III
4Ô0 MKRÇY A MARlÊ/tKÉRÈSE.
riiifltience et le crédit solide dont elle doit jouir dans sa i>o8ition. Cette matière me conduit aux remarques que j'ai à exposer sur le contenu de la très-gracieuse lettre de V. M., et je commence d'abord par l'objet le plus essentiel à sa tranquillité. Dans l'instant de l'accouchement de la reine j'étais dans la chambre , fort près du lit de travail ^ et très-attentif à tout ce qui se passait. Ayant l'accident et au moment où il arriva^ personne n'avait touché la reine que l'accoucheur, le premier médecin Lassone, le premier chirurgien Chavignac, et les deux premières femmes de chambre Misery et Thibeau, toutes personnes dont la fidélité et probité sont si manifestes qu'il est humainement impossible de le$ « suspecter. D'ailleurs l'accident en question avait une cause claire — ment reconnue, qui était l'abondance et la vivacité du sang. L'ac — coucheur avait insisté sur une dernière saignée qui ne se fit pas ; i voulait que la reine prît un bain à l'approche des douleurs , S. H s'y refusa ; lorsque la veine fut ouverte au pied, l'accident cessa e quelques secondes. Je puis attester ces faits comme témoin oculair et après tant d'explications que j'ai eues avec les gens de l'art s l'accident susdit, après tant d'observations et de recherches que j* faites après coup , il serait presque impossible que je ne fusse p venu sur la trace de quelque attentat criminel , s'il en avait exis Parmi les causes du retard d'une grossesse il en est une qui m heureusement ne semble que trop palpable ; elle peut consister dax^ es longues veillées, dans trop de mouvement, surtout dans de certains temps où un état tranquille deviendrait nécessaire. La fréquence des symptômes d'échauffement semble constater ces remarques. Le médecin Lassone ne cesse de m'en parler et de renouveler ses représentations. Lassone prétend que ce régime est le plus onisible possible ; il n^est sorte d'instances que nous ne fiiâsions, l'abbé de Vermond et mcH , à ce sujet ; mais, par une fatalité inconcevable^ il «emble que de jour en jour la reine s'inquiète moins de nepM devenir grosse, et quand nous réussissons quelquefois à fixer son attention et réflexion sur cet objet si majeur, ce n'est jamais que pour peu de moments. Y. M. daignera se rappeler que la reine a déjà pin* sieurs fois fait usage de l'acier (1), mais la sensibilité de ses nerfi rend difiScile une longue continuité de ce tonique , un peu trop actif
(1) Voir plus haut, page 442.
J*en reparlerai avec Lassoue et lui dirai les remarques de V. M. h cet égard.
Belativemeut à la coadjutorerie de Cologne et Munster, il paraît , par Fensemble des pièces secrètes qui me sont communiquées , que le roi de Prusse , très-résolu à faire autant de bruit qu'il le pourra , 58t cependant très-éloigné d'en venir à des voies de fait, et cela posé, Ll semble que tout autre obstacle sera aisément surmonté, et que le succès de cette grande affaire est comme certain. La conduite que Ton tient ici à cet égard reste à la vérité dans des bornes peu actives Bn bien, mais on persiste dans des démonstrations honnêtes; et, moyennant l'attention que la reine y a mise, les machinations du roi Se Prusse ont été sinon vivement repoussées, au moins très-froidement accueillies.
S. M. l'empereur, dans la lettre qu'il a écrite & la reine par la poste ordinaire, paraît fort satisfait du personnel de l'impératrice de Russie, et exalte fort l'accueil qu'il en a reçu. La reine trouve que le voyage de son auguste frère est bien prolongé ; elle pense qu'une entxevue d'aussi longue durée et répétée doit produire des effets marqaés en bien ou en mal. Si ces effets n'étaient décidés que par l'in- Snence des hautes et grandes qualités personnelles de S. M. l'empereur, il n'en pourrait résulter que du bien ; mais le caractère de l'impératrice de Bussie, sa politique et celle de ses alentours ne peuvent que laisser des doutes sur l'utilité ou le désavantage qu'il fr a à connaître cette cour de près.
XXXVL — Marie-Thérèse a Mercy.
Vienne^ 31 juillet. — Comte de Mercy-Argenteau , J'ai reçu votre Lettre du' 15 par le courrier mensuel, arrivé ici le 26. Il est heureux que la santé de ma fille , malgré le peu d'exactitude qu'elle met dans les soins qu'elle devrait en prendre , se soutient. C'est l'effet de ses dissipations qu'elle s'occupe trop peu de l'intérêt qu'elle aurait de donner & la France un dauphin. Si je me reproche d'un côté d'avoir pu soupçonner quelque attentat criminel arrivé au moment de l'accouchement de ma fille , je crois d'un autre que ce n'était pas Lég^èrement, vu le caractère connu de nombre de scélérats dans la tiation et à la cour.
