouve avec vous, j'y ai toute ma confiance, connaissant son attachement. Il le faut tel qu'il l'a pour rester sans ambition à une grande et tumultueuse cour ; vos bontés seules l'attachent. S'il pouvait me faire avoir ce livre , dont je joins le titre ; par aucun libraire je ne l'ai pu avoir. J'ai deux tomes, et deux me manquent.

m. — Marie-Antoinette a Marie-Thjèrèse.

Versailles j lo janvier. — Madame ma très-chère mère, Je suis bien charmée que ma chère maman ait été éclaircie et satisfaite sur le compte de M. Zoteux. Je suis persuadée qu'elle le sera toujours, lorsqu'il y aura des faits positifs. H est bien f&cheux qu'on ne puisse dissiper aussi aisément les nuages qu'élèveront toujours les inventions du roi de Prusse , les fables et mensonges de son ambassadeur. Pour les ministres du roi en Allemagne, je suis persuadée qu'ils seraient réprimandés si on pouvait constater quelque mauvaise démarche ou discours. H me semble que Mercy a toujoiu's été assez content de M. de Vergennes , et notamment dans la dernière con-

Tersation qu'il a eue avec lui. Dans les occasions oh il croira que je dois parler, ma chère maman doit être bien sûre que je m'y porterai comme à l'affaire la plus intéressante pour mon bonheur. Indépendamment des circonstances oh il y aura des faits particuliers, je profiterai de toutes les occasions d'entretenir le roi dans les bonnes dispositions, qui m'ont toujours paru bien sincères de sa part.

M. d'Estaing est revenu ici , souffrant beaucoup de sa blessure, et après une campagne plus pénible qu'utile. Cependant on n'est pas découragé, et nous avons tout lieu de croire que, la campagne prochaine, nous serons supérieurs en Amérique. M. de Guichen (1) partira incessamment avec une flotte de quinze ou dix-huit vaisseaux , et trois ou quatre mille hommes de troupes de terre.

Le temps est très-froid et vilain ici ; il y a des brouillards affreux qui ont occasionné une épidémie générale de rhumes ; tout Paris et Versailles toussent. J'ai été pendant trois jours avec de la fièvre dans mon lit. Il n'y a que le roi et Monsieur qui ont échappé, et ils nous ont soignés tous , car npus étions chacun dans notre chambre , sans pouvoir sortir ; ma fille même l'a été, mais quoique ses dents travaillent toujours , elle n'a point eu de fièvre. Pour moi , j'espère être guérie tout à fait. Je prends encore des pilules d'ipécacuana , mais cela ne m'empêche pas d'aller. Je ne tousse plus ; j'attends qu'il iaase un peu moins froid pour songer sérieusement à ma santé et au point si important pour mon bonheur. Je compte reprendre du fer hns le mois prochain , et peut-être aussi me faire saigner de préaution.

Mes gens ont fait une embrouille ; ils ont oublié par le dernier >tirrier le souvenir que j'espère que ma chère maman voudra bien cevoir. Les cheveux sont du roi , de ma fille et de moi ; les plus *o.iis sont de moi. Autre embrouille de mes gens pour une lorgnette 'Stinée à ma chère maman, et qu'ils ont mise à l'adresse de ma sœur B.riè. Je n'ai pu voir le prince Ix)bkowitz (2) la première fois qu'il

'^ I« comte de Guichen partait pour remplacer dans le commandement le comte d'£s-

^■■T, quin'ttTait pas été heureux dana la campagne précédente. Celle-ci fut plus a vanta-

ià la France ; de Guichen remporta plusieurs avantages sur les Anglais, & la suite des-

il pat réunir tous les bâtiments de commerce des lies fninçaises et espagnoles et les

''^^yer heureusement en Europe.

^i Voir la note de la page rj6, tome I*'.

sas . MARIE-AXTOINRTTfi  MÂBIE-THÉRÈSE.

est venu à Versailles , étant dans mon lit ; mais je lui ai frit dire de venir à mon bal avec Antoine CoUoredo (1) ; je crois qu'ils en ont été contents.

L'abbé est bien pénétré dn souvenir de ma chère maman ; comme il est encore ici, il a chargé Mercy de chercher le livre qu'elle désire. Pour moi , j'ose remercier ma chère maman de la bonté qu'elle a pour lui. H est sûr qu'il n'y a personne au monde qui m'est plus attaché et qui à plus juste titre a toute ma confiance.

Ma chère maman permet-elle que je l'embrasse ? J'espère qu'elle connaît assez mon cœur pour croire que c'est sans aucune phrase et que c'est de toute mon âme.

Paris, 1 7 janrier. — Depuis la fin du mois dernier la cour est devenue presque journellement plus nombreuse à Versailles. Il y avait eu peu de monde aux deux premiers bals chez la reine, particulièrement très-peu de fenmies dansantes ; le nombre s'en est multiplié au troisième bal, qui a été fort brillant, ainsi que le seront sans doute ceux qui suivront. Les bontés que la reine daigne marquer à un chacun doivent ajouter à l'empressement de lui faire la cour S. M., après quelques réflexions sur le passé, a cru devoir s'occupe sérieusement et avec suite des moyens de rendre à Versailles son ar cien lustre, et il ne tardera pas à y être rétabli, si la reine persis dans la pratique des principes qu'elle semble avoir adoptés. Les de soupers par semaine qui ont recommencé dans les cabinets attiri bien du monde ; pourvu que la faveur n'influe pas trop sur le eh des personnes admises , ce sera un moyen qui produira le plus gr effet. Je me suis permis d'exposer cette remarque et d'y en ajo une autre qui n'est pas moins essentielle pour rendre constami la cour nombreuse : ce serait de bannir pour jamais le gros y chez la reine. Beaucoup de personnes des deux sexes craigne se trouver au cercle, et de devoir y courir les hasards d'un jer au-dessus de leurs facultés. Cet inconvénient est sans contre de ceux qui ont éloigné le plus de monde de Versailles, et cor

(1) Le feld-maréchal comte Antoine CoUoredo, né en 1708, mort en 1785. Voir mille de Clolloredo la note de la page 89, tome II.

reine en est maintenant persuadée, il y a apparence que la réforme du jeu sera plus solidement décidée.

La veille du jour de l'an, la reine reçut toutes les dames de Paris, qui allèrent lui rendre leurs hommages depuis six heures du soir jusqu'à neuf; il entra successivement 180 femmes ; S. M. adressa la parole «à toutes et daigna les traiter avec la plus grande bonté. La chaleur des appartements et la fatigue d'une pareille séance de trois heures incommodèrent la reine au point qu elle fut obligée de se coucher. Le lendemain il resta à S. M. une agitation que Ton ne pouvait caractériser de fièvre, mais qui exigea cependant qu'elle gardât le lit toute la journée. Au bout de vingt-quatre heures cette légère indisposition se trouva dis8ii)ée , mais elle revint le surlendemain avec un peu de mal de gorge , ce qui heureusement n'eut aucune suite. Le bal de mercredi fut remis au jeudi, et la reiue fut en état d'y danser. Quoique cette auguste princesse jouisse d'un bon fond de santé, elle est cependant sujette à des incommodités trèslégères , mais qui exigent des ménagements pour en éviter de plus sérieuses. Le premier médecin Lassone prétend que la reine est d'une complexion sanguine ; il a proposé en dernier lieu une saignée qui était presque décidée, mais qui sera remise au carême. La reine s'enrhume très-aisément , et elle souffre assez souvent des faiblesses d'entrailles. Cette indisposition est d'une grande conséquence en ce qu'elle pourrait retarder une grossesse. Lassone croit que l'usage du fer est très-propre au cas dont il s'agit ; ce remède lui a déjà réussi plusieurs fois, et il se dispose à en répéter l'emploi, quand les amusements du carnaval auront fait place à des temps plus tranquilles et seuls convenables au régime.

La reine s'était bien pro|>osé de ne point venir aux bals masqués de l'Opéra de Paris , mais je n'ose me flatter que S. M. accom- ;pli8se cette résolution; j'ai môme vu des indices du contraire dans ce qu'elle a daigué me dire de ses projets. J'avais prévu que les bals du théâtre de Versailles lui paraîtraient fort ennuyeux , et cela est arrivé ; heureusement on est déjà si avancé dans le carnaval que les Toyages de nuit, s'ils ont lieu, ne pourront pas être fort multipliés.

H y a quelque temps que la santé de la comtesse de Polignac pairaissait dans un état d'autant plus menaçant qu'on ignorait la cause de sa maladie ; mais il s'est trouvé qu'elle était grosse et que ses indispositions n'ont rien de dangereux. T^a reine en avait été fort in-

quiète ; cette favorite se trouve auprès de S. M. et jouit de plus de crédit que jamais. Il se répand dans le public qu^elIe en fait un usage immodéré pour s'enrichir, ainsi que toute sa famille. S'il y a de l'envie et de l'exagération dans ce reproche , il n'est pas au moins destitué de tout fondement y et bien du monde en murmure.

n n'est d'ailleurs survenu aucun changement à ce que contiennent mes précédents et très-humbles rapports sur l'intérieur de la famille royale ; l'union des maîtres en impose aux gens de la cour et lesrend plus dociles. Il vient de s'en présenter tout récemment un exem-pie. La reine et Madame, ainsi que M™* la comtesse d'Artois, étaient convenues de ne plus admettre au nombre de leurs dames les femmes qui sont d'extraction de finance. La vicomtesse de Laval, qui est de ce nombre , ayant sollicité une place de dame de compagnie de Madame , fut refusée malgré une sorte de promesse obtenue quelques années auparavant. Toute la famille de Montmorency en fut si affectée que le duc de Laval et le vicomte son fils donnèrent la démission de leurs charges en activité et en survivance de premiers gentilshommes de la chambre de Monsieur. Cette démarche fut accompar gnée des clameurs les plus vives, et si l'union de la reine avec les princesses ses belles-sœurs n'avait pas inspiré de la crainte, il serait résulté de cette circonstance une infinité de tracasseries , telles que l'on en a vu de très-embarrassantes pour des causes à peu près semblables pendant le dernier règne.

