LE CIIAM DU CHÊNE
De feuilles et de glands les branches sont couvertes , Amis, chantons le chêne, honneur des forets vertes : Malheur à qui détruit ce géant des grands bois ! Bretagne, tu n'étais qu'ombrages autrefois.
Songez aux anciens dieux, songez aux anciens prêtres, Sous les chênes sacrés sont couchés nos ancêtres. Ouvrez la dure écorce, et vous verrez encor La druidesse blonde et sa faucille d'or.
Arbres toujours sacrés ! chaque nuit sur leurs ])ranches Les morts vont en pleurant sécher leurs toiles blanclies, Et les joyeux lutins, autour de leur Aieux tronc. Les petits nains ^ élus vieinient danser en rond.
In chéiic de cent ans avec son grand feuillage Un lîrelon cheveiu dans la foi ce de Tàge
Sont deux frères jumeaux, au corps dur et iHJueux Deux frères pleins de sève et de vigueur tous deux.
J'ai vu dans la Cornouaille un chêne dont la tète Arrêtait le vent d'ouest, ce vent que rien n'arrête , Et deux lutteurs de Seaër si fermes sur leurs pieds Que leurs pieds dans la tçrre étaient comme liés.
Si rage fait tomber ce géant de Cornouaille , Dans ses immenses flancs qu'un navire se taille A l'œuvre, charpentiers; puis, venez, matelots! Le roi de la colline est aussi roi des flots.
Sur le noble cadavre en foule quon se rue! Façonnons des fléaux, des pieux, une charrue; Mais d'abord élevons à l'angle des chemins L'arbre où l'Kxpiateur laissa clouer ses mains.
Vous mettrez sur ma tombe un chêne, un chêne sombre, Et le rossignol noir y chantera dans l'ombre : « Morgan repose ici le barde aux cheveux blonds , « (>lui-là dans son cœur il aimait les Bretons. »