‹ Marie-AntoinetteChapitre 19 sur 30 · III · texte numérisé non relu

III

téresser ma chère maman, ce qui est ma plus chère occupation. Je lui ai trouvé de l'esprit, voyant juste, et parlant très-bien d*affaires. Je l'ai bien chargé de faire mes compliments à son père , que j'estime à tant de titres comme bon , fidèle et essentiel serviteur de ma chère maman. H est vrai que je donnerais toute chose au monde pour avoir un prince Kaunitz ici dans le ministère, mais malheureusement cela ne se rencontre pas souvent, et il faut savoir apprécier le mérite comme ma chère maman pour trouver de pareils hommes (1).

M. de Vaudreuil est un homme de condition qui a bien servi, et dont les parents se distinguent dans la guerre actuelle. Il n'a jamais demandé des grftces, et sa fortune ne lui faisait pas désirer celles d'argent. Il a beaucoup de biens aux îles , mais il n'en reçoit rien à cause de la guerre. Le roi lui avait donné 30,000 francs non de pension, mais seulement jusqu'à la paix. H a remis cette grâce au roi depuis que le comte d'Artois lui a donné un domaine. Je n'ai pas eu part à cette générosité ; tout le monde sait ici que M. de Vaudreuil est a^sez aimé de mon frère pour n'avoir pas besoin de protection auprès de lui. Je pourrais en dire autant pour M™" de Polignac par rapport au roi; il l'aime beaucoup, et quoique je sois fort sensir ble et reconnaissante du bien qu'il lui fait, je n'ai pas besoin de l'en solliciter. Les gazetiers et nouvellistes en savent plus que moi; je n'ai entendu parler ni de la terre de deux millions ni d'aucune autre ;

(1) Marie-Thérèse montra au prince de Kaunitz le fragment de cette lettre qui le ooncer nait. Le prince y répondit par la lettre suivante adressée à Marie- Antoinette :

Le 2 mat. — Madame , Sa Majesté Timpératrice-reine , dont la bonté égale toutes L autres ém inentes qualités du cœur et de Tesprit^ a daigné non -seulement me communique l'article de la lettre dans laquelle V. M. me fait Thonncur de lui parler de moi dans d termes dont j'ai été vivement touché, mais elle me permet même d'oser lui en témoigni ma respectueuse reconnaissance. Je supplie donc Y. M. de trouver bon que j'aie l'honne de la lui témoigrner du fond de mon cœur, et de l'assurer en même temps que, bien ce tainement, je tâcherai de mériter la continuation de l'opinion dont elle m'honore. Ce se' par les soins les plus assidus , par la plus grande sollicitude pour le bien du service mon incomparable impératrice , et par toutes les preuves possibles de mon attachement po la personne de V. M. et pour l'intérêt de Talliance. C'est tout ce qui est en ma puissanc=«, et je me flatte moyennant cela que V. M. daignera en agréer l'assurance. Je lui demasd? avec instance la continuation de sa haute bienveillance. J'ose lui recommander mon bon et bien honnête ami, le comte de Mercy, comme l'homme du monde le plus digne de toutes confiance, et je supplie Y. M. d'être bien persuadée qu'avec tous les sentiments qui lui toot dutï, je serai toute ma vie, madame, de Yotre Majesté le plus sincèrement attaché des ta* ciens serviteurs de sa maison et de son auguste personne.

si j'en savais davantage, je le dirais à ma chère maman , à qui je n'éviterai jamais de répondre snr rien.

M. le prince de Condé vient d'être nommé colonel-général de l'in- &nterie; cette charge avait été supprimée au commencement du dernier règne à cause des droits exorbitants qu'elle donnait ; en la rétablissant aujourd'hui, on en limite le pouvoir. Je ne me suis pas mêlée de cette affaire, quoique la politique de M. le prince de Condé l'ait engagé à m'en faire des remercîments, et que môme il aflfecte de faire croire qu'il m'y a eu grande obligation.

J'ai écrit dernièrement à la reine de Naples; mais, à cause de son état, je me suis retenue de lui montrer ma douleur et inquiétude sur sa santé et la perte qu'elle a faite de sa fille. Je ne conçois pas la négligence de Lamberg ; a-t>il donc oublié la sensibilité et la tendresse de ma chère maman pour ses enfants? Permet-elle que je l'embrasse en lui renouvelant mon respect, ma tendresse et ma reconnaissance?

Le baron de Breteuil va partir ; il portera à ma chère maman mes vœux bien sincères pour son jour de naissance.

Paris, 17 avril. — Sacrée Majesté, Mon très-humble rapport précédent a exposé à V. M. le degré d'influence que la reine avait eue dans la dernière promotion militaire , ainsi que les mesures prises pour éviter les mécontentements que quelques choix de faveur auraient pu occasionner. Quoique le roi et son ministre s'en ftissent occupés avec soin, il n'a pas été possible d'obvier généralement à tout motif de plainte, et il s'en est élevé une très-vive sur ce que le prince de Lambesc, parvenu au grade d'officier-général, avait obtenu de remettre son régiment à son frère cadet le prince de Vaudemont (1), lequel, n'ayant point encore l'âge prescrit par les ordonnances, devait être exclu d'un pareil avantage, qu'il emportait par un effet des bontés et de la protection de la reine. L'excessive jalousie de la haute noblesse française contre les princes de la maison de Lorraine établis à cette cour donnait le principal essor à la réclamation dont il s'agit; elle n'aurait pas occasionné le même bruit s'il avait été question de tout autre

(1) Le prince de Lambesc et le prince de Vaudemont étaient fils de la comtesse de Brionne.

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particulier national. Cependant , pour sauver en quelque façon les formes de la règle , le roi prit le parti de faire déclarer que le prince de Yaudemont ne commanderait son régiment que quand il aurait atteint T&ge de vingt-trois ans, et cette décision calma toutes les plaintes ; mais en même temps elle excita celles de la comtesse de Brionne , qui représenta qu'en morcelant une gr&ce accordée à son fils, c'était la lui retirer en effet, puisque le principal avantage de cette même grâce consistait à marquer en faveur des princes de Lor^ raine une distinction de laquelle ils ont constamment joui en France dans toutes les carrières qu'ils y ont remplies. La princesse Charlotte, coadjutrice de Remiremont (1), fut envoyée à Versailles pour tftcher d'y faire valoir de pareils arguments ; elle obtint une longue audience de la reine, lui écrivit successivement plusieurs lettres très-pressantes et qui occasionnèrent quelque embarras à S. M. Le seul moyen d'en sortir était une réponse décisive ; la reine s'y détermina, en marquant à la princesse Charlotte, dans des termes de bonté, mais très-positivement, qu'il était impossible de faire changer le roi sur une résolution prise et publiée ; qu'en matière d'avancement militaire les acceptions de faveur n'étaient point aussi admissibles qu'ell pouvaient l'être quand il s'agissait de grâces purement utiles ou honorifiques, que, dans ces derniers cas, la reine se ferait toigours plaisir de donner aux princes de Lorraine des marques efficaces de s bontés et de sa protection. La comtesse de Brionne a été doublemen peinée dans cette conjoncture, parce qu'en manquant son objet, ell a dû apercevoir qu'elle avait trop présumé du crédit de la princess Charlotte -auprès de la reine. J'ai très-humblement exposé dans temps les indices légers sur lesquels la comtesse de Brionne s' formé des espérances qui donnaient carrière à d'assez vastes projet^jv; mais la comtesse de Polignac les a renversés tous, et quoique L grâces extraordinaires qu'elle vient d'obtenir pour elle et pour siens eussent paru inspirer à la reine quelques soupçons d'un alyiu de la faveur, cette impression n'a été que momentanée et n'a laissa aucunes traces sensibles. Ce qui affermit le plus la comtesse de Polignac dans sa position, c'est que le roi semble avoir contracté une

(1) Bœur des princes de Lambesc et de Vaudemont ; on a m que Tambitieuse oomteese de Brionne s'était flattée un moment que sa fille pouirait supplanter la comtesse de Poligixc d'uisla fayeur de la reine.

sorte d'amitié pour elle : il lui sait gré d'être devenue une ressource essentielle pour la reine , il s'habitue lui-même dans la société de cette favorite ; lorsqu'elle est absente de Versailles, le monarque prend soin de lui écrire pour l'avertir des temps et des moments où sa présence peut devenir le plus nécessaire ou agréable à la reine. Ladite comtesse influe en effet souvent dans une partie des arrangements de la cour. H était décidé qu'elle se rendrait à Marly le 5 pour y rester jusqu'à la fin du mois ; mais ce voyage n'a point en lieu, par la seule raison que la comtesse de Polignac, entrant dans le neuvième mois de sa grossesse, est venue à Paris pour y faire ses couches, et que la reine, qui se propose de la voir souvent, fera plus commodément ses petits voyages à Paris en partant de Versailles qne si elle se trouvait à Marly.

Depuis le départ du courrier de mars il n'est rien survjnu de remarquable à la cour ni dans l'intérieur de la famille royale ; la meilleure harmonie s'y maintient constamment, et les marques d'attention, de prévenance et d'attachement du roi pour son auguste épouse se manifestent dans toutes les occasions qui peuvent y donner lieu. Le cercle qui se tient régulièrement deux jours de la semaine chez la reine et les deux soupers dans les cabinets continuent à attirer suffisamment dé monde à Versailles. Le jeu y a été plus modéré depuis quelques semaines , et les petits jeux de société y deviennent plus rares. Ce genre d'amusement, qui avait d'abord été saisi avec vivacité, ne pouvait être de longue durée. La belle saison va d'ailleurs procurer d'autres ressources, celles des promenades et des chasses; elles auront d'autant moins d'inconvénients que la reine semble décidée à renoncer à l'exercice du cheval, pour le moins à en user si modérément qu'il ne pourra produire aucun effet dangereux. Pour peu qu'une grossesse tarde encore à survenir, on s'occupera sérieusement de tous les moyens de l'art qui seront jugés propres à la circonstance. Le premier médecin Lassone médite toujours le projet d'un voyage aux eaux ; il est probable que celles de Forges seront choisies de préférence, mais rien ne sera décidé à cet égard avant la fin du mois prochain (1).