Le courrier mensuel m'ayant remis le 13 les très-gracieux ordres de V. M. en date du l" de ce mois, je n'ai pas tardé à aller présenter h la reine les lettres qui lui étaient adressées. S. M. a daigné s'entretenir avec moi de plusieurs objets relatifs aux affaires, et j'en fais mention aujourd'hui dans ma dépêche d'oflSce.

L'auguste petite-fille de V. M. se porte très-bien ; elle grandit et se fortifie à vue d'œil. Le roi et la reine en sont toujours très-tendrement occupés , et le service auprès de cette jeune princesse se fait avec beaucoup d'ordre et d'exactitude.

Paris j n janvier. — La position du duc de Guines vis-à-vis delà reine n'a cessé de devenir de plus en plus défavorable, et il a tout sujet de se repentir de l'usage indiscret qu'il s'était permis de faire

pendant longtemps de sa faveur peu méritée. Il en résulte cet avantage pour la reine qu'elle paraît maintenant frappée des grands inconvénients qu'aurait pu produire une confiance trop facilement accordée. S. M. m'en a parlé plusieurs fois de son propre mouvement, et elle m'a donné lieu à lui exposer bien des réflexions sur les personnes qui l'environnent, sur leurs intrigues et sur le but dangereux auquel elles peuvent aboutir.

J'ai très-humblement rendu compte à V. M. des projets avides de la comtesse de Polignac , ainsi que des mesures qu'elle avait prises pour les faire réussir. Cette affaire, devenue très-sérieuse, a pris dans tous ses points la tournure que j'avais prévue, et elle vient d'être en partie terminée. On ne pourrait s'imaginer avec quelle importunité on s'est permis de presser la reine sur cet objet, et, faute de bien connaître le caractère de cette auguste princesse, on est arrivé à combler la mesure, et à la révolter sans s'en apercevoir. Les représentations sages du directeur-général des finances avaient produit leur effet ; la reine était convenue qu'il serait absurde de demander nn domaine pour sa favorite , qu'il suffirait de lui donner 200,000 livres pour payer ses dettes, et d'assurer pour le mariage de sa fille une dot de 25,000 livres de rente perpétuelle. Quelque considérable que tdt ce traitement, les Polignac n'en ont point été satisfaits ; le comte de Maurepas , auquel ils sont vendus, s'est prêté à favoriser toute l'étendue de leur cupidité ; il a disposé le roi par l'abus des prétendus désirs de la reine, et en forçant en quelque façon la main à cette auguste princesse. Après un enchaînement de manœuvres qu'il serait trop long et inutile de déduire ici, il a été décidé que la comtesse de Polignac renoncerait à sa demande du comté de Bitch , mais qu'elle aurait quatre cent mille livres pour payer ses dettes, la promesse d'une terre de trente-cinq mille livres de revenus, et huit cent mille livres en argent pour la dot de sa fille.

La promesse d'une terre n'est qu'éventuelle et pour un temps plus éloigné ; mais les sommes en argent seront acquittées dans des termes fixes et rapprochés. On croit pouvoir réussir à tenir secrète une ^ràce aussi extraordinaire qu'exorbitante. Il est plus que probable qu'elle sera connue dans peu de temps, et elle ne peut manquer d'occasionner beaucoup de murmures et de dégoûts (1). La reine le sent

(1) Le public ne manquait pas de s'occuper de toutes ces faveurs prodiguées à la famille

MERCT A MâBIE-THÉBÈSE.

bien et elle en est fort peinée ; par le langage plein de confiance .e bonté que S. M. a daigné me tenir, je vois que la réflexion .ucoup opéré ; elle m'a avoué qu'elle regrettait maint^iant qu'

;ût pas &it plus de résistance à l'arrangement dont il s'agit.

ine m'ajouta cette phrase remarquable que « la comtesse de Poli-X

aac était toute changée, et qu'elle ne la reconnaissait plus ». J# l'infère point de là que cette favorite ne se soutiendra pas encoreiOngtemps ; mais, par son avidité, elle a mis dans l'ftme de la rein* un germe de dégoût qui à la longue pourrait opérer plus décisi vement, et pour le moins mettre un frein aux abus de faveur, cet état des choses , et d'après l'ordre que V. M. a daigné me doizs^. ner, je crois devoir soumettre à ses hautes lumières s'il ne point utile que, dans une de ses lettres, V. M. fît quelque mer^ tion des faits exposés ci-dessus , et dans le cas où V. M. ju propos de s'y déterminer, je crois que la tournure qui ferait plus d'impression à la reine serait de lui marquer : « qu'il s'est pandu partout que la comtesse de Polignac, sous le seul titre de faveur de la reine , avait demandé le comté de Bitch ; que tout monde avait été surpris d'une demande qui annoncerait plus vidité que de vrai attachement pour la reine ; que l'on dit mai nant que la reine veut faire donner des millions à sa favorite ; V. M. fait peu de cas de ces bruits , ne les croyant aucunement semblables, mais qu'elle juge nécessaire et utile que la reine en instruite. »

La reine sait très-bien que la demande du comté de Bitch a'^est répandue à Paris, et on l'a sue même à Bruxelles ; ainsi il ne lui !»• raîtra pas extraordinaire que V. M. en soit informée. Quant »UJ, dons en argent, c'est im secret que je pourrais être soupçonné d'avoir révélé s'il en était fait mention en détail ; mais je ne cours pa« 1^ même risque si V. M. daigne se servir de l'expression de faire dom*^ ce des millions » , parce que la reine sait également que ce propo*^ été tenu dans le public.

Relativement au post-scriptum joint à la très-gracieuse lettre

-âe

de Polignac, et s'il n'était pas exactement informé, le mauvais effet n*en était pai produit. On écrivait de Paris : « La reine e^t venue voir hier M"** la comtesse de Poli pour lui annoncer le refus de M. Necker d'un gros domaine ; mais on lui en accorde, « tendant, un petit de 60,000 livres. » Nouvelles à la main. Gouvernement de XormmtdU C. Hippeau, tome IV, page 139.

^ M. (1), j'ai observé dans mon très-humble rapport séparé du 17 noembre que le projet d'établissement pour M^ l'archiduc Maximilien e pouvait pas trop convenir à la politique de la France , mais que, si îtte cour y mettait quelques oppositions sourdes, elle ne pouvait aère, dans les temps présents, rendre ces oppositions efficaces ni léme les mettre à découvert. Je persiste encore à le croire, et quand plan à former aura été décidé, s'il plaisait à V. M. de m'autoriser en faire la communication confidentielle à la reine , et si Y. M. d^ait en prévenir son auguste fille par une seule phrase : « J'or- ŒiDe à Mercy de vous confier un projet qui intéresse l'amitié du roi lur moi et votre tendresse pour votre frère ; je suis sûre que ce qjet vous fera plaisir à l'un et à l'autre ; » après une telle prépation, il ne serait croyable ni possible qu'aucun ministre d'ici os&t iqner des moyens d'opposition qui fussent embarrassants. Mon Le n'excuserait point cette manière d'exposer mon faible avis; mais I ordres précis de V. M. m'y autorisent, et je remets ici la lettre L comte de Vergennes, sur laquelle je garderai le plus profond 3ret.

Ije livre que V. M. ordonne sous le titre de Semaines êvany cliques est xne édition si ancienne qu'il ne s'en trouve pas un seul exemplaire ez les libraires de Paris; mais ce même livre a été réimprimé sous titre de : La religion chrétienne méditée dajis le véritable esprit de r majcimes, ou Cours suivi et complet de ré/lexio7is ou de sujets de mélotions pour cliaquejour de Vannée, sur les épHres et évangiles des manches et fêtes. D'après les ordres de V. M., je lui ai adressé, je aïs, en 1776 ou 77, dix à douze exemplaires de cet ouvrage ; nous rons cependant, l'abbé de Vermond et moi , tout ce qui sera posble pour nous procurer un exemplaire de l'ancienne édition. Il y a eu en effet de la méprise dans les adresses des présents de reine , et S. M. s'en était doutée après coup. La lorgnette garnie L diamants était destinée à Y. M. ; il y a un autre présent qui doit re envoyé aujourd'hui à S. A. R. M°" Marie , et je présume que la ine en écrit par ce courrier.