Je préfère toujours la société de la comtesse de Polignac & celle
de la princesse de Guéménée. Je vous suis bien obligée d'avoir détourné ma fille de prendre part aux tracasseries en faveur de la comtesse Balbi et du comte Ségur. Au reste, comme le cas du remplacement de Maurepas ne peut tarder longtemps d'arriver de façon ou d'autre , il est essentiel de s'occuper dès à présent du choix de son successeur, objet qui intéresse tant le roi de Prusse , comme vous en avez vu plusieurs traits dans la correspondance prussienne, nommément par rapport aux vues que notre ennemi a sur le duc de Nivernois. Je laisse à votre prudence et circonspection d'en mettre au fait ma fille, autant que vous jugeriez pouvoir le faire sans inconvénient. Si môme il fallait employer à cet effet la comtesse de Polignac, j'en serais d'accord, en vous abandonnant les mesures à prendre pour la faire entrer dans nos vues.
Malgré les efforts de nos ennemis, la négociation de la coadjuteri a toujours les meilleures apparences de réussite; mais pour celle àvm séjour de l'empereur à Pétersbourg , il faut en attendre les suites.- Pour pouvoir en juger, je vous communique l'extrait de ce que l'empereur m'a mandé sur cet objet.
Schônbrunn, 2 août, — Madame ma chère fille, Vous m'avez sensiblement touchée de vos regrets pour votre cher oncle, et par l'atte tion de me l'avoir marqué tout de suite. Tout ce qui me vient de chère' fille et de son cœur m'est bien cher. Je dois la réussite de 1^ i tablissement de votre frère au roi et à vous toute seule, qui vc^-ro vous êtes si obligeamment prise dans cette affaire, qui vous fait méxise honneur dans l'étranger, autant que de reconnaissance dans la :fimille. Mais notre mauvais voisin est furieux, et ses adhérents, comxne Hanovre et l'Hollande. H n'y a sorte de promesses et vilenies qu^ci? n'emploie pour faire manquer encore à Munster, et Mercy se/» chargé de vous en informer plus en détail, et je vous prie de loi donner l'occasion qu'il puisse vous parler et informer. Pour votre propre bien et celui de la France, il faut prévenir les mauvaises intentions de nos ennemis, qui sont les mêmes de nous deux ; tant qne nous resterons intimement unis, le bonheur de l'Europe sera fixé. On ne saurait trop prévoir et prévenir sur cet important objet. Je sais qu'un préjugé ancien prévaut chez vous : la prépotence de notre
maison et son esprit d^agrandissement. Pour ce dernier je peux vous en répondre qu'il n'existe pas, hors que d'autres s'agrandiraient, alors on serait forcé aussi; mais pour la prépotence de notre maison, elle n'existe plus du tout et pour le bien général trop peu, depuis que le roi, notre méchant voisin , a tous les catholiques , surtout à cette heure la Saxe , qui renchérit en tout encore sur lui et qui, par sa situation, nous est très-incommode. Depuis quarante ansje n'ai pu gagner sur cette nation quelque chose, qui, en toute occasion, nous a plus fait de mal que les Prussiens mêmes. L'affection que je portais de tout temps à la famille et à leurs établissements n'a rien changé du ministère et du gros de la nation. Vous voyez dans l'affaire de Cologne que nous avons peu d'amis, et c'est la raison pourquoi je souhaite tant que la France envoie des ministres sages et qui se concertent avec les nôtres, surtout en Empire ; autrement nous perdrons tous deux toute l'influence, et nos ennemis gagnent, et môme ceux de notre religion. n n'y a que le nouveau ministre, envoyé à Cologne, qui se comporte selon les intentions du roi, c'est ce qui ranime l'électeur et les bienintentionnés, qui sans cela auraient pu se laisser intimider, sans qu'on aurait pu le leur trouver mauvais, étant exposés.
Je viens de recevoir un courrier de l'empereur du 23 de Riga; il est parti de Pétersbourg comblé de politesses et d'amitiés, mais rien de plus. Mercy vous informera plus en détail, et je ne crois jas que ces assertions qu'on lui prêtait, de vouloir servir les Anglais, aient pu avoir une apparence de vérité. J'espère que M. Vérac (1) rendra bien témoignage, et la lettre que l'empereur vous a écrite de là marque bien son attention et le contraire. Cela me fait bien plaisir; j'aime à voir éterniser mes sentiments dans mes enfants.
La sortie que vous faites sur l'autre voyage que l'empereur a en vue (2), mais seulement à la paix générale, est conforme à ma façon de penser; mais je vous avoue, il m'a un peu amusée de vous voir si vive sur ce point. Je ne le suis pas moins, et depuis quelques années cette nation gagne furieusement partout ; on ne peut assez se précautionner et prévenir leur séduction et influence en tout. Je suis bien fftchée que cette campagne n'a pas été mieux que les autres, après toutes les dépenses du roi et bravoure de la nutiou en toute rencoutre.
(1^ Le marquiH de Vérac, ministre plénipotentiaire de France en Ilusbic de ITfcO à 178b. (2) Le Toyag« en Angleteire que^ptojetait l'empereur.