(1) Forges est aujourd'hui un chef-lieu de canton du département de la Seine-Inférieure, à 20 klL S. £. de Neufchâtel. Ses eaux minérales, encore renommées, étaient fort à la mode aa XVn* siècle. U y a trois sources, la Royale^ la ReintHe, la Cardinale^ ainsi nommées

Le comte Joseph de Kaunitz, qui est ici depuis quelques semaines, a été très-bien accueilli par la reine. Dans les conversations qu'il a eues avec S. M., cette auguste princesse lui a marqué beaucoup de confiance et la plus grande estime pour le prince-chancelier son père. D'après ce que la reine a daigné me dire elle-même de la matière de ces entretiens, j'ai pu reconnaître que le comte de Kaunitz, avec toute la prudence et le jugement qui lui sont propres, avait su tirer le meilleur parti de ces occasions pour présenter et faire valoir les remarques les plus convenables au bien du service de la reine, et que la bonne manière dont cet ambassadeur s'y est pris a produit un effet aussi utile que réel.

La suppression des charges des receveurs-généraux des finances a occasionné de grands mouvements à la cour. Les deux princes frères du roi et le duc d'Orléans ont trouvé que cette opération préjudiciait au droit honorifique qui leur est accordé de nommer à ces places dans les provinces qui forment leurs apanages. M. le comte d'Artois ayant eu sur cette matière un entretien très-vif avec le directeur-général .des finances, qui lui répondit respectueusement mais avec beaucoup de fermeté, le jeune prince eut recours à l'appui de la reine, et toutes sortes d'instances furent employées pour l'obtenir, mais S. M. ne se laissa point persuader, et cette circonstance, précédée de plusieurs autres à peu près semblables , où les insinuations de M. le comte d'Artois ont également échoué, prouve que la reine a pris le parti décidé et très-nécessaire de mettre des bornes & ses complaisances pour le prince son beau-frère, qui avait trop souvent abusé de son crédit, ainsi que j'ai été dans le cas d'en &ire si fréquemment mention dans mes très-humbles rapports précédents. J'observerai d'ailleurs que de tous les ministres du roi le directeur Necker est celui dont la reine a la meiUeure opinion et qu'elle considère le plus. Ce directeur-général de son côté est fort occupé à manifester son zèle et son attachement respectueux pour la reine. Quand S. M. lui marque quelque volonté, il expose d'abord les possibilités ou les obstacles dont l'objet est susceptible ; mais en même temps il sait toujours trouver des modifications qui, sans blesser l'ordre et la justice, conduisent à effectuer les désirs de la reine. Cette méthode lui a si bien réussi qu'il est le seul

parce qu'on les recommanda à Louis XIII, Anne d'Autriche et Richelieu. Voir le Diction' naire générai de biographie et dMêtoire, de géograjihie, etc., de Dézobry et Bachelet.

la conversation de la reine avec le ministre, et

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sibîlité pour son amie , sur la difficulté de résister à cette complaisance d^amitié qui entraîne et porte à excuser jusqu'aux défauts et torts de ceux auxquels on est attaché et avec lesquels on est en société constante. Je répondis à tout cela que le devoir le plus sacré de Tamitié était, dans toutes les circonstances, de sauver ceux que l'on estime de tout de qui peut ternir leur réputation ; que la comtesse de Polignac , en nuisant à la gloire de la reine, se perdait elle-même dans l'opinion publique en abusant de sa faveur, et que^ si S. M. voulait être heureuse dans ses liaisons , il fallait qu'elle veill&t toujours à rendre estimables ceux qu'elle daigne affectionner ; que , sans cela, il était impossible d'avoir des amitiés durables et qui n'entraînassent pas dans les plus grands inconvénients. Ces remarques me parurent bien senties; mais il fut question ensuite de savoir comment répondre à l'article de la lettre de V. M. Sur cela je déclarai que je n'imaginais d'autre moyen que celui de la plus grande franchise, que de garder le silence serait manquer à la tendresse de Y. M., et qu'il n'était pas dans le caractère de la reine d'altérer la vérité des^ figiits. J'ignore conmient cette auguste princesse s'expliquera^ mai je présume qu'elle pourra bien rejeter sur le comte de Maurepas un partie de la faute, et il est très- vrai que ce vieux ministre en est 1 plus coupable.

Le premier avertissement de Y. M. avait déjà opéré un grand bien duquel je viens de recueillir le fruit tout récemment. La comtess de Polignac , vivement sollicitée par le comte d'Adhémar^ son ami, supplia la reine avec les instances les plus pressantes de venir le comte de Yergennes et de le rendre favorable aux vues d comte d'Adhémar sur l'ambassade de Yienne ou sur celle de Londre au temps de la paix. La reine manda en effet le ministre ^ qui , parlant assez bien du personnel du comte d'Adhémar, représen' qu'il ne pouvait prétendre aux susdites ambassades, parce que d' très sujets plus anciens et plus méritants devaient avoir la préfi rence pour des places si essentielles. Je vins à l'appui de ces sons, et elles firent un tel effet que la reine resta entiëremeaKD^ persuadée (1) ; mais lorsqu'elle communiqua à sa favorite ce qui s' tait passé, il vint au comte d'Adhémar l'idée absurde de rédiger

(1) Le comte d'Adhémar obtint cependant, par la faveur de la reine, l'ambasiade d*Ao^le* terre aprëa la paix de 1788, et la conaenra jusqu'en 1787.

écrit le détail de la conversation de la reine avec le ministre, et comme ce dernier s'était expliqué favorablement sur les qualités du dit Adhémar, il demandait que la reine daign&t signer et attester véritable cet aveu du ministre. Nous fûmes révoltés , l'abbé de Vermond et moi, contre une proposition aussi extravagante; nous en développâmes toutes les nuances à la reine , et malgré les persécutions les plus obstinées de la favorite, elle fut décidément refusée, de manière même à nous donner lieu de croire que cette dernière imprudence lui a fait un tort assez marqué dans l'esprit de la reine. Toutes ces circonstances réunies ne resteront pas sans effet, et l'illusion se dissipera peu à peu. Si V. M. avait sous les yeux l'ensemble du tableau de ce pajs-ci , elle daignerait juger combien il est impossible de parer à tous les inconvénients , et ils seraient bien plus dangereux si les qualités excellentes de l'esprit et du caractère de la reine n'étaient pas le préservatif contre leur impulsion.

Le baron de Breteuil partira à la fin du mois, très-content de la manière dont il a été traité par la reine , et il sait qu'il doit cet avantage aux bontés de V. M. J'espère qu'à l'avenir il se conduira de manière à mériter de pareilles grâces , et dans mes conversations avec lui j'ai tâché de lui en bien faire sentir la nécessité.

H ne transpire rien encore sur l'objet de la coadjutorerie de Cologne , mais on ne saurait se dissimuler que les intentions de l'Électenr peuvent paraître suspectes par la réticence extraordinaire qu'il met à s'expliquer. J'attendrai toujours l'avis du comte de Mettercdch , avant de hasarder ici aucune démarche, pour que le secret si essentiel dans cette affaire soit gardé le plus que possible.

Toutes les insinuations odieuses du roi de Prusse sur l'entrevue prochaine de S. M. l'empereur et de l'impératrice de Russie n'araient d'abord causé ici qu'une sensation médiocre , et elle se disiipe déjà , ainsi que j'ai eu lieu de le remarquer dans deux converlaiions que j'ai eues sur cette matière avec le comte de Vergennes , kuquel j'ai fait sentir d'une manière palpable l'absurdité des conectores prussiennes ou plutôt la mauvaise foi avec laquelle on ose es débiter, sans doute sans y croire soi-même. Le seul petit déplailir que cause ici cette entrevue, c'est que la politique française verra )Otgour8 avec quelque peine tout ce qui pourrait moyenner un rai>- >rochement un peu intime entre la cour impériale et celle de Péersbourg.

Avant de terminer mon très -humble rapport, j'ai été à Versailles, où j'ai vu l'embarras dans lequel la reine était restée sur la réponse à faire touchant la comtesse de Polignac et le comte de Yaudreuil. U est bien vrai, conmie le mande la reine, que ledit comte a renoncé à cette pension , mais c'est le cri public et non pas le désintéressement qui a décidé cette démarche. La reine, en ne répondant rien à la remarque de la liaison trop intime du comte de Yaudreuil, semble en faire l'aveu tacite. Au reste il est certain que l'avis donné par Y. M. laissera une profonde impression , et quand ^ d'ici à quelques mois , la terre pour la comtesse de Polignac sera achetée, Y. M. daignera décider si elle juge convenable de revenir sur cet article en forme de remarque sur ce que la reine mande aigourd'hui à cet égard.

n est comme décidé que , lorsque la comtesse de Polignac accouchera , c'est-àrdire au mois de mai , la cour fera un petit voyage de dix jours à la Muette.

XXllI. — Marie-Thérèse a Mercy.