-A. la fin de décembre dernier, il m'est arrivé, de la part du comte

I.) Le po0t-8criptum auquel Mercy répond ici ne s'est i>oint retrouvé. Celui qui cpt annexé i^ kttredu l*' janvier, et auquel Mercy répond en second lien, ne parle que de cadeaux '^)jé8 par la reine.

de Saint-Julien (1)^ douze tonneaux de vin de Tockay, dont six ont été présentés au roi et au nom de Y. M.^ ainsi que deux tonneaux au comte de Maurepas^ et deux au comte de Vergennes. Le roi a été très-sensible à cette nouvelle marque d'attention et d'amitié de la part de Y. M. Les deux ministres m'ont paru très-respectueusement pénétrés de ses grâces, et j'ai été requis d'en faire parvenir les témoignages tant de la part de leur souverain que de la leur. Je ne pourrais exprimer tout ce que je dois à la clémence de Y. M., qui a daigné me faire participer à cet envoi. Je serais heureux si je pouvais prévoir la possibilité de mériter la moindre partie des grâces et des bienfaits que j'ai éprouvés de mon auguste souveraine.

YI. — Marie-Thérèse a Mercy.

Vienne, Sljaniner, — Comte de Mercy-Argenteau, J'ai reçu votre lettre du 17 par le courrier Riedel, arrivé ici le 27 de ce mois. Je souhaite que ma fille, par ce qui s'est passé dans l'affaire du duc de Guines et par les remontrances que vous lui avez faites sur ce siget^ soit convaincue de l'intérêt qu'elle a d'être plus circonspecte et réservée à l'avenir en accordant sa confiance. Je souhaiterais qu'elle le fût de même vis-à-vis de ses favorites , pour ne pas se laisser entraîner par leurs vues avides et intéressées dans des démarches pea convenables. Je suis scandalisée des prétentions des Polignac et de la vivacité de Maurepas à les appuyer. J'écrirai sur cett€ affaire à ma fille dans le sens que vous me l'avez proposé.

Je serai bien aise si le carnaval finit sans beaucoup de rumeur et sans autre inconvénient. Le moyen le plus sûr d'attirer du monde à la cour serait en effet de ne pas restreindre un accueil distingué à on certain nombre de personnes , et de ne pas détourner plusieurs de paraître & la cour par la crainte d'être ruinés par le gros jeu; m*** je ne sais pas si ma fille est susceptible d'une résolution bien vigoureuse sur ces deux points. Au reste ce qui me fait le plus de plaisir est que tout continue & être tranquille dans l'intérieur de la fiuniU^j et que l'intimité de ma fille avec le roi est toujours parfaite.

(1) Voir dans notre Becond Tolame la note de la page 543.

Vienne j SI janvier. — Comte de Mercy- Argenteau, Par les pièces ci-jointes vous verrez quel pli a pris l'afifaire de mon fils Maximilien par rapport à la coadjutorerie de Cologne et de Munster. D'après la première réponse de l'électeur de Cologne je ne trouve pas à propos, de concert avec l'empereur, de lui faire une demande en forme, pour ne pas paraître de vouloir quasi mendier son consentement, tandis que j'aurais eu raison de supposer qu'il aurait dû être flatté d'avoir mon fils pour coadjuteur. On ne pense cependant pas de rompre brusquement, on fera plutôt une réponse honnête, et on attendra des circonstances plus favorables pour reprendre , si on le trouve à propos , cette afiaire, sans exposer l'Etat à quelque risque. En mère je serais naturellement bien aise de procurer à mon fils un établissement aussi convenable; mais jamais je ne voudrais le faire au risque de mettre en combustion l'Etat, dont en souveraine et chef de femille je préfère l'intérêt à tout autre, et sûrement il n'y aurait que trop à craindre si l'on s'avisait à vouloir pousser à tout prix cette affaire dans un moment où presque tout le monde est ou aigri contre nous, ou plein de défiance de nos vues d'agrandissement et de conquêtes. Le roi de Prusse ne laisserait sûrement pas d'en tirer tout le parti possible pour rendre nos démarches suspectes et odieuses , et pour les faire échouer. U le fait connaître par sa correspondance avec son ministre ici, le baron de Riedesel, qu'on vient de déchiffrer et qui contient les traits les plus envenimés contre nous, et nommément contre l'empereur et le prince de Kaunitz. Dans ces circonstances, je trouve à propos que vous différiez encore de parler à ma fille de l'affaire de Maximilien, à moins qu'elle ne commence à devenir trop pu- T)lique en France, ou que le comte de Metternich (1) ne vous donne avis qu'il serait à propos d'en faire ouverture à ma fille et par son canal au roi. Pour le langage à tenir alors, je m'en remets à votre prudence ordinaire, conformément aux pièces que je vous ai fait comxnuniquer sur cet objet.

(J)Le comte François-Georges de Metternich , envoyé autrichien prèi des électeurs de ^Cayence, Trêves et Cologne, fut le père du célèbre prince de Metternich.

396 MARIE-THBRÈSE A MARIE- ANTOmETTE.

Vienne j P' février. — Madame ma clière fille, Je suis tout rassurée sur votre santé. Les rhumes ont dû être plus mauvais en France que chez nous. Grâce à Dieu I que vous étiez quitte et votre charmante petite, en trois jours. Je crains que le carnaval ne canse encore des rechutes, le temps étant abominable, et le retour de Paris à Versailles me déplaît infiniment. Il me paraît que Lassone a raison de vous donner du fer, qui a fait merveille auprès de la reine de Naples, et une saignée ne vous fera du mal. Je pouvais compter d'être grosse, quand je me faisais saigner. Je suis donc bien contente de tous ces arrangements , et en attends en quelques mois les effets tant désirés et si importants pour vous. Au reste toutes les nouvelles de toute part, écrites et imprimées , donnent la parfaite union entre vous deux, que le roi marque en toute occasion tant d'aflfection et attention pour vous que c'est un charme, mais qu'il y a aussi bien qui osent en abuser. On dit que la Polignac , sous le seul titre de la faveur auprès de vous, a demandé le comté de Bitch à ériger en duché. Le public était surpris d'une demande qui annonce plus dV vidité que d'attachement: On dit à cette heure que vous voulez lui faire donner encore des millions. Je ne fais point de cas de ces bruits, ne les croyant vraisemblables, mais je trouve nécessaire et utile qoe vous en soyez instruite, surtout dans les circonstances où l'État a tant de charges à soutenir.

Je souhaite bien que la campagne future ait moins de pénible et plus d'utile à procurer, mais les Anglais auront des forces bien supérieures. Ils font des préparations énormes et paraissent partout gft* gner de vitesse; l'escadre de Bodney (1) fait craindre même pour l'Europe. On ne trouvera plus les moments si favorables que ceux de l'année passée, et, je vous avoue, l'intérêt tendre que je prends à vous, mes chers enfants, et à votre couronne, me fait souvent passer des moments bien inquiétants.

Bien des rcmercîments pour la belle et précieuse tablette, qui t^ fait bien du plaisir, de même la lorgnette que j'ai déjà éprouvée, î^ est excellente et me convient d'autant plus, mes yeux devenant jou^

(1/ L*amiral anglais sir George Bodney.

l*' FBVIUER 1780. 397

nellement plus faibles , et ne pouvant me servir de verres pour lire ou écrire. Votre frère Ferdinand et elle (comme comtes de Nellenbourg) ont déjà passé à Uomc le 19; ils étaient reçus au mieux. Le Saint-Père les a reçus avec une tendresse et attention touchantes y et tous les particuliers , mais surtout le cardinal Bemis , de même Grimaldi (1) se sont distingués ; et^ je vous avoue, dans ce moment-ci j'en étais bien aise. On voit par là notre étroite union, qu'il importe d'être connue, comme elle est gravée dans nos cœurs. Actuellement ils sont à Naples, et i>our Tétat avancé de votre sœur, je ne suis pas tout à fait hors d'inquiétude , connaissant son activité et l'agitation de son âme. Celle-ci vous viendra en carême ; je vous prie de penser sérieusement à votre santé, et de ne rien gâter en montant trop à cheval. Les autres amusements cessant, je crains avec le retour du beau temps cet exercice. En vous embrassant tendrement, ma chère et plus que chère fille.

Versailles j 15 /cvrier, — Madame ma très-chère mère. Si ma chère maman a pu avoir inquiétude du carnaval, je suis charmée de pouvoir la rassurer. H est fini sans inconvénient ni pour pia santé ni d^ancune espèce. Je crois même pouvoir dire que les bals que j'ai donnés chaque semaine dans mon appartement ont bien réussi ; ils ont été bien fournis, pour la danse et pour la compagnie, par ce qu'il y a de mieux à Paris et à Versailles.

Nous avons ici grand nombre de princes de Hesse. Le prince George y est avec toute sa famille (2) , sa femme, son second fils, son gendre , ses deux filles et sa belle- sœur. Je compte que les quatre femmes

(1) Le cardinal de BcraÎB était ambassadeur de France et le duc de Grimaldi ambassadeur d'Espagne.

(2) Le prince George de Hessc-Darmstadt, frère du landgrave alors régnant, était en l'nmce avec sa femme la princesse Louise de Linangc, son second fils le prince George , Hé en 1764, ses deux filles les princesses Louise et Charlotte, et son gendre le prince héréditaire de Hesse- Darmstadt, marié à la princesse Louise. Un écliange de lettres affectueuses ft*établit après ce voyage entre Marie- Antoinette et les deux jeunes princesses ; la correspondance avec la princesse héréditaire, qui devint landgrave de Hessc-Darmstadt en 1790, se continua jusqu'en 1792. Elle a été publiée par M. le comte de Beiset, Pion, 1865, en une brochure in-8*, et se compose de viugt-sept lettres de la reiue. Les dernières, datées des années de la révolution, offrent un intérêt particulier.

viendront un des jours de cette semaine me voir. Pour les deux princes, ils sont déjà venus ; le fils du prince G^eo^ge surtout réussit très-bien ici , il est très-aimable. Pour le pauvre père, il eat malade depuis qu'il est à Paris ; il a la goutte, et par-dessus le marché il a dans ce moment-ci une fluxion sur les yeux qui le fait beaucoup souffrir.