Voilà assez politiquer, revenons à nos tendres intérêts. Point d'ap* parence de grossesse^ ôela me désole : il nous fant absolnment on danphin. Je regrette presque le mouvement modéré à cheval j et les longues veilles sont ce qui est le plus pernicieux pour cet objet. H faut du repos et non de la lassitude. Pour constater votre bonheur et même celui de la France, il faut cela. Je ne peux être indifférente et vous embrasse tendrement.
Versailles y 15 août. — Madame ma très-^hère mère, Le cœur de ma chère maman partagera bien la joie que je viens d'avoir, en recevant la lettre de Pélecteur, qui nous a envoyé un courrier pour la nouvelle de Télection de mon frère. Mon premier mouvement était de lui en renvoyer un pour porter ma lettre de remercîments. M. de Vergennes m'a arrêtée parce que le roi n'a pas encore répondu, et par d'autres raisons d'étiquette : mais j'ai tenu bon à donner à l'électeur un témoignage de ma satisfaction personnelle. J'ai fait remettre tout de suite ma réponse à M. de Belderbusch , et j'y ai ajouté de ma main que je n'oublierai jamais la marque d' qu'il vient de donner à mon frère. J'espère que nous aurons bientô bonne nouvelle de Munster '; je l'attends avec impatience. La bonn conduite de M. de Châlons (1) me fait grand plaisir, et pour le bie des affaires et par rapport à ses parents, qui me sont tous fort ati chés et que j'aime beaucoup. Le roi de Prusse sera bien puni de n'i voir pu réussir ; il n'en sera peut-être que plus animé dans ses in gués. Pour la Saxe, je ne puis y penser sans indignation, en rappelant les bontés infinies que, j'ose dire , ma chère maman lui prodiguées.
Je sens combien il serait utile que le roi n'envoy&t en Allemag
que des gens raisonnables ; j'y ferai tout ce que je pourrai dans 1 occasions. J'ai moins d'inquiétude des anciens préjugés de jalousi^e, qui me paraissent fort affaiblis, que d'un certain esprit de peur ^ de faiblesse qui conduit quelquefois nos ministres d'ici, et influe im^
(1) Le comte de Ch&lons, parent de M"** de Polignac, avait été nommé ministre de Fn^x»^ à Cologne sor la recommandation de la reine ; il s'y était montré zélé pour Télection de l*^'^ chiduc Maximilien comme coadjnteur et successenr désigné de réTêqne-électear de Colo^n^
oessairement snr la conduite de ceux qu'ils dirigent et qui attendent d'eux leur avancement.
Ma Banté est bonne, malgré les chaleurs et la sécheresse excessive que nous avons ici. J*ai bien peu veillé depuis trois mois , et quand cela est, arrivé, c'était toujours avec le roi, soit à Saint-Hubert oii Ton va -souper les jours de chasse, soit à Trianon.
M. de Mercy sort de chez moi. Nous avons raisonné des affaires ; il en rendra compte à ma chère maman. Je ne veux pas retarder le x>iirrier et je me dépêche pour la grand'messe. Je me bornerai donc à [ni dire qu'il n'y a rien à craindre sur M. de Nivernais; sa mauvaise mité et son moral l'éloignent absolument de la place , et d'ailleurs e suis persuadée que, du moins pendant quelque temps, le roi ne la tonnera pas. Pour M. de Ch&lons, il sera sûrement bien satisfait [nand il saura que ma chère maman m'a témoigné contentement de a conduite. Je m'occuperai de lui procurer quelque distinction qui misse être remarquée par ses camarades et changer leurs idées et' >ropos. Permet-elle que je l'embrasse bien tendrement?
Ma chère maman aurait-elle l'extrême bonté de dire à l'empereur n'il m'est impossible de trouver un moment pour lui écrire , vu la TOinptitude du courrier et la fête d'aujourd'hui ? -
l^aris, 16 août. — Sacrée Majesté, Depuis le départ du courrier de lillet, il ne s'est rien passé à Versailles de fort intéressant pour iitant que cela concerne la reine, et les détails que je vais mettre ès-humblement sous les yeux de V. M. seront aussi succincts que mible l'exiger le peu d'importance des matières.
Au moment de la triste nouvelle du décès de lAF le prince Charles 3 liOrraine, la reine s'était décidée à s'abstenir pendant douze ou lÎDZe jours de tout amusement public, et S. M. a rempli ce projet. ans ce moment la maison de Rohan venait de faire à la cour les iDçailles de la princesse de Montbazon , fille de la princesse de aéménée, avec le prince de Eohan-Eochefort. Deux jours après lemaeige s'était célébré à Paris, et le surlendemain, dans un beau et vaste rdin que la princesse de Guéménée possède à Versailles, il devait avoir une fête préparée pour la reine ; mais les raisons que j'ai exoRées plus haut* y ayant mis obstacle , la fête a été différée et ne s'est
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donnée que le 20 de juillet. Les apprêts en étaient aussi considérables que magnifiques; le début en consistait dans une sorte d'Arcadie, avec des accessoires d'illumination^ de feu d'artifice, de spectacle et de bal. Le roi, la reine , les princes et princesses royales assistèrent à cette fête et y passèrent toute la nuit.
