‹ Marie-AntoinetteChapitre 21 sur 30 · IU · texte numérisé non relu

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m MEfiCY A MABIE-THÉBÈSE.

ôtre de quelque durée, parce qu'il semble qu'il n'y aura point de voyage à Marly, et que le roi et la reine , très-satisfaits des petits amusements que leur procurent les séjours à Trianon, s'en tiendront à cette forme de société , un peu trop restreinte pour une nation aussi active et empressée que Test celle-ci. Le défaut d'occasions & faire sa cour pomrait à la longue en diminuer l'habitude et le désir. H y ^ a eu cette année un indice au jour de la fête du roi, où il ne s'est pas trouvé à Versailles la moitié du monde que l'on y voyait les années précédentes.

Le choix que Madame a fait de la comtesse de Balbi pour sa dame d'honneur a donné lieu à un nouvel incident assez désagréable à cette princesse. La comtesse de Balbi , qui prend intérêt à un comte de Jaucourt, a été persuadée par ce dernier de proposer sa sœur, la comtesse du Cayla, pour dame de compagnie de Madame, laquelle s'est prêtée à cette demande. La comtesse du Cayla est d'une famille protestante ; son mari est gentilhomme de la chambre du prince de Condé, et aucun de ces deux titres ne favorisait l'obtention d'une place à la cour. Quand Madame demanda à préseoter sa nouvelle dame de compagnie , le roi lui répondit fort sèchemeot qu'elle avait sans doute oublié qu'elle aurait dû lui parler de ce choix avant de s'y déterminer. Cependant la présentation a eu lieu, mais de manière que le roi ne jeta pas un regard sur la personne présentée. Cela se passa à peu près de même chez la reine, et Madame ne put échapper à cette double mortification. Elle en a même dû éprouver depuis une plus sérieuse en ce que le roi, qui paraît totalement aliéné de sa belle-sœur, a proposé à la reine de ne plus aller souper chez Madame quand Monsieur ne s'y trouvera pas. Ce prince fiut quelquefois des absences de deux ou trois jours, qu'il passe à sa terre de Brunoy. Au dernier voyage qu'il y fit, le roi et la reine ont été souper à Trianon , ce qui a fait à Versailles une sensation très-défavorable à Madame. Depuis très-longtemps rien n'avait altéré la bonne harmonie dans l'intérieur de la famille royale , et le petit nuage qui s'y est élevé ne sera sans doute point de durée. Madame a trop d'intérêt de chercher à le dissiper, et Monsieur, qui est aussi politique que réfléchi, s'en occupera efficacement. Il n'y aura nul obstacle de la part de la reine ; elle aime la paix, et son penchant naturel la porte à aller au-devant de ce qui peut la maintenir ou la rétablir.

Lorsque la nouvelle de l'élection de Munster m'arriva par un exprès , je me hâtai d'aller mettre sous les yeux de la reine la lettre que m'écrivait le comte de Metternich à cette occasion ; mais la reine était déjà informée de cet agréable événement par une lettre de l'électeur de Cologne, qu'un courrier arrivé peu d'heures avant le mien avait apportée. La reine répondit le surlendemain à l'électeur ; elle daigna lui écrire quelques lignes de main propre , et ordonna que sa lettre fôt remise au ministre de Cologne.

Le garde-noble mensuel m^ayant remis le 10 au matin les trèsgracieux ordres de Y. M. en date du 31 août , et l'abbé de Yermond étant venu me dire qu'il partait à l'instant pour Versailles , je lui remis les lettres qui étaient adressées à la reine, et qui lui parvinrent ainsi plus promptement que si je les avais poitées moi-môme. Dans une audience que la reine m'a donnée mardi, j'ai rappelé la convenance dont il est que le comte de Châlons obtienne quelque marque distinguée d'approbationnie la conduite qu'il a tenue & Cologne. L'épouse de ce ministre lui a écrit de s'expliquer sur le genre de grâce qu'il pourrait désirer, et d'après sa réponse la reine est trèsdécidée à appuyer les demandes qu'il fera, en supposant qu'elles s'accordent avec la possibilité des circonstances ; mais , dans tous les cas, il y aura moyen de lui faire éprouver un peu plus tôt ou un peu plus tard les marques de satisfaction qu'il a méritées.