Je suis trop accoutumée aux inventions et exagérations de ce paysci pour être surprise de ce qu'on a débité sur M°* de Polîgnac. Il est assez ordinaire ici que le roi contribue à la dot des personnes de la cour et de naissance qui ne sont pas riches. Le mariage de la petite Polignac est arrêté avec le comte de Gramont, qui est déjà capitaine des gardes en survivance. Sa mère a pensé au comté de Bitche, mais ce n'a été qu'un instant, et aussitôt qu'elle en a su la valeur, elle a été la première à me le dire et en a abandonné l'idée; pour le titre de duc, c'est une pure invention. Quant à l'argent, le roi dotera sûrement la petite fille , et on en dira peut-être plus de louis d'or qu'il n'y aura d'écus. C'est une grande joie pour moi de voir que la manière de penser du roi m'épargne toute sollicitation pour mon amie. H est bien persuadé de la parfaite honnêteté et de la noblesse de ses sentiments. Il sera charmé de lui faire du bien pour elle-même ; je n'en suis pas moins sensible à la marque d'amitié qu'il me donne dans cette occasion.

Le roi vient de donner un édit qui n'est encore qu'une préparation à la réforme qu'il veut faire dans sa maison et la mienne (1). Sicile s'exécute, ce sera un grand bien, non-seulement pour l'économie, mais encore pour l'opinion et la satisfaction publique. Il faut attendre les effets pour pouvoir y compter; on l'a tentée sans succès sous les deux derniers règnes. Le roi a le pouvoir et la bonne volonté; mais il y a dans ce pays-ci tant d'embarras dans les formes que, si

(1) Cet édit, en date du 29 janvier 1780, supprimait un certain nombre d^emplois de contrôleurs et intendants de divers services ; il fut suivi de plusieurs autres édita détruisant une quantité de charges souvent aussi singulières qu'inutiles. Par exemple Tédit du !••" septembre de la même année supprimera quatre cent six charges dans le seul service des tables du roi. Louis XVT et Marie-Antoinette accueillaient volontiers ces utiles réformes, conseillées par Necker, et qui ne se faisaient qu'en indemnisant les titulaires dépossédés. Toutefois comme les seigneurs possesseurs des grandes charges disposaient de ces charges secondaires et les vendaient fort cher, ûê se plaignirent amèrement, et prétendirent que c'était priver la couronne de l'entourage et de l'éclat nécessaires. Voir la Gazette de France de 1780, pages 51 et 880.

on ne prend pas la bonne, il en résultera de nouveaux inconvénients comme par le passé.

Ma saignée devait se faire hier; mais elle est retardée par un rhume qui, j'espère, sera passé la semaine prochaine. Je serais bien heureuse si la saignée m'était aussi favorable qu'à ma chère maman. Ma fille se porte bien, et vu la force dont elle est, on est décidé à la sevrer d'ici à Pâques.

Paris, \% /écrier. — Sacrée Majesté, Le courrier mensuel, arrivé le 13, m'a remis les très-gracieux ordres de V. M. en date du 31 du mois passé. Me trouvant depuis plusieurs jours fort incommodé d'un rhumatisme, je n'ai pu aller présenter moi-même les lettres qui étaient adressées à la reine; mais je les ai confiées à l'abbé de Vermond qui les a rendues le même jour.

Les détails que j'ai à exposer aujourd'hui à V. M. se réduisent à très-peu d'objets, dont le seul essentiel est celui du bon état de la santé de la reine. Les amusements du carnaval, qui dégénèrent presque toujours en fatigue , n'ont eu aucun efi*et f&cheux ; les bals à la cour ont été plus brillants , plus gais que dans les années précédentes , et auraient pu confirmer la reine dans la résolution qu'elle paraissait avoir prise de renoncer aux bals masqués de l'Opéra de Paris. Cependant S. M. a succombé à la tentation d'y venir plusieurs fois, et d'y faire d'assez longues veillées. La reine y était suivie alternativement par l'un des princes ses beaux-frères, par une dame du palais et par un officier des gardes du corps. S. M. se promenait dans le bal avec des personnes distinguées et connues; elle a pris cette occasion de marquer des bontés à la landgrave de Hesse-llheinfels et aux princes de Hesse-Darmstadt. Il n'est d'ailleurs survenu à ces bals aucun incident qui méritât d'être rapporté. Quoique ces petites courses nocturnes se soient faites par un temps assez rude, la reine n'en a point été incommodée, ir était décidé qu'elle serait saignée aujourd'hui par pure précaution. Le premier médecin Lassone en avait formé depuis longtemps le projet, qui n'a été différé que 'poxxr le remplir dans des moments de tranquillité.

Passé quelques années une comtesse de Dillon , jeune et aimable, nièce de l'archevêque de Narbonne, avait paru obtenir faveur auprès

de la reine; mais cela ne s'était point soutenu^ et la dite comtesse était rentrée dans la classe des femmes de la cour qui sont traitées avec une bonté ordinaire (1). Depuis peu^ sur les instances trèspressantes de Tarchevêque de Narbonne y la reine a daigné admettre la comtesse de Dillon au nombre de ses dames du palais surnuméraires, en y joignant Tactualité du service , et cela a fait événement à Versailles, parce que Ton a cru voir dans ce choix un indice de la décadence du crédit de la comtesse Jules de Polignac. Quelque peu fondée que me paraisse cette conjecture , elle a suffi pour exciter ime grande attention et beaucoup de propos; entretemps rien ne paraît changé dans la position de la comtesse de Polignac ; elle est à Versailles admise tous les jours dans les cabinets de la reine, et comblée de grâces utiles bien au delà de ce qu'elle et les siens pouvaient raisonnablement espérer et demander.

L'intimité entre le roi et la reine se maintient dans le degré le plus désirable, sans qu'elle soit jamais traversée par le moindre nuage ; la complaisance du roi, son empressement à aller au-devant de tout ce qui peut plaire à son auguste épouse, portent cette princesse à un retour d'attention et de cordialité qui maintient Timion la plus parfaite ; il n'en résulte cependant encore aucune apparence de grossesse. Ce retard, bien plus fltcheux qu'il ne doit être inquiétant, n'a aucune cause connue. Si les espérances tardaient encore à se réaliser, le premier médecin semble incliner à proposer l'usage des eaux ferrugineuses pendant la belle saison prochaine.

Depuis le commencement du carême la cour a repris sa forme ordinaire. Les deux soupers dans les cabinets ont lieu le mardi et le jeudi ; le choix des personnes qui y sont admises est moins dicté par

(1) M™' de Dillon était née de Roth, d'origine irlandaise. Sa liaison avec le prince de Gaéménée était chose connue et acceptée. Dans une note particulière sur Tentourage de la reine, Mercy la peint comme douce et aimable, et ajoute qu'elle eut un instant de gprande faveur auprès de Marie- Antoinette, mais que, poussée par sa mère, fort intrigante, elle se montra si indiscrète en demandes de faveurs pour ses parents et amis que la reine en fut aussitôt rebutée. — Besenval, dans ses Mémoires, dit d'elle : « M» de Dillon était grande et bien faite, quoiqu'un peu maigre ; elle avait un visage charmant, sur lequel était peinte la douceur de son âme, comme eUe l'était dans le son de sa voix. L'attachement de M. de Guémcnée fut extrême : il ne vivait que pour elle et ne la quittait pas. Cela dura doute ans, jusqu'à sa mort, sans se démentir. Nos gens à sentiments ont voulu établir que ja* mais M. de Guéménéc n'en avait rien obtenu, et que sa passion était purement platonique. «

la faveur que par une convenance judicieuse, ce qui rend plus de monde content et augmente le nombre des courtisans en hommes et en femmes. Les spectacles au théâtre du château seront continués conmie de coutume jusqu'à la semaine de la passion. Le jeu de hasard est moins habituel chez la reine; mais de temps h autre il y reprend assez pour que l'on ne puisse pas prévoir l'époque oh il sera totalement aboli. Les inconvénients en sont beaucoup diminués en ce que l'on» joue moins gros jeu, et M. le comte d'Artois , qui avait à cet égard le plus de reproches à se faire, se prête en ce point même dans toute sa conduite i\, plus de modération.

XL — Mercy a Marie-Thérèse.

Paris, 18 f écrier. — La place de dame du palais surnmnéraire

accordée à la comtesse de Dillon a fait événement à Versailles, et y

a donné lieu à beaucoup de combinaisons , à beaucoup de mesures

Calculées sur les différents intérêts des partis qui existent à la cour.