Dans cette saison où tant de monde habite la campagne, joint iu ^ ce que la guerre tient presque tous les militaires absents, les objets — a d'amusement deviennent plus rares, et c'est pour j suppléer que reine vient de penser à un moyen nouveau, qui est d'exécuter petits spectacles de société sur le thé&tre de Trianon. Ils seront re-
présentés par la reine, la comtesse Jules de Polignac, la comtesse d< ChflJons ; si les pièces comportent plus de rôles de fenmies , il s'ei trouvera parmi les dames de la cour. Les acteurs actuellement désignés sont le comte de Polignac, le comte d'Adhémar, ministre du ro à Bruxelles, et le comte Esterhazy ; il en sera encore choisi d'autreas au besoin. La reine est jusqu'à présent fort décidée à n'admettre IK à ces amusements d'autres spectateurs que le roi, les princes et prii cesses royales, sans aucune personne de leur suite. Les dames du pi lais, pas même les grandes charges chez la reine, ne seront exceptée de cette exclusion ; il n'y aura dans le parterre du théâtre que 1< gens de service en sous-ordre , comme femmes de chambre , valets chambre, huissiers, qui se trouveront alors à Trianon & raison leur service momentané. Si cette règle est strictement maintem elle écartera sans doute la majeure partie des inconvénients, reine a daigné m'en parler fort au long, et j'ai t&ché de la fortifi-^^er contre toutes les demandes et sollicitations contraires à son plan, mmÊen lui exposant différentes remarques qui en établissent la nécessité.
J'ai quelque regret au projet dont il s'agit ; mais, ne pouvant j^^as en détourner l'exécution, j'ai dû me borner à t&cher de faire adop^B^er les modifications les moins nuisibles. Je ne prévois pas d'ailleci^re que ce genre d'amusement puisse être d'une longue durée ; ent^Kretemps le roi, qui semble y prendre un peu de goût, aura ce motif <le plus pour être avec la reine. Le temps nécessaire pour apprendre c^es rôles, pour les répéter, deviendra une forte diversion contre le j^^o, et les rep nseutations mettront obstacle aux promenades du soir.
J'ai observé dans mes très-humbles rapports précédents que ^* reine était devenue beaucoup plus attentive à participer aux an-»"semvîuts du roi, et cette bonne disposition tourne en habitude jotxr-
ualière. Le roi aime assez un jeu qui se nomme le loto; il consiste dans le tirage d'un nombre de boules portant des chiffres qui répondent à ceux d'un tableau et qui produisent un gain très-modique à ceux des joueurs qui ont le chiffre sorti. La reine n'a aucun goût pour ce jeu, il lui cause même de l'ennui ; cependant elle est trèsoccupée à établir cette partie après le souper, et S. M. y joue tous les soirs jusqu'à l'heure où le roi se retire , c'est-à-dire peu après onze heures.
La retraite de la duchesse de l'Esparre et le don de sa charge, fait par Madame à la comtesse de Balbi, a prolongé les tracasseries à Versailles jusqu'à ce jour. Le roi a marqué du mécontentement à cette occasion ; Madame s'en est tellement aperçue qu'elle n'a pas, selon l'usage ordinaire, présenté elle-même au roi sa nouvelle dame i'honneur , qui a été traitée très-froidement par le monarque lorsqu'elle est venue prendre les grandes entrées, qui sont une prérogative de sa place. Cela s'est passé un peu moins sévèrement chez la reine, mais cependant d'une manière assez sérieuse pour que l'on pût remarquer que la reine n'approuvait pas le changement dont il 3*agit. On prétend que le roi doit avoir tenu quelques propos à Monsieur sur le caractère changeant et peu sincère de Madame; les familles qui ont à s'en plaindre débitent cette anecdote très-ouvertetnent. Je n'ai pu en vérifier la réalité ; mais il est démontré par d'autres circonstances que le roi a de Madame une opinion peu avantageuse. Depuis plusieurs mois la reine paraît très-affermie dans sa manière de juger chaque individu de la famille royale, et je crois que S. M. les connaît bien et les évalue avec justesse. La reine sait BU même temps excuser quelques défauts ; elle fait ce petit sacrifice ra maintien de la bonne harmonie, qui se soutient dans la forme la plus convenable. Mesdames tantes, qui se sont fort isolées de la jeune sour, ont lieu d'être très-satisfaites des égards que leur marque la reine. S. M. va les voir de temps en temps à leur maison de plaisance à Belle vue, qu'elles habitent plus souvent et plus longtemps )ue par le passé.
Le comte de Kaunitz-Guestenberg, qui, à son retour d'Espagne, l'arrêta ici quelques jours , a été fort bien traité par la reine. Après ][ue j'eus présenté formellement cet ambassadeur, la reine a voulu le roir dans ses cabinets, et lui a marqué les bontés les plus distinguées.