Vienne, 30 avril. — Comte de Mercy-Argenteau, J'ai reçu votre lettre du 17 par le courrier Morenheim, arrivé ici le 27 de ce mois. Si on passe à ma fille quelque influence dans des affaires moins importantes , comme il est arrivé dans le cas de la dernière promotion militaire, c'est peut-être pour la distraire des objets majeurs, bien plus étroitement liés avec nos intérêts. Au reste, je suis bien aise que ma fille a eu assez de fermeté de ne pas se mêler ni de la dispute du comte d'Artois avec Necker, ni des prétentions de la comtesse de Brionne et de sa fille , la princesse Charlotte , en &veur du prince de Yaudemont, ni des sollicitations de la comtesse Polignac pour le comte Adhémar. Je suis trës-persuadée que vos remontrances y ont beaucoup contribué ; elle ferait bien de les écouter toujours, pour être plus réservée à se prêter aux demandes indiscrètes de ses favoris et favorites.

Je crois bien que le roi, bon comme il est, se prête au goût de ma fille pour la comtesse de Polignac , pour la contenter. Elle ne laisse pas d'en tirer parti dans la réponse qu'elle me fait par rapport à cette dame. Je ne pense plus répliquer sur cet article, attendant le moment que vous m'indiquerez propre pour reprendre cette matière.

Si même les insinuations envenimées du roi de Prusse sur l'en-

trevue de Mohîlew font peu d'effet en'France, il est naturel que cette cour aimerait aussi peu notre union plus intime avec la Russie que nous pourrions être contents de celle de la France avec la Prusse. Je vous oonmiunique en secret l'extrait du rapport du comte de Cobenzl sur ce qui a rapport à cette entrevue , avec les remarques du prince de Kaunitz sur cet objet.

Ce qui me fait toujours le plus de plaisir, c'est que l'intérieur de la cour et de la famille continue à être tranquille, et que l'ordre s'y Boutieut , du moins sans être troublé par quelque inconvénient majeur. Le retard de la grossesse de ma fille ne laisse pas de m'affecter; je souhaite que les remèdes qu'on pense employer à cet effet aient le meilleur succès ; entretemps je suis bien aise que sa fille , ayant été sevrée, ne s'en est point ressentie.

Le baron de Breteuil peut être sûr du bon accueil que je lui ferai k son retour ici ; d'ailleurs je ne saurais garantir s'il éprouvera ici trop d'agréments; je souhaite que vous en éprouviez des plus complets de votre voyage à Brest. Je suis curieuse d'apprendre des nouirelles au sujet de la commission dont je vous ai chargé pour Necker et sa femme.

Versailles j 14 mai. — Madame ma très-chère mère, Je ne pourrais, na chère maman, vous fSedre que des répétitions affligeantes sur mon ttaL Le roi est toujours à merveille pour moi, ma santé assez bonne, i on peu d'échauffement près. L'heureux accouchement de la reine le Naples est un grand bonheur et la meilleure consolation pour les nquiétudes qu'elle nous a données dans sa grossesse. J'espère qu'elle era la première à oubUer ses peines passées et que sa santé y gagera beaucoup.

Malgré mes idées sur l'impératrice de Bussie , je lui saurais bien »oii gré si sa politique se tournait à nous donner la paix. Je ne deinais pas que ma chère maman parlerait de ma lettre au prince Kauitz. J'en suis charmée, parce qu'il paraît content de mon opinion or lui. Ma chère maman veut-elle bien me permettre de joindre ci ma réponse, qu'elle lui remettra, si elle la juge bien (1)? Le ba-

(1) Marie-Thérèse envoya lu lettre de sa fille au prince de Kaunitz, en y ajoutant de sa

ron de Breteuil est parti avant-hier ; je crois qa il s^arrète à Ratifl— bonne ; il dira à ma chère maman des nouvelles de ma fille , que je l'ai mené voir le dernier jour qu'il est revenu à Versailles.

La santé de Marianne m'inquiète ; il me semble qu'elle a beaucoup plus souffert cette aunée que les autres. Je souhaite qu'elle puisse bientôt aller à Schônbrunn , qui serait aussi bon pour que mm chère maman puisse se promener et se dissiper un peu.

J'envoie à ma chère maman un petit essai d'eau divine ; on m^^ dit qu'elle n'en avait plus de bonne depuis la mort de ma tante. 1^ celle-ci pouvait lui convenir, j'espérerais dorénavant d'avoir le pli^ sir d'être sa commissionnaire. Ma chère maman me permet-elle l'embrasser bien tendrement ?

Paris, 17 mai. — Sacrée Majesté, Le voyage que je viens de&ire en Bretagne m'ayant tenu trois semaines absent, et n'ayant point en encore depuis mon retour assez de temps et d'occasions de me remettre parfaitement au courant de tout ce qui concerne la reine, je me trouve aigourd'hui forcé d'abréger les détails accoutumés que oqdtieunent mes très-humbles rapports, et je me bornerai pour cette fois à exposer à V. M. ce qui existe de plus essentiel.

Dans une conversation que j'ai eue avec le premier médecin Lassone, il m'a assuré que la santé de la reine était très-bonne quant au fond, mais S. M. éprouve cependant quelques légères incommodités qui, sans être de conséquence, exigent de n'être pas absolument négligées. Quoique la reine soit très-sobre, qu'elle ne prenne aocune nourriture irritante et qu'elle n'use d'aucune boisson fermfmtée^ elle a, malgré cela, le sang fort échauffé , ce qui se manifeste par des aphthes dans l'intérieur de la bouche , par une constipation fréquente

main U note sniyante : « Voilà le billet de la reine snr le vôtre, qui me paraît bien. EDe» saurait faire ni dire assez sur votre compte et sur notre reconnaissance. » Voici la kttndi Marie- Antoinette : « Ce 15 mat. — Je ne pensais, Monsieur, qu*à exprimer à mon sagoii* mère mon sentiment le plus vrai sur Tayantage qu'elle a d*aToir un ministre woêA fid& ^ aussi capable que vous. Je suis sensible au prix que vous mettez à mon témoignage , et diff* mée que ma chère maman vous en ait fait part, puisqu'elle me procure bien l'oocasioii de k confirmer et vous assurer tout à la fois et ,de ma plus haute estime et de la recoonsiMM* que je conserverai toute ma vie pour les services que tous ne cessez de rendre pour œtli alliance qui m'est si précieuse. »

et par an dérangement dans le sommeil. Ces symptômes décident Lassone à suspendre le projet d'user des eaux minérales , et il leur substitue du lait d'ânesse, sans renoncer à proposer un voyage aux eaux de Forges quand les circonstances pourront le comporter. Les petites inconmiodités dont il s'agit n'empêchent point la reine de suivre ses habitudes ordinaires ; il serait à désirer qu'il y entrât un peu plus de repos et moins de veillées. C'est à cette dernière cause que Lassone attribue les plus mauvais effets , et entre autres celui d'éloigner une grossesse. D'après l'apparence bien fondée que la reine aime à veiller et à danser^ tout le monde s'empresse à lui procurer ces sortes d'amusements. Il y a eu toutes les semaines des petit» bals à Versailles chez les femmes de la cour qui se trouvent logées de manière à pouvoir donner de pareilles fêtes ; elles n'ont d'ailleurs aucun appareil et roulent sur fort peu de monde. Ces di- Tcrtissements, purement de société, n'en sont que plus vife et plus prolongés ; ils ont par-dessus cela les inconvénients d'un choix et d'une faveur exclusive, d'où il naît des jalousies, des dégoûts, et encore plus d'occasions d'extorquer des grâces , ce qui, à tous égards, entraîne des conséquences âcheuses.

La cour viendra incessamment passer neuf jours à la Muette , et ce sont les couches de la comtesse Jules de Polignac qui décideront le moment de ce voyage. Le public de Paris n'applaudit pas du tout h ce motif, et le regarde comme une démonstration de faveur trop exagérée.

La reine a marqué une bonté très-particulière à toute la famille du prince George de Darmstadt, qui est ici à la poursuite d'un procès. Ce prince , le prince héréditaire son beau-fils , et les princesses xnère et filles ont eu l'honneur de dîner avec S. M. au château du Petit-Trianon. Le baron de Breteuil a été admis à ce dîner ; il a d'ailleurs éprouvé en plusieurs occasions des grâces très-distinguées ^t des plus essentielles, en ce que la reine a daigné protéger efficace- Xuent ses vues sur un commandement de province dont il a l'assui*ance éventuelle. Cet ambassadeur est parti très-content, et bien persuadé que les intentions favorables de Y. M. à son égard ont décidé la reine à le traiter avec tant de bonté.

La revue des régiments des gardes françaises et suisses, qui se fait ohaque année, a eu lieu le 8 de ce mois. Toute la famille royale y a , et selon l'usage la reine avait nommé un nombre de femmes

30 MERCY A MABIE-THÉRÈSE.

le Paris ponr être à sa suite. Ce cortège a été très-brillant , et le grand concours du peuple que cette occasion avait rassemblé a donné par ses acclamations des marques de zèle et de dévouement pour la reine. S. M. reçoit constamment le même accueil lorsqu'elle parait en public ; cela est arrivé moins fréquemment dans le courant du mois, la reine n'étant venue qu'une seule fois au spectacle.

Je n'apprends pas que, pendant mon absence, il se soit passé la moindre chose de remarquable dans l'intérieur de la famille royale. J'ai rendu compte de ce qui s'était passé lors de la dernière promotion militaire , dans laquelle les protégés de la reine ont eu toute préférence ; il s'en est cependant trouvé un nombre de mécontents , et leurs clameurs contre le prince de Montbarey ont suffi pour lui attirer une apparence de discrédit qui a fait tenir beaucoup de propos et lui a donné assez d'inquiétude. Le directeur général des fi nances a été à peu près dans le même cas ; mais l'opinion de la rein lui est plus favorable et lui donne plus de moyens à écarter les at^ teintes que l'on voudrait lui donner dans l'esprit de S. M.