Hb ont tous envisagé le rapprochement de la comtesse de Dillon

Comme l'annonce certaine de la décadence du crédit de la comtesse

Jules de Polignac ; mais, comme l'on est sujet ici à juger de tout fort

lé^rement et avec exagération, je ne vois personne (pii ait bien saisi

l'état de la chose, ni qui sache l'évaluer ce qu'elle i)eut valoir, tant

pour le présent que pour l'avenir. Il est bien certain que la comtesse

Tules, en abusant en dernier lieu de sa faveur pour satisfaire son

wvidîté, a étonné la reine et lui a causé une peine réelle, et je suis

onvaincu que l'impression en restera. Je vois en môme temps ijue

li reine éloigne, autant qu'elle le peut, toute réflexion qui répugne

son sentiment très-vif et très-décidé pour sa favorite. Si cette der-

lère ne commet point d'imprudences trop répétées, elle se soutien-

•a encore longtemps. L'espèce de concurrence de la comtesse de

lUon pourra la rendre plus circonspecte dans sa conduite, et quoique

I deux dames soient à un degré de faveur bien différent, il serait

lésirer qu'elles se balançassent im peu, et qu'il en résultât une di-

aution dans les inconvénients qu'elles peuvent avoir l'une et

itre, soit par elles-mêmes, soit par leurs alentours. Nous médi-

^, l'abbé de Vermond et moi, sur ce plan si utile au service de la

e, et notre intime liaison nous met dans le cas d'agir parfaite-

t de concert dans nos démarches, ainsi que dans notre langage.

Je vois avec une grande satisfaction que, depuis quelque temps^ cet abbé a infiniment gagné dans Tesprit de la reine , au point même que personne sans exception ne peut entrer en parallèle du côté de la confiance qu'elle daigne lui accorder. Je dois convenir qu'il n'en a pas toujours été de môme, et que quelquefois j'en ai eu de vives inquiétudes. Si de bons traitements personnels avaient pu suffire à l'abbé de Vermond, il n'aurait jamais rien eu à désirer ; mais il fallait plus que cela à son vrai zèle, et le chagrin de voir ses soins ou contrariés ou souvent sans eficts l'avait presque anéanti. Pendant deux ans j'ai mis toute mon attention à soutenir, à consoler son esprit; maintenant j'ai des preuves infaillibles d'avoir conservé à la reine d'une manière stable un serviteur éclairé, vertueux, isolé de tout le monde, et qui n'est uniquement qu'à elle. Cet homme n'aurait pu être remplacé, et si j'ai contribué à le retenir, c'est peut-être le seul bien essentiel qu'il ait réussi à mon zèle d'effectuer pour le service de cette auguste princesse. Je ne dois point omettre ici une remarque importante : c'est que, d'après quelques mesures appuyées de ma part par les plus fortes instances , la reine s'est déterminée tout récemment à avoir des explications très-satisfaisantes sur l passé et le présent avec l'abbé de Vermond , et comme tout tient à une infinité de matières déjà exposées dans mes rapports pr^s^ cédents, et dont je ne dois la connaissance qu'à la bonté et à la coi:)« fiance que m'accorde la reine, il serait dangereux, même nuisible^ qu'elle pût croire que j'en ai rendu compte, et ce soupçon naîtra/ï sans doute si, dans le moment actuel, V. M. faisait mention de l'abbé de Vermond dans ses lettres. D'ailleurs il me reste encore dans cet objet un i)oint capital à perfectionner, et je compte d'y réussir : ce sera de faire prendre , vis-à-vis de la reine, un engag^ ment formel à l'abbé de Vermond de ne plus parler ni penser à limiter la durée de son service, et de le rendre à peu près aussi assidu qu'il l'était dans les premières années.

Quoique mon indisposition m'ait empêché de me rendre à Versailles, je sais déjà que la remarque de V. M. sur la comtesse de Polignac a fait impression sur la reine ; cependant elle pourrait bien ne pas le témoigner dans sa réponse. A ma première audience je sms bien 8i\r qu'il s'agira de cette matière, et je reprendrai avec granr' avantage la suite des ob8er\'ations qui y sont propres.

Le contenu de la très-gracieuse lettre de V. M. ne me don

lieu à aucune remarque ultérieure sur ce qui concerne la reine ; mais il me reste à répondre sur l'important article qui a trait à M*' l'archiduc Maximilien. J'avouerai que je m'étais toujours représenté des intentions beaucoup plus décidées de la part de l'électeur de Cologne, et que c'est avec surprise que je vois, par les pièces qu'il a plu à y* M. de me faire communiquer, dans les idées et le langage de l'électeur une tournure qui semble mériter la plus sérieuse attention. Si ces idées ne partent que de son propre fond, il devrait réussir au baron de Belderbusch (1) de les rectifier promptement, et les lionnes raisons les plus palpables lui en donnent des moyens faciles ; mais si, à l'insu du ministre, ces mêmes idées avaient été insinuées, soit par la cour de Berlin, soit par ses partisans, ou peut-être même un peu par la cour de France, dont le ministre baron de Groschlag (2) a éventé l'aflfaire en question, alors elle pourrait devenir plus compliquée; surtout si l'électeur, pour ménager la cour impériale, consentait d'un côté à ce qu'elle désire, et favorisait de l'autre l'opposition que l'on chercherait à mettre à ce consentement. Quoiqu'une pareille duplicité ne puisse pas être facilement soupçonnée dans un prince ecclésiastique dont la famille doit tant à l'auguste maison d'Autriche , cependant dans un objet aussi grave, quand il s'agit de la sûreté du service de V. M., toutes les combinaisons possibles ne sauraient être trop scrupuleusement examinées.

En attendant des éclaircissements plus décisifs, je sens toute l'importance de l'ordre que V. M. daigne me donner, de ne point encore parler à la reine. Je différerai jusqu'à ce que le comte de Mettemich m'en indique le moment ; alors je ferai usage de la lettre de V. M. à la reine, et exposerai à cette auguste princesse tout ce qui paraîtra convenable à aplanir les petites difficultés, si tant est qu'il s'en manifeste quelqu'une de la part de cette cour-ci.

XXL — Marie-Thiîrèse a Mercy.

Vienne, 3 mars. — Comte de Mercy-Argenteau, J'ai reçu par le courrier Caironi, arrivé ici le P' de ce mois, votre lettre du 18 du

(1) Le baron de Belderbusch était ministre de l'électeur de Cologne.

(2) Le baron de Groschlag était ministre plénipotentiaire de France près le cercle du

Haut-Rhin.

passé. Je suis bien aise que le carnaval s'est passé sans quelque inconvénient considérable y ni par rapport à la santé de ma fiUe^ ni à d'autres événements. Je me suis toujours doutée qu'elle ne voudrait renoncer tout de bon aux bals de l'Opéra à Paris et au gros jeu ; il lui coûte trop de combattre ses goûts et passions. Son union avec son époux est toujours ce qui me console le plus ; je souhaite seulement d'en voir bientôt l'effet, et par ce motif je crois qu'on ferait bien de ne pas différer la saignée de ma fille et l'usage des eaux ferrugineuses.

Je crois que la comtesse de Polignac est trop bien ancrée pour craindre d'être supplantée par la comtesse de Dillon. Ce que ma fille me mande sur le compte de sa favorite m'en convainc de plus en plus. Vous sauriez au mieux juger du plan que vous pensez fonner, de concert avec l'abbé de Vermond, relativement à ces deux dames. Je vois avec plaisir que cet ecclésiastique jouit à présent plus que dans le passé de la confiance de ma fille. Je souhaite qu'il reste toujours sur le même pied vis-à-vis d'elle, mais cela dépendra de la façon dont elle le traitera. On gagnera beaucoup si vous l'engagiez à ne pas quitter la cour et à être assidu auprès de ma fille.

J'ai trop de raisons de m'intéresser à votre santé pour ne pas souhaiter que vous soyez délivré bientôt du rhumatisme dont vous avez été incommodé.

Viennej 3 mars. — Comte de Mercy- Argenteau, Je veux bien vous ^ faire confidence, quoique dans le dernier secret et pour vous senl,^ j d'une anecdote très-singulière , dont je doute que la chancellerii d'État vous informera, mais dont je crois être intéressant de prévenir pour votre direction en cas de besoin. L'empereur m'a &i entrevoir pendant cet hiver, en badinant , son envie d'avoir une e trevue avec l'impératrice de Russie , à l'occasion qu'elle se à Mohilew (1), et qu'il tâcherait de se trouver en même tempe la Bukowina (2). Vous pourriez bien imaginer combien peu je

(1) Mohilew, ville de Huseie, dans le S.-C, en Podolie, sur le Dniester, à 182 IdL S. 8.*] de Kaminiec.

(2) La Bukowine est une petite province des États antrichiens, entre la frontière de

tais un tel projet , aussi bien par l'impression que cette entrevue devrait faire sur les autres puissances que par l'aversion et l'iiorreur que m'inspire toujours un caractère tel que celui de l'impératrice de Hossie ; mais l'empereur, toujours entier dans ses idées , n'en a pas moins fait ouverture en secret, et encore à l'insu du prince de Kaunitz^ au ministre russe ici, le prince de Galitzin. Ce ministre en a d'abord rendu compte à sa souveraine, par un courrier qui vient de letoumer ici avec la réponse la plus flatteuse, sur le plaisir que l'impératrice éprouverait de se rencontrer avec l'empereur, et qu'elle en garderait le secret, n'ayant pas même voulu en parler au comte Panin. Je n'en suis pas moins persuadée qu'elle n'aura pas laissé d'en informer d'abord le roi de Prusse. Voilà une nouvelle preuve combien peu je suis capable d'arrêter les idées de l'empereur, quoique je lae trouve toujours dans le cas d'en partager le blâme. L'empereur se forme le plus beau plan de tout le bien que son entrevue avec l'impératrice pourra opérer. Il se réjouit d'avance du crève-cœur que le roi de Prusse en éprouvera. Je n'en suis aucunement convaincue , et je vois avec regret qu'on fournit toujours matière pour augmenter l'aigreur du roi de Prusse et pour alarmer nos alliés.