Le courrier meubuel, arrivé le 12 au soir^ m'ayant remis les ti-ès-
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gracieux ordres de V. M. en date du 31 juillet, je n'ai point tardé à faire parvenir à la reine les lettres qui lui étaient adressées , et à rendre compte à cette auguste princesse de plusieuris objets dont je fais une mention détaillée dans mes dépêches d'office.
La reine a été fort sensible à la bonne nouvelle de l'élection de 8. A. R. M^ l'archiduc Maximilien , et à l'attention que l'électeur de Cologne a eue d'en donner part ici par courrier.
XL, — Mercy a Marie-Thérèse.
Paris, 16 août, — Ces jours passés, la reine m'ayant feit venir chez elle, je la trouvai fort occupée et peinée d'un avis qu'on lui avait donné et qu'elle daigna me confier. Cet avis portait que les gazetins ou écrits à la main sur ce qui se passe à Versailles étaient maintenant imprimés à Diisseldorf ou aux Deux-Ponts, et que plusieurs exemplaires en étaient envoyés à Vienne ; que S. M. l'empereur, lors de son départ, avait expressément ordonné qu'on lui envoyât les dits gazetins partout oh il serait, que S. A. R. M"* l'archiduchesse Marie marquait un singulier empressement à se procurer les mêmes nouvelles, et qu'elle semblait s'amuser de tous les petits sarcasmes qu'elle y trouvait contre la reine. S. M. ajouta qu'elle avait sollicité le roi de faire prendre quelques mesures pour tâcher de' décotivrir et d'intercepter les sources de pareils gazetins, et qu^ le monarque avait promis de s'en occuper efficacement.
J'observai à la reine que, dans tout ce détail, je croyais voir l'œuvre de quelque intrigant, cherchant à se faire valoir et y employant des moyens qui ont le caractère de l'invraisemblance et de la malhonnêteté ; que si on imprimait des gazetins à Diisseldorf ou aux Deux- Ponts, rien n'était si simple qu'ils parvinssent à Vienne et que S. M. l'empereur ainsi que S. A. R. M™' l'archiduchesse Marie en eussent connaissance ; mais que c'était une horreur d'oser annoncer que le monarque ou son auguste sœur prissent plaisir à lire des nouvelles qui seraient défavorables à la reine, et qui , sous cette forme, ne pouvaient exciter que leur indignation. Je n'eus pas grande peine à découvrir l'auteur des avis en question ; ils sont donnés par un nommé Delisle que le prince de Ligne a emmené avec lui à Vienne. J'avais écrit par le dernier courrier un post-scriptum au baron de Pichler au sujet de ce particulier, qui entretient une correspondance avec
M. le comte d'Artois, auquel il mande toute sorte d'extravagances et de faussetés , particulièrement sur les personnes qu'il dit former la société de S. M. l'empereur, sur les prétendus propos qu'elles tiennent contre la France, et sur l'éloignement qu'il suppose que l'on a à Vienne pour la nation française. Il est inouï qu'une petite espèce comme ce Delisle soit en relation avec un prince de la famille royale , et qu'il ait même été au moment de se procurer quelque accès auprès de la reine. Heureusement j'ai réussi à l'écarter ; mais je n*àvais pas les mêmes moyens relativement à M. le comte d'Artois. Comme la reine, eu daignant me parler de ce que j'ai exposé plus haut, m'a enjoint le secret, je perdrais dans sa confiance si 8. A. R. M"** l'archiduchesse donnait à connaître qu'elle a été informée de la particularité qui la regarde. J'ai cru devoir soumettre cette remarque à ce qu'il plaira à V. M. d'en disposer.
Depuis que mon très-humble rapport ostensible est écrit, il y a eu une première représentation du spectacle de Trianon. M. le comte d'Artois y a exécuté un rôle, et la règle de n'admettre aucun spectateur a été strictement suivie. Le roi s'y est fort amusé, et dans ces occasions il prolonge ses soirées et ne paraît nullement pressé de se retirer à son heure ordinaire.
Sur la très-humble proposition que j'ai faite à la reine de donner quelque marque particulière de bonté à l'électeur de Cologne, S. M., en faisant répondre à la lettre de ce prince , a écrit de sa main par forme de post-scriptum : « Vous pouvez être sûr. Monsieur, que je l'oublierai jamais ni la marque d'amitié que vous venez de donner à mon frère , ni l'honnêteté de vos procédés pour moi. »
Belativement au contenu de la très-gracieuse lettre dé V. M., j*ob- «rverai d'abord qu'ainsi que je m'y étais attendu la reine a de louveau presque totalement abandonné la société de la princesse de 3ruéménée. Le retour de la comtesse de Polignac à la cour a le )lii8 contribué à cette utile diversion, et les petites fêtes à Triacon , ânsi que les spectacles qui s'y donnent, suffiront à tenir la reine tloignée de tout autre objet de dissipation. Il y a bien plus d'espoir rane grossesse depuis que les remontrances sur le régime nécssairee fnt produit leur eflFet.