Le garde-noble (1) arrivé le 12 m'a remis les très-gracieux or de y. M. en date du 30 avril , et .je me suis rendu sur-le-champ Versailles pour présenter à la reine les lettres qui lui étaient adres

sées. Je trouvai S. M. dans ses cabinets, où elle daigna s'entretenû fort longtemps avec moi sur divers objets ; il fut beaucoup questioi de la favorite , des ministres et d'un nombre de gens de la cour. EIll e fit la lecture de ses lettres, en commençant par celle de Y. M. ; elHle parut extrêmement satisfaite de celle qu'elle recevait du prince Kauuitz. La reine parla beaucoup des grandes qualités de ce nistre, et ajouta qu'elle était bien aise d'avoir une occasion de L^iu marquer elle-même par sa réponse l'estime et la vraie affection qu'elJfe lui conservait.

La reine passe souvent les journées à son château de Trianon et quelquefois les soirées ; on y donne alors des spectacles , auxqtaeb le roi se trouve régulièrement ; il n'y a que l'intérieur de la cour qui soit admis à ces petites fêtes ; elles commencent par des promenades

(1) En 1780 1a cour d'Autriche substitua comme porteurs des dépêches aux conrriende cabinet de jeunes officiers de la garde -noble hongroise. L*objet de ce changement était de procurer à ces jeunes gens l'occasion de voyager en pays étranger etd*en rapporter d'otiki notions. On recommandait aux ministres et ambassadeurs résidents de leur procurer tootiei les facilités pour rendre leurs séjours fructueux et agréables.

dans le» jardins jusqu'à Theure du souper, après lequel on se rend au théâtre , et ce que cet arrangement a de plus utile , c'est qu'il fait diversion aux jeux de hasard.

Paris j 17 mai. — Deux jours après mon départ pour Brest, l'abbé de Vermond, qui était alors à Versailles, y tomba malade d'une fièvre bilieuse qui l'a retenu dix à douze jours dans la chambre, et l'a mîs dans une sorte de danger. Cet accident, dont j'ai été informé en Bretagne, m'a fait hâter mon retour. J'ai retrouvé l'abbé presque entièrement rétabli ; il a eu lieu d'être bien pénétré des marques d'intérêt et de bonté que la reine a daigné lui donner à l'occasion de cette maladie ; mais comme elle l'avait empêché de faire son service ordinaire auprès de S. M., nous nous sommes vus, lui et moi, un peu arriérés dans le courant des différents objets dont il s'agit de reprendre le fil. Quelques moments d'audience que j'ai eus de la reine n'ont point encore suffi à cet effet. Je suis bien sûr que S. M. daigne me confier tout ; mais la rapidité avec laquelle les choses se succèdent ici et la grande variété des matières rendent presque imposi^ible d'en parler avec ordre, et ce n'est que par une suite de conversations qu'il y a moyen d'éclaircir les faits. Ce que j'aperçois le plus distinctement, c'est que la comtesse de Polignac gagne de plus en plus , et que sa faveur ressemble à un prestige inconcevable. Je me vois obligé d'user de toutes les précautions possibles dans ce que j'ai à dire à la reine sur ce chapitre, et il devient infiniment difficile de lui exposer les remarques utiles à son service , pour peu qu'elles contrastent avec l'extrême prédilection dont jouit la favorite. La reine veut absolument se trouver présente au moment où cette comtesse accouchera. J'ai représenté à S. M. qu'il y avait toute sorte d'inconvénients à ce projet. La reine a le genre nerveux si délicat et irritable que le seul spectacle de voir soufi'rir une personne qu'elle aime peut causer une révolution fâcheuse à sa santé. Le premier médecin Lassone est de cette opinion ; mais comme il n'a pas le courage de la faire valoir, je me trouve peu en force pour persuader en pareilles occasions. Il est très-probable que la comtesse de Polignac, après ses couches , aura le titre de duchesse. Je sais que lareiue y pense, et, dans le fond, c'est de toutes les grâces celle qui

sera le moins à critiquer, attendu que la famille de Polignac est faite à tous les égards pour obtenir une pareille décoration ; mais il s'agit de plus de l'achat d'une terre de douze à quatorze cent mille livres, et cet article, s'il est ajouté à tous les autres, ne peut manquer de faire une grande et f&cheuse sensation. Le ministre de la finance s'y oppose avec fermeté ; la reine, par conviction de raison, ne lui en sait aucun mauvais gré ; mais il est à craindre que le comte de Maurepas ne décide le roi à faire ce don , et le public croira que c'est la reine qui l'a voulu. Dans le cas où le baron de Breteuil f&t mis en même de parler à Y. M. de cette matière, je dois observer que l'ambassadeur susdit a été recherché et fort accueilli par la comtesse de Polignac, qui désirerait ménager un mariage pour son fils avec la demoiselle de Matignon, petite-fille du baron (1). Ce dernier, sans prendre d'engagement formel , a été bien aise de saisir un moyen à se mettre bien auprès de la favorite. Il en a en effet tiré bon parti, et je prévois qu'il pourrait être disposé à en parler avec un peu de partialité.

Le contenu de la très-gracieuse lettre et dupost-scriptum de V. M. exige que j'expose quelques remarques, et je conmiencepar celles qui ont trait à la coadjutorerie de Cîologne. La chancellerie d'État vient pour la première fois de me parler de cette grande affaire, en mettant en question s'il convient d'en faire dès ce moment confidence à cette cour, ou s'il est plus expédient de différer encore quelque temps, et je crois qu'à tous égards ce dernier parti est préférable. J'en déduia les raisons dans ma dépêche d'office ; aussitôt qu'il y aura certitude morale sur la bonne volonté des chapitres , le comte de Mettemich pourrait être autorisé à m'avertir, et je serai encore fort à temps de donner ici toute l'apparence de confiance dans une chose de laquelle la France n'a aucun droit de se mêler, et qu'elle ne peut rabonnablement prétendre qu'on lui dise avant un certain point de maturité. Je crois donc devoir garder encore la lettre adressée à la reine, et ce qui me confirme dans cette opinion, c'est la manière dont s'exprime l'électeur de Cologne , en mandant à V. M. que le secret est encore nécessaire et la vigilance des soup<^onneux extrême. Je re-

(l}Mll«de Matignon, dont la mère était veuTe, se trouvait exceesivement riche ;elle nV Tait encore que six ans. Ce mariage avec le jeune Armand de Polignac, fils de la comtesse^ fat en effet décidé, puis rompu.

mets ici les pièces communiquées sur cette matière, en attendant que de nouveaux ordres de V. M. règlent la suite des démarches que j'aurai à faire ici.

Relativement à la prochaine entrevue de S. M. Fempereur avec rimpératrice de Russie, il semble que tout a été prévu dans les notes rédigées par le prince de Kaunitz , et que cette circonstance ne peut rien produire de bien embarrassant. Les insinuations odieuses du ministre de Prusse font à cet égard aussi peu d^ effet ici que je me Tétais imaginé. Encore en dernier lieu, le comte de Vergennes s'en est expliqué vis-à-vis de moi d'une manière très-raisonnable, en me confiant les propos du baron de Groltz et les réponses que lui, Vergennes, 7 avait faites. Je rejoins pareillement ici les pièces que y. M. a daigné me confier sur cet objet.

Je demande très-humblement pardon à V. M. d'avoir omis de rendre compte, par le dernier courrier, de ce qui a trait au directeur général des finances Necker et son épouse ( 1 ). Dès le mois passé j'avais eu occasion de les informer l'un et l'autre de ce qu'il a plu à V. M. de me marquer à leur sujet. Ils en ont été si pénétrés qu'ils ne pouvaient trouver d'expressions à rendre leurs sentiments profonds et très-respectueux. M"' Necker me sollicita de lui relire encore ce qu'elle venait d'entendre, et en admirant les grâces de V. M., elle aurait fort souhaité que je lui donnasse copie d'un témoignage de bonté si auguste, et qu'elle m'assurait ne désirer que pour conserver en secret, et se procurer la grande satisfaction de pouvoir le relire de temps en temps. J'ai dû me refuser à cette demande, et j'ai fait sentir que mes devoirs s'y exposaient. Le mari et la femme me prièrent ensuite de ne pas laisser ignorer à la reine l'opinion que V. M. daignait avoir d'eux, et je n'ai cru devoir faire aucune difficulté de le leur promettre, ainsi que je m'en suis en effet acquitté dans un de mes voyages à Versailles. La reine a paru entendre avec plaisir ce que j'avais & lui dire à ce sujet, et le suffrage de V. M. l'a engar ^ée à dire sur le sujet des deux personnes en question tout le bien qu'elle est portée depuis longtemps à en penser.

L'abbé de Vermond est actuellement à Versailles ; nous nous sommes concertés ensemble sur de nouvelles représentations trèsinstantes à faire à la reine sur la nécessité d'un régime plus tran-

fl) Voir pluB haut la pièce XIV, page 40C.

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quille, n est infiniment essentiel que l'on puisse bientôt employer Tusage des eaux ferrugineuses, dont Teffet ne serait pas douteux si elles étaient prises avec les précautions et la suite nécessaires.

La jeune princesse, fille du roi, continue à jouir de la plus parfaite sant^.

J'ai mis le garde-noble qui est expédié aujom'd'liui à portée de voir la reine, qui a parlé assez longtemps avec lui, et a ordonné qu'il fût conduit auprès de la jemie j^rincesse. Je ferai tout ce qui sera possible pour que ces officiers tirent le parti le i)lus utile de leurs séjours à Paris, et qu'ils en évitent les inconvénients qui ont donné lieu aux remarques mises sous les yeux de Y. M.

La reine se propose d'offrir à V. M. un exemplaire des œu^Tes de l'abbé Métastase, et elle en destine xm autre exemplaire pour être remis en son nom & ce célèbre auteur. C'est de son propre mouvement que la reine a eu cette dernière idée ; mais comme l'ouvrage n'est point encore imprimé en entier, j'ignore si les premiers volumes seront envoyés par l'occasion d'aujourd'hui (1).