[ J'avoue , je suis en peine pour la continuation du système ; on se déclare trop Anglais, on ne soupire après la paix que pour s'y rendre tout de suite (1). Vous ne ferez aucun usage de tout ceci ; je sens soulagées mes peines en vous les confiant. ]

ViennCj 3 mars. Comte de Mercy-Argenteau , Comme vous vous trouvez quelquefois avec les Necker, et que j'ai très-bonne opinion fies talents de M. de Necker (2) , je vous autorise à le lui faire con-

et les monts Kaipathes, qui la séparent de la Transylvanie et de U Hongrie, situées à ^*oiiest et an sud. Si Timpératrice de Russie faisait un YOjage dans le S.-O. de son royaume, O'oaeph II se trouvait comme engagé à Taller saluer.

(1) Marie-Thérèseiait allusion à Joseph II, qui voudra, dit elle, se rendre tout de suite, ^omme Toyagenr, en Angleterre.

(2) Joeeph II avait aussi une haute opinion de Necker, qu'il était enchanté, écrivait-il & ', d*avoir vu à Paris, n H me laissa, ajoute-t-il, l'idée la plus avantageuse de son es-

)i(irit , et conforme à celle de son caractère, au sujet duquel il n'y a qu'une voix. Voudriez- ^Voas bien, si vous en avez l'occasion, lui rappeler de ma part l'instant que je l'ai vu, et Vaflsurer du cas que je fais d'hommes et de génies comme le sien, dont malheureusement on

nattre, si vous le trouvez à propos, en ajoutant que c^est toigours avec beaucoup de plaisir que je lis les nouvelles de ses opérations de finance, et que je suis même persuadée que nous en poumons tirer bon parti ]X)ur nos finances, si même elles ne sont pas dans un désordre aussi embarrassant que celles de France. Vous pourriez encore faire savoir à M"*® de Necker que , le peintre Liotard , de Genève , se trouvant ici il y a plusieurs années, j'ai voulu examiner ses tableaux , parmi lesquels j'étais surtout frappée de l'un d'eux qui représentait une jolie jeune personne avec un livre à la main dans une attitude bien intéressante. Je me suis attachée à ce tableau et j'en ai fait l'acquisition : c'est le portrait de M"' de Necker, que je regarde encore plusieurs fois avec plaisir. Dans le temps que Liotard s'est retrouvé ici la dernière fois , il a fait voir de la peine de n'être plus possesseur de ce tableau, et m'a demandé de pouvoir en tirer copie. Je le lui ai accordé, mais j'ai gardé l'original [qui est dans mon cabinet].

Versailles j 16 mars, — Madame ma très-chère mère, La saignée que j'avais annoncée à ma chère maman a été faite avec un entier succès. Ma santé est à cette heure très-bonne, et je dois espérer de nouveau de devenir bientôt grosse. Je n'ai pu lire sans firémir ce que ma chère maman m'a mandé de la reine de Naples ; c'est un en chaînement de calamités les plus afireuses. On dit ici que sa est bien mal, et je crains fort que son fils ne prenne aussi la petit vérole; c'est d'autant plus malheureux que l'on dit qu'elle est de I^^Ma plus mauvaise espèce. Je ne conçois pas conmient, après avoir annonc^^u^ à ma chère maman de pareilles nouvelles , on Ta laissée dans l'ii >quiétude, et plus de vingt jours sans lettres ni courrier. Cela prou^^e bien qu'elle a perdu la tête. Je la plains de toute mon âme , et je <ïonçois bien l'inquiétude qu'on doit avoir quand ses enfants w^^mit malades. Grâce à Dieu, je n'ai pas encore éprouvé ce sentiment t, ma fille n'ayant pas eu seulement un mouvement de fièvre depuis «a naissance. On va bientôt la sevrer, elle est grande et forte , on h

trouve ou emploie si peu de par le monde, y» Correspondance inédite de Joseph II et Hercf, 4 maiB 1780, aux Archives de Vienne.

-Zie

prendrait pour un enfant de deux ans. Elle marche toute seule , se baisse et se relève sans qu'on la tienne , mais elle ne parle guère. J'ose confier au tendre cœur de ma chère maman un bonheur que j'ai eu il y a quatre jours. Étant plusieurs personnes dans la chambre de ma fille , je lui ai fait demander par quelqu'un où était sa mère. Cette pauvre petite, sans que personne lui disait mot, m'a souri et est venue me tendre les bras. C'est la première fois qu'elle a marqué me reconnaître ; j'avoue que cela m'a fait une grande joie , et je crois que je l'aime bien mieux depuis ce temps. Mais je m'aperçois que je parle bien longuement d'elle ; c'est à la bonté de ma chère maman et à son indulgence à me pardonner tout ce verbiage.

Nous avons reçu la semaine dernière une terrible nouvelle de la perte d'un convoi considérable que nous envoyions à l'île de France. D'abord on disait qu'il avait été pris en entier ; depuis il paraît certain que plus de la moitié a échappé. Malgré cette diminution, la perte est encore bien considérable , surtout pour l'opinion et le crédit. On se disposait à faire embarquer huit à dix mille hommes de l)onnes troupes pour l'Amérique à la fin du mois ; on va les réunir en Bretagne ; mais je crois que cette nouvelle va différer l'embarquement. Il est certain que nous ne pouvons pas risquer ce gros convoi sans être bien sûrs de la mer ; il serait affreux d'essuyer encore des malheurs par là ; j'avoue que je ne pense pas à cela de sang-froid.

J'espère que M"*'' de Starhemberg sera contente de moi ; son Aère (1) Test beaucoup de ce que je lui ai procuré la place de colonel commandant du régiment d'Anhalt, destiné à l'embarquement (2). C'est un exceUent sujet et un homme estimé dans le militaire.

M"** de Hesse, fille de la princesse Françoise, est partie hier d'ici. •Je l'ai vue plusieurs fois , elle m'a paru fort contente de son séjour. Pour le pauvre prince George de Darmstadt , je ne l'ai pas encore "VU ; il a été toujours malade depuis qu'il est ici. Sa femme est venue xne voir avec ses deux filles. Les jeunes princesses me plaisent beaucoup ; la cadette, femme du prince héréditaire, est bien incommodée, elle est grosse et souffre beaucoup. Je crains bien qu'elle ne unisse par faire une fausse couche ; ils vont tous partir le mois pro-

(1) Le prince Emmanuel de Palm.

(2) C*edt-&-dire un des régiments faisant partie des troupes qu'on envoyait en Amérique, an secours des insurgents.

chain. Ils sont ici pour un procès, mais qui ne sera pas encore jugé de si tôt.

Le baron (1) m'avait parlé d'un cousin de la Brandis (2) qui se destine à être abbé. Je lui en ai écrit , sans qu'elle m'en ait jamais parlé. Charmée de pouvoir faire quelque chose pour elle , si ma chère maman l'approuve , je le ferai venir en France pour finir ses études. Me permet-elle de l'embrasser tendrement ?

P. S. Je décacheté ma lettre pour faire part à ma chère maman de la bonne nouvelle que nous venons d'apprendre. H est arrivé à Rochefort un convoi qu'on estime plus de trente millions. Il était escorté par un gros vaisseau et deux frégates ; cela va beaucoup remonter le crédit.

Paris j 18 mars. — Sacrée Majesté, La saignée de précaution qui, le mois dernier, a été faite à la reine a produit tous les bons effets que les médecins s'en étaient promis. S. M. a été par ce moyen entièrement délivrée des rhumes qui lui reprenaient à tout moment; quelques autres petites indispositions d'humeurs ont également disparu, et la santé de cette auguste princesse se retrouve dans le meilleur état où elle ait été depuis longtemps. Il n'en résulte cependant point encore la moindre apparence d'une grossesse; le retard des espérances à cet égard se prolonge outre mesure ; et ce retard est d'autant plus affligeant que l'on est bien assuré qu'il ne tient point aux anciennes causes , et que le roi est avec son épouse dans une intimité habituelle qui devrait avoir les suites que l'on en désire. Rien n'est oublié pour porter la reine à faire de sérieuses réflexions à cet égard , et à éviter tout ce qui pourrait affecter Topinion publique sur ce point si important. La reine a fait presque entièrement le sacrifice de l'exercice du cheval ; mais il n'est pas de même de beaucoup d'autres amusements qui occasionnent des veillées et une agitation presque continuelle : même le temps du carême n'euj est point un de repos à Versailles. On y a continué cette année

(1) Le baron de Breteuil, qui êtiiit alors à Paris.

(2) On se rappelle que la comtesse de Brandis avait été gouyemante de Marie* Antoinett* en Autriche.

divertissements qui sont contraires aux usages. H est venu en idée à la comtesse Diane de Polignac, dame d'honneur de M™* Elisabeth, de donner un bal le 3 de ce mois. Ce projet s'est formé sans que la reine en ait eu connaissance , et on a trouvé moyen de le faire approuver au roi, qui a assisté pendant plusieurs heures à cette fête. Elle a commencé à onze heures et demie du soir et s'est prolongée jusqu'à onze heures du matin. Toute la famille royale, à l'exception de Mesdames tantes, s'y est trouvée. Le bal a été fort nombreux en hommes et en femmes tant de Paris que de la cour ; mais il a excité des critiques, dont la plus fâcheuse de toutes est de supposer, quoique à tort, que ce n'est que par de semblables moyens que l'on peut le mieux réussir à plaire à la reine.