Le parfait état de santé de la reine ne donne lieu à d'autre remarque si ce n'est que , depuis un mois, S. M. a été dispensée de l'usage de quelques légers remèdes qui ont cessé d'être nécessaires. La jeune princesse se porte aussi toujours également bien ; elle gagne en croissance et en force au-delà de ce que l'on pouvait attendre de son âge.

Paris j 16 septembre. — Par un dernier et très-humble rapport V. M. aura daigné voir que l'attention de la reine commençait à se fixer sur le point important du choix futur d'un successeur au comte de Maurepas. Dans le courant du mois j'ai eu plusieurs conversa' tiens dans lesquelles la reine s'est expliquée avec autant de bonté et de confiance envers moi que de détail sur le fond de la matière. S. M. croit que le roi a beaucoup de répugnance et de peur d'être

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gouverné ; qu'il en soupçonne aisément le projet quand on loi parle d'affaires de gouvernement, que par conséquent U y avait de grandes précautions à prendre pour ne pas s'égarer dans ses mesures sur un article aussi délicat. Je convins du principe , mais j'observai que la position de la reine lui offrait une marche aussi sûre que facile à tenir. De son propre aveu, il n'est point de jour où le roi ne lui parle et du personnel de ses ministres et de leur manière d'administrer les affaires. En pareilles occasions, des réponses bien méditées de la part de la reine, quelques remarques judicieuses , soit sur les individus , soit sur les choses , feraient connaître au roi que son auguste épouse s'occupe de tels objets, qu'elle est très en état d'en parler et d'aider le roi dans les doutes qu'il peut avoir. Si cela était à ce point, il est de toute certitude que le roi, de son propre mouvement, consulterait la reine et la mettrait à portée de décider les opérations les plus importantes , sans que le roi eût le moindre sujet de soupçonner qu'il y ait un projet de le conduire. Je développai la théorie de ce système par un nombre d'exemples et de faits tant anciens que récents. La reine ne m'opposa aucune objection, et elle parut générar lement adopter ce que je lui représentais. Il s'agit maintenant des circonstances que l'on ne peut ni calculer ni avancer, et dont les principales tiendront & la plus ou moins longue durée de l'existence du comte de Maurepas ; mais si la reine veut se mettre dans la mesure convenable , il est infaillible qu'elle décidera du choix du ministre à venir. Je n'ai aucun sujet de prévoir que la comtesse de Polignac pût influer utilement dans cette importante affaire. Il m'est trop démontré que la favorite est entièrement dévouée au comte de Maurepas, et de ce côté sa fidélité pour la reine est plus que suspecte. J'ai toujours tâché de retenir S. M. sur toutes confidences d'affaires sérieuses envers sa favorite, et j'y ai assez réussi. Dans quelques cas où il en est arrivé autrement , je n'ai pas tardé à découvrir des abus de confiance et je les ai dévoilés de la manière la plus convaincante. Dans ces derniers temps, je me suis fort occupé & tâcher de remuer l'esprit de la reine du côté du poids et de la considération politique qu'il lui convient d'obtenir dans les cours étrangères , soit pour son propre avantage, soit pour celui de son auguste maison, à laquelle son cœur est bien sincèrement attaché et le sera invariablement. Dans les différents moyens de persuasion dont je me suis servi, j'ai fait un usage très-utile du contenu d'une lettre écrite par le roi de

Prusse en date du 24 juillet à son ministre Goltz , et , sans que la reine pût se douter que ce que je lui disais fût tiré d'une lettre interceptée , j'assurai S. M. d'avoir connaissance positive de la manière dont le roi de Prusse jugeait de son influence présente et à venir, et je détaillai en même temps les idées de ce prince, dont les plus essentielles portent sur un successeur futur du comte de Maurepas , sur les effets que produirait la naissance d'un dauphin , et sur le degré de solidité que donnerait à l'alliance le crédit bien affermi de la reine. Elle parut extrêmement frappée de ces remarques du roi de Prusse, qu'elle a en horreur. J'observai à S. M. que c'était l'ennemi implacable de son auguste maison qui indiquait lui-même le plan de conduite propre à mettre un frein à ses odieuses manœuvres. J'étais bien sûr que cette réflexion opérerait fortement, et j'eus lieu de voir par les réponses de la reine que je ne m'étais pas trompé.