Vienne^ 31 mai. — Comte de Mercy-Argenteau, J'ai reçu votre lettre du 17 par le garde- noble hongrois Doczy, arrivé ici le 26 de ce mois. Il serait & souhaiter que ma fille voulût se prêter au régime propre à éloigner tout ce qui pût altérer sa santé. Au reste les aphthes n'ont rien d'inquiétant : c'est un accident assez ordinaire dans la famille de Lorraine, qui l'a transmis dans mes enfants, surtout mes filles [vous direz cela de ma part à Lassone]. La susiHînsion réitérée des habitudes matrimoniales n'est pas la marque d'une passion bien vive entre les deux époux.

L'inclination de ma fille pour la comtesse de Polignac paraît trop aflermie pour pouvoir la détruire par des remontrances directes ; ce serait blesser sa délicatesse que de vouloir heurter de front ses goûts. Il pourrait suffire de lui faire envisager que Ton ne s'occupait que de sa propre gloire en tâchant de l'engager à mettre des bornes à

(1) L'édition de luxe des œuvres de MétaAtnsc dout p;irle Mercy fut publiée en douze Tolumes in-octavo, bous la direction de Pezzana, et dédiée A la reine Marie- Antoinette. Elle ne fut en effet achevée qu'en 1782.

penchant pour cette favorite. Le baron de Breteuil m'en a dit bien infini ; il a soutenu qu'il était avantageux pour la' reine d V r une compagne telle que la comtesse de Poliguac, qui lui était ichée de cœur et possédait bien des ressources pour contribuer aux Bfactions de sa souveraine. J'en suis convenue^ en l'assurant que ne rappelais toujours les amies, d'un âge plus avancé à la vérité,

j'avais; mais je lui ai fait sentir que je me doutais s'il conve- 1; de leur prodiguer des largesses trop fortes en argent. Le baron Breteuil n'a trouvé rien de trop dans celles que la reine voudrait curer à la comtesse de Polignac, ni de trop onéreux pour un roi de jice. J'ai trouvé à propos de ne plus y répliquer; au reste, je suis a aise que la reine a bien traité le baron de Breteuil, et qu'il est ti de Paris content. Je le suis également de Taccueil quelle a

à la famille de Darmstadt.

Tous aurez reçu entretemps un courrier du comte de Metternich ; ois impatiente d'apprendre quelle sensation aura faite & la cour de aice la nouvelle de nos vues sur Cologne et Munster. Je compte ivoir bientôt vous informer du succès de l'entrevue de Moliilew. je prompt rétablissement de l'abbé Vermond m'a bien réjoui ; la te de cet honnête homme aurait été irréparable. [ Sa maladie m'a 1 frapp;'»e ; c'est un sujet unique de zèle et d'attachement.] Te ne désapprouve pas que la reine soit informée de mes sentiats pour les Necker ; je pense môme les lui faire connaître en ips et lieu. Vous avez au reste bien fait de ne pas leur donner ie de ce que je vous ai mandé sur leur compte, parce qu'ils en aient fait peut-être trop d'ostentation. [Si vous ne craignez les tations, vous pouvez en disposer! ]

Te recevrai avec plaisir l'exemplaire des œuvres de Metastasio I ma fille va m'envoyer. J'ai fait prévenir cet auteur de l'autre mplaire qu'elle lui destine ; il en est infiniment flatté ; [je n'ai

cru pouvoir difl'érer d'un jour cette consolation à ce digne vieil-

hi

Te suis bien aise que l'indispositioli dont vous avez été attaqué 18 votre voyage à Brest n'a pas eu des suites. [Je me suis bien retenue avec Breteuil sur votre santé ; je n'en ai pas eu toute la isfaction ; il faut penser qu'on vieillit tous les jours et vous conirer pour le bonheur de la mère et fille.]

Ce 16 Juin. — Madame ma très-chère mère, La peine de ma chère maman augmenterait encore la mienne, s'il était possible. Depuis que je sais mon oncle (1) sérieusement malade, je suis dans une agitation et une douleur que je n'avais jamais éprouvées. En toute occasion il m'a toujours témoigné amitié et tendresse. Je m'y suis attachée comme si j'avais eu le bonheur de le voir et le connaître personnellement ; et quelle triste perspective de voir s'éteindre le dernier de la maison de Lorraine ! Son âge n'est pas encore si avancé qu'il n'y eût bien de la ressource ; mais on dit qu'il se trompe fort sur son état : à peine se croit-il malade. Lui qui est si bon, si aimé à Bruxelles et dans tout le pays , il se refiise à tout ce qu'on lui conseille pour sa santé. On m'assure qu'il veut faire refermer des ouvertures qu'il a aux jambes ; cependant c'est un des plus grands moyens de le sauver. J'en ai le cœur navré.

L'élection de mon frère Maximilien (2) doit être finie à heure , au moins assurée. J'ai parlé cette semaine au neveu de M. d Belderbusch, qui est ministre de Cologne ici, et lui ai bien recom mandé de faire tous mes remercîments. La semaine dernière M. d Châlons , ministre du roi à Cologne , est parti pour s'y rendre. Il eu ordre de faire connaître à l'électeur et au chapitre que le roi ver rait avec plaisir l'élection projetée, et moi, je l'ai bien chargé d — ^e parler de mon amitié pour mon frère , du vif intérêt que je prends à

ce qui le regarde , et du bon gré que je saurais à tous ceux qui com^aitribueront à son élection. Je désire bien vivement le retour de Vi

pereur, pour tirer ma chère maman d'inquiétude sur son voyage. lU^Ha chère maman est inépuisable en bontés et attentions ; je savais dé ià que les aphthes sont plus incommodes qu'inquiétants ; robservatic:=)fl de ma chère maman n'en est pas moins bonne pour Lassone. JWdb santé est bonne et fortifie mes espérances pour l'avenir. Quel hc^nheur ce serait pour moi , étant aussi sûre que ma chère maman p^xrtagerait toute ma joie ! Permet-elle que je l'embrasse de tout K^m

(1) Le prince Charles de Lorraine, beau frère de Marie-Thérèse et gouyemeor des £^J> Bas.

(2) A Télectorat de Cologne ; l'élection se faisait par le chapitre.

cœar? Je n'ai pas reçu l'enseigne de l'eau divine; ma chère maman en recevra encore un autre essai par le courrier.

Paris, 18 juin. — Sacrée Majesté, Le séjour d'une semaine que la cour a fait le mois dernier à la Muette n'a rien eu de bien remarquable. Les couches de la comtesse Jules de Polignac en étaient l'objet et en avaient décidé le moment. La reine, se trouvant à portée de sa favorite, a été la voir régulièrement tous les jours. S. M. venait quelquefois le matin ; alors elle dînait chez la comtesse et restait avec elle jusqu'à l'heure de la soirée qui était indiquée pour se rassembler au salon de la Muette, où il y avait jeu avant et après souper. A l'exception de ce qui compose le service ordinaire, le nombre des personnes externes admises à faire leur cour a été peu nombreux. La reine se retirait de bonne heure ; elle s'était assujettie à un régime plus suivi, qui a fait disparaître les petites incommodités que S. M. avait ressenties pendant quelque temps. Comme ce n'était qu'un peu d'échauflFement, le premier médecin Lassone n'a employé que les remèdes les plus simples , c'est-à-dire Tusage du petit lait mêlé avec une décoction de laitues. Maintenant la reine se retrouve dans son état de santé ordinaire, et il y a tout lieu de s'assurer qu'elle sera constamment bonne , si S. M. veut s'abstenir des veillées qui ont été les seules causes de ces légères indispositions.

Pendant le séjour à la Muette, le roi a été voir la comtesse de Polignac ; c'est la seule maison particulière de Paris où le monarque floit entré depuis qu'il règne, et une distinction si marquée a presque £ût plus de sensation dans le public que'toutes les grilces utiles accordées à la favorite.

La cour est rentrée à Versailles le 24 de mai pour y assister aux offices et à la procession de la Fête-Dieu. Depuis ce temps-là, la reine est venue en ville deux fois la semaine ; S. M. y passait quel-* ques heures chez la comtesse de Polignac; elle se rendait ensuite à tm des spectacles de la ville, et était de retour à Versailles pour l'heure du souper. Les chasses à Saint-Qubert ont recommencé à la fin de mai ; le roi y passe la journée entière chaque lundi; il y soupe et revient après minuit; c'est celui des petits voyages qui plaît le moins à la reine; cependant elle n'en manque aucun, et son

438 MERCY A MARIE-THÉHÈSE.

auguste époux paraît fort sensible h cette complaisance. Il y a longtemps que la reine est fort attentive à lui marquer toutes celles de ce genre qu'elle croit pouvoir lui plaire. Cette réciprocité d'égards produit reflFet le plus désirable; il en résulte que le roi n'a d'autre société habituelle que celle de sa famille , et que tous les alentours dangereux sont écartés. La reine a parfaitement senti l'importance de ce système , et il n'est plus nécessaire de lui faire la moindre remarque à ce sujet. C'est dans ce principe que S. M. a imaginé les petites fêtes qu'elle donne de temps en temps à Trianon, et qui ont constamment bien réussi. Le V de ce mois il v en a eu une dont les appréis ont été plus étendus que de coutume; elle commença par une belle ilhmiination des jardins ; après le souper on se rendit au spectacle, ensuite à la promenade, qui fut prolongée avant dans la nuit ; un assez grand nombre de femmes de Paris ont été admises à cette fête. La reine se fait une occupation agréable de marquer dans ces occasions des bontés plus particulières aux personnes qui s'y trouvent, et tout le monde a lieu d'être très-content.