Une autre circonstance a causé de très-grands mouvements à Versailles. H s'agissait d'une promotion militaire qui vient d'être publiée, et dont la majeure partie s'est faite sous les auspices de la protection de la reine. Tous les Polignac ont joué dans cette occasion un grand rôle , moins pour eux que pour leurs amis ; mais ces derniers ont obtenu au delà de ce que raisonnablement ils auraient pu désirer. Quoique la reine se soit laissée un peu entraîner à sa bonté ordinaire pour ses alentours favoris, cependant S. M. a mis de l'attention à éviter qu'il ne fût commis des injustices, et pour n'y pas donner lieu, il a fallu étendre la promotion au delà des bornes du besoin et môme de l'usage. Le roi s'est prêté avec complaisance à tout ce que la reine a voulu ; il s'est occupé lui-môme à former des listes qui ont été refondues plusieurs fois selon les différentes intrigues des prétendants qui y obtenaient des changements. Ce travail a duré près de quinze jours , et il en a fallu autant encore au ministre de la guerre pour concilier ces listes, les mettre en ordre et prévenir les mécontentements. Ensuite il a été question de choisir les officiers supérieurs qui seront employés pendant la campagne prochaine , soit en Europe , soit en Amérique , et la protection de la reine a de même beaucoup influé dans ce choix , particulièrement en faveur du marquis de La Fayette, du vicomte de Noailles et du prince Emmanuel de Salm , frère de la princesse de Starhemberg. Ce dernier, qui est passé depuis peu du service d'Espagne dans celui de la France, vient d'obtenir un régiment étranger, avec lequel il se rendra en Amérique, faisant partie du secours destiné aux États confédérés.

Dans Tordre des choses moins sérieuses, il ne s'est rien passé de remarquable relativement à ce qui concerne la reine. S. M. a traité avec une bonté distinguée les princes et princesses de Darmstadt, en les faisant venir à différentes reprises à la cour, soit à roccasion du bal , soit à l'occasion des spectacles qui se sont donnés au théâtre du château de Versailles. Les soupers dans les cabinets sont maintenant réglés de manière à contenter plus de monde, et les préférences de faveur n'en excluent point les personnes qui , par leur rang, ont en quelque façon droit de participer à de semblables avantages. A cet égard la reine ne s'est point écartée du plan qu'elle s'était formé au commencement de l'hiver, et il a produit les bons effets que l'on devait s'en promettre. Le cercle chez la reine est devenu toujours de plus en plus nombreux ; il s'est tenu régulièrement trois jours de la semaine. Le jeu que l'on y joue a été plus modéré ; mais le très-gros jeu n'a cependant pas été entièrement banni de Versailles : il y existe encore de temps à autre chez la princesse de Lamballe , où la reine passe quelquefois la soirée, ainsi que Madame et M"" la comtesse d'Artois. La surintendante aurait fort désiré d'attirer le roi chez elle, mais cela ne lui a pas réussi ; ce monarque ne va que chez, la comtesse Jules de Polignac. La reine, qui lui a fait prendre cett< habitude, n'a pas cherché à procurer le même avantage à la princesse de Lamballe, oti le concoiu*s du monde est, dans ces occasions plus nombreux et souvent un peu trop bruyant.

Le courrier mensuel arrivé le 15 m'a remis les très-gracieux ordre ^de V. M. en date du 3 de ce mois, et, dans la même matinée leur réception , j'ai été présenter à la reine les lettres qui lui étaiet:=3i adressées; l'empressement de S. M. à les lire et le moment

propre à me donner audience est cause que je n'ai rien & ajouter i ce très-humble rapport.

La mention que V. M. daigne faire de ma santé est une gran «3e reuve de sa clémence ordinaire. On m'annonce que la goutte ponr^n me délivrer des incommodités vagues que j'éprouve depuis six moi^^ et qui m'affectent peu, parce que, hors quelques moments bien rar€«, elles ne m'ont point empêché de remplir ce qu'exige le service de V.M.

Paris j 18 mars. — Ces dernières semaines ont été assez pénibles et peu satisfaisantes dans la plupart des choses qui se sont passées à Versailles. Indépendamment du bal dont mon très-humble rapport ostensible fait mention, il s'est introduit à la cour d'autres divertissements qui, par leur tournure puérile et bruyante, conviennent peu au recueillement du carême , et encore moins à la dignité des personnages augustes qui s'en amusent. Ce sont des jeux qui ressemblent au colin-maillard, qui aboutissent à donner des gages qu'il s'agit ensuite de racheter par quelques pénitences bizarres, et le ^grand mouvement que cela occasionne est souvent prolongé bien avant dans la nuit. Le nombre des personnes tant de la cour que de la ville qui sont admises à ces jeux les rend encore plus sujets à inconvénients ; on est surpris de voir que le roi y prend beaucoup de goût, et qu'il se livre à de pareilles frivolités dans des conjonctures aussi sérieuses pour l'État que le sont celles d'à présent. La reine convient du mauvais effet que cela doit produire dans l'opinion publique. Cette auguste princesse, qui d'elle-même n'est aucunement portée pour de semblables amusements, s'y prête par bonté, par complaisance ; mais l'injustice du public fait retomber sur elle l'établissement de ce genre de dissipation, qui est généralement désapprouvé. Il semble que l'on ait en vue de porter le roi à un abandon total des affaires, et le comte de Maurepas lui-même n'est pas exempt d'être soupçonné de ce projet. Il serait aussi pernicieux à la gloire du jeune monarque que nuisible aux intérêts personnels de la reine , et je lui en ai démontré toutes les conséquences, d'une manière si évidente que S. M. en a paru frappée. L'abbé de Vermond, de son côté, suit de très-près cette matière ; j'ai réussi, ainsi que je l'espérais, à lui faire prendre l'engagement de continuer avec assiduité ses services, qui sont aussi nécessaires qu'utiles.

Après le départ du courrier de février, la reine témoigna de l'empressement à me parler de la mention que V. M. lui a faite des grâces pécuniaires accordées à la famille de Poligna^ ; la reine parut surprise que ces détails fussent parvenus à Vienne. J'observai qu'ils étaient publics ici , et qu'ensuite de la sensation qu'ils avaient produite, il n'était pas étonnant que cela eût transpiré au loin. La

reine m'avoua qu'elle s'était trouvée enibarrassée de répondre à V. M. sur cet article , qu'elle avait pris le parti d'avouer le fait de la dot, mais qu'en se récriant sur les -exagérations, et en ajoutant que ces sortes de dots s'accordent assez habituellement ici, elle croyait par là voir pallié l'objet de manière à en voiler les particular rites. Je répondis que je doutais fort qu'elles pussent rester ignorées, attendu qu'elles faisaient de jour en jour plus de bruit. En effet si V. M. juge à propos d'insister sur la matière, qui est de très-grande conséquence , il y aurait les faits suivants à citer, et je crois que la reine en serait fort émue.

Tout Paris sait maintenant que les Polignac ont touché 800,000 livres pour la dot de la jeune personne de ce nom, et c'est de leur aveu même que l'on en a connaissance.

Les dots accordées quelquefois par le roi étaient des pensions de 6,000 livres ; il n'y a pas un seul exemple que pareille grâce ait été portée à un taux approchant de celui que la faveur vient d'extorquer.

V. M. pourrait dire qu'elle n'avait pu d'abord ajouter foi au bruit d'un don si extraordinaire : mais ayant maintenant la certitude de la réalité de ce fait, elle ne peut s'empêcher de craindre qu'il ne soit ^ également réel , ainsi que l'annoncent toutes les nouvelles de Paris, ^ que la reine veut faire payer les dettes de la comtesse Jules de lignac, et lui obtenir en outre xme terre de la valeur de deux millions. V. M. pourrait ajouter une autre anecdote, en témoignan. qu'elle ne peut y avoir aucune foi : c'est qu'il se dit hautement Paris qu'un certain comte de Vaudreuil, que l'on prétend trop int.;^ mement lié avec la comtesse Jules de Polignac, a obtenu par ~^e moyen de cette favorite 30,000 livres de pension du roi, et un à.«. maine d'égale valeur de M. le comte d'Artois , et que ces deux gr&oe; sont manifestement l'effet de l'intervention et de la protection de Zi reine. Ce fait n'est malheureusement que trop vrai, et il cause h sensation la plus fâcheuse. Cette pension a été demandée pour le comte de Vaudreuil sous prétexte qu'ayant tout son bien dans les îles françaises, d'où rien n'arrive en temps de guerre, il fallait secourir ledit comte jusqu'au retour de la paix.

J'ai vu dans le temps que la reine ne s'est point dissimulé Tincongruité de semblables sollicitations, non plus que les grands inconvénients qui devaient en résulter ; mais les prestiges de la fevorite ont été plus forts que toutes les réflexions.

Je dois sonmettre très-humblement aux hautes hmiières de V. M. l'nsage qu*elle daignera vouloir faire de ces particularités ; mais il est bien certain que rien ne peut faire autant d'impression sur la reine ni la garantir des dangereux effets de ces complaisances que de voir que V. M. en est informée par la voix publique et qu'elle les désapprouve.