Relativement à la remarque que Y. M. daigne faire dans sa trèsgracieuse lettre sur les spectacles de Trianon, je ne crains d'autre inconvénient que celui de quelques petites tracasseries qui ne peuvent jamais être d'une certaine conséquence ; d'ailleurs je persiste à croire que cet amusement ne sera que momentané. Pour y faire diversion, j'insiste fortement auprès de la reine pour la déterminer à un voyage à Choisy et à un séjour de quelques semaines à Marly. Je fonde cette instance sur de bonnes raisons : les chasses à tirer du roi lui rendraient une course à Choisy commode et agréable ; un séjour & Marly ramènera beaucoup de monde à la cour et fera oublier les dégoûts qu'ont occasionnés les spectacles de Trianon. La reine n'a nulle envie des deux voyages en question ; il avait même été décidé qu'ils n'auraient pas lieu , mais je ne me tiens point encore pour tout à fait éconduit, et je tâcherai d'obtenir un changement à cette résolutiou. La retraite que la reine a faite jusqu'aujourd'hui à Trianon est une idée suggérée par la comtesse de Polignac. Cette dernière voulait une exclusion absolue de toutes les grandes charges , des dames du palais et des gens de la cour. Ce n'a été qu'avec grand'peine que nous avons obtenu, l'abbé de Vermond et moi, qu'il fïlt donné à ce voyage la forme qui est énoncée dans mon très-humble rapport ostensible ; mais enfin nous l'avons emporté sur le désir de la favorite. A l'occasion de la dernière lettre de l'électeur de Cologne, la reine était incertaine si elle lui répondrait quelques lignes de main propre ; mais je la décidai d'abord par une réflexion, qui était que, dans le

cas présent, tontes les marques de bonté que la reine donnerait à Télecteur seraient autant de marques d^attention respectueuse qu'elle donnerait à V. M. Sur-le-champ la reine m'ordonna de lui proposer quelques lignes , et la phrase suivante fut adoptée : «c Le succès de « l'élection à Munster, Monsieur, et votre attention & me l'annoncer c( ajoutent au souvenir que je conserverai toujours de vos procédés « honnêtes envers moi et ma maison. »

Jusqu'à ce moment il n'a rien transpiré ici des dernières dispositions de feu S. A. R. M^ le prince Charles ; mais dans le cas où l'on tiendrait sur cette matière un langage quelconque , et que la reine m'en parlât, j'arrangerai mes réponses de manière à prévenir tout commentaire inutile , et je me trouve à cet effet suffisamment informé par les ordres de V. M.

Le baron de Breteuil a écrit à la reine que l'on supposait à V. M. l'intention de confier à S. A. R. M"" l'archiduchesse Marie-Anne le gouvernement de la Hongrie , mais que l'on ignorait si cette princesse inclinerait à un pareil établissement. Cette nouvelle a fort ému la reine : elle voulait écrire à son auguste sœur pour la persuader d'accepter. J'ai observé que cette démarche serait un peu précoce , et ne pouvait guère être hasardée sur le simple énoncé d'un ambassadeur, qui pourrait très-bien avoir été mal informé sur un fait de cette nature. Je n'expose cette circonstance que comme une marque du vrai attachement de la reine pour S. A. R. M"*" l'archiduchesse.

La lettre adressée à la comtesse de Meuse lui a été remise , et je me réglerai relativement à cette dame selon les ordres de V. M.

FXLVL — Merct a MxRiB-TfflÉRksB.