Selon les apparences , la cour ne se déplacera pas avant le mois de septembre. 11 n y aura pas de voyage à Compiègne, et celui de Fontainebleau reste indécis. Une grande partie de la noblesse allant passer la belle saison à la campagne, et tous les militaires étant absents, le séjour de Versailles offrira peu de ressources du côté des amusements. La reine a été instamment suppliée de retrancher celui des promenades qui se faisaient l'année dernière après le souper; S. M. en a éprouvé dans le temps des indispositions, et cela paraît la persuader.

Je n'ai rien à ajouter aujourd'hui sur ce que mes précédents et très-humbles rapports ont exposé relativement à la bonne union qui subsiste dans l'intérieur de la famille royale. Cette circonstance heureuse n'a été depuis bien longtemps traversée par aucun incident. Les deux princes, frères du roi , et les princesses leurs épouses sont très-attentifs à plaire à la reine, qui les traite avec amitié. M. le comte d'Artois tient une conduite plus réservée que par le passé. Mesdames tantes, quoique menant une vie assez retirée, restent avec la jeune famille dans un degré de liaison proportionné à leur ftge et à la manière d'être qu'elles ont cru devoir adopter, de façon que les choses en sont à cet égard à Versailles dans la plus juste mesure, et la plus propre à y maintenir la meilleure harmonie.

Les audiences que j'ai eues de la reine sur l'objet de la coadjutorerie de Cologne ont donné lieu à plusieurs circonstances intéressantes que je n'exposerai point ici, parce qu'elles se trouvent amplement déduites dans un de mes rapports d'office précédents, ainsi que dans celui que j'adresse aujourd'hui à la chancellerie d'État. La reine a mis de l'intérêt et de la suite aux démarches que j'ai cru devoir lui proposer, et elles auront sans doute l'effet que l'on peut s'en promettre pour autant que cela regarde cette cour-ci.

Le courrier mensuel arrivé le 11 m'a remis les très-gracieux ordres de y. M. en date du 31 du passé. Je ne tardai pas à aller présenter les lettres adressées à la reine, et j'eus en môme temps occar sioD de rendre compte à S. M. des incidents qui étaient survenus dans l'objet qui concerne son auguste frère. Cette matière fut écoutée avec le plus vif intérêt , ainsi que V. M. daignera l'observer par d'autres détails qui seront sans doute mis sous ses yeux.

Le mercredi 14 la reine, accompagnée des princes ses beaux-frères ^t des deux princesses leurs épouses , avec une suite peu nombreuse , et fait une petite excursion à douze lieues de Versailles pour voir, dans xin endroit nommé Ermenonville, un jardin à l'anglaise qui a beaucoup de réputation dans ce pays-ci et qui appartient à un particulier (1). Comme la route à prendre est dirigée par Paris, S. M., pour avoir une avance de quatre lieues sur la journée, était venue coucher * la veille à La Muette ; mais elle avait eu l'attention de ne partir de "Versailles qu'après la partie de jeu que le roi fait ordinairement à X'issue de son souper. La reine a été de retour à Versailles dans la soirée du jour oh elle avait fait cette promenade.

(1) Voir plus liaut siir Ermenonville la note 2 de lu pape 72. — Grimm, dans bu Corret'

.^fs^ondnnce, tome V, page 140, raconte ainai cette visite : « La reine a été voir ces jours

'^^aasés les jardins d'Ermenonville, accompagnée de toute la cour, excepté le roi. On a sa

^^a*eUe s'était arrêtée assez longtemps dans l'tle des Peupliers, dans cette tle bienheureuse où

^^repoeent les cendres de Jean-Jacques Housseau, et Ton aurait bien voulu se persuader que la

^^érotion à la mémoire du saint philosophe avait été* le principal objet de l'auguste pèleri-

'^^a^. Mais tant de gloire ne parait pas avoir été réservé à ses {misibles mânes. On a con-

v^idéré le tombeau^on a trouvé Tarchitecture simple et de bon goût, le site des lieux qui

X'entonrent d'une mélancolie douce et romanesque , et Ton a paru s'occuper ensuite d'autres

-^:>bjet8, sans avoir marqué aucune esi>èce d'intérêt pour le souvenir de l'homme auquel ce

Xnonnment a été érigé. »

Paria, 18 juin. — Sacrée Majesté, On s'attendait à ce que la comtesse de Polignac aurait le titre de duchesse avant d'être relevée de ses couches ; mais cette grâce a été retardée jusqu'à présent. Toute cette famille presse moins sur les faveurs honorifiques que sur celles qui sont d'une utilité plus réelle, et dans ce dernier genre ils n'ont pas encore rempli tout ce qu'ils semblent se promettre. En cela on ne peut tout au plus que modérer les mouvements de la reine , sans oser se flatter de les arrêter. Nous nous sommes permis, l'abbé de Vermond et moi , plusieurs représentations sur toutes les clameurs publiques qui se sont élevées dans ces derniers temps. La reine les regarde comme des effets de l'envie et de la jalousie ; il est bien vrai que l'une et l'autre y entrent pour quelque chose ; mais cela ne détruit pas les très-justes plaintes sur l'excès des bienfaits accordés à la faveur dans une conjoncture où tant de gens s'eflforcent à les mériter en servant l'Etat.

Deux jours après le départ du courrier de mai, j'en reçus un du comte de Mettemich pour m'instruire de l'état favorable où se trouvait l'affaire de la coadjutorerie de Cologne. Je ne tardai pas à prendre ici les mesures en conséquence, et je crus que c'était le moment de présenter à la reine la lettre de V. M. que j'avais depuis longtemps entre les mains. A l'exception de cette circonstance, que je n'ai pas dû insérer dans mes rapports d'office , ils contiennent tous les détails relatifs à cette matière, et je vais passer au contenu de la très-gracieuse lettre de V. M.

J'ai dit à Lassone ce que V. M. m'a ordonné de lui faire connaître au sujet de la cause à laquelle on doit attribuer les aphthes dont li reine est incommodée de temps à autre. Le premier médecin a été bien aise d'avoir cette notion, qui prouve le peu de conséquence di ce léger accident. Quoique la santé de la reine soit parfidtement n mise et que les habitudes matrimoniales aient repris comme ci-d( vaut, cependant il ne survient encore aucun indice de grossesse, sanai que l'on puisse se figurer d'où provient ce fâcheux retardement, sone est à l'égard de l'usage des eaux minérales dans une perplexit^-^^ qui tient un peu à son caractère timoré ; je ne cesse de le presser" ^^^^^ pour qu'il décide son avis de manière ou d'autre. Il ne peut être diP:

ficile aax gens de Part de juger de ce qui est convenable en pareils cas, et il semble que c'est un très-grand mal de n'y pas recourir plus tôt que plus tard.

Je vois que je ne m'étais pas trompé dans les conjectures, annoncées par mon très-humble et dernier rapport, sur le langage que le baron de Breteuil tiendrait à V. M. relativement à la comtesse de Polignac. Cet ambassadeur a réglé ses assertions im peu plus sur des convenances personnelles que sur un vrai zèle et l'exacte vérité. Je m'en tiendrai au reste bien attentivement à ce que V. M. daigne me prescrire dans la forme des remontrances à faire sur cet article. H n'y a en effet d'autre moyen que celui de tâcher d'arrêter un peu les trop grands effets de la faveur, d'en dévoiler les abus quand ils ont lieu, et de laisser au temps le soin de ramener les choses dans leurs justes bornes.

Helativement à l'affaire de la coadjutorerie de Cologne, je n'ai rien & ajouter, si ce n'est que la reine a mis beaucoup de suite et de chaleur à cet objet. Elle a toujours conservé une grande sensibilité pour IM" l'archiduc Maximilien, et en général pour ce qui touche personxiellement ses augustes frères et sœurs. La reine est maintenant fort occupée de l'entrevue de Mohilew ; elle daigne m'en parler souvent et paraît fort empressée d'en apprendre l'issue, qui deviendrait à tous égards bien intéressante si elle avait donné les moyens à S. M. l'emj>ereur de porter quelque atteinte au crédit du roi de Prusse, et c'en serait une bien marquée si l'impératrice de Russie se refusait de j>rendre part & la conduite révoltante que tient son allié dans l'affaire ^e Cologne.

J'ai dit à l'abbé de Vermond l'extrême bonté avec laquelle V. M. ^ daigné s'expliquer sur sa maladie ; il est profondément ])énétré de ^Cîette grâce. Quoique son zèle n'ait jamais varié, il est cependant de- ;^uis quelque temps beaucoup plus assidûment à Versailles. Quant à <^ qui regarde le directeur-général Necker et son éi)0U8e, je crois que ^^e serait les exposer à une trop grande tentation que de leur donner Ciopîe de ce que V. M. a daigné me mander sur leur sujet ; conséquemje m'en abstiendrai, pour éviter tout abus qui pourrait résulter ^une grâce si distinguée.

Lia reine vient de me faire remettre les exemplaires reliés des œude Metastasio pour V. M., pour l'auguste famille et pour l'auur, Conune le tout forme deux caisses très-pesantes et impossibles

à transporter sur les petites voitures des gardes-nobles, je vais les expédier par les rouliers, faute de voie plus prompte à les faire parvenir.

Les f&cheuses nouvelles qui arrivent ici sur l'état où se trouve M»' le prince Charles de Lorraine affectent beaucoup la reine , qui a une amitié particulière pour le prince son oncle. Elle sait combien V. M. Taffectionne, et j'ai vu que c'était un des grands motifs qui ajoute à son sentiment personnel.

Le garde-noble qui est expédié aujourd'hui a eu occasion de voir Madame, fille de la reine. Cette jeune princesse jouit de la plus parfaite santé, et sa figure se déploie de jour en jour d'une manière plus avantageuse.