V. M. aura daigné observer dans mes très-humbles rapports préédents que depuis bien longtemps je ne cesse de représenter à la eine la nécessité de s'occuper du choix d'un successeur au comte
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de Maorepas. J'ai démontré à S. M. que de cet article pouvaient dépendre la gloire et le repos de la reine. Elle m'a para firappée de toat ce que je lui ai exposé à ce sujet, et résolue d'y penser efficacement Je veillerai toigours à ce grand objet, particulièrement à Texclusion de ceux dont les intentions sont reconnues suspectes ; je prends même à cet égard des mesures de longue main. H y a très-longtemps que j'ai fait connaître à la reine le duc de Nivernais pour ce qu'il est; le roi en a médiocre opinion, et il n'est pas à présumer que ce duc parvienne à aucune place ; sa très-misérable santé suffirait seul^ pour l'en exclure.
. Je mets aux pieds de Y. M. mes très-humbles actions de grà de ce qu'elle a daigné me confier les pièces si intéressantes que j remets ici, et qui ont satisfait mon zèle pour le bien de 1' service (1). On y voit que S. M. l'empereur, au milieu de toutes 1 démonstrations peut-être illusoires, reste dans un soupçon bien ju cieux et qui pourrait n'être que trop fondé. L'idée mise en ava comme un appât, et qui a pour objet l'Italie, semble être d'une m ladresse ^ui a de quoi étonner, et comme on ne peut pas soupçonn que cette idée parte d'une ignorance politique, il s'ensuit qu'être porte le caractère d'une insigne mauvaise foi. Au reste la pénétr^a. tion de S. M. l'empereur rendait de semblables pièges peu dang^ reux, et il semble palpable que cet auguste monarque a fait que/ques découvertes importantes sur les projets futurs de la Russie; sans se laisser pénétrer en rien. Dans le détail que j'ai fait à k reine du voyage de S. M. l'empereur, j'ai cru devoir m'en tenir aux seuls objets matériels et aux circonstances de la bonne réceptioD, sans toucher aucun article qui eût trait à la politique.
U ne me reste à ajouter ici que le parfait état de santé dont jouit Madame, fille de la reiue. Cette jeune princesse acquiert de la force, et sa physionomie de la grâce.
16 août. — Sacrée Majesté, Avant le départ du courrier, la rcit m'a fait venir chez elle pour me communiquer ce qu'elle avait écr
(1) Ces pièces avaient trait au Toyage de rempereur Joseph II en Russie, et à sor trevue avec Catherine II.
à V. M., et pour me charger d'exposer dans mon très-hmnble rapport les remarques que je croirais nécessaires à développer sur des idées que la reine a eu trop peu de temps pour déduire.
La reine est parfaitement résolue à s'occuper des deux objets que V. M. lui recommande , savoir celui d'une faveur publique à procurer au comte de Chàlons, et qui fasse encouragement à ses autres collègues pour se comporter dans leurs postes d'une manière qui réponde à l'esprit de Talliance. Il s'agit de la forme et de l'occasion de procurer cette gvêuce, et je proposerai là-dessus les meilleurs expédients qu'indiqueront les circonstances. Quant au second point, bien plus essentiel, et qui concerne le futur successeur du comte de Maurepas, V, M. daignera voir l'idée de la reine sur le duc de Nivernais. Cette auguste princesse semble comprendre à présent toute l'importance de cette matière, qui a tenu une grosse demi-heure d'entretien. Pour plus de précision j'éclaircirai encore quelques points, et mettrai par le prochain courrier sous les yeux de V, M. des détails plus clairs sur ce que la reine croit pouvoir et devoir faire pour atteindre au but proposé. Il est heureux que V. M. ait fixé l'attention de la reine sur ce point , et je la vois dans des dispositions dont je tâcherai de tirer bon parti pour le mieux de son service, pourvu que j'obtienne la suite et constance nécessaires à remplir un bon plan.
Schônbrunn, 31 doàt. — Comte de Mercy-Argenteau, J'ai reçu votre lettre du 16 par le garde-noble hongrois, Horvath, arrivé ici en courrier le 26 de ce mois.
La sensibilité dont ma fille a donné des marques à l'arrivée de la nouvelle de la mort du duc Charles , son oncle , et la satisfaction qu'elle a témoignée sur le succès de Cologne et de Munster font bien de l'honneur à son cœur et à moi beaucoup de plaisir. J'approuve fort ce qu'elle en a écrit à l'électeur de Cologne. Je serais encore contente si le comte de Châlons obtenait quelque marque d'approbation de la conduite qu'il a tenue dans cette occasion, mais c'est il vous à examiner ce qu'il conviendrait de faire à cet égard.
Telle que soit la comtesse de Polignac, je crois toujours que ma fille risque moins dans sa compagnie que dans la société de la princesse de Quéménée. Peut-être la favorite pourrait-elle influer dans
nos vues sur le choix du successeur du comte de Maurepas. Voa"^ n'en connaissez que trop toute l'importance ^ et je vois avec plaism ^ que vous allez vous en occuper ; Nivernais ne pourrait en effet noi convenir.