Paris, 16 septembre. — Sacrée Majesté, Après que mes très-humbles rapports étaient écrits, j'ai encore eu occasion de faire ma cour & la reine, et il m'a réussi de persuader sur les deux voyages de Choisy et de Marly. Je me suis rendu un peu pressant pour que la reine en parlât tout de suite au roi, et les deux voyages sont déjà annoncés, l'un pour le 1*', l'autre pour le 13 d'octobre. La reine m'a marqué un grand désir que le courrier prochain arrivât le 10, afin qu'elle eût le temps d'écrire avant de partir le 13 pour Marly. S. M. a remis jusqu'après le départ du présent courrier de me parler sur quelques articles de te dernière lettre dé V. M, Je présume que la

reine, dans sa lettre d'aiyourd'hui, entrera en qnelqaes détails sur les occasions d'intimité avec le tci qne le séjour à Trianou a procurées , et il semble qne de ce côté ce séjour a fort réussi. lies deux gardesnobles 7 ont été, et la reine a daigné leur faire voir elle-même le château. S. M. l'empereur a désapprouvé les spectacles ; mais il ne m'a pas paru que cet avis ait produit beaucoup d'effet. La reine était fort empressée de savoir ce que pouvait penser V. M. sur cet article. J'ai répondu que cet amusement n'était pas de nature à obtenir approbation, mais que peut-être V. M. n'en témoignerait rien, dans l'attente très-vraisemblable que cet amusement ne pouvait être que très-passager et de fort peu de durée. Je crois en effet que le voyage à Marly y fera la diversion que j'ai espérée.

Le 10 septembre. — Madame ma très-chère mère, C'est une grande joie pour moi de voir ma conduite approuvée par ma chère maman ; mais je suis honteuse de recevoir tant d'éloges pour une chose dont je suis déjà si bien récompensée par le succès , et par mon amitié pour mon frère. Je ne suis pas étonnée de la mauvaise humeur de notre ennemi ; mais il me semble que, s'il consultait les intérêts de sa gloire et de son amour-propre, il n'en montrerait plus sur une af- &ire finie, et d'aussi bonne gr&ce. S'il continue à se compromettre, l'impuissance de sa colère finira par la rendre ridicule et sans effet.

Après la joie que j'ai de l'heureux retour de l'empereur, et qui est pour moi le principal , je partage la satisfaction de la réussite qu'il a eue làrbas. Ce sera un grand bien pour la suite si les intrigues et la politique ne changent pas les bonnes dispositions d'une cour comme celle-là. En attendant il faut être content de les voir un peu désabusés.

Ce sera un grand plaisir pour moi de revoir ma sœur Marie après plus de dix ans de séparation , et dans le moment où elle repartira pour voir ma chère maman. Il me semble que ce sera me rapprocher moi-même d'elle , quoique d'une manière bien imparfaite. Je causerai avec M. de Mercy sur la forme la plus convenable pour ce voyage. On ne peut pas pour une princesse s'en sauver, comme pour un homme, par l'incognito, le changement de nom et Ift non-réception des visites.

Je me suis établie à Trianon pour huit à dix jours, afin de faire les matins des promenades à pied qui sont essentielles pour ma santé; cela n'était pas possible à Versailles. Trianon n'est qu'à dix minutes de chemin en voiture, et on peut aisément y venir à pied. Le roi paraît s'y plaire beaucoup ; il y vient souper tous les jours , et vient me voir le matin , comme dans mon appartement à Versailles. J'ai choisi ce moment-ci pour mon séjour ici , parce que c'est le mois où le roi chasse presque tous les jours, et où il a le moins besoin de moi. Ma santé et celle de ma fille sont très-bonnes. Pour de grossesse , je n'ose plus en parler, quoique la manière dont nous vivons me doive donner toute espérance.

Je serais bien f&chée de tout arrangement et en particulier du régiment (1), s'il ne répondait pas à l'affection et respect que nous devons à la mémoire de notre cher oncle. Ma chère maman permetelle que je l'embrasse bien tendrement?

L'abbé est bien sensible à la bonté de ma chère maman. J'ai été enchantée de pouvoir faire quelque chose pour lui ; mais jamais je ne pourrai récompenser entièrement tout son zèle et attachement pour moi.

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