J'éprouve une nouvelle et bien grande marque de clémence et de grâce en ce que V. M. a daigné penser à l'état de ma santé dans l'audience qu'elle a donnée au baron de Breteuil. Le désir de marquer utilement mon zèle pour la personne sacrée de V. M. et pour son auguste fille sera toujours un des motifs qui m'attachera le plus à la vie ; cette vérité est mieux gravée au fond de mon âme qu'il ne m'est possible de l'exprimer.

Schdnbrun?i, ^0 juin. — Comte de Mercy-Argenteau, J'ai votre lettre du 18 par le garde-noble hongrois Vass, arrivé ici 1^ -^e 27 de ce mois.

Par plus d'un trait il est assez constaté que la famille de PoIîk: Jgnac est plus attachée .à l'intérêt qu'aux distinctions honorifiqi C'est aussi l'article qui m'inquiète le plus par rapport *au pencha de ma fille pour sa favorite, et sur lequel je voudrais qu'elle At ph retenue ; [c'est du temps seul à espérer un changement.]

Quel que soit le sentiment de Lassone sur l'usage des eaux min é-

raies, je serais plus portée pour celui de l'acier (1), vu le bon effet q w

s'en est suivi par la grossesse de ma fille après en avoir fait 1'^ -^

(l)Le8 boules de mare, c'est-à-dire de fer {rojez plus haut, page 840, note) on d'i sont ainsi nommées parce qu'on les'prépare en faisant passer une première décoction de pUz^ "^ vulnéraires sur de la limaille de fer ou, pour obtenir finalement ime poudre plus fine, sur àe la limaille d'acier. Au résidu pulvérisé on ajoute le produit d'une seconde décoction L ^ <iuelle on a joint du tartre brut. On emploie ces pilules contre la chlorose.

ive. Mais je De saurais plus vous dissimuler les inquiétudes que d^abord conçues sur Taccident effrayant arrivé & ma fille dans loment de son accouchement, inquiétudes qui me reviennent tou- B. Cet événement n'aurait-il pas été produit par un attentat, de lalice la plus noire à la vérité, mais pas tout à fait impossible s une nation oii il y a nombre de scélérats, [et toute intrigue,] r mettre ma fille hors d'état de porter des enfants? Ce ne sont des doutes et môme des doutes très-vagues, mais qui ne laissent de m'occuper.

l'affaire de la coadjutorerie de Cologne et de Munster va prendre tournure toujours favorable. J'espère que l'issue y répondra, à DS d'une levée de boucliers de la part du roi de Prusse. Je me te cependant qu'il voudra s'y déterminer, sans pouvoir colorer 5 démarche d'un motif du moins plausible en apparence. 3 communiquerai à ma fille quelques nouvelles sur l'entrevue de lilew [je n'en ai pas moi-môme ; ce voyage est pour moi de toute D des plus tristes.] Tout s'y est bien passé jusqu'ici, mais le ps seul pourra en faire voir l'effet.

e qui me console toujours le plus est la bonne harmonie entre les c époux et la tranquillité dans l'intérieur de la famille, en atten- : que le temps et la réflexion opéreront ce qu'il y a à rectifier, approuve votre délicatesse à ne pas donner à Necker copie du pas- 5 de ma lettre qui le concerne, quelque peuque je suis mécontente llenrs que les gens sachent comment je pense sur leur compte.

ehônirunn, QOjum. — Madame ma chère fille. J'étais bien touî de la &çon que vous vous être prise sur la coadjutorerie de Co- 16 : cela ressemble au tendre cœur de ma chère fille pour sa fae; mais je ne l'étais pas moins de la façon comme le roi s'est liqué par rapport à vous et à moi. Je vous charge de lui en marr combien j'étais touchée et que j'y compte, qu'il peut être as- 1 que c'est le seul moyen de faire du bon en empire, d'avoir le même ^e. Nous n'en abuserons jamais ; mais nous préviendrons par îs cabales des autres , dont ils se servent adroitement , et même ros ministres qui parlent toujours selon leur instigation , la pluétant de jeunes gens qui croient par là se faire valoir.

L'état de mon cher beau-frère me désole. Je lai étais , et à juste titre, tendrement attachée ; il était la bonté même, et a rendu sa province lapins heureuse de la monarchie. Vous dites fort bien que c'est triste de voir éteindre la maison de Lorraine! Vous avez bien raison; j'ai eu le malheur de voir celles d'Autriche et de Lorraine s'éteindre, et elles ne revivent qu'en vous, mes chers enfants ; puissent leurs vertus et bontés s'éterniser en vous ! Vous avez de beaux exemples. Je n'espère plus rien pour ce prince ; il pourra traîner, mais misérablement ; il ne veut pas connaître son état, il lutte contre. Il m'a écrit une assez longue lettre par le courrier le 20 de ce mois, qui m'a fait grand plaisir, où il ne me dit rien que fort légèrement sur sa situation.

J'ai envoyé à Mercy un extrait des nouvelles que j'ai du voyage l'empereur. Il ne m'écrit que peu, étant surchargé de fêtes et re — présentations , et il ne pourra s'expliquer cordialement, les courriers passant par les états des Russes et de la république de Pologne , e^ même à cette heure de Pétersbourg par ceux de Prusse. Ce ne se — rait pas la première fois qu'un courrier fût perdu. Il vaut mieux n»rien risquer, pour ne pas gâter les choses ; pour les amélioror, je n-a crois pas qu'on y pense et oserait se flatter. Ce voyage me fait bie"~ de la peine, et encore un qui mettra le comble à mes inquiétudes^ surtout après la terrible émeute, inouïe entre les puissances civi^^ sées, qui vient de se passer (1). Voilà cette liberté tant prônée, cet-^législation unique! sans religion, sans mœurs rien ne se soutieczs On parle d'un grand avantage remporté à la Caroline par les A. m glais ; j'en serais bien fâchée : cela les rendra encore moins traitabl^sifir^ et la paix que je souhaiterais tant, éloignée.

Vous dites que je suis inépuisable en attentions ; je le suis en teih dresse et n'ai d'autre occupation plus chère que d'être occupée de mes chers enfants. Ce sont les seuls moments heureux de ma ne pénible ; la charmante reine de France ne contribue pas peu, mais il nous faut un dauphin. Jusqu'à cette heure j'étais discrète, mais i la longue je deviendrai importune. Ce serait un meurtre de ne pas donner plus d'enfants de cette race, car on dit une merveille de santé et de charme de votre chère petite.

Vous voulez vous charger pour me fournir l'eau divine. Toutes

(1) Marie-Thérèse fait allusion ici au voyage que Joseph II projetait en Angleterre, ti à la terrible émeute contre les catholiques, qui éclata dans Londres le 2 juin.

celles envoyées sont trop fortes. J'envoie une petite fiole à Mercy de mon ancienne , puisque vous en offrez si agréablement : cela me la rendra de toute feçon salutaire. Je vous embrasse tendrement.

XXXni. — MaRIB-AiîTOINETTE a MARIE-TH^RkSE,

Ce 13 juillet. — Madame ma très-chère mère, J'ai écrit & ma chère maman aussitôt que j'ai su la triste nouvelle de la mort de mon oncle ; mais comme le courrier de Bruxelles était déjà parti, je crains que ma lettre ne soit arrivée bien tard. Je n'ose plus en parler, pour ne pas renouveler une douleur si bien fondée.

J'ai raisonné avec Mercy sur l'affaire de Télection, que j'espère et sais impatiente de voir terminée. Il m'a paru fort content de sa dernière conférence avec M. de Vergennes. Je compte parler à M. de ^aurepas, l'avertir que M. de Goltz abuse de ses conversations, et l'engager & tenir un langage plus net. C'est une chose bien f&cheuse <iue cette interruption de courrier ! Il me tarde de savoir l'empereur revenu de ce long voyage ; il aura eu le plaisir de voir bien du pays. <2uoique je ne m'entende pas beaucoup à la politique, je doute qu'on poisse rien gagner auprès de cette impératrice. Mais comme mon :frère a de l'esprit, de la prudence , je suis persuadée qu'il ne gâtera rien , et que ceux qui feront pareille course après lui ne l'éclipseront pas. Pour l'autre voyage (1) , j'espère qu'il y pensera plus d'une fois «ivant d'aller dans un pays ennemi décidé de tous les souverains, et ob les lois les plus nécessaires & la tranquillité et à l'honnêteté publique sont réduites à rien par l'esprit de liberté et d'indépen- ^iance. La dernière émeute m'a fait frémir et m'a bien donné à penser. Xia prise de Charlestown est très-fàcheuse par les facilités et l'or- £;aeil qu'elle donnera aux Anglais ; elle l'est peut-être encore plus par la misérable défense des Américains ; on ne peut rien espérer ^l^aussi mauvaises troupes. J'ai dit au roi les bontés de ma chère maman ; il y a été fort sensible et m'a chargé de le lui témoigner, en lui renouvelant son respect et son attachement. Je suis ravie que ma <3hère maman ait envoyé l'essai de l'eau divine ; je vais en faire la comparaison , afin d'en être sûre ; je regrette seulement de n'en pouvoir envoyer que par le prochain courrier. Permet-elle que je l'embrasse?

(1) Celui d* Angleterre. Voir la lettre précédente de Marie-Tbérèse.