Je crois bien que, malgré les soins que vous employez à faii mettre tout Tordre et toute la décence possible dans les spectacle de Trianon , vous ne les goûtiez pas trop. Je suis de votre avis, chant par plus d'un exemple que d'ordinaire ces représentatioi finissent ou par quelque intrigue d'amour ou par quelque esdandr- Au reste le meilleur est que ma fille s'accoutume & connaître les pe sonnes de la famille et à se comporter en conséquence avec circoi pection et modération , sans cesser de les bien traiter, pour ne p< troubler la paix domestique. Le procédé de Madame vis-à-vis de duchesse de l'Esparre et les suites qui en sont arrivées peuvent faire naître des réflexions bien utiles.
Je ferai usage des notions que vous me mandez sur les gazet: de Delisle , sans vous compromettre vis-à-vis de ma fille Marie ; f^^on mari ayant un grand faible pour Ligne (1), qui ne me convient n^^md* lement, surtout à cette heure].
Toujours d'accord avec vous sur le voyage de l'empereur en R.'«29sie, je ne me flatte guère d'en voir résulter quelque avantage rSe/, et j'en suis d'autant plus aise de son retour.
[Je vous préviens que j'adresse cette M"* de Meuse à vous en cw qtf elle eût à me faire parvenir quelque chose. Au reste ce n'est pas une personne dont j'étais contente ; mais elle est malheureuse, c'est un titre pour mon cœur, et une ancienne personne attachée à la maison de Lorraine. Le testament de feu mon cher beau-frère me cause bien des peines (2).]
XLin. — MARIE-TH^HfesE A MaRIB-AnTOINETTE.
Schônbrunn, 31 août. — Madame- ma chère fille, Grâce à vos cbew soins pour l'établissement de votre frère et vos attentions bien obligeantes à l'électeur , vous avez rendu ce bon vieillard tout content et nous tous. Cette affaire est terminée au mieux , et notre voisin e*
(1) Voir sur le prince de Ligne noti^ tome II, page 485.
(2) Ce testament cou tenait un gfand nombre de clauses, d'une exécution dilBdle.
a bieu de rhumeur et tâchera en d'autres occasions & ne pas l'oublier et à faire des insinuations les plus fausses et dangereuses. Il nous prête que nous voulons envahir tous les évêchés et électorats ; il fiût tous les enfants de Léopold , de neuf jusqu'à un an , évèques , car pour les deux aînés tout le monde doit être persuadé qu'on ne les destine pas pour cet état (1). Tout ce qu'il inventera sur le voyage en Russie I L'empereur m'en parait fort content , mais pas aveuglé. Je peux vous assurer qu'on n'a rien traité , mais qu'il me paraît qu'il a eu le bonheur; d'effacer les préventions fausses contre nous, qui étaient fortes. Ce que vous me dites de Nivernais me rassure, et tout ce que le roi fera pour M. Chàlons , nous le verrons avec reconnaissance, et nous vous devrons à l'avenir le bien qui arrivera,, comme celui qui vient d'être conclu.
Mon fils tiendra le chapitre de l'ordre (2) en octobre ; c'est un peu tard. Je ne sais s'il poussera plus loin ses pas, et si cela conviendra à son électeur ;j*avoue, la saison me paraît peu propre pour faire des voyages. L'empereur est revenu très-bien portant, et sa suite de même, mais depuis il y a déjà trois d'incommodés de fièvres, n règne ici beaucoup de fièvres , mais pas mauvaises ; je ne voudrais pas que vous en preniez , mais je vous souhaite bien un dérangement de santé , cela me tient fort à cœur.
Tout ce que vous avez fait pour la .mémoire de votre cher oncle vous fait grand honneur et m'a touchée au vif. Nous en sommes bien loin ici, et son régiment que j'avais tant souhaité qu'il puisse conserver son nom (3) a été donné pour le nom à Charles , son
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• (1) Le grand-duc de Toscane Léopold avait alors neuf enfants^dont six fils. Joseph II n'ayant point d'enfant, Tatné des fils de Léopold était destiné à la succession d'Autriche, et le second à celle de Toscane.
(2) L'arohiduc Maximilien était grand mattre de l'Ordre tcutonique.
(8) Dans une lettre à Timpératrioe du 28 juillet 1780, Joseph II s'expliquait ainsi sur cette affaire : « Quant au régiment, il me parait de mon devoir de faire cette représentation à Y. K. La distinction de garder à perpétuité le nom de son propriétaire n'a été jamais accordée qu'an prince Eugène. Je la laisse juger de ce que toute la terre jettera de ridicule sur la défont, si on le comparait à ce grand homme qui a elactement gagné à la monarchie sept batfl^l^**, pendant que le prince Charles lui en a perdu sept autres, voilà la différence ! Estw qu'eUe désirerait que le nom de Lorraine lui soit conservé ? Je dois encore lui laisser imaginer si, après avoir renoncé positivement même à en porter le titre, il serait séant de garier un régiment avec ce nom. Voici mes raisons, eUea me paraissent claires, et V. M. aura bean faire, elle n'effacera jamais dans l'opinion du public et de l'armée l'opinion désavanfageiue que les revers (et de quel genre I^ qu'il a eus pendant tout le temps qu'il a comnandé a» armées ont attirée sur la personne du prinoei.»