Je dois en venir aux très-gracieux ordres de V. M. énoncés dans trois post-scriptiun, et quant au premier (1), je vois que la réticence de rélecteur de Cologne à s'expliquer ne permet pas encore de faire ici les ouvertures qui seront utiles et nécessaires à l'objet. J'attendrai par conséquent là-dessus Tavertissement que me donnera le comte de Mettemich, et j'espère qu'il n'y aura que de bien légers embarras à prévenir de la part de cette cour-ci, pourvu que le plus grand secret soit gardé jusqu'au moment où il conviendra de lui en parler. Je remets ici les pièces qu'il a plu à V. M. de me communiquer touchant cette importante affaire.

Belativement au projet de l'entrevue de S. M. l'empereur avec l'impératrice de Russie, non-seulement la chancellerie de l'État me l'a communiqué, mais elle m'eojoint môme de le confier au comte de Vergennes, ce que j'ai exécuté, ainsi que V. M. daignera le voir dans ma dépêche d'aujourd'hui. Si cette confidence a quelque danger, il paraît évident qu'il y en aurait eu beaucoup plus à la retarder, et, quoique dans le premier moment elle ait un peu étonné le comte de Vergennes, je crois voir qu'il y aura moyen de l'apprivoi- ©er avec cette idée de manière à en écarter toute sensation politique nuisible. Le ministre a d'abord voulu deviner que ce projet n'était pas de nature à plaire à V. M. J'ai pris des tournures pour tâcher de réduire ses spéculations & des idées les plus simples possible. Quant au fond de la chose, il serait à désirer que S. M. l'empereur \u obtînt l'avantage qu'il se propose ; mais il semble bien difficile le pouvoir s'en flatter, soit par un effet du caractère si connu de impératrice de Russie, soit par l'ensemble de son système actuel. a promptitude avec laquelle cette souveraine a accepté la proposi-

l) Oeci semble répondre à la seconde lettre de rim])ératrice, du 31 janvier (pièce VII), lis que ce qui vient ensuite, à proi)06 du projet de voyage de Joseph II en Russie et de ommission donnée pour M. et M"' Xccker, réix>nd aux pièces XIII et XIV, datées du lis.

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Vienne^ 1" avril. — Madame ma chère fille, Je commence à vous remercier du petit billet que vous avez ajouté à votre lettre , de l'arrivée à Rochefort d'un convoi important. Je ne saurais vous cacher que je suis vivement occupée et agitée sur vos affaires , qui me paraissent bien critiques, non pas à cause des ressources de votre monarchie, mais croyant les Anglais si habiles dans ce genre, qu'aucune nation ne peut les égaler et se doit bien incommoder pour leur pouvoir tenir tête. Je vous remercie pour ce que vous voulez faire pour le cousin de la Brandis ; cela fait honneur à votre cœur, et j'approuve que vous le faites venir tout de suite, pour qu'il puisse profiter des principes et sciences nécessaires pour cet état. M"*" Starhemberg sera bien pénétrée de ce que vous avez fait pour son frère, pourvu qu'il se conduise bien, et mérite vos bontés, et serve bien le roi. Tout ce que vous me marquez de votre fille m'a bien fait plaisir, et je partage bien avec vous le sentiment d'une mère dans l'action de cette chère i)etite. Que cela est touchant ! mais il nous faut un dauphin. L'impatience me prend, mon âge ne laisse guère à attendre. La reine, votre sœur, a perdu sa chère Marianne , a sauvé jusqu'à cette heure son fils, mais a eu encore sa seconde fille assez malade d'une fièvre inflammatoire ; avec cela huit mois de grossesse avec vingt-trois accès de fièvre et un rhume de nerfs , et toujours en l'air à Naples, Caserta, Portici, etc. J'avoue, je suis bien en peine pour elle. Ce n'est pas de sa faute qu'elle n'ait écrit : elle l'a fait tous les jours de poste, trois ont été arrêtées & cause des neiges. Mais ce qui m'a indigné est qu'aucun courrier ni estafette particulière n'a été envoyé du ministre (1), qui a les ordres positifs dans ce cas et n'a pas à attendre que la reine écrive elle-même ; dans une situation pareille on ne saurait exiger une telle attention, mais bien d'xm M. Lamberg.

Vous ne m'avez rien répondu sur les grandes générosités que je vous ai marqué que tous les papiers donnaient, que le roi avait donné à la comtesse Jules de Polignac en dot pour sa fille 800,000 livres, outre cela une terre de deux millions, et à part ses dettes

(1) Antoiuc comte de Lambcrg-Sprinzenatcin, envoyé d'Autriche à Naplctf.

payées. Il y a même une autre anecdote à laquelle je ne saurais ajouter foi, qu'un certain comte de Vaudreuil, que l'on prétend trop intimement lié avec cette comtesse, a obtenu par son moyen trente miUe livres de pension et un domaine du comte d'Artois, et cela par votre intervention. Je dois vous avertir que cela fait une très-grande sensation, assez mauvaise dans le public et & l'étranger, surtout dans le moment où on réforme tant à la cour, ce qui est nécessaire et louable. Mais ces générosités si excessives d'un autre côté rendent par comparaison même les autres plus malheureux et plus pesants. Je n'ai pu me taire sur ces anecdotes qui intéressent trop votre gloire, et que, par bouté de cœur, vous vous laissez aller à l'avidité de ces prétendues amies , et surtout dans les circonstances présentes. Si je ne vous en avertissais, qui est-ce qui l'oserait? Il m'a coûté de vous en écrire, mais votre silence entier sur ce point m'a décidée que la chose n'était pas controuvée, et qu'il fallait vous éclaircir sur ces faits. Rien ne doit vous convaincre mieux de ma tendresse, et que je ne suis occupée que de votre bonheur, que cet avis ; je souhaite bien qu'il ne soit tel. En vous embrassant tendrement.

Vienne j2 avril. ^ Comte de Mercy- Argenteau, J'ai reçu votre lettre du 18 par le courrier Klein er, arrivé ici le 29 du même mois.

Je ne saurais être contente de la saignée faite à ma fille qu'autant que j'en vois le même efiet que j'en ai éprouvé la plupart dans mon état de mariage. Il est bien à souhaiter que le goût pour ces petits jeux s'émousse bientôt ; d'ailleurs ils pourraient avoir plus d'une suite désagréable. Ce bal chez la comtesse Diane de Polignac et ce gros jeu chez la princesse de Lamballe me déplaisent encore fort, d'autant plus que la critique met sur le compte de ma fille ce que le public trouve à redire à ces divertissements peu réguliers. Je compte sur vos remontrances , soutenues par l'abbé Vermond , pour faire sentir au possible à ma fille tous les inconvénients qui en sont inséparables. L'influence que ma fille a eue dans la promotion militaire et l'usage qu'elle en a fait prouvent bien tout le crédit de la comtesse de Polignac ; je la crois trop bien ancrée pour en affaiblir si tôt l'efifet.

La négociation de Cologne est toujours dans le même état d'inoer-

itude 9 mais il ne laisse pas d'en transpirer quelque doute , ce qui onrrait en rendre la marche plus embarrassante. Je ne suis pas &bée que le comte de Vergennes ne me croit pas portée pour l'entreae de Tempereur avec l'impératrice de Eussie ; mais comme on ne Giiirait plus la redresser, il ne conviendrait pas d'en faire paraître Lon éloignement [ mais on ne peut se tromper ici, voyant pour moi » suites de tous ces voyages, qu'ils sont bien contre moi.] Au reste, ^accord avec vous sur le peu d'apparence de quelque avantage qui 3iirrait être produit par cet événement (1), je crois qu'il fera penint quelque temps de la rumeur et que tout tombera ensuite, sans i^endrer une nouvelle époque ; surtout si l'empereur continue à ras- LTer sur sa façon de penser la France par ses lettres à la reine, et le les menées prussiennes contribuent elles-mêmes à importuner la rance^ et à abaisser le crédit du roi de Prusse.

Ce 13 avril. — Madame ma très-chère mère, Les troupes destinées mr les îles sont embarquées et n'attendent plus qu'un vent favorable •ur sortir du port. Dieu veuille qu'elles arrivent heureusement! embarquement a déjà éprouvé un inconvénient; on n'a pas pu anir à Brest assez de vaisseaux de transport et on a été forcé de isser deux régiments. Celui du prince de Salm en est , mais on estre les faire rejoindre incessamment. J'espère qu'il y fera bien, il a orne réputation dans le militaire.

Le sevrage de ma fille n'a en rien déraugé sa santé, et elle est igours très-bien et m'intéresse beaucoup ; je lui désire bien viveent un compagnon, et j'ai lieu de l'espérer plus que jamais.

J^ai eu grand plaisir de revoir Joseph Kaunitz (2) ; il est au moent de repartir. J'espère qu'il est content de moi. Pour moi j'ai été ichantée d'une conversation que nous avons eue ensemble de deux îures. Je me suis bien informée de tout ce qui peut regarder et in-

[1) Tons les détails de l'entrevue de Joseph II avec Catherine II à Mohilew (4 juin SO) et da voyage qu'il fit avec elle jusqu'à Saint-Pétersbourg se trouvent dans les lettres

Joseph II à Marie-Thérèse à cette date. Voir le 3* volume de yfaria Thtresia und Jo- ^ Ilf par M. d'Ameth, pages 246 et suivantes.

(2) Le comte Joseph de Kaunitz, le plus jeune fils du chancelier d'État, était envoyé ^tttziche en Bussie.

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