Paris, 15 jidllet, — Sacrée Majesté, Les détails les plus satisfaisants que j'aie à exposer très-humblement aujourd'hui à V. M., concernent le parfait état de santé où se trouve la reine, et il ne reste dans ce moment rien à désirer à cet égard. L'habitude de passer les soirées chez la princesse de Guéménée a repris en dernier lieu, et sans doute par la raison de l'absence de la comtesse de Polignac. La reine se rendait presque tous les soirs chez la gouvemante des enfants de France et y trouvait la société trop nombreuse et trop mêlée qui y a toujours existé. Il s'ensuivait un fort gros jeu et de trèî longues veillées. Ces deux inconvénients ont eu lieu paiement dani les soirées passées à Trianon ; la reine est de plus en plus occupée cette maison de plaisance, elle s'y rend presque chaque jour, soit W i

matin, soit l'après-midi ; S. M. n'y est suivie que par deux ou troi ^

personnes , hors les occasions des petites fêtes qu'elle donne au roi ^^t auxquelles il est admis beaucoup de monde.

Jusqu'à présent la reine a cédé aux instances qui lui ont été fait-'^s» de ne point se promener après le souper sur les terrasses du châte^^ de Versailles ; c'était de tous les amusements celui que le premier médecin Lassonc redoutait le plus & cause de l'intempérie que \es eaux stagnantes du parc occasionnent dans les heiures de la noit.

Maintenant que la comtesse de Polignac, bien rétablie de ses conches , est retournée h la cour, la présence de cette favorite a déji produit quelques changements dans la distribution des heures de h reine, et je prévois avec certitude que S. M. retranchera tout à fait les soirées qu'elle passait chez la princesse de Guéménée , oii depui« huit jours elle s'est rendue moins fréquemment. Le goût de la musique a un peu repris ; dans le courant du mois il y a eu deux ou trois petits concerts chez la reine, et dans quelques moments de la journée elle s'est occupée à jouer de la harj^e par forme de leçons. Il est «wvenu depuis peu à Versailles une grande tracasserie , dans laquel) les parties intéressées ont tenté vainement de faire intervenir reine. Madame , belle-sœur du roi , avait pour dame d'atours la chesse de l'Esparre, fille du maréchal de Noailles, à laquelle paraissait avoir accordé toute amitié et confiance. Cette ducb qui a beaucoup d'esprit et encore phis de manège, était le Cf

de la princesse et la dirigeait presque eu tout. Très-inopinément , et sans eu prévenir la duchesse de l'Esparre , Madame nomma une survivancière & sa place, et choisit une comtesse de Balbi (1) qui, pour des causes filcheuses et peu décentes , venait de se séparer de son mari. Une nomination de survivance contre le gré de la personne qui est dans l'activité d'une charge étant regardée ici comme un des plus grands dégoûts que l'on puisse éprouver, la duchesse de l'Esparre n'hésita pas à donner sa démission sur-le-champ. La famille de Noailles et leur nombreux parti éclatèrent en plaintes et mirent tout en mouvement pour porter la reine à donner quelques marques d*improbation contre un fait qui était dénoncé comme un affront, tandis que Madame, de son côté, n'oublia rien pour obtenir de la reine qu'elle parût approuver ce qui venait de se passer ; mais S. M. ne se laissa induire & aucun de ces deux désirs contraires , et elle mit une si juste mesure dans ses réponses que personne ne put en tirer le moindre avantage. Entretemps cette dernière circonstance, jointe & quelques autres du même genre qui l'ont précédée, font un tort irréparable à Madame dans l'esprit du public ; elle est soupçonnée, non sans grande vraisemblance, d'un caractère dissimulé et faux, peu ^pable de reconnaître le zèle et les services , et prôt<î à sacrifier au noiudre caprice les gens qui lui ont marqué le plus d'attachement. D'après cette opinion, Madame est tombée dans un discrédit duquel îUe aura grand'peine à se relever. La reine, qui n'a pas une idée plus »vorable de la princesse sa belle-sœur, la traite cependant aussi bien j[u'il est convenable au maintien de la bonne harmonie intérieure. 11'°* la comtesse d'Artois est toujours dans le plus parfait état de lullité. Elle ne tient ni avec Madame, sa sœur, ni avec personne ; pasdve en tout, elle marque à la reine les attentions qu'elle lui doit, nais elle ne met rien dans la société de la famille, ni en agréments, lî en bien ni en mal.

Le 7 de ce mois, avant re<*n la triste nouvelle du décos de M*^' le prince Charles de Lorraine, je ne tardai pas à en aller informer la reine, qui fiit fort touchée de (;et événement, surtout j)ar la réflexion

(1) Si la faveur de la comtesse do Provence alla chercher la comteëse de Balbi, la faveur iu comte de Provence soutint cette fortune singulière. Le rôle équivwiue de cette personne loprès du prince dura jusqu'à l'émigration. Elle eut ensuite une vie fort aventureiuie, et rerint habiter Paria nous la lîestauration : ai)rêH avoir obtenu alors (pielcpies secours de son an- ;icn protecteur, elle mourut dans l'obscurité vers 1836.

sur la peine qu'en éprouverait S. M. La reine s'est décidée d'abord à ne paraître pendant dix à douze jours dans aucune occasion publique , quoique le deuil n'ait pas encore pu être annoncé à cette cour. Le garde-noble mensuel m'a remis le 11 les très-gracieux (^dres de V. M. en date du 30 juin. Dans la même matinée je présentai à la reine les lettres qui lui étaient adressées. Je rendis compte à S. M. de l'objet d'un exprès que je venais de recevoir du comte de Mett^rnich, ainsi que de ce que la chancellerie de cour et d'État me mandait sur la même matière. Mes dépêches d'office contenant tout ce que j'ai à exposer à cet égard, je crois devoir en omettre ici les détails. La reine avait reçu peu de jours auparavant par la poste ordi- naire une lettre de S. M., et j'exposai à la reine ce qui m'était^ mandé sur la suite du voyage de cet auguste monarque.

Paris, \bjuilkt, — Sacrée Majesté, La reine a été dans ces dei niers temps fort tourmentée par des impulsions d'intrigues, et S. ayant daigné m'en communiquer les objets , je me suis vu en mêi de lui exposer ce qui m'a paru le plus convenable à l'ordre des chos^^ et au bien de son service. 11 s'était élevé une nombreuse cabale coi tre le ministre de la guerre, que l'on aurait voulu expulser pour pr^* curer sa place au comte de 8égur, qui jouit de quelque réputati" comme militaire , et qui a assez de partisans à la cour. Il serait trop long d'exposer ici tous les ressorts de cette intrigue , ainsi que leuj^ motifs, dont l'ambition de la comtesse de Ségur est le principal. Où était déjà parvenu à décider l'indisposition de la reine contre h prince de Montbarey, et à la prévenir très-favorablement pour son antagoniste ; mais S. M. m'ayant mis à portée de lui bien éclaircir les faits, elle a été dans le cas de voir : 1* que le comte de S^r n'avait pas les qualités requises pour une place de cette importance; 2* qu'il n'était mis en avant que par des convenances particulières que je dévoilai ; 3** que quoique le prince de Montbarey soit bien éloigné d'être un ministre capable , il a au moins la routine de sa place et un talent égal à celui du sujet proposé ; d'ailleurs il a toujours été très-attentif et exact à remplir toutes les volontés de I» reine ; 4** le prince de Montbarey a été placé et il est soutenu par le comte de Maurepas ; pour renvoyer son protégé, il faudrait former

nne attaque contre le principal ministre. Il m'est assez démontré que le crédit de la reine remporterait toujours si elle voulait j mettre le degré de force et de suite nécessaire ; mais c'est ce qui n'arrive pas dans les occasions un peu importantes et qui exigent une continuité de démarches : la reine s'en ennuie y on sait qu'elle agit moins par irolonté propre que par impulsion y moyennant quoi on compose avec [es fevoris et favorites ; les choses commencées en restent là , et l'autorité de la reine se trouve compromise.

En déduisant toutes ces raisons avec la franchise qui est quelquefois permise au vrai zèle, il m'a paru que j'avais persuadé la reine, et ï moins de violents efforts d'intrigue , je présume que le projet eu question tombera ou sera fort retardé (1).

Cette matière conduisit à des réflexions sur l'époque de la fin ou le la retraite du comte de Mau repas , qui, à l'âge déplus de quatrevingts ans, sera de manière ou d'autre bientôt hors de sa carrière. II fr a longtemps que je supplie la reine de s'occuper du remplacement Entnr de ce principal ministre. Dans la tournure personnelle du roi 3t dans l'état où toutes choses se trouvent ici, il est évident que quelqu'un, sous telle dénomination que ce soit, s'emparera d'une nfluence majeure dans les affaires , et il est de la dernière imporance que ce personnage soit bien choisi par la reine , et devienne la créature. Toutes les grandes raisons de prévoyance que je ne cesse le répéter à cet égard ne font pas toujours une impression bien rive; mais elles préparent cependant les idées, de manière qu'il sera )liis facile de les développer et de les mettre en pratique quand le noment d'en user se présentera. Je dois soumettre aux profondes imiières de Y. M. si, dans quelque occasion plus ou moins rapprochée f elle ne jugera pas à propos d'insinuer dans ses lettres quel- |nes remarques sur le chapitre que je viens d'exposer. Il deviendrait >ieii moins essentiel par l'existence d'un dauphin ; mais jusqu'à ce |u'il plaise à la. Providence d'accorder cette grande faveur, il n'y a lans doute aucun moyen & négliger pour assurer à la reine l'éclat.

(1) Ce projet de la reine réussit quelques mois plus tard : le comte de Ségur fut nommé ninirtre de la guerre au mois de décembre 1780, par l'influence de la reine et de Necker, et in dépit de Manrepas. On ne saurait faire un reproche à Marie- Antoinette d'avoir favorisé ce tbotx. Le comte de Ségur, qui fut fait maréchal en 1783, était très-supérieur au prince de iConibarey par l'honnêteté et 'l'intégrité du caractère. U tenta d'utiles réformes ; son mi* Listère dura jiuqa'en 1787.

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