filleul en Toscane (1), mais en propriété à un général bien mpce (2). J^avoue^ cela m'a fait une peine infinie. Je vous prie que cela ne vous passe. •
L'empereur compte encore partir le 18 pour la Bohème, pour voir les deux forteresses. Les matinées et soirées commencent déjà à être bien fraîches ; je crois que nous aurons un hiver avancé , et que mon séjour ici ne sera guère plus de trois semaines. Encore le départ de votre sœur (3) pour les Pays-Bas ne sera qu'au printemps prochain. Elle compte revenir après quelques mois , et alors elle compte bien passer quelque part pour vous voir et me porter de vos chères nouvelles, et de ma chère filleule. Ce n'est qu'une idée ; vous voyez que cela va à deux ans presque, et tout cela dépendra plus de vous que d'une autre ; mais cette idée en attendant me &it plaisir, me console au départ des autres , de les voir revenir en droiture de chez vous , de ma chère reine, que j'embrasse tendrement.
P. S. Ce que vous avez fait pour l'abbé de Vermond me fait un plaisir infini et vous fait honneur.
Paria, 16 septembre. — Depuis un mois toutes les occupations de la reine et tous ses amusements se sont concentrés dans le seul et unique objet de deux petits spectacles représentés sur le thé&tre de Trianon. Le temps nécessaire à apprendre les rôles, celui qui a àti être employé à de fréquentes répétitions , joint à d'autres détails accessoires , a été plus que suffisant pour remplir les journées. Le roi, en assistant fort assidûment à tous ces apprêts, a donné preuve du goût qu'il prend à ce genre de dissipation. H ne s'est plus trouvé de moments pour le jeu, non plus que pour les promenades du soir, de manière que ces avantages semblent compenser quelques inconvénients qui tiennent à la nature de l'objet dont il est question.
(1) Ce prince fut rarchiduc Charles, plos iUustre que son prédécesseur, et qui commanda à diTerses reprises les armées autrichiennes pendant les guerres du premier empire français. Napoléon, dont il fut peut-être le plus digne adrersaire, estimait ses grands talents militaires. Son nom a été conservé au 8* régiment autrichien d*infanterie et au 8* de uhlans.
(2) Ce général était le lieutenant maréchal de Drechsel.
(8) L'archiduchesse Marie-Christine, qui était appelée à la lieutenance générale des Pap* Bas en remplacement du prince Charles de Lorraine.
La reine a persisté invariablement dans la résolution de n'admettre entres spectateurs que les princes et les princesses de la famille ^e sans personne de leur suite. Je sais par les gens de service en DW-ordre, les seuls qui aient entrée au théâtre^ que les représentons s'y sont faites avec beaucoup d'agrément, de grâce et de îeté, et que le roi en marque une satisfaction qui se manifeste par B applaudissements continuels, particulièrement quand la reine fiente les morceaux de son rôle. Ces spectacles, qui durent jusqu'à af heures, sont suivis d'un souper restreint à la famille royale aux acteurs et actrices. Au sortir de table la cour se retire, et il n'y x>int de veillée.
Une manière d'amusement qui se borne à un si petit nombre de Tsonnes devient un indice d'autant plus marqué de faveur pour ox qui y sont admis , et par conséquent un motif de jalousie et de clamation pour les exclus. La princesse de Lamballe, en raison de charge de surintendante, a cru pouvoir prétendre à une exception l'elle n'a point obtenue. Ses grandes charges et les dames du par is de semaine ont représenté que, d'après les usages établis, aucune rconstance ne devait les priver de l'avantage de faire leur service, quel se trouvait réduit à paraître les jours de dimanche et de fête la toilette de la reine , et aux offices de l'église : toutes pareilles istances qui sont restées sans effet , ont causé des dégoûts, et ont nmé lieu à quelques propos qui de Versailles se sont répandus à aris. Quoique cette légère effervescence ne puisse point avoir de dtes, la reine, pour en diminuer le motif, est restée toute cette sznaine établie à Trianon avec la comtesse de Polignac, la duchesse 3 Gniche et la comtesse de Châlons. U n'y a point eu de spectacles ; . M. a permis aux grandes charges et aux dames du palais qui sont 3 semaiue d'aller dîner et souper à Trianon. Le roi s'y rendait réolièrement tous les matins et y retournait le soir. Les princes et rincesses de la famille royale s'y rendaient à volonté dans les difirents temps de la journée. Le mardi, la reine revint le matin à Verlilles , pour que les ambassadeurs et ministres étrangers fussent en lême de lui faire leur cour, après quoi S. M. retourna à Trianon. let arrangement a produit en partie l'effet que la reine en avait atsnda. Les gens de la cour ont été moins mécontents ; mais les spéciales qui vont reconmiencer, en occasionnant de nouveau les excluions , feront renaître les dégoûts et les plaintes. Cela pourra même